Vitesse moyenne généralisée de l’avion

Mieux vaut y aller en vélo...

Vous connais­sez tous sû­re­ment le cal­cul pro­posé par Ivan Illich en 1973 dans son es­sai Éner­gie et Équité :

L’Américain moyen consacre plus de mille six cents heures par an à sa voi­ture. Il y est as­sis, qu’elle soit en marche ou à l’arrêt; il la gare ou cherche à le faire; il tra­vaille pour payer le pre­mier ver­se­ment comp­tant ou les traites men­suelles, l’essence, les péages, l’assurance, les im­pôts et les contra­ven­tions. De ses seize heures de veille chaque jour, il en donne quatre à sa voi­ture, qu’il l’utilise ou qu’il gagne les moyens de le faire. […] pour par­cou­rir dix mille ki­lo­mètres; cela re­pré­sente à peine 6 ki­lo­mètres à l’heure.

On croit qu’une voi­ture par­court cent ki­lo­mètre en une heure, alors que si on compte le temps passé à tra­vailler pour la payer, on a consa­cré au­tant voire da­van­tage d’heures à sa mo­bi­lité que si on avait fait le tra­jet en vélo. Sans comp­ter le coût réel des com­bus­tibles fos­siles, ni ce­lui les ex­ter­na­li­tés (pol­lu­tion, ac­ci­dents), ni les im­pôts (construc­tion et en­tre­tien des routes, primes à la casse).

Ex­ten­sion au trans­port aérien

Après un épi­sode vol­ca­nique qui a lavé le ciel de toutes les traî­nées de conden­sa­tion des avions de ligne, la plu­part des jour­na­listes (à part peut-être Fa­brice Ni­co­lino), étaient contents d’annoncer le ‘re­tour à la nor­male’. Alors qu’il faut être clair : il s’agit d’un re­tour à l’anor­mal.

Pe­tit cal­cul : quelle est la vi­tesse moyenne gé­né­ra­li­sée d’un Paris-Toulouse en A320 ?

Je fais le cal­cul sur un billet d’avion, bien que le prix du billet ne re­flète qu’une faible par­tie du coût réel. Prix du billet = 300€ (y com­pris taxes d’aéroport).

  • Temps de tra­jet = 4 heures (en comp­tant l’Orlyval, l’enregistrement, l’embarquement, l’heure de vol, les ba­gages et la na­vette Tisséo).
  • Temps de tra­vail pour payer le billet = 300€/6.84 €/h = 44 heures au smic horaire.
  • Donc temps to­tal consa­cré au tra­jet = 48 heures.
  • Dis­tance (au sol) = 680 km.
  • Vi­tesse moyenne = 680/48 = 14 km/h CQFD

Ainsi, le vélo reste en­core le moyen de loin le plus ef­fi­cace pour nos dé­pla­ce­ments (conti­nen­taux). Mais on peut aussi prendre le train. A moins qu’on gagne net­te­ment plus que le smic …

Passé un seuil cri­tique, l’industrie du trans­port fait perdre plus de temps qu’elle n’en fait ga­gner. L’utilité mar­gi­nale d’un ac­crois­se­ment de la vi­tesse de quelques-uns est ac­quise au prix de la désu­ti­lité mar­gi­nale crois­sante de cette ac­cé­lé­ra­tion pour la majorité.

Au-delà d’une vi­tesse cri­tique, per­sonne ne « gagne » du temps sans en faire « perdre » à quelqu’un d’autre. Ce­lui qui ré­clame une place dans un vé­hi­cule plus ra­pide af­firme ainsi que son temps vaut plus cher que ce­lui du pas­sa­ger d’un vé­hi­cule plus lent. Au-delà d’une cer­taine vi­tesse, chaque pas­sa­ger se trans­forme en vo­leur qui dé­robe le temps d’autrui et dé­pouille la masse de la société.