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	<title>l&#039;arpent nourricier &#187; agriculture paysanne</title>
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	<description>permaculture et transition en aveyron et ailleurs</description>
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		<title>La viande : une extravagance inoffensive</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Mar 2011 22:19:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
				<category><![CDATA[animaux]]></category>
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		<description><![CDATA[Le récent livre de Simon Fairlie : Meat - a Benign Extravagance essaie de démêler les chiffres de l'impact environnemental d'un élevage dans un modèle d'agriculture paysanne familiale et vivrière, montrant qu'entre l'horreur et les excès de l'élevage industriel et la prohibition éthique prônée par le mouvement vegan, il y a une vraie place pour les animaux dans un paysage agraire résilient et reruralisé.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>J’avais tort, et [ce livre — Meat : A Benign Extravagance] m’en a persuadé. Il m’a ouvert les yeux quant à la fascinante complexité d’un dossier trop souvent vu en noir et blanc.</p>
<p><a href="http://www.monbiot.com/2002/12/24/the-poor-get-stuffed/">Dans le Guardian en 2002</a>, j’évoquais l’accroissement brutal du nombre de têtes de bétail dans le monde, et le lien qu’il y avait entre leur consommation de céréales et la malnutrition humaine. En étudiant les chiffres, j’en concluais que le véganisme était “la seule solution éthique à ce qui est peut-être le plus urgent des problèmes de justice sociale dans le monde.” Je crois toujours que le détournement de pans toujours plus vastes du domaine arable vers l’alimentation du bétail au détriment de celle des humains est injuste et absurde. Le livre [de Simon Fairlie] ne prétend pas le contraire. En revanche, je ne crois plus que la seule solution éthique soit de cesser de manger de la viande.</p></blockquote>
<p>C’est ainsi qu’en septembre de cette année <a href="www.monbiot.com/2010/09/07/strong-meat/" class="broken_link">George Monbiot</a>, le célèbre journaliste d’investigation britannique et champion des luttes anticapitalistes démarrait sa chronique, à propos de <a href="http://www.amazon.co.uk/Meat-benign-extravagance-Simon-Fairlie/dp/1856230554">Meat : a Benign Extravagance</a>, livre récemment publié par Simon Fairlie, un soixante-huitard ayant été tour à tour berger, maçon, pêcheur, éditeur, et <a href="http://www.thescytheshop.co.uk/">vendeur de faux</a> (si l’on en croit la bio du livre).</p>
<p>Je viens d’en achever la lecture, et je confirme que c’est une petite révélation pour qui s’intéresse à la place des animaux et des produits animaux (viande incluse) dans un système agraire soutenable, ce qui est justement une préoccupation assez partagée dans le monde de la permaculture. Fairlie met sans complexe les pieds dans le plat au beau milieu de la bataille rangée entre les tenants de l’élevage industriel et les végéta.iens. La voix qu’il essaie de faire entendre, c’est celle de l’agriculture paysanne, où l’animal a toujours eu sa place, et qui est victime dans notre référentiel culturel des assauts pas nécessairement concertés de l’agribusiness d’un côté et des végéta.iens de l’autre.<span id="more-1238"></span></p>
<p>Commençons tout d’abord par préciser que le livre laisse délibérément de côté deux terrains d’argumentation favoris des végéta.iens : la diététique et l’éthique. Si l’aspect nutritionnel est abordé, c’est principalement du point de vue de l’apport calorique, dans un souci de nourrir les peuples (un peu comme le ferait un rapport de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_des_Nations_unies_pour_l%27alimentation_et_l%27agriculture">FAO</a>). Ainsi il se concentre essentiellement sur la question de la place des animaux dans nos paysages agricoles et dans notre assiette principalement du point de vue de la soutenabilité, dans une approche qui se réclame ouvertement d’une vision permaculturelle.</p>
<p>En attendant qu’un éditeur choisisse de publier une traduction, je m’en vais de ce pas vous faire le résumé du livre et de son argumentaire, chapitre par chapitre, pour que le lecteur francophone puisse en tirer la substantifique moelle. A noter que pour toute réclamation et polémique, c’est le texte original qui fait foi.</p>
<h3>1 — introduction</h3>
<p>La viande est un luxe, et détourner des surfaces arables au profit de l’élevage industriel est un crime. Les dégâts environnementaux causés par l’élevage à outrance sont évidents. Mais la réponse que proposent les végéta.iens est simpliste. Le livre est une enquête détaillée sur la question de “l’éthique environnementale” de la consommation de viande.</p>
<h3>2 — cochons sédentaires, vache nomades, poulets urbains</h3>
<p>Ce chapitre introductif retrace brièvement l’histoire de l’élevage et des interdits alimentaires, jusqu’au dernier interdit (pas de porc dans les hamburgers) qui a conduit à l’essor de l’industrie américaine du boeuf et au modèle de l’élevage intensif carcéral gaspillant les céréales.</p>
<h3>3 — un demi-hectare par repas ?</h3>
<p>Ce chapitre essaie de retracer la génèse du rapport “dix unités de céréales pour une unité de viande” trop souvent cité comme vérité divine. Il montre qu’en tenant compte de divers éléments, il semblerait qu’il soit plutôt aux alentours de 7 pour 1. Il fait ensuite remarquer que le bétail tire l’essentiel de son alimlentation de l’herbe et d’autres ressources qui n’entrent pas en compétition avec l’alimentaiton humaine, ce qui fait que le ratio complet se rapproche de 3 pour 1. Il montre ainsi que si tout le monde arrêtait de manger de la viande (boeuf, porc, volaille, etc.), la quantité de céréales libérée ne suffirait pas à  compenser la quantité de viande abandonnée, parce qu’une grande proportion de l’alimentation destinée aux animaux est impropre à la consommation humaine (herbe, broussaille, et résidus agricoles pour les ruminants, déchets alimentaires pour les porcs). Par contre si on arrêtait de donner des cérales aux bovins pour fournir du boeuf industriel aux 20% les plus nantis, on libèrerait 400 millions de tonnes de céréales qui nourriraient 1.3 milliard de personnes.</p>
<h3>4 — bétail <em>par défaut</em></h3>
<p>Ce chapitre fondamental montre qu’en-deçà d’un certain niveau, l’élevage ne “mange pas de pain”. Si on donne des déchets alimentaires aux porcs et de l’herbe et de la paille aux ruminants, ils n’empiètent pas sur la nourriture humaine, tout en lui en apportant. Il détermine alors qu’on pourrait couvrir environ la moitié de la consommation actuelle mondiale de lait, d’oeufs et de viande dans un modèle d’élevage où les bêtes n’auraient droit qu’à ce qui n’empiète pas sur la nourriture humaine. Réparti entre tous les habitants de la planète, ça ferait 350g de viande et 75g de fromage par semaine. Il appelle cela le “bétail par défaut” : les produits et les services animaux qui sont le co-produit intégral d’un système agraire plus vaste (et soutenable).</p>
<h3>5 — le cochon et le principe de précaution</h3>
<p>Traditionnellement, le cochon était élevé localement dans les familles et servait de poubelle, permettant de valoriser les déchets et recycler les nutriments. En concentrant les cochons dans des élevages industriels, les risques sanitaires accrus empêchent de nourrir les animaux avec des déchets. Ceci casse le cycle des nutriments, consomme des ressources dédiées, et crée un gros problème de déchets (marées vertes en aval des élevages, et incinération des déchets alimentaires en amont faute de pouvoir les donner aux cochons).</p>
<h3>6 — la question des lipides</h3>
<p>La consommation de matière grasse par habitant est restée stable en 50 ans dans les pays occidentaux. Si on veut être végan, ça voudra dire remplacer les graisses animales par beaucoup d’huile végétale. Or la production d’huile végétale est très gourmandes en hectares 20 m² par kilo pour l’huile végétale contre 14 pour le beurre. Et ce ne sont souvent pas des hectares locaux : la graisse ‘naturelle’ en angleterre, c’est la graisse animale. Par ailleurs, il fait remarquer qu’une grande partie de l’alimentation animale dans le monde (tourteau) soit une conséquence de la demande en huile végétale.</p>
<h3>7 — dur à avaler</h3>
<p>Ce chapitre démolit le mythe selon lequel il faudrait 100,000 litres d’eau pour produire un kilo de viande. Pour une génisse qui donnera 125 kg de viande, ça voudrait dire boire 25000 litres par jour. Apparemment, le chiffre initial a été obtenu en attribuant au bilan hydrique de la viande toute l’eau du ciel tombée tombée sur la prairie, comme si elle était perdue dans ce kilo de viande. Ce chiffre de 100000 litres par kilo n’est éventuellement vrai que pour des animaux nourris avec du foin et du grain issu de cultures irriguées, ils sont totalement faux pour des vaches à l’herbe.</p>
<h3>8 — engrais vert</h3>
<p>De nombreux agriculteurs bio considèrent le bétail comme une composante essentielle dans le maintien de la fertilité (rotation prairie-céréales). Il existe cependant plein de rotations possibles sans bétail, où la fertilité est assurée par des culture intercalaires d’engrais verts. Mais les efficacités des deux approches sont assez similaires.  Donc quand les vegans prétendend qu’on pourrait nourrir bien plus de monde sans les animaux, ça serait uniquement vrai avec des engrais chimiques (donc pas besoin de bêtes ni d’engrais verts).</p>
<h3>9 — la grande-bretagne peut-elle se nourrir ?</h3>
<p>Ce chapitre reprend un article déjà publié par Simon Fairlie et que j’avais pu lire sur <a href="http://transitionculture.org/wp-content/uploads/2007/CanBritain.pdf" title="La Grande-Bretagne peut-elle se nourrir ? (en anglais) (PDF)">TransitionCulture</a> où il postule un nombre d’habitants pour la grande-bretagne, un régime alimentaire (calories, graisse et fruits et légumes). Avec des estimations de rendement à l’hectare pour chaque type de culture et dans chaque situation, Fairlie examine 6 grandes situations, toutes dérivées d’un régime de base publié dans un article de 1975 : chimique avec élevage / chimique vegan / bio vegan / bio avec élevage / permaculture avec élevage / permaculture vegan. Il montre que le système qui nourrit le plus de monde sur le moins de terres, c’est chimique-vegan : 1 ha nourrit 20p. Si on passe en bio-vegan, il faut faire des rotations d’engrais vert pour avoir de l’azote, et on passe à 1 ha pour 8p. En bio avec élevage, on se retrouve à utiliser beaucoup de terres en plus pour les prairies, et il ne reste pas grand-chose pour laisser à l’état sauvage. On est alors à 1 ha arable + 1 ha de prairie pour nourrir 7.5 personnes. Si on choisit de prendre des vaches laitières moins productives et de l’élevage spécifique pour la viande, alors on peut réduire l’emprise, pour une même quantité de lait produite : on réduit  le besoin de prairies. En effet, des vaches qui produisent peu de lait et qui sont nourries exclusivement à l’herbe mangent sur des prairies en rotation avec des cultures céréalières : elles font partie de l’engrais vert. Alors que des vaches qui produisent beaucoup de lait et qui ont besoin de céréales sont des consommateurs nets d’azote.</p>
<p>Enfin, l’auteur examine deux situations “sur mesure” où il essaie rajoute le besoin de fibres et de bois, mais de compenser ce surcoût en essayant d’intégrer au mieux les différentes productions, en s’autorisant des hypothèses de changement de style de vie des gens. Les vaches sont du bétail ‘par défaut’, nourries à l’herbe, tandis que le porc est nourri aux 2/3 avec du petit lait et d’autres sous-produits et déchets alimentaires. Il parvient alors à rester dans la même fourchette de 1 ha arable + 0.8 ha de prairie pour 7.5 personnes (bois et fibre compris), pourvu que les gens vivent à la campagne (recyclage des nutriments). Et si on enlève le bétail (optique permaculture-vegan), alors on gagneeffectivement, mais uniquement sur les hectares de prairie : il faut autant de terres arables dans les deux cas) mais on peut plus facilement vivre en ville.</p>
<h3>10 — à propos des greniers</h3>
<p>Dans ce chapitre, Fairlie aborde la question des disettes, et montre que les famines ne sont jamais la conséquence de trop d’élevage. Au contraire, plusieurs famines (dont celle d’Irlande) sont le résultat de choix agraires superproductifs et essentiellement végétariens. Il cite une anecdote ethnologique intéressante dans laquelle les populations Maring de Nouvelle-Guinée organisent culturellement l’explosion démographique puis l’effondrement démographique (lors d’incroyables banquets) de leur cochons, ce qui est interpété comme une stratégie pour éviter la famine pour eux-même : ils testent les limites de subsistance de leur système agricole par procuration.</p>
<p>L’auteur suggère que l’élevage (et en particulier le porc, puisqu’on a montré au chapitre précédent que les vachent mangent de l’herbe) est un tampon intéressant pour lisser les écarts entre les années grasses et les années maigres : écarts de prix agricoles, écarts de disponibilité de nourriture pour les humains. En gros, les cochons et la volaille servent de marge de manoeuvre entre nous et la sous-production de nourriture. Une mauvaise année, on limite le nombre de cochons, et on mange le grain. Une bonne année, on donne le grain aux cochons. C’est donc un élément stabilisateur qui n’existe pas dans un monde vegan : il faudrait brûler les surplus de blé les bonnes années ou bien mettre en place de gros greniers (probablement la bonne solution).</p>
<h3>11 — nourriture vagabonde</h3>
<p>Ce chapitre est un peu dense pour être résumé facilement. Il traite d’abord de la chasse et de la pêche, et montre que les pêcheries traditionnelles artisanales sont bien plus respectueuses des stocks, consomment bien moins de ressources et font vivre bien plus de monde que les gros chalutiers. La deuxième partie du chapitre évoque le rôle du bétail dans une Inde essentiellement végétarienne : animaux de trait, vaches à lait, et viande pour les plus défavorisés (les intouchables). Il parle de la révolution blanche, qui en quelques années a fait de l’Inde le premier producteur laitier mondial (consommation intérieure uniquement), avec essentiellement de très petites exploitations, et une alimentation qui n’entre pas en concurrence avec l’alimentation humaine.</p>
<h3>12 — traction animale ou agrocarburants ?</h3>
<p>Ce chapitre traitre une question que je me suis souvent posée, à savoir : dans un monde sans pétrole, un tracteur consomme-t-il plus d’hectares pour son agrocarburant qu’un cheval pour son fourrage ? Apparemment, ça se vaut : il faut environ un hectare pour en cultiver 10, que ça soit pour de l’agrocarburant ou de l’avoine. La grosse différence pour un agriculteur, c’est le prix de la machine : un tracteur coûte alors qu’un cheval rapporte (vente des poulains). Par ailleurs, la biomasse pour les agrocarburants doit être transportée vers une usine et réacheminée, alors que la biomasse pour l’animal de trait peut être trouvée sur place. L’auteur relève ensuite le paradoxe que notre référence européenne pour l’animal de trait soit le cheval, alors qu’il est nettement moins rentable que le boeuf, qui est plus facile à guider, moins fragile et moins difficile (et si c’est une vache, elle peut aussi donner du lait).</p>
<p>La deuxième partie du chapitre traite du transport de la nourriture, en partant du constat qu’un régime végan sous le climat britannique est assez dépendant de nourriture importée (en particulier en graisse végétale). Il montre que si le bilan carbone du transport est relativement modeste, il reste la difficulté du réacheminement des nutriments, ainsi que tous les problèmes liées à un mode de production et de distribution centralisé, ce qui rend les circuits courts et locaux particulièrement bienvenus.</p>
<h3>13 — changement climatique : les voitures ou les vaches ?</h3>
<p>Dans ce chapitre crucial, l’auteur tord le cou au chiffre largement repris depuis quelques années qui attribue 18% des émissions mondiales à l’élevage. Il montre que la comptabilité à l’origine du chiffre est totalement fausse, en particulier parce qu’elle impute intégralement à l’élevage les émissions de CO2 liées à la déforestation, en les comptant comme des flux annuels comme si chaque paysan brésilien re-déforestait sa ferme chaque année. De même, en attribuant toutes les émissions de protoxyde d’azote à l’élevage (5,5% des émissions mondiales), les analyses oublient que le fumier qui dégage du N2O sert à engraisser nos cultures, et qu’il faudrait le remplacer par des engrais chimiques ou des engrais verts, lesquels libèrent autant de N2O (c’est le cycle normal de l’azote) sans compter que si nous arrêtons de manger de la viande, il faudra augmenter les cultures de légumineuses, qui sont aussi émettrices de N2O. Au total, l’auteur pense que le niveau réel attribuable raisonnablement à l’élevage est deux fois plus faible. En revanche, il ne conteste pas vraiment les niveaux généralement annoncés pour le méthane. Il note toutefois que le méthane sert de bouc émissaire, puisque en tant que gaz à durée de vie courte, il est souvent visé en priorité dans les politiques de réduction des émissions court-terme alors que c’est bien le CO2 issu du pétrole et du charbon qui est à l’origine du problème au départ.</p>
<p>Au final, le chiffre total des émissions lié à l’élevage est probablement inférieur à 10%, ce qui reste élevé, mais moins dramatique que les 18% annoncés.</p>
<p>Enfin, ce chapitre se penche sur la tromperie qui consiste à ne pas compter les émissions liées au transport pour comparer l’agriculture paysanne locale et l’agriculture industrielle mondialisée, qui laissent entendre que l’agriculture paysanne émet davantage de gaz à effet de serre, ce qui est absurde.</p>
<h3>14 — séquestration du carbone dans les sols agricoles</h3>
<p>Le chapite 14 se penche sur la séquestration de carbone dans les sols agricoles des prairies permanentes. Apparemment, le sujet n’est pas tranché du côté scientifique, et de nombreux chiffres contradictoires circulent. Un des mécanismes évoqués pour expliquer comment les ruminants augmentent la matière organique dans le sol est qu’une touffe d’herbe broutée laisse mourir une partie de ses racines, qui nourrissent directement le sol en carbone. Même si les différentes expériences sont intéressantes (l’auteur cite en particulier <a href="http://www.arpentnourricier.org/portrait-allan-savory/">Allan Savory</a> qui montre que les prairies semi-arides se portent mieux quand on y fait brouter de gros troupeaux de façon intermittente que si on laisse pâturer juste quelques bêtes en permanence), il faut se méfier des chiffres, et surtout des velléités de certains à vouloir les convertir en crédit carbone.</p>
<h3>15 — le grand fossé</h3>
<p>Dans ce chapitre volontairement polémique, l’auteur fait s’affronter deux visions agricoles : d’un côté une vision permaculturelle bocagère et horticole, avec de petits villages disséminés et de petites fermes en polyculture-élevage ; et de l’autre une vision vegan d’agriculture de plaine mécanisée où les gens vivent en ville et sont déconnectés de la nature. Les anciennes prairies et des régions entières impropres aux grandes cultures seraient laissées à la forêt, et il faudrait payer des chasseurs ou ériger une grande clôture pour empêcher les animaux sauvages de pulluler et venir brouter nos champs de salade. Cette vision est sans doute volontairement exagérée, mais l’argument principal de l’auteur, c’est qu’en tirant le fil d’une éthique vegan, on finit par considérer l’homme en dehors de la nature, comme un paria plutôt que comme un participant.</p>
<h3>16 — le combat entre l’ombre et la lumière</h3>
<p>Ce chapitre examine d’abord le potentiel que représentent les jardins-forêts et l’agroforesterie pour nourrir les humains là où ne peut pas faire de culture arable et où on fait actuellement de l’élevage.  Il mentionne les travaux de Martin Crawford sur les noyers et les châtaigniers et verrait bien un mélange d’élevage et de culture d’arbres à noix pour réduire notre dépendance aux céréales. Il revient ensuite  sur l’idée que toute l’Europe était une vaste forêt primaire avant les défrichements. En réalité, de nouvelles études (il cite surtout les <a href="http://www.knepp.co.uk/Other_docs/Frans%20Vera/Birks%20over%20Vera%20in%20TREE1.pdf">travaux controversés de Frans Vera</a>) suggèrent qu’au moins en plaine, le couvert arboré était plus ouvert, le paysage étant constitué d’une mosaïque de prairie et de forêt, à cause du rôle joué par les grands herbivores, lesquels seraient arrivés au moins aussi vite que les arbres à la fin de la dernière glaciation. Ainsi, les préjugés de nombreuses politiques de conservation en Europe en faveur de la forêt et à l’encontre de la prairie semblent un peu déplacés.</p>
<h3>17 — une économie permaculturelle incluant les animaux</h3>
<p>Dans ce dernier chapitre, Fairlie détaille sa vision d’une économie re-ruralisée, avec une mosaïque de forêts, de haies, de prés, de champs, et il montre que les animaux permettent d’augmenter considérablement le nombre de relations entre les éléments de cette économie (une approche courante dans la conception permaculturelle pour augmenter la résilience d’un système). Les ruminants seraient élevés pour leurs services écologiques (débroussaillage, fumier, traction, transports) uniquement sur des prés non-arables ou en rotation avec des céréales pour reconstituer la fertilité des parcelles, tandis que les cochons seraient élevés à l’échelle familiale avec le surplus céréalier (en complément des déchets et des sous-produits agricoles) pour servir d’amortisseur de prix agricoles et de disettes. Dans cette vision, l’humain n’est pas voué un rester un être urbain à l’écart de la nature, mais un animal paysan et jardinier, acteur intégral de nos écosystèmes.</p>
<h3>Ma conclusion</h3>
<p>J’ai été absolument enchanté en lisant ce livre. Il recouvre une partie des réflexions que j’ai pu expliciter dans ma série sur la question de <a href="http://www.arpentnourricier.org/le-dilemme-carnivore/">la place des animaux en permaculture</a>. Il expose une vision d’une économie humaine distribuée et reruralisée qui me plaît. Il creuse les chiffres et fouille les références bibliographiques plus loin que la plupart des autres auteurs sur ces sujets. Et il me rassure sur l’avenir de mon paysage bocager dans un monde de descente énergétique.</p>
<p>Evidemment, le gros trou dans la raquette reste l’argument éthique : dans tout ce livre, Fairlie ne se demande jamais ce qui nous permet de nous arroger le droit de faire travailler puis de mettre à mort des animaux. Cependant, j’ai l’impression que d’une certaine façon, cette question se pose de façon moins simpliste quand on considère comme lui que l’humain est un maillon de l’écosystème et non pas un gardien et gestionnaire extérieur et tout-puissant. Mais là, c’est probablement le thème d’un tout autre livre…</p>
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		<title>Peut-on faire du bio en grande culture ?</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Sep 2008 21:23:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Même bio, l’agriculture à grande échelle a trois handicaps majeurs pour être vraiment durable : elle reste essentiellement basée sur des parcelles en monoculture, elle doit se plier aux exigences d’un circuit de distribution industriel, et elle porte les coûts cachés d’un modèle centralisé. Peut-être que la conversion de notre agriculture productiviste aux méthodes biologiques [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/peut-on-faire-du-bio-en-grande-culture/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Même bio, l’agriculture à grande échelle a trois handicaps majeurs pour être vraiment durable : elle reste essentiellement basée sur des parcelles en monoculture, elle doit se plier aux exigences d’un circuit de distribution industriel, et elle porte les coûts cachés d’un modèle centralisé. Peut-être que la conversion de notre agriculture productiviste aux méthodes biologiques serait l’occasion de désindustrialiser l’agriculture.</p>
<h3>Monoculture, déséquilibres, interventionnisme</h3>
<p>Les techniques de semis direct sous couvert décrites par exemple par <a href="http://www.google.com/url?sa=t&#038;source=web&#038;ct=res&#038;cd=3&#038;url=http%3A%2F%2Fvideo.google.com%2Fvideoplay%3Fdocid%3D-2909489196349752965&#038;ei=t47FSNGvFZuy-ALowqniBg&#038;usg=AFQjCNEgV2VCAgGwu7maaKz5xIqlq94ODw&#038;sig2=8Sfh6iuTehDxuwpU9QHiOw" title="vidéo de sa conférence">Claude Bourguignon</a>, ou bien testées par les <a href="http://www.agricool.net/forum/">agricoolteurs</a> mettent le respect des sols à la portée de la grande culture. Le sol se reconstitue, la faune endogée prospère, les plantes sont en meilleure santé. C’est révolutionnaire, mais ça reste essentiellement de la monoculture. Une seule variété, semée avec la plus grande régularité sur une vaste parcelle, ça ne fait pas un écosystème. Or la théorie de l’évolution nous apprend une chose : si les écosystèmes spontanés contiennent une telle <a href="http://www.arpentnourricier.org/biodiversifier-nos-vies/">biodiversité</a>, c’est que c’est justement cette biodiversité qui leur a permis de survivre jusqu’à nous. Il n’y a pas d’écosystème uniforme dans la nature, parce que ces écosystèmes n’ont pas survécu. J’en conclus qu’une parcelle uniforme, propre, rangée, c’est une parcelle en sursis. Même en bio, l’équilibre est instable.</p>
<p>Le meilleur que saurait faire la grande culture, ça serait des parcelles en bandes longues, de la largeur d’une moissonneuse, séparées par des haies champêtres. Et comme un arc-en-ciel, on alternerait les espèces dans les bandes : fraises, blé, soja, taillis de saule, patates, orge, colza, luzerne, ray-grass, re-fraises, etc. Déjà ça, ça serait beau, et peut-être suffisamment stable pour survivre d’une saison sur l’autre. En fait, c’est la haie qui procurerait la biodiversité, puisqu’on y laisserait pousser toutes les espèces végétales possibles, et toute la faune qui va avec. Les prédateurs ne seraient donc jamais à plus d’une-demi fauchée de moissonneuse de leurs proies, ce qui est un gage de robustesse.</p>
<p>Toutefois, ça n’en reste pas moins de longues étendues plantées de la même variété. Et quand un envahisseur atteint une de ces bandes sans que son prédateur naturel soit présent (par exemple un redoux précoce faisant éclore un insecte parasite avant le retour des oiseaux qui s’en nourrissent), c’est toute la bande qui est atteinte. Si l’agriculteur ne peut pas se permettre de perdre une bande, il lui faudra intervenir. Et je suis un farouche libéral en ce qui concerne l’agriculture : toute intervention est un échec, que le traitement soit autorisé par le cahier des charges du label AB ou pas.</p>
<h3>Accidents dans la lutte biologique</h3>
<p>Même bio, la grande culture restera donc caractérisée par cette fragilité intrinsèque de la monoculture, donc par des accidents et des interventions curatives, suivies de recommandations d’interventions préventives, lesquelles induiront des déséquilibres qui provoqueront d’autres accidents. On risque d’assister au même genre de fuite en avant que dans l’agriculture chimique, simplement avec des produits qu’on considère moins dangereux. La <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lutte_biologique">lutte biologique</a> n’est malheureusement pas une panacée et nous offre suffisamment d’exemples de bavures regrettables pour nous inciter à la prudence.</p>
<p>Quelques exemples :</p>
<ul>
<li>La <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Myxomatose">myxomatose</a> est un virus d’Amérique du Sud, introduit en Autralie pour contrôler les populations invasives de lapins. Elle a ensuite été introduite en Europe, et a fait des ravages dans nos populations de lapins, si bien que maintenant on doit vacciner nos lapins</li>
<li><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cactoblastis_cactorum">Cactoblastis cactorum</a> est un papillon d’Amérique du Sud introduit en Australie (la répétition est intentionnelle) pour contrôler l’invasion de figuiers de barbarie (Opuntia Ficus-Indica). Cette initiave a longtemps été citée en exemple comme l’une des grandes réussites de la lutte biologique. Sauf que maintenant, la bestiole a gagné l’Amérique Centrale et du Nord, et menaces les espèces endémiques de cactus, ainsi que le revenu agricole de nombreux agriculteurs mexicains.</li>
<li>Le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bufo_marinus">crapaud buffle</a> est un crapaud d’Amérique du Sud, qui a été introduit en Australie (encore ?) pour manger les insectes parasites de la canne à sucre. Comme il a tendance à empoisonner les prédateurs indigènes, il se répand comme … des lapins.</li>
<li>La <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Mosquitofish">Gambusie</a> est un petit poisson du Golfe du Mexique, qui se nourrit entre autres de larves de moustiques, et qui a été introduit un peu partout pour lutter contre le paludisme. Comme il ne se contente pas de manger les moustiques, il menace de très nombreuses espèces endémiques (en particulier en Australie)</li>
<li><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Rhinocyllus_conicus">Rhinocyllus conicus</a> est un genre de charançon natif d’Eurasie et d’Afrique du Nord qui a été introduit en Amérique du Nord pour manger les mauvais chardons. Mais il mange aussi les gentils chardons, et il a fini par mettre en danger les chardons natifs de là-bas.</li>
<li>Des mangoustes ont été introduites à Hawaii pour venir à bout des invasions de rats. Apparemment, elles préfèrent faire disparaître les espèces endémiques d’oiseaux. [<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Biological_pest_control#Negative_results_of_biological_pest_control">ref</a>]</li>
<li>etc.</li>
</ul>
<h3>Variétés, et circuits de distribution</h3>
<p>La production industrielle produit des quantités industrielles, donc nécessite une distribution industrielle, et <em>in fine</em> du transport. Ce qu’on gagne avec l’efficacité de la mécanisation d’un côté, on le reperd en grande partie en un réseau de transport, de contrôle, et de distribution complexe et ramifié. Il ne faut pas oublier en effet qu’un supermaché, même bio, concentre d’énormes gaspillages, au premier rang desquels les trajets en camion des denrées, les parkings, le chauffage du supermarché pendant qu’on réfrigère les bacs, et les trajets en voiture particulière des consommateurs (qui ne sont jamais comptés).</p>
<p>Pour permettre ce transport et cette distribution, les variétés doivent être sélectionnées non pas pour le goût ou les valeurs nutritives, mais pour la robustesse au stress mécanique et thermique. On continue alors de vivre sur les variétés industrielles de pommes, de tomates, ou de courgettes. Ceci est à nouveau un frein à la diversité.</p>
<h3>Quels coûts se cachent derrière les économies d’échelle ?</h3>
<p>Comme l’a prouvé <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich#Contre_productivit.C3.A9">Ivan Illitch</a>, une bonne partie du modèle industriel repose sur la foi dogmatique que l’industrialisation d’un système de production conduit toujours à des économies d’échelles. En outre, le miracle du pétrole bon marché a masqué pendant cinquante ans les coûts du transport. S’il est vrai que les débuts de la révolution industrielle (ou de la révolution verte) ont occasionné des augmentations notables de production, il faut se demander si ce n’était pas davantage un effet de modernisation/rationalisation, voire de pillage du patrimoine et des ressources. Je crois que le modèle industriel appliqué à l’agriculture, en oubliant tous les coûts externes, représente en fait des <em>déséconomies</em> d’échelle considérables.</p>
<p>On croit qu’un agriculteur peut nourrir à lui seul des centaines de familles. Un miracle d’efficacité industrielle. En fait, il n’est que le sommet de l’iceberg agroalimentaire, et derrière lui se cachent le technicien de la chambre d’agriculture, le vendeur de tracteurs, l’ouvrier qui a construit le tracteur, son patron, le comptable de son patron, l’agent du Crédit Agricole, le vendeur d’intrants, l’ouvrier qui a construit l’usine qui fabrique les engrais, le chauffeur qui amène les aliments, le chauffeur qui emmène les bêtes, le chauffeur qui amène le fioul, le chauffeur qui distribue les carcasses, le boucher qui découpe les carcasses, le vendeur qui met les steaks sous plastique et en rayon, la caissière qui bipe le code barre, l’ouvrier qui a construit la voiture du consommateur, etc. et j’en oublie. </p>
<p>Environ un septième du revenu des ménages est consacré au budget agro-alimentaire. Ainsi, pour nourrir 100 familles, il faut en fait 13 personnes à plein temps en plus de l’agriculteur pour faire tourner le reste de la filière. Et à chaque fois qu’on veut augmenter la productivité d’un agriculteur, on génère des coûts supplémentaires ailleurs dans la filière (recherche en OGM, nouvelles machines agricoles, transports plus lointains), et de plus en plus souvent à l’extérieur de la filière (santé publique, crises sanitaires et écologiques, subventions, exportations ‘forcées’, misère des pauvres des pays pauvres, délocalisations, appauvrissement des pauvres des pays riches).</p>
<p>Le système industriel n’est donc pas aussi efficace qu’on croit. Et c’est finalement une bonne nouvelle : l’argument ‘c’est trop cher’ ne tient plus, et on peut envisager de revenir à une <a href="http://www.arpentnourricier.org/la-bonne-taille-pour-une-exploitation-agricole/">agriculture paysanne</a> plus gourmande en travail aux champs, sans craindre d’augmenter le coût total.</p>
<h3>Quel bon niveau de ‘désindustrialisation’ ?</h3>
<p>En effet, une exploitation de plus petite taille, si elle nécessite plus de main d’oeuvre pour produire, demande moins de monde pour distribuer. Contrairement à un Auchan, un marché de producteurs n’a pas besoin de chefs de rayon, de manutentionnaires, de vigiles, d’agents de nettoyage, ou bien de directeur des achats. En passant à des circuits courts, on réduit considérablement les intermédiaires et les surcoûts (plateforme logistique, entrepôts frigorifiques, semi-remorques charriant des cagettes à travers toute l’Europe, …). Une agriculture paysanne demande aussi moins d’investissements en matériel, donc moins d’ouvriers à la chaîne pour construire des gros tracteurs.</p>
<p>Où seront tous ces gens libérés de la nébuleuse agro-alimentaire industrielle ? Aux champs. Si la nouvelle agriculture paysanne n’est pas plus coûteuse que le modèle industriel, alors on aura simplement transformé des travailleurs urbains en paysans. Au passage, en repeuplant ainsi les campagnes, on réduit les distances entre producteur et consommateur, ce qui améliore encore l’efficacité.</p>
<p>Pour que ce système ne soit pas plus coûteux que le système actuel (et je ne compte pas les coûts cachés), il faudrait qu’un paysan travaillant en circuit court (AMAP ou marché de producteurs) puisse nourrir 7 familles. Ca doit être <a href="http://www.arpentnourricier.org/la-bonne-taille-pour-une-exploitation-agricole/">faisable</a>, non ?</p>
<h3>Lire aussi</h3>
<p><a href="http://www.arpentnourricier.org/le-manifeste-de-larpent/">Le manifeste de l’arpent nourricier</a><br />
<a href="http://www.arpentnourricier.org/de-lagriculture-personnelle/">L’agriculture personnelle</a></p>
<h3>Liens externes</h3>
<p><a href="http://instruct1.cit.cornell.edu/courses/ent201/documents/BIOLOGICALCONTROL_FightingFireWithFire.pdf" title="combattre le feu par le feu" class="broken_link">Un article du magazine Science</a> (en Anglais)</p>
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		<title>C’est l’agriculture paysanne qui nourrira le monde</title>
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		<pubDate>Sat, 21 Jun 2008 18:45:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
				<category><![CDATA[réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[ressources]]></category>
		<category><![CDATA[agriculture paysanne]]></category>
		<category><![CDATA[autonomie alimentaire]]></category>
		<category><![CDATA[souveraineté alimentaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Je lis avec avidité la chronique de George Monbiot. Ce journaliste d’investigation engagé écrit pour The Guardian, et il publie aussi chaque semaine une colonne sur son blog www.monbiot.com. Son article du 10 juin 2008 Small is Bountiful (Petit et Généreux — jeu de mots sur l’expression “small is beautiful”) m’a particulièrement frappé par la [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/cest-lagriculture-paysanne-qui-nourrira-le-monde/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je lis avec avidité la chronique de George Monbiot. Ce journaliste d’investigation engagé écrit pour <a href="http://www.guardian.co.uk/" title="Guardian Unlimited">The Guardian</a>, et il publie aussi chaque semaine une colonne sur son blog <a href="http://www.monbiot.com" title="le blog de George Monbiot">www.monbiot.com</a>. Son article du 10 juin 2008 <a href="http://www.monbiot.com/archives/2008/06/10/small-is-bountiful/" title="la version originale de l'article">Small is Bountiful</a> (Petit et Généreux — jeu de mots sur l’expression “small is beautiful”) m’a particulièrement frappé par la justesse du propos, et conforte les thèmes que j’aborde dans mon <a href="http://www.arpentnourricier.org/le-manifeste-de-larpent/" title="le manifeste de l'arpent nourricier">manifeste</a>.</p>
<p>J’ai demandé à l’auteur s’il voulait bien que je traduise l’article pour en faire profiter les internautes francophones. Vous pouvez difficilement imaginer ma fierté quand j’ai reçu son courriel répondant favorablement à ma requête. Trêve de glose, voici ma traduction.</p>
<p>(note : il s’avère que je n’étais pas seul sur ce coup ; vous pouvez trouver une autre traduction chez <a href="http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=312">Fabrice Nicolino</a> et <a href="http://www.amisdelaterre.org/Faim-dans-le-monde-les-petits.html">aussi là</a>) </p>
<h3>Small is Bountiful</h3>
<p><em><strong>L’agriculture paysanne offre les meilleures chances de nourrir le monde. Alors pourquoi traite-t-on nos paysans avec autant de mépris ?</strong></p>
<p>Par <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/George_Monbiot" title="bio de l'auteur sur Wikipedia">George Monbiot</a>. Publié dans le journal <a href="http://www.guardian.co.uk/" title="Guardian Unlimited">The Guardian</a> le 10 Juin 2008</p>
<p>Je vous invite à vous asseoir avant de lire ce paragraphe. Robert Mugabe a raison. Au sommet mondial de l’alimentation la semaine dernière, il était le seul chef d’État à défendre “l’importance […] du foncier dans la production agricole et la sécurité alimentaire”.(1) Les pays devraient suivre le Zimbabwe dans la démocratisation de la propriété foncière, a-t-il dit.</p>
<p>Bien sûr, le vieux salaud a fait exactement l’inverse. Il a spolié ses opposants et donné la terre à ses partisans. Il n’a donné aucun soutien financier ni aucun support d’expertise aux nouvelles exploitations, ce qui a conduit l’agriculture zimbabwéenne à l’effondrement. Le pays avait absolument besoin d’une réforme agraire quand Mugabe a accédé à la présidence. Et c’est toujours le cas aujourd’hui.</p>
<p>Mais sur le fond, il a raison. Les gouvernements du monde riche peuvent bien faire la sourde oreille, la question de savoir si le monde pourra ou non se nourrir dépend en partie de l’accès au foncier. Ceci fait écho à une découverte inattendue, faite en 1962 par le prix Nobel d’économie Amartya Sen(2). Elle a été confirmée depuis par des dizaines d’autres études : la production agricole à l’hectare est inversement proportionnelle à la taille de l’exploitation. Plus les exploitations sont petites, meilleurs sont les rendements.</p>
<p>Dans certains cas, le ratio est énorme.  Par exemple, une étude récente sur l’agriculture turque a montré que les fermes de moins d’un hectare sont vingt fois plus productives que celles de plus de dix hectares(3). La règle d’Amartya Sen a pu être confirmée en Inde, au Pakistan, au Népal, en Malaisie, en Thaïlande, à Java, aux Philippines, au Brésil, en Colombie et au Paraguay. Elle semble s’appliquer quasiment partout.</p>
<p>Cette règle serait surprenante dans toute industrie, avec notre vieille habitude d’associer l’efficacité à l’effet d’échelle. Dans le cas agricole, elle semble particulièrement incongrue, puisque les petits producteurs sont en général peu mécanisés, ont un accès plus difficile au capital et au crédit, et sont souvent moins au fait des techniques les plus récentes.</p>
<p>La justification de cette règle est assez controversée. Certains chercheurs expliquent qu’il s’agit d’un biais statistique : des sols fertiles font vivre davantage de monde que des terres stériles, et la taille des exploitations serait une conséquence de la productivité élevée, plutôt que l’inverse. Mais d’autres études ont démontré que la règle de proportionnalité inverse s’appliquait aussi pour les exploitations d’une même région fertile. Voire, elle fonctionne encore pour des pays comme le Brésil, où les grands propriétaires ont accaparé les meilleures terres(4).</p>
<p>L’explication la plus plausible est que les petits paysans consacrent davantage de travail à l’hectare que les gros exploitants(5). Leur main-d’œuvre est essentiellement constituée des membres de leurs familles, donc le coût du travail est moindre que pour une grande exploitation (ils sont dispensés du coût de la rémunération et de l’encadrement des travailleurs), tandis que le travail est de meilleure qualité. Avec ce travail accru, les paysans peuvent cultiver leur lopin de façon plus intensive : ils passent davantage de temps à construire des terrasses et des systèmes d’irrigation ; ils sèment directement après la récolte ; ils peuvent associer des cultures différentes sur la même parcelle.</p>
<p>Aux premiers jours de la Révolution Verte, cette règle semblait s’être inversée : avec leur accès au crédit, les grosses fermes ont pu investir dans de nouvelles variétés et doper leurs rendements. Mais à mesure que l’usage de ces nouvelles variétés s’est étendu au monde paysan, la règle de proportionnalité inverse a retrouvé sa validité(6). Si les gouvernements veulent vraiment nourrir le monde, ils devraient démanteler les grandes propriétés, redistribuer les terres aux pauvres, et orienter la recherche et le financement vers le soutien aux petites exploitations.</p>
<p>Il y a des quantités d’autres bonnes raisons de défendre l’agriculture paysanne dans les pays pauvres. Les miracles économiques de la Corée du Sud, de Taïwan et du Japon sont issus des réformes agraires [ndt : que ces pays ont mises en œuvre après-guerre]. Les paysans ont ensuite réinvesti leurs profits dans le petit commerce. Il semble que la Chine ait suivi le même chemin, même si elle a été retardée de quarante ans par la collectivisation et le Grand Bond en Arrière : les bénéfices économiques de la redistribution qui a commencé en 1949 ne se sont faits sentir qu’au début des années 1980(7). La croissance qui s’appuie sur l’agriculture paysanne tend à être mieux distribuée que celle qu’on base sur des industries lourdement capitalisées(8). Bien qu’ils exploitent leurs terres de façon intensive, les petits paysans ont un impact écologique moindre. Quand des exploitations modestes sont rachetées par une grosse, les paysans évincés s’exilent vers de nouvelles terres pour tâcher d’en extraire une subsistance. Un jour, j’ai accompagné des paysans expropriés de l’Etat du Maranhão au Brésil sur 3000 kilomètres à travers l’Amazonie, jusqu’au territoire des Indiens Yanomami, pour les voir ensuite le saccager.</p>
<p>Mais les préjugés à l’encontre des paysans ont la vie dure. Ils donnent lieu aux insultes les plus paradoxales de la langue anglaise : quand on traite quelqu’un de ‘paysan’, on l’accuse en fait d’être autonome et productif. Les paysans sont détestés tant du capitalisme que du communisme. L’un et l’autre ont cherché à saisir leurs terres, et ont consacré beaucoup d’efforts à les rabaisser et les diaboliser. Dans son descriptif de la Turquie, le pays où les petits paysans sont vingt fois plus productifs que les gros exploitants, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture [ndt : la FAO] écrit qu’à cause des petites exploitations, “la production agricole […] demeure faible”.(9) L’OCDE écrit que “l’arrêt de la fragmentation foncière” en Turquie et “le remembrement des terres très fragmentées est indispensable pour augmenter la productivité agricole”.(10) Aucune de ces deux instances n’apporte de preuve pour étayer ces affirmations. Une classe laborieuse déracinée et à demi affamée convient parfaitement au capital.</p>
<p>A l’instar de Mugabe, les pays donateurs et les grandes organisations internationales réclament que l’on aide les petits paysans, tandis qu’ils les escroquent en silence. Les participants au sommet sur l’alimentation de la semaine dernière se sont mis d’accord pour “aider les fermiers, et en particulier les petits producteurs, à accroître la production et à s’intégrer dans les marchés locaux, régionaux et internationaux.”(11) Mais quand en début d’année l’<a href="http://www.agassessment.org">Évaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement</a> (IAASTD) a proposé justement un moyen pour apporter cette aide, les États-Unis, l’Australie et le Canada ont refusé d’approuver ces mesures parce qu’elles nuisent à la grande industrie, tandis que le Royaume-Uni demeure le seul pays qui ne veut pas faire savoir s’il soutient l’étude ou non(13).</p>
<p>La grande industrie est en train de tuer l’agriculture paysanne. En étendant les droits de propriété intellectuelle à tous les aspects de la production ; en développant des variétés qui se reproduisent soit mal soit pas du tout(14), elle s’assure que seuls ceux qui ont accès au capital peuvent cultiver. En capturant à la fois le marché de gros et celui de détail, elle cherche à réduire ses coûts de transaction en ne faisant affaire qu’avec de gros fournisseurs. Si vous considérez que les grandes surfaces rendent la vie difficile aux fermiers britanniques, il vous faudrait voir ce qu’ils font aux cultivateurs du monde pauvre. A mesure que les pays en développement suppriment les marchés de rue et les étals des vendeurs à la sauvette pour les remplacer par des grandes surfaces et des galeries commerciales clinquantes, les fermiers les plus productifs perdent leurs clients et sont obligés de vendre leurs terres. Les nations opulentes soutiennent ce processus en exigeant un accès au marché pour leurs industriels. Leurs subventions agricoles favorisent leurs propres gros exploitants dans la compétition inégale avec les petits producteurs des pays pauvres.</p>
<p>Ceci amène une conclusion intéressante. Pendant des années, des progressistes bien intentionnés ont soutenu le commerce équitable pour les bienfaits qu’il apporte directement aux gens auprès desquels il se fournit. Et la structure du marché mondial de l’alimentation est en train de changer à une rapidité telle que le commerce équitable devient maintenant l’une des rares solutions qui peuvent encore permettent aux petits paysans des nations pauvres de survivre. Passer d’une agriculture paysanne à de grandes exploitations provoquerait un déclin majeur de la production mondiale, au moment même où l’offre de nourriture se resserre. Le commerce équitable est sans doute maintenant nécessaire non seulement pour redistribuer les richesses, mais aussi pour nourrir le monde. </p>
<p>www.monbiot.com</p>
<h4>References</h4>
<p>1. http://www.fao.org/fileadmin/user_upload/foodclimate/statements/zwe_mugabe.pdf</p>
<p>2. Amartya Sen, 1962. An Aspect of Indian Agriculture. Economic Weekly, Vol. 14.</p>
<p>3. Fatma Gül Ünal, October 2006. Small Is Beautiful: Evidence Of Inverse Size Yield<br />
Relationship In Rural Turkey. Policy Innovations. http://www.policyinnovations.org/ideas/policy_library/data/01382</p>
<p>4. Giovanni Cornia, 1985. Farm Size, Land Yields and the Agricultural Production function: an<br />
analysis for fifteen Developing Countries. World Development. Vol. 13, pp. 513–34.</p>
<p>5. Eg Peter Hazell, January 2005. Is there a future for small farms? Agricultural Economics, Vol. 32, pp93-101. doi:10.1111/j.0169–5150.2004.00016.x</p>
<p>6. Rasmus Heltberg, October 1998. Rural market imperfections and the farm size– productivity relationship: Evidence from Pakistan. World Development. Vol 26, pp 1807–1826. doi:10.1016/S0305-750X(98)00084–9</p>
<p>7. Voir Shenggen Fan et Connie Chan-Kang , 2005. Is Small Beautiful?: Farm Size, Productivity and Poverty in Asian Agriculture. Agricultural Economics, Vol. 32, pp135-146.</p>
<p>8. Peter Hazell, ibid.</p>
<p>9. http://www.new-agri.co.uk/00–3/countryp.html</p>
<p>10. OECD Economic Surveys: Turkey — Volume 2006 Issue 15, p186.<br />
This is available online as a Google book.</p>
<p>J’ai découvert les références 9 et 10 via Fatma Gül Ünal, ibid.</p>
<p>11. http://www.fao.org/fileadmin/user_upload/foodclimate/HLCdocs/declaration-E.pdf</p>
<p>12. International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development (IAASTD), 2008. Global Summary for Decision Makers. www.agassessment.org</p>
<p>13. IAASTD, viewed 9th June 2008. Frequently Asked Questions. www.agassessment.org</p>
<p>14. Eg Terminator seeds. </em></p>
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