Une haie de saules en bas du jardin
Pour piéger l'eau et les nutriments

Mon terrain est en haut d’une colline. Je n’ai qu’environ 40 cm de terre par dessus la roche, et le tout est en pente douce vers le bas du jardin et vers la rue. S’il pleut un peu fort, je suis sûr qu’il y a du lessivage, et que l’eau gorgée de nutriments percole doucement à la surface de la dalle de schiste, vers le bas du jardin, et vers la rue. Si je mets des haies à ces deux endroits, elles retiendront une partie de l’eau et des nutriments, et je n’aurai qu’à me servir sous forme de feuilles pour la chèvre et de branchages à broyer.
J’ai déjà commencé à installer des arbres le long de la rue, il me fallait une haie en bas du jardin.
C’est la deuxième année que j’essaie. L’année dernière, j’avais procédé trop tard, dans une terre trop sèche et qui n’avait pas été aérée.
Cette année, j’ai posé des cartons sur le sol dès l’automne afin que les bestioles aèrent la terre, et j’ai planté les boutures en janvier.
Enfoncer puis retirer une tige de fer (genre tuteur à tomates), planter un brin de saule. Tous les 70 cm. Sur deux rangs. Rien de plus simple. Toutes les ressources sur le sujet recommandent le travail préalable du sol. Je suis convaincu que dans le cas de ma terre, ça aurait été contre-productif. En effet, le bas de mon jardin est une prairie naturelle laissée à elle-même depuis trois ans. Il y a au moins dix centimètres de paillage spontané par les graminées de l’année dernière, au travers de laquelle poussent les jeunes brins d’herbe de l’année. Avec les cartons que j’avais disposés au sol, ça a encore davantage favorisé l’aération par les bestioles. Le sol est parfaitement ameubli, et j’enfonce un tuteur à tomates comme dans du beurre, jusqu’à la roche à 40-50cm. Retourner le sol aurait ramené les mauvaises herbes, et en particulier le liseron, qui paraît-il est l’ennemi du saule.
Les boutures, je les avais trouvées dans le fossé de drainage le long de la route. C’est un endroit qui est à l’ombre une bonne partie de la journée, comme le bas de mon jardin, avec des périodes humides et des périodes sèches. Les saules qui y poussent sont rasés chaque année par le cantonnier. Je suis donc allé avec mon sécateur me prendre une botte d’une cinquantaine de brins gros comme le petit doigt, avant le passage de l’épareuse.

Comme je n’avais pas le temps de m’en occuper de suite, les brins sont restés les pieds dans l’eau dans un seau pendant près de deux semaines. C’était l’hiver, je pense qu’ils n’y ont vu que du feu.
Voici le joli mois de mai (à part les trois centimètres de neige de ce matin), et cette fois, c’est gagné. L’hiver prochain, je taillerai la première rangée, puis l’hiver suivant la seconde, et comme ça un an sur deux. J’aurai toujours une rangée pour cacher le poulailler de la voisine.

C’est marrant, j’ai moi aussi une haie de saules (des saules roux, Salix acuminata) en bas du jardin, dans un endroit ombragé et qui ne ressuie que vers août-septembre (quand l’été est sec), donc très engorgé.
Je m’en sers comme “carbon crop”, et pour faire des manches d’outils.
Chez cette espèce-là les boutures jusqu’à 3 ou 4 cm de diamètre prennent très facilement (parfois même quand on voulait en faire autre-chose qu’une bouture, par exemple un tuteur ou un piquet).