l’arpent nourricier

permaculture en aveyron et ailleurs

Voulez-vous vous identifier ou vous enregistrer ?

01
juil

A farm for the future

Un fabuleux documentaire sur la permaculture diffusé sur la BBC

farm for the future - cows and smokestacks

Il avait été annoncé sur theoildrum.com, mais je n’ai pas pensé à chercher si on avait accès aux émissions de la BBC en streaming. Je pensais donc que je devrais attendre jusqu’à ce qu’il soit rediffusé.

Et devinez ce qui m’est arrivé par la poste ? Le DVD de l’émission, que mon ami Stuart avait enregistré sans que jamais je ne le lui ai demandé.

Voici une petite révolution dans les médias : la BBC est apparemment très timorée sur le sujet des ressources et du pic de pétrole, et voilà un documentaire qui aborde la question frontalement : Rebecca Hosking, cinéaste animalière et fille de paysan, décidant de reprendre la ferme de son père dans le Devon, nous montre tout le cheminement mental qui l’a conduite du constat que la ferme devait être repensée jusqu’à l’évidence de la permaculture. C’est extrêmement bien articulé, et c’est suffisamment complet pour que même les kadors de la discipline y trouvent des nouveautés. On y verra des interviews de Patrick Whitefield, Richard Heinberg, Colin Campbell, Martin Crawford et quelques autres grands noms de la permaculture (version anglo-saxonne).

D’ailleurs tout est en anglais. J’ai écrit à la productrice Maddy Harland pour proposer d’écrire les sous-titres, mais je n’ai pas de réponse (et pas le temps, finalement).

Bon visionnage… et faites passer.

A farm for the future sur youtube

Ecrit par kristen, classé dans divers. 2 commentaires.

13
juin

La mouche contre la vitre

Pourquoi la relance est vouée à l'échec

head on in air, par CharlesLam, sur flickr.com

Les causes de la crise financière

Quand on écoute les économistes patentés s’exprimer sur les origines de la crise, il est effarant de constater à quel point ils sont aveugles. C’est comme si c’était intellectuellement irrecevable de demander ce qui a causé le big-bang des subprimes. Et pourtant si l’on écoute les quelques économistes qui s’intéressent de près ou de loin à la planète, il ne faut pas chercher bien loin : tout le monde s’accorde à dire que la crise des années 70 a été consécutive au choc pétrolier de 1973. Alors quand le prix du baril a triplé entre 2004 et 2008, il fallait bien que l’économie cède quelque part. C’est probablement là où elle était le plus fragile qu’elle a commencé à lâcher, mais elle aurait lâché ailleurs tôt ou tard.

Personnellement, depuis 2005 que je m’intéresse au pic de pétrole et à la crise énergétique annoncée, je ne pensais pas que cette crise passerait inaperçue le moment venu. Et pourtant, c’est ce qui s’est produit : l’éclatement de la bulle financière a été si assourdissant que personne n’a prêté attention à l’aiguille énergétique qui l’avait précipité. Et c’est fort dommage, parce que maintenant tous les efforts de tous les gouvernements et toutes les instances économiques sont tournés du mauvais côté : si jamais une quelconque relance parvient effectivement à redémarrer le moteur de la croissance, on se heurtera à nouveau à la même limite énergétique.

En effet, l’une des conséquences de la crise a été de réduire la demande énergétique. Pas de beaucoup, mais comme le prix du pétrole est très inélastique*, il suffit d’un faible écart entre demande et production pour faire flamber ou couler les prix. Si tous les producteurs de pétrole se mettaient d’accord pour fermer les robinets, ils pourraient ajuster l’offre et maintenir les prix. Mais individuellement, chaque producteur a intérêt à garder ses robinets ouverts à fond puisque le puits a déjà été payé, et tout baril supplémentaire vendu (même à bas prix) rapporte toujours quelque chose. Ceci a conduit à un signal de prix totalement faussé quand on sait que c’est la pénurie rampante qui avait provoqué la crise. La conséquence immédiate a été l’arrêt d’un grand nombre de projets (exploration, forage, pétroles non-conventionnels, …), aggravé par le gel du crédit consécutif à la déliquescence du tissu financier. Le retard sur tous ces projets précipite la chute de la production, puisque ces projets étaient attendus pour venir compenser le déclin de tous les sites ayant passé leur pic de production.

*c’est-à-dire qu’il faut qu’il baisse beaucoup et pendant longtemps ou qu’il monte beaucoup et pendant longtemps pour faire changer les habitudes de consommation des gens et des entreprises, en partie parce que les équipements qui consomment ledit pétrole sont faites pour durer longtemps (voiture, chaudière, usine..).

Le pic de pétrole est derrière nous

Ainsi, même si géologiquement le pic de pétrole ne devait pas avoir lieu avant 2010 ou 2015, la crise a eu pour conséquence de provoquer le pic de pétrole. La crise,puis le ralentissement économique et la chute des cours du pétrole ont fait décroître la production. Le déclin de la production a suivi peu ou prou le déclin de la consommation. Si l’économie fait mine de relever la tête, elle se heurtera à un plafond énergétique non seulement plus bas qu’en 2008, mais qui s’abaisse plus vite. Il s’ensuivra une nouvelle flambée des prix, conduisant rapidement à la rupture d’autres pans de l’économie, à des destructions de la demande, et donc à la chute des prix énergétiques, jusqu’à une éventuelle reprise, et ainsi de suite. Il est fort probable que l’économie ne sera jamais assez vaillante pour supporter longtemps un prix du baril suffisamment haut pour relancer assez de projets et inverser l’inexorable décrue de la production.

Cette vision que j’aie eue il y a plus de quatre ans d’une chute en dents de scie, comme une mouche qui vient frapper sans trève contre la vitre, est en passe de se réaliser. Alors qu’on est toujours en pleine crise, on voit à nouveau les prix pétroliers retrouver des niveaux qu’on disait indécents mi-2007. Il ne serait pas impossible que cet hiver voit à nouveau le prix du baril atteindre des sommets. Et tant que nous n’auront pas compris collectivement qu’entre nous et la croissance infinie il y a une vitre qui s’appelle “les limites de la planète”, nous sommes condamnés à heurter la vitre sempiternellement.

Fuir le piège de la croissance

Car si la crise financière cache la crise énergétique, la crise énergétique cache la crise planétaire. C’est bien le miracle des combustibles fossiles abondants et bon marché qui nous a permis de continuer l’agriculture alors que nos sols sont pratiquement détruits, de continuer la pêche alors qu’il n’y a pratiquement plus de poissons, de continuer d’extraire des minerais alors que les filons sont pratiquement épuisés, de construire des usines de dessalement quand nos rivières sont pratiquement à sec. Continuer à vouloir croître, c’est s’enferrer dans la voie de la destruction de la planète.

Tant que nous n’auront pas compris que pour éviter la vitre il faut d’abord s’en éloigner beaucoup, nous irons de crise en crise, en souffrant un peu plus à chaque fois (soit nous-mêmes, soit en faisant souffrir des plus pauvres que nous à notre place). C’est pourquoi à mon sens il est urgent et vital de décroître. La décroissance, c’est le premier pas vers la porte de sortie. Peut-être qu’un jour nous trouverons un chemin vers l’autre côté de la vitre, par exemple la croissance verte, high-tech et essentiellement dématérialisée qu’on cherche à nous vendre ; ou bien peut-être une autre voie, que le soleil éblouissant qui était derrière la vitre nous empêchait de voir : mon coeur se tourne vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi.

Mais pour tout de suite, la voie est évidente : il faut fuir le piège de la croissance.

Ecrit par kristen, classé dans engagement, économie. 1 commentaire.

26
mai

Pour planter un arbre, plante un perchoir

Pour encourager le semis d'arbres là où on les veut

pinson des arbres, par giuss95 sur flickr

L’autre jour, j’ai remarqué qu’un sureau poussait au pied de la mangeoire que ma femme avait installée pour les mésanges pendant l’hiver. Note : il n’y avait pas de baies de sureau dans la mangeoire, seulement des graines de tournesol. Il m’a fallu l’arracher parce qu’il n’était pas du tout au bon endroit.

Mais j’ai vite pensé que si la mangeoire avait été à tel autre endroit du jardin, je n’aurais pas été mécontent d’y voir pousser un sureau ou tout autre arbre véhiculé par la grâce de la digestion incomplète des oiseaux.

Ce qui m’amène à redécouvrir la technique suivante : pour faire pousser des arbres quelque part quand on n’a jamais le temps mais qu’on n’est pas pressé, on peut simplement planter un perchoir.

Le perchoir le plus simple à faire est une branche d’arbre avec quelques ramifications, un peu taillée pour réduire la prise au vent, coupée en biseau et plantée fermement dans le sol. Durée de l’opération : cinq minutes à tout casser (à comparer avec une bonne demi-heure pour planter un arbre de pépinière).

Le mieux pour les arbres, c’est que le sol sous le perchoir ne soit pas une prairie. Quand on n’a pas le temps mais qu’on n’est pas pressé, il suffit de ne rien faire dans un rayon d’un mètre ou deux : aucune tonte, aucune fauche, aucun désherbage. Au bout d’un certain temps, les graminées laisseront la place à d’autre plantes qui permettent aux graines d’arbre d’accéder au sol et aux nutriments. Pour faciliter cette opération et empêcher les animaux brouteurs d’entretenir la prairie, on peut y laisser un tas de branchages entremêlés (par exemple les restes de la taille du perchoir).

Voilà comment planter un arbre en cinq minutes de boulot et cinq ans de patience pendant que la nature travaille.

Ecrit par kristen, classé dans animaux, sol, techniques. 7 commentaires.

07
mai

Dimensionnement d’une noue (swale)

Calculs anti-débordement

swale sizing

Préambule aqueux

Le monde occidental n’aime pas l’eau stagnante. Ne dit-on pas qu’il faut se méfier de l’eau qui dort ? Assèchement de marécages, drainage de plaines inondables, dragage des rivières, évacuations en tout genre. L’eau de notre imaginaire doit suivre la ligne de plus grande pente, et vite s’il vous plaît, comme s’il nous tardait que cette eau retourne dans son pays : la mer. Au passage, l’eau emporte avec elle notre pays : la terre. Et pourtant, si la mer n’a pas besoin de terre, la terre, elle, ne peut pas vivre sans eau.

La permaculture réconcilie le paysan avec l’eau, même les pluies incessantes de novembre ou les orages diluviens d’août, en inventant toutes sortes de moyens de garder l’eau dans le paysage ou sous le paysage, qu’elle s’y sente suffisamment bien pour y rester le plus longtemps possible et ne le quitter qu’à reculons, à la vitesse d’un escargot comateux, jamais assez vite pour emporter la moindre particule de sol ou molécule de nutriments.

La noue (traduction de swale) est l’un de ces moyens. C’est un relief artificiel réalisé le long des courbes de niveau, qui combine un fossé et un talus végétalisés, aux formes douces, et dont le but est d’interrompre le ruissellement pour encourager l’infiltration, en stockant temporairement les précipitations en amont.

Je vous reparlerai de celle que j’ai réalisé dans le tiers bas du jardin, et je vais aujourd’hui vous inonder d’équations. Mon ami Stuart a récemment écrit comment il avait creusé sa noue, en reconnaissant qu’il en avait essentiellement pifométré la hauteur. Je confesse que je n’avais pas fait autrement. Au final, la mienne est deux fois plus haute que la sienne. Cette apparente incohérence est probablement plus liée aux erreurs de calibration de nos pifs respectifs plutôt qu’aux caractéristiques diverses de nos terrains. Ceci ayant piqué ma fibre d’ingénieur, je me suis mis en tête de produire des éléments quantitatifs de dimensionnement d’une noue de permaculture. Lesquels je vous expose libres de droits, mais sans garantie de validité.

Exigence de dimensionnement

Le but est que la noue ne déborde jamais. Si cela arrivait, le débordement aurait tôt fait de creuser un torrent à travers le talus dans une catastrophe érosive. Donc dans le cas hypothétique de la pire précipitation que le terrain serait susceptible de recevoir, la noue doit être tout juste remplie à ras bord.

Indice : vous pouvez passer les calculs et passer directement au résultat.

swale sizing

Début des calculs

Quand la noue est remplie au maximum, le volume V de l’eau stockée derrière le talus est égal au volume de terre déplacé lors du creusement du fossé (A+B), plus le volume C de l’eau qui s’accumule au-dessus du niveau du terrain à l’origine. Si on note h la hauteur du sommet du talus par rapport au terrain d’origine, et w la demi-largeur du talus, on calcule facilement le volume A
[1]          A = hw/2

La forme du talus est déterminée par la pente maximale que le matériau peut supporter quand il est saturé en eau et qu’une certaine hauteur d’eau pousse en amont. On note cette pente q, dont la valeur est ainsi égale au rapport de la hauteur totale du talus sur sa demi-largeur w. Par ailleurs, on note p la pente du terrain initial, et e la partie de la hauteur totale du talus en-dessous du terrain initial, de sorte que la hauteur totale du talus vaut h + e.

Ainsi, la pente du talus se calcule comme q = (h+e)/w, tandis que celle du terrain d’origine vaut p = e/w. On en déduit que h/w = q-p, soit w = h/(q-p), ce qui permet de modifier l’équation [1]:
[2]          A = h2/(2(q-p))

A présent notons que le volume B d’eau stockée dans le fossé est le même que le volume B de terre de la partie amont du talus (voir dessin). Il est donc aisé de calculer le volume B+C comme l’aire du triangle-rectangle de base h et de longueur h/p :
[3]           B+C = h2/(2p)

En combinant [2] et [3], on obtient :
V = A+B+C = (h2/2)x(1/p + 1/(q-p))

En faisant l’hypothèse que le terrain et la noue sont tous deux imperméables sur l’horizon de temps d’un orage violent d’été, on peut calculer le volume d’eau qu’il faut pouvoir stocker, en fonction du cumul record r de précipitations sur un épisode orageux d’été, et de la distance horizontale D entre deux noues : V = rD.

On en déduit la hauteur (au-dessus du terrain initial) minimale à donner au talus de la noue pour être certain qu’elle ne débordera pas, même lors de la pire pluie d’orage :
(h2/2)x(1/p + 1/(q-p)) = rD

soit

h2/2 = rD/(1/p + 1/(q-p)) = rDpx(1-p/q)

donc

Résultat

h = [2rDp(1-p/q)]1/2

avec :
r (mètres) : précipitation record d’un orage d’été (cas considéré comme dimensionnant)
D (mètres) : distance horizontale entre la noue et le prochain obstacle en amont (autre noue, haie, crête)
p (sans unité) : pente du terrain d’origine (rapport de la dénivellation sur la distance horizontale)
q (sans unité) : pente aval du talus (rapport entre la hauteur du talus et sa demi-largeur)

Application numérique pour mon terrain :
r = 81mm (10 juin 2007)
D = 30m (une seule noue, vers le bas du jardin)
p = 5% = 0.05 (50 cm pour 10m)
q = 50% = 0.5 (50cm pour 1m)

h = [2 x 0.081 x 30 x 0.05 x (1-0.05/0.5)]1/2 = 0.47m

Ca tombe bien, j’ai fait environ 50 cm…

Pluies continues

J’ai considéré le cas d’un orage d’été comme le cas le plus pénalisant, dans la mesure où la précipitation se réalise sur un temps très court : l’eau n’a pas vraiment le temps de s’infiltrer et la noue doit stocker tout ce qui tombe du ciel. Dans le cas de pluies continues comme en hiver, ou bien de fonte des neiges, le calcul est beaucoup plus compliqué, puisqu’il dépend de la capacité du terrain à absorber l’eau. La noue ne servira qu’à stocker la différence entre le débit d’infiltration et le débit de précipitation, ainsi que le surplus de ruissellement une fois le terrain saturé. C’est pourquoi je gage qu’excepté pour des terrains argileux très compactés, la noue ne servira à sa pleine capacité qu’en été. Et je fais l’impasse sur le calcul en hiver.

Marge, redondance, sécurité

La période critique, c’est les quelques années après le creusement, quand la noue n’est pas encore stabilisée par la végétation. Il peut être intéressant de considérer une marge de dimensionnement (par exemple augmenter de moitié la valeur obtenue en considérant l’orage record) pour se prémunir des aléas, surtout si le terrain est peu absorbant, et si la pente est importante (risque d’érosion accrue en cas de débordement). Cette marge ne sera pas inutile, puisqu’elle garantira que votre noue sera toujours à la bonne taille après l’inévitable tassement naturel (qui n’est pas pris en compte dans le calcul).

La meilleure protection consiste à recourir à des stratégies de redondance. En doublant la noue, vous vous assurez qu’une défaillance au niveau d’une noue n’ira pas plus loin que la prochaine noue. Avec une succession de noues chacune dimensionnée au double de la valeur limite donnée par le calcul, vous devriez être tranquille, surtout quand la végétation aura stabilisé les talus et accru la capacité d’infiltration.

Enfin, comme on n’est jamais à l’abri d’un dépassement des records de précipitations, il est valable de songer à une solution de trop-plein. Le déversoir recommandé par Geoff Lawton dans son excellent film Harvesting Water est un seuil le plus large et le plus horizontal possible, de façon que le débordement se fasse sous la forme d’une très large lame d’eau très lente plutôt que d’un jet. Une fois ce seuil végétalisé (ainsi que la pente amenée à recevoir le débordement en contrebas), on limite considérablement le potentiel érosif.

Ecrit par kristen, classé dans eau, jardin, techniques. 4 commentaires.

28
avr

Mulch de lauzes

Paillage avec des pierres

paillage avec des pierres plates

Dans les invariants de la permaculture, il y a l’idée de réutilisation systématique, ainsi que l’idée qu’une seule et même chose a de multiples utilités, non seulement dans le temps, mais même simultanément.

Entre le mur de l’atelier et les planches surélevées que j’ai double-bêchées l’année dernière, il y avait un stock de lauzes pourrissantes -les laissées pour compte de la dernière toiture. En passant là par hasard, je me suis rendu compte que si je les laissais encore deux semaines, elles seraient totalement enfouies sous les ronces et les orties, et elles me gêneraient pour préparer la troisième planche, celle qui s’appuiera contre le mur pour les cultures qui demandent le plus de chaleur. Il fallait donc que je me dépêche de les mettre ailleurs.

Le réflexe occidental, c’est de trier les lauzes entre les pourries et les bonnes, de ranger les bonnes, et de jeter les pourries dans une benne ou un chemin. En plus du coût de manutention et de transport, cela m’aurait pris plusieurs heures. Or j’avais autre chose à faire. Le réflexe du permaculteur, c’est de trouver comment réutiliser au mieux ces pierres avec le maximum d’utilité pour le minimum de travail.

A un mètre de l’enchevêtrement de lauzes, il y avait donc la planche double-bêchée où avait poussé le maïs de l’année dernière. Comme j’avais planté le maïs très clair pour laisser de la lumière aux courges butternut qui poussaient en dessous, les tiges séchées étaient nettement insuffisantes pour pailler efficacement le sol. Je me suis rendu compte que si je laissais le sol nu encore deux semaines, il me faudrait greliner à nouveau (et donc enlever puis remettre l’irrigation). Je préférais m’éviter ce travail.

Il ne fut alors pas difficile de connecter les deux besoins : les lauzes du tas sont allées en paillage sur la planche voisine. Pas de brouette, pas de benne, pas de tri (il sera toujours temps de récupérer les bonnes lauzes plus tard). La planche est ainsi protégée par cinq centimètres de pierres plates, qui empêchent la battance de la pluie, évitent la germination des herbes, limitent l’évaporation, réchauffent le sol, hébergent les limaces (mais aussi les araignées), et dissuadent le grattage. En dix minutes, j’ai donc fait d’une pierre trois coups : débarrassé le tas de lauzes, évité le transport du rebut, et évité d’avoir à bêcher la terre de la planche. Ceci représente peut-être un gain de temps de deux ou trois heures. J’aime la permaculture.

Apparemment, les paillages de pierres (lithic mulch) sont utilisés traditionnellement dans certains endroits du monde, en particulier dans les zones arides, ventées et avec de fortes amplitudes thermiques. La pierre protège de l’évaporation, de l’érosion par la pluie et le vent, et son inertie thermique réduit les écarts entre les maximales et les minimales.

Quand il me faudra planter, j’écarterai les lauzes par endroits. Et si les lauzes sont trop chaudes au soleil en été, je pourrai toujours mettre des tontes de gazon par dessus.

Ecrit par kristen, classé dans eau, sol, techniques. 3 commentaires.

23
avr

Passer les espaces verts urbains en bio

Convaincre en appliquant simplement la règle

protection individuelle

J’étais l’autre jour à Sébazac pour une conférence organisée par la toute jeune association Promessa (Promotion de l’économie Sociale et Solidaire en Aveyron) dans le cadre de la semaine sans pesticides. A l’issue de la projection d’un petit film de 50′ intitulé “pesticides, non merci”, un débat un peu désordonné sur ce vaste thème a pris place entre la salle et une brochette d’intervenants.

Je voudrais juste vous confier l’expérience remarquable d’une dame qui est intervenue en tant que responsable des espaces verts à la mairie d’Onet-le-Château (11000 habitants) en banlieue de Rodez. Arrivée à son poste avec l’intention de réduire voire cesser l’emploi de pesticides pour l’entretien de la voirie et des espaces verts, elle s’est naturellement heurtée à l’inertie des pratiques. Face aux habitudes dangereuses mais parfaitement ancrées d’une équipe d’agents municipaux, elle a apparemment renoncé à la méthode frontale.

Son éclair de génie, qu’il faut partager avec tous ceux qui sont à ce type de poste (ou simplement ceux qui voudraient influencer les pratiques de voisins ou de proches sans vouloir se fâcher), c’est d’avoir joué sur l’application rigoureuse de la réglementation en matière de protection de la santé au travail. En tant que responsable devant la loi des accidents et de la santé des employés de son équipe, elle a soumis les agents aux régles et équipements obligatoires de protection individuelle lors de l’emploi des produits phytosanitaires : formation à la lecture des étiquettes, utilisation des masques, gants, lunettes, combinaisons intégrales, pratiques de lavage, nettoyage, rangement, etc. Ce qui fut fait - car c’est la loi.

Quand les agents, déjà un peu mieux instruits quant aux risques mentionnés sur les étiquettes, se sont vu brumiser les buissons et désherber les trottoirs en accoutrement de cosmonautes, la nouvelle image mentale qu’ils ont eu de ce geste auparavant anodin a fait peu à peu son chemin. Sans compter qu’il peut faire chaud sous la combinaison en été.

Et les passants intimidés par la tenue (et maintenant alarmés quant au contenu des bidons), au lieu de passer en disant bonjour, se mettaient à faire de grands détours.

La suite de l’opération fut inéluctable comme la chute d’un fruit mur : les agents ont commencé à réfléchir puis remettre au goût du jour l’idée de changer les façons de travailler pour pouvoir se passer des produits en -cide. Et dans les espaces verts comme en agriculture, l’objectif induit les nouvelles pratiques : paillages, broyats issus d’élagages, fleurs annuelles, couvert végétal, herbes folles, et un peu de désherbage thermique le temps de se faire à l’idée des herbes folles.

Et m’est avis que les habitants auront peu de mal à finir par accepter les herbes folles au joint des trottoirs, en échange de la disparition des hommes en blanc et de leurs poisons.

coquelicots

Ecrit par kristen, classé dans engagement, jardin, techniques. 4 commentaires.

17
avr

Toilettes sèches - fait maison

L'assainissement low-tech universel

toilettes seches (detail)

Hémorragie de fertilité

L’assainissement conventionnel est à mes yeux un symbole de notre mode de vie non-soutenable. En évacuant systématiquement par les égouts toutes nos déjections, nous exportons les nutriments de notre sol vers la mer. Laquelle mer n’en peut plus, tandis que nos sols nécessitent des apports toujours plus importants d’engrais chimiques pour compenser la perte.

Les toilettes sèches sont un très bon moyen d’enrayer ce processus linéaire infernal et de reboucler la boucle. Avec des toilettes sèches, la fertilité de mon jardin s’accroîtra indéfiniment, même quand je cesserai d’importer de la nourriture : les arbres iront puiser les nouveaux nutriments dans la roche, et tout le reste sera recyclé. Si toutefois je sais éviter l’érosion et le lessivage.

Un étron, neuf litres d’eau potable, et quelques bacilles

Les toilettes sèches ont au moins trois autres atouts majeurs :

  • ils divisent par deux ou trois la consommation d’eau ;
  • ils réduisent considérablement des risques d’épidémies en ne mélangeant pas le choléra d’une famille avec l’E. Coli d’une autre dans les millions de litres du bouillon de culture cloacal ;
  • ils sont peu coûteux à installer : avoir deux ou trois toilettes n’est plus réservé aux familles aisées ;

A ce titre, les toilettes sèches sont la solution universelle au problème de l’assainissement : n’écoutons plus les lobbies de la distribution et du traitement des eaux, lesquels trouvent souvent à s’exprimer par la bouche d’intervenants humanitaires qui ont du mal à reconnaître l’évidence. Ce n’est pas parce que depuis les Romains l’Occident a choisi une solution désastreuse qu’il faut imposer cette erreur au monde entier, surtout à ceux pour qui l’eau potable est trop précieuse pour se permettre de chier dedans.

Un petit coin pour soulager la planète

Un petit coin pour soulager la planète - Christophe Elain

Le livre de Christophe Elain est incontournable et vu son prix (10€), il se rembourse très vite en économies d’eau. Il traite le sujet sous de nombreux aspects et montre combien variées sont les techniques et les installations.

Toilettes sèches transportables

Le système le plus simple, c’est un seau sous une chaise percée, avec une réserve de sciure à côté. Je l’ai un peu amélioré pour le plaisir des yeux et le confort des fesses. Après avoir acheté trois seaux en plastique du même modèle, j’ai dessiné (avec l’excellent Google Sketchup) le meuble qui irait autour : une manière de baquet, un plateau amovible, et une petite trape agrémentée d’une charnière en bois et d’un inimitable bouton de porte en porcelaine.

Je dispose maintenant d’un petit coin transportable, qui trouvera d’abord sa place sur le chantier derrière un paravent, puis peut-être un jour sous l’escalier, ou bien dans une chambre d’amis : pas de tuyau, pas d’attaches ; le toilette libre, quoi.

Et les risques sanitaires ?

La sciure, une fois enrichie en azote organique par nos soins, ira dans un tas de compost spécifique. Je ferai probablement deux cellules : une qui mûrit un an pendant que je remplis l’autre. Je ne vais probablement pas trop me stresser avec les proportions carbone/azote et la montée en température soi-disant nécessaire pour neutraliser les pathogènes. Pour ne pas me prendre la tête avec les risques sanitaires, j’ai prévu un petit manège.

Certes, j’avoue ne pas donner beaucoup de crédit aux mises en garde à ce sujet, quand on voit comment on s’amuse déjà à épandre la merde des vaches et des cochons dans les champs, à même notre nourriture. Notre écosystème entérique familial est nécessairement moins pathogène pour moi et les miens que la flore intestinale de mes voisins, sans parler de celle de leurs animaux.

Mais bon, comme on n’est jamais trop prudent quand ça ne coûte rien, j’irai mettre au pied des arbres de la haie le compost issu de la décomposition du produit des toilettes sèches. Et je récupèrerai mon offrande l’année suivante, quand après avoir taillé ma haie et broyé les rameaux, je mettrai le BRF au pied des courgettes.

Un petit besoin ?

Ecrit par kristen, classé dans eau, techniques. 2 commentaires.

14
avr

Semis de pois et fèves

Un village Sioux dans le bas du jardin

rames pour les pois

L’année dernière, j’avais essayé de semer des petits pois. J’avais à peine préparé la ligne. J’avais semé début avril quand apparemment il vaut mieux avoir fini début mars. J’avais un peu paillé, mais jamais arrosé. Moralite : pour un rang de cinq mètres, je n’ai récolté en tout et pour tout qu’un bol.

Cette année, j’ai décidé de mettre toutes les chances de mon côté pour les pois et les fèves. A l’emplacement où j’avais épandu le BRF de tilleul sous du carton l’été dernier, j’ai tout incorporé à la grelinette, puis élevé quatre billons d’environ trente centimètres de hauteur, cinquante centimètres de large, et trois mètres de long.

En guise de support, j’ai récupéré les piquets de mes cages à tomates de l’année dernière, disposés en trépieds de deux mètres de haut et cinquante centimètres de base. Une structure un peu austère, mais qui aura l’air chouette une fois couverte de verdure (on croise les doigts).

J’ai commencé par semer à la volée toutes sortes de petites graines pour occuper le terrain dans l’éventualité d’une répétition de l’échec des petits pois : coquelicots et autres fleurs sauvages, amaranthe queue-de-renard, lin, oignons.

J’ai ensuite semé les petits pois (une variété à rames de chez Biaugerme) et les fèves (d’aguadulce à très longue cosse, Biaugerme aussi) en poquets à quelques centimètres de profondeur. Afin de favoriser la levée et de m’éviter d’avoir à tenir le sol humide pendant des jours, j’ai mis à tremper les graines pendant 24 heures avant de les semer.

Par dessus le tout, j’ai disposé force rameaux d’acacia et autres branchages inextricables pour décourager les poules que la curiosité pousse à venir explorer tous les endroits où je remue la terre.

Un mois plus tard, les pousses font dix centimètres de haut. On verra ce que ça donnera.

Ecrit par kristen, classé dans jardin. Pas de commentaire.

10
avr

Désherbage manuel à la bêche et à la grelinette

Double-bêchage pas trop physique d'une prairie

labour à la grelinette

Dans la mini-série sur les techniques pour évincer un morceau de prairie, nous avons déjà vu le paillage avec des cartons et avec des planches. Mais quand vous ne pouvez pas attendre plusieurs mois pour semer, il reste l’option de la grelinette. L’inconvénient, c’est qu’on dérange la terre. De surcroît, c’est assez physique, mais infiniment moins qu’à la houe : j’ai réussi à faire une trentaine de mètres carrés en une heure.

Il faut savoir que la présence d’un tapis de graminées ne permet pas de passer classiquement la grelinette. Nous allons devoir retirer ce tapis.

Prenez une bêche droite. Affûtez son tranchant. Utilisez-la pour trancher l’herbe verticalement, sur les cinq à dix premiers centimètres d’épaisseur du tapis herbacé, en découpant des bandes de la largeur de la grelinette (la mienne fait environ quarante centimètres de large). Si la découpe est très nette, vous pouvez remuer un peu la bêche d’avant en arrière à chaque coup, pour élargir la coupe et ainsi visualiser les bandes plus facilement.

Avec la grelinette, mettez-vous au bout de la première bande, et glissez les dents assez horizontalement à 10-20 centimètres de profondeur sous l’herbe. En basculant les manches de la grelinette vers l’arrière, puis vers l’avant, puis en faisant levier à droite et à gauche, vous devriez arracher un bon morceau de bande d’herbe. Que vous réservez dans la brouette. Reculez d’un pas, et recommencez pour un autre morceau. Que vous réservez à nouveau dans la brouette. Quand vous avez fini cette première bande, grelinez-la profondément pour aérer la terre (à la manière d’un double-bêchage).

Passez à la bande adjacente. Maintenant, quand vous arrachez un rectangle d’herbe, vous le basculez simplement dans la première bande, herbe en dessous et vers de terre en l’air. Une fois la bande finie, grelinez en profondeur. En ainsi de suite.

Vous aurez compris que les rectangles d’herbe réservés dans la brouette serviront à recouvrir la dernière bande.

Il restera à préparer le lit de semence et semer dans la foulée.

Attention : cette technique est un prototype. Je ne garantis pas le succès du semis. En particulier, ça risque d’être une vraie course avec l’herbe qui essaie de repousser par les quelques brins qui émergent çà et là entre les mottes puisqu’elle n’est pas enfouie profondément et elle n’a pas eu l’hiver pour se faire composter. Ca peut valoir le coup de semer des graines prégermées.

Retrouvez les précédents épisodes de la série :

Ecrit par kristen, classé dans sol, techniques. 2 commentaires.

07
avr

Mon argent, c’est votre dette

L'argent de l'un, c'est la dette de l'autre

money money par pingu1963 sur flickr

Voici le début d’une série sur la monnaie, la finance, et l’économie, en lien avec mon initiative de lancer un Système d’Echange Local.

L’argent, c’est de la dette. Je répare votre ordinateur, et vous n’avez pas une bouteille de cidre sous la main pour un troc immédiat, donc vous gribouillez un mot sur un papier, disant que vous me devez une bouteille. Même si vous m’oubliez, je peux revenir plus tard pour réclamer mon dû. Mais que se passe-t-il si vous arrêtez de faire du cidre ? Si vous n’avez rien d’autre à me donner en rétribution du service rendu, par exemple si vous êtes ruiné ou mort, ce qui revient au même pour moi ? Cela voudrait dire que j’aurais travaillé bénévolement. Si je n’aime pas ce risque, je ne tenterai l’expérience à nouveau avec personne d’autre. Et l’économie s’arrêtera, comme tout le monde sera à attendre que chacun fasse le premier pas.

Pour empêcher ça, et pour s’assurer que je viendrai vous rendre service quand vous en aurez besoin, la Banque Centrale garantit votre petit mot, et votre promesse d’une bouteille de cidre devient un billet de banque. Elle proclame que si vous ne pouvez pas me donner une vraie bouteille en récompense de mes efforts, je pourrai aller la voir et elle me donnera une bouteille d’une façon ou d’une autre (en la réclamant à d’autres personnes). L’argent, c’est de la dette, que la Banque Centrale garantit en étalant le risque sur la collectivité. Maintenant que tout le monde a confiance que le billet vaut une bouteille de cidre, je peux le donner à quelqu’un en échange d’autre chose à la place de la bouteille que je n’ai pas reçue (pourvu que cette autre chose ait la même valeur).

Dans l’état insensé de l’économie mondiale juste avant la crise, on nous disait qu’il n’y avait jamais eu autant de liquidité en circulation - donc jamais autant de dette non plus. La quantité d’argent dans le monde est considérable, conduisant à toutes sortes d’effets spéculatifs et de frénésie financière. Mais cet argent est toujours de la dette. Une dette que la Banque Centrale garantit pouvoir réclamer un jour à la collectivité, c’est à dire à l’économie, pour que nous fournissions les biens et les services à ceux qui ne détiennent pour l’instant que des billets. Qu’arrivera-t-il si nous ne sommes pas en mesure de fournir ?

Il se produira alors une crise financière. Le risque pris s’avère finalement trop important pour être absorbé par la collectivité. Le résultat final, c’est que la quantité ou la valeur de l’argent devra fondre, pour s’ajuster à ce que nous pouvons effectivement fournir. Mais avant cela, il est probable que les riches (ceux qui détiennent l’argent donc la créance) tenteront de tirer tout ce qu’ils peuvent de la collectivité (pour laquelle la Banque Centrale s’était engagée) ainsi que des pauvres (ceux qui n’ont pas d’argent n’ont que de la dette). En cherchant à happer un maximum de richesse avant la ruine, ils détruisent l’économie et enfoncent la collectivité un peu plus profondément dans la récession et la misère.

Donc, si comme moi vous avez de l’argent à la banque et dont vous n’avez pas besoin pour acheter de la nourriture ou pour payer un loyer, ne venez pas vous joindre aux émeutes le jour où votre banque fermera ses portes. Considérez votre placement comme un don à ceux qui en avaient plus besoin (si vous en aviez eu réellement besoin, vous ne l’auriez probablement pas placé).

Dans le cas d’un effondrement financier, je préfère voir les riches ruinés que les pauvres à la rue ou affamés.

Ecrit par kristen, classé dans économie. Pas de commentaire.