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	<title>l&#039;arpent nourricier &#187; évolution</title>
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	<description>permaculture et transition en aveyron et ailleurs</description>
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		<title>Un peu de diététique de l’évolution</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Nov 2008 08:16:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
				<category><![CDATA[divers]]></category>
		<category><![CDATA[animaux]]></category>
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		<category><![CDATA[évolution]]></category>
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		<description><![CDATA[Deuxième épisode de la série sur la place de la viande dans notre alimentation. Quel régime ‘naturel’ pour l’espèce humaine ? Si vous cherchez un peu sur la toile des sites pédagogiques sur la question nutrition/végétarisme, vous verrez essentiellement deux visions s’affronter quand au régime ‘naturel’ de l’espèce humaine : les uns considèrent qu’à l’instar [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/un-peu-de-dietetique-de-levolution/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Deuxième épisode de <a href="http://www.arpentnourricier.org/le-dilemme-carnivore/">la série</a> sur la place de la viande dans notre alimentation.</p>
<h3>Quel régime ‘naturel’ pour l’espèce humaine ?</h3>
<p>Si vous cherchez un peu sur la toile des sites pédagogiques sur la question nutrition/végétarisme, vous verrez essentiellement deux visions s’affronter quand au régime ‘naturel’ de l’espèce humaine :</p>
<ul>
<li>les uns considèrent qu’à l’instar de nos proches cousins les grands singes, nous sommes naturellement quasi-exclusivement frugivores</li>
<li>les autres soutiennent que l’espèce humaine s’est justement différenciée des grands singes à travers la pratique de la chasse, et que nous sommes devenus –en partie au moins– carnivores</li>
</ul>
<p>La question est fondamentale, car la réponse peut en partie justifier de tuer des animaux pour se nourrir. Si les dauphins étaient devenus une espèce philosophante, ils ne se poseraient pas longtemps la question de savoir s’il est légitime ou moral de manger des poissons et des calmars : leur physiologie le leur impose. Ainsi donc, tout élément qui étaye le caractère naturellement carnivore de l’humanité devient un obstacle à la morale végéta*ienne.</p>
<p>Passons en revue les arguments des uns et des autres.</p>
<h3>Anatomie comparée</h3>
<p>Nous sommes des grands singes. Nous partageons avec les chimpanzés, les gorilles ou les orang-outans la dentition, les pouces opposables, la vision binoculaire, et un intestin nettement plus long que les animaux carnivores. Tout cet appareillage est évidemment une adaptation à la vie dans les arbres et un régime essentiellement frugivore. Donc nous sommes <a href="http://www.iol.ie/~creature/BiologicalAdaptations.htm">parfaitement adaptés</a> à un régime frugivore.</p>
<p><a href="http://flickr.com/photos/ekilby/2867810243" title="Gorille attrapant une feuille par Eric Kilby, sur Flickr"><img class="center" src="http://farm4.static.flickr.com/3158/2867810243_81a5539f48.jpg" alt="Gorille attrapant une feuille par Eric Kilby, sur Flickr" /></a></p>
<p>L’absence de fortes canines et la longueur de l’intestin sont particulièrement révélatrices. Nos mâchoires ne sont pas faites pour tuer, et notre intestin est trop long pour digérer la viande sans assimiler aussi certaines toxines issues d’une digestion trop poussée des protéines animales, et qu’il nous faut ensuite éliminer. De surcroît, le gène de l’uricase ne s’exprime pas chez les humains : la consommation de nourriture carnée s’accompagne de taux élevés d’acide urique dans les tissus : même sans en arriver à l’arthrose ou la goutte, on conçoit qu’une exposition permanente à un composé que nous ne savons pas métaboliser ne doit pas être idéale pour la santé.</p>
<p>Le propos est sans équivoque : les humains ne sont pas faits au départ pour être des carnivores. Et j’en suis totalement convaincu.</p>
<p>Il reste à savoir si nous avons évolué suffisamment depuis pour que nous ne puissions pas non plus nous considérer comme exclusivement frugivores.</p>
<h3>Une différenciation par la chasse et l’intelligence</h3>
<p>Déjà les grands singes ne sont pas exclusivement frugivores. Les chimpanzés n’hésitent pas à <a href="http://www-rcf.usc.edu/~stanford/chimphunt.html">agrémenter l’ordinaire</a> d’un peu de chair fraîche s’il arrivent à mettre la main sur un jeune colobe roux égaré. Par ailleurs, ils passent souvent du temps à collecter des insectes, et quand il y a abondance de termites, ils semblent les préférer aux fruits. Ceci constitue un apport non-négligeable de protéines, et s’explique peut-être par <a href="http://www.emory.edu/LIVING_LINKS/pdf_attachments/PRIMATE%20TAXONOMY.pdf">l’origine insectivore</a> primordiale des primates.</p>
<p><a href="http://flickr.com/photos/suneko/138311129/" title="Chimpanzé par suneko, sur Flickr"><img class="center" src="http://farm1.static.flickr.com/47/138311129_efe6b35cac_m.jpg" alt="Chimpanzé par suneko, sur Flickr" /></a></p>
<p>Des mains préhensiles, une vision binoculaire : voici des atouts de poids pour que nos ancètres s’improvisent prédateurs. Et l’espèce humaine aurait ainsi évolué vers un omnivorisme opportuniste, augmentant peu à peu la part d’apports carnés (sans pour autant jamais atteindre les niveaux d’aujourd’hui).</p>
<p>Quatre millions d’années de pratique (même occasionnelle) de la chasse ont forcément laissé des traces dans notre physiologie et notre matabolisme. Certains avancent même que l’intelligence humaine est un produit de la chasse : le cerveau est un gros consommateur énergétique, l’intestin aussi. En s’appuyant sur une nourriture plus assimilable, autorisant un raccourcicement l’intestin, l’évolution a pu <a href="http://www.beyondveg.com/billings-t/comp-anat/comp-anat-4a.shtml">favoriser l’intelligence</a>. Ceci en retour améliorait les capacités prédatrices de l’espèce. Si bien que nous avons abouti à ce cerveau qui coûte proportionnellement trois fois et demi plus de calories que celui des chimpanzés.</p>
<p><img class="center" src='http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2008/11/chauvet.jpg' alt='Peinture de la grotte Chauvet' /></p>
<p>Un régime totalement frugivore, avec une faible teneur calorique ne semble pas compatible avec la singulière évolution métabolique liée aux besoins d’un tel cerveau. Ainsi, il semble bien que l’évolution nous a condamnés à un régime riche en calories.</p>
<h3>Questions subsidiaires</h3>
<p>Mais ça ne me suffit pas, et j’ai encore des questions :</p>
<ul>
<li>pourquoi trouvé-je une tomate ou une pêche appétissantes et pas un foie cru encore tiède et tout juste détaché à coups de biface d’un cadavre fumant ?</li>
<li>les céréales, les légumineuses, les tubercules fournissent aussi une abondance de calories. La viande est-elle la seule solution ?</li>
<li>S’il nous faut absolument des protéines animales, peut-on se contenter de les trouver dans les produits laitiers et les oeufs ?</li>
</ul>
<p><strong>L’instinct et la cuisson</strong>. Instinctivement, la viande crue a tendance à nous dégoûter. Est-ce seulement culturel ? Apparemment, c’est plus que ça : le feu a accompagné l’évolution des humains depuis au moins <a href="http://www.beyondveg.com/nicholson-w/hb/hb-interview2c.shtml">quelques centaines de milliers d’années</a>. Sur ces durées couvrant plusieurs milliers de générations, la sélection naturelle a le temps de faire son oeuvre. Et donc nous nous serions adaptés à la cuisine. Ce qui explique peut-être mon peu d’attrait pour la chair crue (que les Inuits semblent pourtant mieux supporter que les big macs).</p>
<p><strong>Adaptation tardive à l’agriculture</strong>. Par comparaison, la révolution néolithique est nettement plus récente. En dix mille ans, l’espèce n’a pas tellement le temps de mettre tout en place pour la révolution alimentaire qui a remplacé l’essentiel de la viande et des cueillettes par du blé, du riz, du maïs, des haricots. Les recherches en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pal%C3%A9opathologie">paléopathologie</a> semblent montrer que les humains <a href="http://www.beyondveg.com/nicholson-w/angel-1984/angel-1984-1a.shtml">vivaient mieux au paléolithique</a> qu’après la révolution agricole du néolithique. Certes, les maladies infectieuses sont la plaie des villes, et la misère alimentaire des paysans a une origine largement politique. Mais il est non moins certain que la transition d’un régime de chasseur-cueilleur (probablement plus cueilleur que chasseur), où depuis plusieurs millions d’années les glucides complexes ne constituaient au plus qu’une fraction saisonnière de l’apport alimentaire, vers une alimentation où l’amidon représente l’apport calorique principal ne fut probablement pas anodine pour le métabolisme et la santé.</p>
<p><strong>Presque pas d’adaptation au lait</strong>. La consommation de lait par des populations d’éleveurs est encore plus récente (à peine 4000 ans). Seuls les Européens du Nord et quelques ethnies d’Afrique de l’Est ont vu se développer les <a href="http://www.nytimes.com/2006/12/11/science/11evolve.html?partner=rssnyt&#038;emc=rss">modifications génétiques</a> (différentes entre les deux groupes) leur permettant de tolérer le lactose à l’âge adulte. Ceci correspond probablement aux populations qui les premières ont eu recours aux produits laitiers, laissant le temps à la sélection naturelle de favoriser les enfants qui conservaient l’expression du gêne de l’enzyme lactase à l’âge adulte. Pour le reste de l’humanité, le lait n’est pas comestible.</p>
<h3>Qu’en retenir ?</h3>
<p>Les possibilités alimentaires léguées à l’espèce humaine par son évolution sont extrêmement larges. Une mémoire insectivore, une base frugivore, une évolution carnivore, une adaptation granivore (au moins partielle), font des humains des presque-omnivores. En nous laissant finalement un vaste choix dans notre alimentation, la Nature nous met devant nos responsabilités quant à ce que nous pouvons/devons manger, ce qui nous force à utiliser le cerveau dont elle nous a dotés pour trouver une réponse au <a href="http://www.arpentnourricier.org/le-dilemme-carnivore/">dilemme carnivore</a>.</p>
<p>Et c’est pour ça qu’il reste encore quatre épisodes dans la série.</p>
<ol>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/vie-et-mort-a-la-ferme-de-stuart-gabrielle/">Vie et mort à la ferme de Stuart et Gabrielle</a> — ce que ça fait de tuer un cochon</li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/un-peu-de-dietetique-de-levolution/">Un peu de diététique de l’évolution</a> — nous sommes faits pour manger des fruits ; et aussi de la viande</li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/la-contradiction-vegetarienne/">La contradiction végétarienne</a> — nous n’avons de fromage que parce que d’autres mangent des veaux</li>
<li>Permaculture, élevage, et empreinte écologique — peut-on élever des animaux à empreinte écologique nulle ?</li>
<li>Casuistique autour des notions de ‘bonne vie’ et ‘bonne’ mort — peut-on être un ‘bon’ esclavagiste et un ‘bon’ meurtrier ?</li>
<li>Conclusion : vegan ou bien … ? — peut-on rester moralement et nutritionnellement cohérent ? </li>
</ol>
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		<title>Biodiversifier nos vies</title>
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		<pubDate>Mon, 26 May 2008 20:07:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
				<category><![CDATA[réflexions]]></category>
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		<description><![CDATA[Aparté aérospatial Commençons par une digression vers la conception aéronautique et spatiale : quand on doit concevoir des satellites qui vont fonctionner pendant vingt ans en orbite géostationnaire sans aucune maintenance (imaginez votre voiture rouler pendant vingt ans jour et nuit sans jamais passer au garage), ou quand on doit concevoir un avion qui volera [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/biodiversifier-nos-vies/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Aparté aérospatial</h3>
<p>Commençons par une digression vers la conception aéronautique et spatiale : quand on doit concevoir des satellites qui vont fonctionner pendant vingt ans en orbite géostationnaire sans aucune maintenance (imaginez votre voiture rouler pendant vingt ans jour et nuit sans jamais passer au garage), ou quand on doit concevoir un avion qui volera pendant un milliard d’heures sans accident (imaginez votre ordinateur tourner pendant 117000 ans sans planter), il nous faut des systèmes tolérants aux pannes, il nous faut de la robustesse. Généralement, on atteint cette robustesse par des architectures <a href="http://www.geocities.com/euzuncaova/docs/Analysis_of_Boeing777_FCS_Report.pdf" title="les commandes de vol du B777" class="broken_link">redondantes et diversifiées</a>. Quand un composant tombe en panne, un composant de secours prend la main. Parfois, même le système redondant peut connaître des défaillances. Le cas le plus fréquent correspond à une erreur de conception commune à l’équipement nominal et à l’équipement redondant. Si l’on veut se prémunir y compris contre ces cas imprévisibles (on ne sait jamais où sont les erreurs de conception, mais on sait qu’il y en aura toujours), <span id="more-42"></span>on prévoit un autre système de secours, complètement différent et indépendant du système principal. Généralement, le système de secours est moins efficace, plus rustique, et supporte bien mieux les situations de fonctionnement dégradé. Ceci permet alors au pilote de poser l’avion ou aux opérateurs au sol de reconfigurer le satellite. Et plus on met de diversité dans le système, et plus il devient robuste.</p>
<h3>Application aux écosystèmes</h3>
<p>Quand on regarde quelles plantes colonisent spontanément une parcelle, on a l’impression que ce sont justement les plantes dont le sol a besoin, selon son état, pour en améliorer la fertilité. D’abord il y aura un couvert de graminées, pour stabiliser la couche superficielle ; ensuite des pissenlits, des bardanes, ou du rumex perforeront les couches compactées grâce à leur racine pivotante ; ensuite les épineux protègeront la zone contre le piétinement et les herbivores ; enfin les arbres et les arbustes fourniront une source durable d’humus, une assurance contre l’érosion, une capacité à “digérer” la roche-mère pour créer davantage de sol, un habitat durable pour la faune, etc. Comme si toutes ces plantes étaient au service d’un seul objectif, comme si un ‘horloger’ avait pris soin d’enchaîner méticuleusement toutes les pièces de ce puzzle pour aboutir à la forêt.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/arpentnourricier/2525445216/" title="Péninsule de Coromandel de arpent nourricier, sur Flickr"><img class="center" src="http://farm3.static.flickr.com/2353/2525445216_b5cc9d2b94_m.jpg" width="240" height="179" alt="Péninsule de Coromandel" /></a></p>
<p>Même s’il me reste une once de foi, je n’en demeure pas moins un ingénieur avec des principes ; et des arguments comme “Dieu l’a fait” ou “La Nature l’a voulu ainsi” me sont notoirement insuffisants. En fait, Darwin avait déjà tout compris. Les processus d’évolution et de sélection ne s’appliquent pas qu’aux espèces. Notre point de vue individualiste nous fait oublier qu’aucune espèce n’est isolée d’un écosystème. La sélection naturelle ne s’applique pas aux espèces de façon individuelle : si une symbiose apporte à un arbre et un champignon un avantage compétitif mutuel, ils prospèreront et évolureont de concert. Quand la sélection naturelle s’applique à un écosystème tout entier, l’écosystème qui prévaudra, c’est bien l’écosystème le plus robuste, celui qui se rétablit le plus rapidement après une perturbation ou un désastre. La théorie de l’évolution appliquée aux écosystèmes nous montre bien que les écosystèmes seront favorisés dans lesquels les espèces semblent coopérer, dans lesquels la diversité offre un attirail d’outils pour prospérer, survivre, évoluer. De même que l’évolution a engendré cette équipe d’organes parfaitement coordonnée et adaptée à la chasse qu’on appelle ‘chat’, de même l’évolution des écosystèmes conduit aux forêts tempérées ou tropicales, qui ont l’apparence d’être conçues pour produire de la fertilité et pour se rétablir rapidement.</p>
<p>Les écosystèmes que nous observons aujourd’hui sont ceux qui ont survécu pendant des millions d’années (puisque les autres ont disparu ou évolué). Ce sont donc des écosystèmes qui ont été atteints par des centaines de perturbations (en particulier climatiques) et qui s’en sont sortis. S’ils ont survécu, c’est qu’ils étaient robustes. Comme la robustesse et la diversité vont de pair, ceci explique comment la sélection naturelle a engendré l’extraordinaire diversité que nous observons. Cela va totalement à l’encontre de l’idée véhiculée par une forme illettrée de Darwinisme (avec en son centre l’idée inepte du darwinisme social) selon laquelle la sélection, à force d’écrêmage, finit par ne retenir que quelques espèces championnes. Et ceci explique aussi pourquoi les écosystèmes qui nous entourent aujourd’hui (au moins ceux qui n’ont pas encore été massacrés) semblent être équipés ‘de série’ de mécanismes pour survivre à toutes les sortes de désastres. CQFD. Incendies, glissements de terrain, sécheresse, inondations, gel : il y a toujours un ensemble de processus ou d’espèces qui attendaient sagement qu’un certain événement se produise pour se rendre utiles et réparer les blessures, puis qui retournent en dormance pour les prochains milliers d’années jusqu’au prochain épisode.</p>
<h3>Application concrète : ma vie</h3>
<p>Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Même si le paysage social et économique autour de moi a été relativement stable sur les vingt dernières années, cela ne veut pas dire que ça va continuer toujours. Les humains ont la mauvaise habitude de considérer que trois années de suite font une règle éternelle. Je sais que la probabilité qu’une crise majeure intervienne en France avant que je sois grand-père est de 100%. Si l’on prend l’histoire de France, pas une génération n’aura été épargnée par une crise grave ou une guerre ; pas même celle des baby-boomers, qui ont vécu au bord d’une guerre nucléaire pendant au moins un quart de siècle et qui ont subi les deux chocs pétroliers des années 70. Chercher à imaginer ce que sera cette crise est un jeu stérile, comme de lister toutes les possibilités de défaillance inattendue dans la conception d’un système de commandes de vol.</p>
<p>Mais je sais qu’un système diversifié est toujours plus robuste. Donc je veux mettre davantage de ‘biodiversité’ dans ma vie.</p>
<p>Comment ça peut se traduire ? Cela fait à peine deux ans que je m’y attelle explicitement, mais je peux déjà proposer quelques exemples :</p>
<ul>
<li><strong>Diversifier le travail</strong>. Ceci est la clé de voûte de la démarche. L’éthique du travail et les conventions sociales nous forcent à avoir un seul métier, rémunéré, et à plein temps. Ceci me semble aussi peu varié ni résistant que 1000 hectares de maïs transgénique. Les espèces animales en voie de disparition ne sont-elles pas celles qui sont trop spécialisées, qui ne mangent qu’une seule espèce de plantes ou ne vivent que dans une niche écologique trop étroite ? Il me faut sortir de ce carcan. Je travaille déjà à temps partiel (4 jours par semaine), et je vais certainement poursuivre dans cette direction. Je pourrais choisir d’avoir deux métiers, mais je crois qu’il y a encore plus de possibilités de diversification si je peux me permettre de réduire mon travail rémunéré et que je consacre le temps libéré à du travail “non-monétaire”. Emancipé d’une tutelle commerciale, ce travail est en effet bien plus adaptable. Je rénove ma maison, je fais pousser de la nourriture, je suscite des réseaux d’amis au niveau local (et global), je travaille pour le domaine public, je me forme à tout ce qui passe à ma portée…</li>
<li><strong>Diversifier l’approvisionnement en nourriture</strong>. Je veux produire au moins la moitié de ce que mange ma famille. En parallèle, nous nous sommes abonnés à un système de paniers avec un <a href="http://www.reseaucocagne.asso.fr" title="jardins maraîchers biologiques à vocation d'insertion professionnelle">Jardin de Cocagne</a> ; nous commandons les denrées non-périssables en gros auprès d’une association ‘centrale d’achat’ (<a href="http://www.loreedubio.org/" title="soyez indulgents, site en construction" class="broken_link">l’Orée du Bio</a>) ; nous achetons la viande chez des éleveurs voisins, etc. Chaque année, nos visites au supermarché se font plus rares.</li>
<li><strong>Diversifier les amis</strong>, apprendre à connaître d’autres gens. Si toute ma vie se passe au travail ; si mes collègues sont tous des ingénieurs ; s’ils proviennent tous des mêmes milieux sociaux et des mêmes écoles ; alors ça s’appelle de la monoculture. Je ne suis pas un champion des réseaux et des carnets d’adresse, mais je commence à m’impliquer davantage dans davantage de réseaux, d’associations, de groupes, pour connaître des tonnes de gens que je n’aurais jamais rencontrés si j’étais resté dans mon trou.</li>
<li><strong>Diversifier les sources d’information</strong>. Je n’ai plus de télévision depuis 2001, mais il m’a fallu encore quelques années avant de comprendre qu’il fallait aussi cesser d’écouter la radio. C’est pourtant facile à comprendre. Tous les médias classiques sont faits pour faire de l’audience : ils ne nous disent que ce qu’on aime entendre, et ils sont aussi moutonniers que des opérateurs financiers. Donc ce n’est pas auprès d’eux qu’on risque d’apprendre quelque chose de vraiment différent. Sans radio ni télé, quand il ne restait que l’écrit (sites d’information sur internet) et les podcasts, j’ai pu commencer à m’intéresser aux choses qui me semblent vraiment importantes (attention toutefois : c’est vite fait de tourner en rond et de se complaire dans l’information qui nous arrange sans aller voir ailleurs. Il faut se forcer à lire et écouter des gens avec qui on n’est pas d’accord si on veut avoir une chance de se remettre en question un jour).</li>
<li><strong>Diversifier la connaissance</strong>. Rien qu’à y réfléchir, ce qu’on appelle ‘culture’ est souvent une convention intrinsèque à un milieu socio-culturel. Je vais ouvrir grand les fenêtres, et ma curiosité n’aura plus de limites.</li>
</ul>
<h3>Epilogue</h3>
<p>Et la diversité est tellement plus passionnante !</p>
<p>Publié initialement (septembre 2007) en anglais sur mon blog <a href="http://www.wisemandarine.com/biodiversifying-my-life/" title="la version 'originale' de cet article">wisemandarine.com</a></p>
<h3>Lire aussi</h3>
<p>Ma définition de l’<a href="http://www.arpentnourricier.org/de-lagriculture-personnelle/" title="produire sa nourriture comme on fait la cuisine">agriculture personnelle</a></p>
<h3>Liens externes</h3>
<p><a href="http://www.pubmedcentral.nih.gov/picrender.fcgi?artid=1692970&#038;blobtype=pdf" title="un article scientifique très intéressant">La sélection naturelle organise la diversité et la productivité des écosystèmes</a> (en anglais)</p>
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