Toilettes sèches — fait maison

L'assainissement low-tech universel

toilettes seches (detail)

Hé­mor­ra­gie de fertilité

L’assainissement conven­tion­nel est à mes yeux un sym­bole de notre mode de vie non-soutenable. En éva­cuant sys­té­ma­ti­que­ment par les égouts toutes nos dé­jec­tions, nous ex­por­tons les nu­tri­ments de notre sol vers la mer. La­quelle mer n’en peut plus, tan­dis que nos sols né­ces­sitent des ap­ports tou­jours plus im­por­tants d’engrais chi­miques pour com­pen­ser la perte.

Les toi­lettes sèches sont un très bon moyen d’enrayer ce pro­ces­sus li­néaire in­fer­nal et de re­bou­cler la boucle. Avec des toi­lettes sèches, la fer­ti­lité de mon jar­din s’accroîtra in­dé­fi­ni­ment, même quand je ces­se­rai d’importer de la nour­ri­ture : les arbres iront pui­ser les nou­veaux nu­tri­ments dans la roche, et tout le reste sera re­cy­clé. Si tou­te­fois je sais évi­ter l’érosion et le lessivage.

Un étron, neuf litres d’eau po­table, et quelques bacilles

Les toi­lettes sèches ont au moins trois autres atouts majeurs :

  • ils di­visent par deux ou trois la consom­ma­tion d’eau ;
  • ils ré­duisent consi­dé­ra­ble­ment des risques d’épidémies en ne mé­lan­geant pas le cho­léra d’une fa­mille avec l’E. Coli d’une autre dans les mil­lions de litres du bouillon de culture cloacal ;
  • ils sont peu coû­teux à ins­tal­ler : avoir deux ou trois toi­lettes n’est plus ré­servé aux fa­milles aisées ;

A ce titre, les toi­lettes sèches sont la so­lu­tion uni­ver­selle au pro­blème de l’assainissement : n’écoutons plus les lob­bies de la dis­tri­bu­tion et du trai­te­ment des eaux, les­quels trouvent sou­vent à s’exprimer par la bouche d’intervenants hu­ma­ni­taires qui ont du mal à re­con­naître l’évidence. Ce n’est pas parce que de­puis les Ro­mains l’Occident a choisi une so­lu­tion dé­sas­treuse qu’il faut im­po­ser cette er­reur au monde en­tier, sur­tout à ceux pour qui l’eau po­table est trop pré­cieuse pour se per­mettre de chier dedans.

Un pe­tit coin pour sou­la­ger la planète

Un petit coin pour soulager la planète - Christophe Elain

Le livre de Chris­tophe Elain est in­con­tour­nable et vu son prix (10€), il se rem­bourse très vite en éco­no­mies d’eau. Il traite le su­jet sous de nom­breux as­pects et montre com­bien va­riées sont les tech­niques et les installations.

Toi­lettes sèches transportables

Le sys­tème le plus simple, c’est un seau sous une chaise per­cée, avec une ré­serve de sciure à côté. Je l’ai un peu amé­lioré pour le plai­sir des yeux et le confort des fesses. Après avoir acheté trois seaux en plas­tique du même mo­dèle, j’ai des­siné (avec l’excellent Google Sket­chup) le meuble qui irait au­tour : une ma­nière de ba­quet, un pla­teau amo­vible, et une pe­tite trape agré­men­tée d’une char­nière en bois et d’un in­imi­table bou­ton de porte en porcelaine.

Je dis­pose main­te­nant d’un pe­tit coin trans­por­table, qui trou­vera d’abord sa place sur le chan­tier der­rière un pa­ravent, puis peut-être un jour sous l’escalier, ou bien dans une chambre d’amis : pas de tuyau, pas d’attaches ; le toi­lette libre, quoi.

Et les risques sanitaires ?

La sciure, une fois en­ri­chie en azote or­ga­nique par nos soins, ira dans un tas de com­post spé­ci­fique. Je fe­rai pro­ba­ble­ment deux cel­lules : une qui mû­rit un an pen­dant que je rem­plis l’autre. Je ne vais pro­ba­ble­ment pas trop me stres­ser avec les pro­por­tions carbone/azote et la mon­tée en tem­pé­ra­ture soi-disant né­ces­saire pour neu­tra­li­ser les pa­tho­gènes. Pour ne pas me prendre la tête avec les risques sa­ni­taires, j’ai prévu un pe­tit manège.

Certes, j’avoue ne pas don­ner beau­coup de cré­dit aux mises en garde à ce su­jet, quand on voit com­ment on s’amuse déjà à épandre la merde des vaches et des co­chons dans les champs, à même notre nour­ri­ture. Notre éco­sys­tème en­té­rique fa­mi­lial est né­ces­sai­re­ment moins pa­tho­gène pour moi et les miens que la flore in­tes­ti­nale de mes voi­sins, sans par­ler de celle de leurs animaux.

Mais bon, comme on n’est ja­mais trop pru­dent quand ça ne coûte rien, j’irai mettre au pied des arbres de la haie le com­post issu de la dé­com­po­si­tion du pro­duit des toi­lettes sèches. Et je ré­cu­pè­re­rai mon of­frande l’année sui­vante, quand après avoir taillé ma haie et broyé les ra­meaux, je met­trai le BRF au pied des courgettes.

Un petit besoin ?