L’année 2011 : un petit bulletin
Une humble rétrospective permaculturelle
Comme chaque année, l’année 2011 a commencé avec d’enthousiastes résolutions pour le jardin, en particulier celle d’arrêter de faire les trucs au petit bonheur et d’enfin faire les choses correctement. J’annonce la couleur : ce fut peine perdue.
Je vous épargnerai les prétextes qui expliquent pourquoi et comment je n’ai pas réussi à m’occuper du jardin sérieusement. Retenez seulement que celui qui sait se tenir à passer un quart d’heure par jour au jardin aura forcément un bien meilleur résultat, puisque personnellement je n’y ai pas mis les pieds tellement plus souvent qu’une ou deux fois par semaine en moyenne.
Fabacées : pas mal
J’ai commencé la saison en plantant des fèves dehors et des petits pois moitié dehors et moitié dans la serre. Les fèves de dehors furent une réussite (2 m2, plus d’1 kilo de fèves décortiquées). Les deux mètres linéaires de petits pois de la serre ont bien grimpé mais je n’ai eu comme récolte qu’environ deux bols de petits pois. Cela dit, comme je n’ai jamais été me renseigner sur combien un pied de pois à rames est sensé donner, si ça se trouve c’est normal. J’ai quand même eu l’impression qu’ils auraient pu donner davantage dehors. Parce que sous la serre, il a souvent fait 25 °C dès le mois de février — peut-être que les fleurs ont souffert ?
Pas de patates : pas de patates
C’était la première année sans patates. C’était intentionnel. Mais c’était un peu dommage, vu que les patates c’est assez gratifiant (j’adore la chasse au “trésor” quand on va chercher les tubercules sous le paillage). Cela dit, vu la sécheresse qu’on a eue au printemps, c’était sûrement un bon choix.
Fraises : étouffées sous le liseron
Chaque année, je vois à peine la couleur de mes fraises, rapidement envahies de liseron (celles qui subsistent étant évidées par les limaces). Cette année n’a pas fait exception, même si après les avoir plantées en novembre j’ai pris soin de retirer le paillage et déliseronner à la main en début de printemps avant de repailler. Le liseron se joue du paillage carton, se fraie un chemin au niveau des trous où sont plantés les pieds de fraisiers, les enlacent, et si l’on cherche à désherber trop sérieusement, on arrache le fraisier avec son envahisseur.
Pour cette année, j’ai déplacé tous les fraisiers, je redéferai le carton au début du printemps quand les premières feuilles de liseron commenceront à sortir, j’arracherai tout ce que je pourrai, mais je ne remettrai pas de carton pour faire barrière : juste de la paille en début d’été, afin que le liseron ne soit pas tenté de sortir au niveau des fraises, mais qu’il sorte partout et que je puisse le voir et l’arracher.
Je me sens un peu comme Gargamel qui jure qu’un jour il finira bien par déguster de la soupe aux Schtroumpfs. Moi, c’est sûr : un jour j’aurai des fraises.
Framboises : 2e essai, 2e échec
Bouturés du côté sud de la haie sèche, mes framboisiers ont encore une fois été victimes de la sécheresse et de la concurrence des graminées. Cette année, deux ou trois pieds s’en sont bien sortis sur les vingt que j’avais installés. Je recommencerai en 2012. Pas question de désherber ou d’arroser : ça va tellement vite de bouturer des scions de framboisiers qu’il vaut mieux en planter 100 pour en avoir 10 que de se donner du mal toute l’année. Peut-être que je paillerai en début d’été pour garder un peu de fraîcheur, mais ça sera tout.
Haie de saules : 3e essai, 1e réussite
Déjà par deux fois j’avais tenté d’implanter une haie de saules en bas du jardin en bouturant des brins de saules. la première fois dans l’herbe, la deuxième fois à travers un paillage plastique. Mais le taux de survie après un an était assez faible (10% environ). Cette fois, j’ai changé de terrain, et j’ai planté mes brins de saule au petit verger, entre la double clôture. L’idée, c’est d’avoir une réserve de fourrage pour les chèvres (que je n’ai plus, mais bon) mais qu’elles ne puissent pas consommer plus vite que ça ne pousse, puisque c’est derrière le grillage. Et bien là, le taux de survie après un an a été d’au moins 50%.
Tomates : peut mieux faire
Côté semis, c’était la première année où j’ai vraiment bien réussi. Je m’y suis pris assez tôt, la serre était accueillante et bien gérée, je n’ai pas (trop) oublié d’arroser les godets.
J’ai dû planter une trentaine de pieds de diverses variétés (je me souviens surtout d’un genre de tomates roma et des coeur de boeuf roses qu’un voisin m’avait données), et la récolte a été bonne quoique tardive. J’ai une super recette pour faire des coulis sans m’embêter, par contre j’ai pas mal d’échec dans mes conserves (peut-être 25%). Je les fais avec des bocaux de compote et de confiture. Il faudrait sûrement des couvercles neufs chaque année (on en trouve sur internet, par exemple chez Tom Press. Il faut juste savoir que ça s’appelle des couvercles “twist-off”).
Les pieds de tomates étaient sur la même butte que les deux dernières années, sous un paillage de lauzes qui a bien fait ses preuves pour garder la chaleur et empêcher les adventices. L’arrosage auto m’a permis d’éviter entièrement la nécrose apicale que j’avais parfois les autres années. J’ai tuteuré vite fait car je n’ai pas eu le temps de confectionner des cages à tomates, mais je n’ai pas vraiment taillé, et beaucoup de pieds se sont affalés.
Les tomates sous la serre ont fait énormément de feuillage mais pas tellement de fruits expoitables. En plus, là non plus le travail de tuteurage était insuffisant. Cette année, j’essaierai de faire attention à où je mets quelle variété, et je mettrai de vrais supports.
Aubergines : duh !
J’ai planté les aubergines sous la serre, à 50 cm de pieds de courgette. Autant dire que les aubergines n’ont jamais vu le jour, noyées sous les pieds de courgette qui ont atteint des proportions inouies (peut-être 2m de diamètre). Cette année, il n’y aura pas de cucurbitacées sous la serre. Je n’ai pas la place (ma serre fait 3m x 4m, mais j’en reparlerai).
Piments : sympa
J’avais planté des plants de piment fort en bord de butte au sud de la rangée de tomates, et ils m’ont donné assez pour refaire une excellente purée de piments comme chaque année : je mets tout dans un bocal (sans éplucher ni rien) avec un peu d’huile d’olive, et je passe le mixeur à soupe. Je mets la purée en petits pots en la recouvrant d’une couche d’huile et ça me dure l’année.
Poivrons : minable.
J’ai mal géré l’espace sous la serre, et les poivrons ont aussi été envahis par les courgettes. Au bilan, il y en a eu trois ou quatre en tout. C’est peu.
Jardin en trou de serrure : bingo !
Voilà une vraie réussite 2011. C’était long à faire, mais c’est vraiment génial d’avoir un tas de compost joli à deux pas de la cuisine, et où en plus il pousse des légumes et des aromatiques. J’ai hâte d’y replanter des choses au printemps. Voir l’article sur le jardin en trou de serrure.
Haricots lingots : sauvé la mise
Les haricots (variété lingot genre tarbais) ont suivi les petits pois sous la serre. Ils sont montés sur des fils que j’avais tendus entre des pierres plates posées au sol et l’armature de la serre. J’étais un peu déçu parce que je n’ai pas eu l’impression de récolter tellement plus que ce que j’avais semé. En revanche, ils ont fait un excellent (mini) cassoulet.
Courgettes : ça suffit !
J’avais une ribambelle de plants de ronde de Nice qui s’étaient semés spontanément à l’hiver 2010–2011. Je les ai laissés pousser, mais ça m’en a fait beaucoup trop. Ca m’a occupé les deux tiers d’une butte, et on a peut-être mangé un dixième de ce que ça a produit.
De toute façon, je me dis que je vais laisser tomber les courgettes. Je ne suis pas fan, on en trouve des tas au marché ou dans les paniers d’amap de toute façon, et elles sont tellement indisciplinées qu’elles mettent le bazar dans un potager en carré. A la rigueur des variétés grimpantes que je ferai monter sur un grillage…
Carottes : la surprise
Après avoir savamment raté les carottes l’an passé quand je m’étais essayé au repiquage de mini-carottes démarrées en caissettes selon les préceptes de John Jeavons, j’ai essayé des semis en pleine terre cette année, sur une terre patiemment dépierrée et allégée pour qu’elles poussent longues et droites. J’en ai effectivement récolté quelques unes au début de l’été, mais ensuite j’ai tout oublié, et je pensais que tout le reste était mort envahi sous les mauvaises herbes ou monté à graines. En fait, les carottes étaient cachées mais bien vivantes, et quand j’ai désherbé à la fin de l’été, j’a eu la bonne surprise de trouver pas mal de belles carottes pas montées à graines, et pas trop tordues.
Je réessayerai les carottes cette année, et en particulier j’essaierai de semer sous un paillage de fin rameaux comme le fait Richard Wallner (§4 dans le lien).
Choux : grignotés par les piérides.
Je pensais que le gel se chargerait de débarrasser mes choux de leurs hôtes voraces, dans la mesure où je les ai plantés tardivement. Maid le climat en a décidé autrement. Il n’a pas vraiment gelé avant janvier, et encore pas fort et pas longtemps. Mes molles tentatives d’éradication manuelle ont été insuffisantes.
Mes romanesco sont maintenant de la dentelle moribonde avec une pomme ridicule. L’année prochaine, je monterai la garde près des choux, ou je mettrai un filet tant que je vois papillonner les papillons jaune crème.
Salades : pas moyen
Sur l’air du documentaire animalier qui explique que seul un alevin sur mille atteindra l’âge adulte :
- mes plants issus de semis cramaient sous le soleil de la serre les jours où j’oubliais d’arroser
- au repiquage, les limaces me les dévoraient plus vite que je ne pouvais les remplacer
- les plants achetés ne valent rien : avec leur trop petite motte, ils font la gueule pendant quelques jours. Or les limaces adorent les salades déprimées.
Pourtant, s’il y a une production qu’il faut savoir faire au jardin pour profiter de la fraîcheur et ne pas la voir pourrir au frigo, c’est bien la salade. A moins d’avoir un marché quotidien en bas de chez soi.
Arrosage : à poursuivre
J’en suis à mi-chemin de mon grand projet d’arrosage goutte-à-goutte intégré et automatisé. Chaque butte a son irrigation, avec un point de branchement (le réducteur de pression) en bout de butte, pour y connecter le tuyau d’arrosage. En tête du tuyau d’arrosage, j’ai mis :
- un robinet minuteur en début de saison, pour pouvoir arroser une demi-heure sans oublier d’éteindre
- un programmateur pour l’été, pour que ça arrose une fois tous les deux jours sans que j’oublie
Cette année, je relierai les buttes pour n’avoir pas à déplacer le tuyau d’arrosage de l’une à l’autre. Des vannes permettront d’exclure l’une ou l’autre du cycle d’arrosage.
Animaux : abandonnés
Nous n’avons plus d’animaux au jardin cette année. Les raisons sont bien expliquées dans cet article. Sachez que ça soulage énormément — ce qui me pesait le plus, c’est vraiment la question de l’astreinte plutôt que du temps total à y passer.
Paillage céramique : mwais
J’ai démonté un toit de tuiles mécaniques (les tuiles moches des toits des hangars SNCF) et je me suis dit que je pourrais les utiliser au jardin au même titre que les lauzes afin de faire un paillage qui garde l’humidité et la chaleur. Seulement les tuiles, en plus d’être moches, elles veulent qu’on les emboîte. Mais si je les emboîte, il n’y a pas la place pour les plantes. Et si je ne les emboîte pas, les herbes poussent à chaque jonction. En plus, c’est nettement plus chiant à manipuler et à trimbaler qu’une bâche plastique.
Donc je ne garderai le concept que pour faire un paillage un peu permanent, comme au pied des framboisiers (tiens, ça me donne une idée…)
Engrais vert : à recommencer.
J’avais raté le créneau en fin de saison pour occuper le sol pendant l’hiver. J’ai essentiellement laissé les restes de plantes au sol. Mais en début de saison, j’ai préparé mes buttes assez vite, et comme je n’avais encore rien à y mettre, j’ai semé du pois fourrager sur l’une d’entre elles. Deux ou trois mois plus tard, j’ai simplement fauché et recouvert avec mes tuiles, puis planté entre les tuiles. J’ai trouvé ça assez chouette. Je recommencerai.








