Une spirale d’herbes improvisée

Permaculture appliquée : première étude de cas

La per­ma­cul­ture

Le terme per­ma­cul­ture est un mot-valise (permanent (agri)culture) forgé par deux Au­tra­liens (Bill Mol­li­son et Da­vid Holm­gren) dans les an­nées 80, quand ils ont posé les bases d’une phi­lo­so­phie agri­cole et so­ciale à contre-courant de la tour­nure pro­duc­ti­viste que pre­nait l’agriculture.

Plu­tôt qu’une pra­tique ou une mé­thode de faire, la per­ma­cul­ture c’est d’abord une fa­çon de ré­flé­chir avant d’agir. Les livres de per­ma­cul­ture sont as­sez ra­tion­nels, par­fois un peu sco­laires et théo­riques. On doit se de­man­der ce qu’on veut faire, puis com­ment le faire, en cher­chant sys­té­ma­ti­que­ment à in­té­grer les pièces du puzzle d’une vie per­son­nelle, fa­mi­liale, so­ciale, agri­cole, ar­ti­sa­nale ou ar­tis­tique. Tout ‘dé­chet’ doit ser­vir à quelque chose, tout pro­ces­sus doit être pensé comme une par­tie d’un grand re­cy­clage. Fron­ta­le­ment très ra­tion­nelle, la per­ma­cul­ture a aussi son pe­tit côté mys­tique dans son re­cours sys­té­ma­tique aux formes et aux mo­tifs : cercles concen­triques, spi­rales, on­du­la­tions, ramifications.

En ceci, et par bien d’autres as­pects, la per­ma­cul­ture cherche à s’inspirer de la na­ture, dans la­quelle rien n’est ja­mais gâ­ché, dans la­quelle la ri­chesse vient de la di­ver­sité des fonc­tions, des be­soins, et des formes. En ob­ser­vant la na­ture, en imi­tant ou en fa­vo­ri­sant les éco­sys­tèmes spon­ta­nés, les per­ma­cul­teurs par­viennent à mettre en place des sys­tèmes agri­coles très pro­duc­tifs et très éco­nomes en travail.

La spi­rale d’herbes aromatiques

Je re­vien­drai cer­tai­ne­ment plus lon­gue­ment sur la per­ma­cul­ture dans de nom­breux autres ar­ticles, et je vais me per­mettre ici de sor­tir du cha­peau la spi­rale d’herbes aro­ma­tiques. Cette construc­tion qui a sa place à proxi­mité de la cui­sine dans tout pro­jet de per­ma­cul­ture est à maints égards l’emblème de la dis­ci­pline. En fait, il s’agit as­sez pro­saï­que­ment d’une culture de plantes aro­ma­tiques sur une butte en par­tie ma­çon­née. Re­gar­dons la chose de plus près.

Les plantes aro­ma­tiques ont des exi­gences ex­trê­me­ment di­verses, et la forme en butte crée une grande va­riété de condi­tions d’éclairement, d’humidité et de tem­pé­ra­ture du sol entre le haut et le bas, entre le ver­sant sud et le ver­sant nord. Ceci per­met d’avoir la plu­part des plantes aro­ma­tiques au même en­droit, plu­tôt que d’avoir le thym dans la ro­caille du fond du jar­din, le ba­si­lic au pied du pe­tit mu­ret der­rière le fil à linge, et la sauge en haut à côté du tas de bois.

Pour que la butte soit as­sez haute sans être trop large, il faut pou­voir re­te­nir les pentes, et donc réa­li­ser un sou­tè­ne­ment ma­çonné, pour le­quel les per­ma­cul­teurs ont choisi la forme en spi­rale. J’ai aussi un pen­chant pour la spi­rale, mais pas d’arguments dé­ci­sifs en dé­fa­veur d’un plan en Zig­gou­rat ou en tours de Ha­noi, qui fe­raient aussi bien l’affaire.

La spi­rale dont je vais vous par­ler a vu le jour for­tui­te­ment comme la consé­quence d’un jeu de do­mi­nos près de la cour. Tout com­mence par une contrainte ex­té­rieure : le cou­vreur de­vait bien­tôt ve­nir po­ser les lauzes sur le troi­sième toit. Avant qu’il vienne, il me fal­lait trier les­dites lauzes qui étaient de­puis trois ans en deux tas au pied des murs sud et est de l’atelier. Le ca­len­drier était pro­pice, puisque fin avril les or­ties se­raient re­ve­nues en­se­ve­lir les tas jusqu’à l’hiver prochain.

Pre­mière manche : un muret

En tri­ant le pre­mier pa­quet de lauzes, j’ai trouvé cer­taines pierres pour­ries, cas­sées, ou in­formes, que j’ai lais­sées en tas juste sur place.

A me­sure que j’ai re­tiré les lauzes pour les em­pi­ler pro­pre­ment par ordre de taille de l’autre côté du che­min, j’ai dé­cou­vert une terre riche, aé­rée, grouillante de bes­tioles cha­cune se­lon son es­pèce. J’ai pensé im­mé­dia­te­ment à mettre en culture ce coin plu­tôt que le lais­ser re­tour­ner en friche. Mais pour ça, il me fal­lait éva­cuer le tas de pierres de rebut.

Sur un chan­tier nor­mal, on éva­cue les gra­vats au fond du jar­din ou dans la benne, sur­tout si l’on dis­pose d’un tracto-pelle qui per­met de faire les plus grosses conne­ries avant de ré­flé­chir. Mais plu­tôt que de char­rier les brouettes, un per­ma­cul­teur s’asseoit et se de­mande ce qu’il pour­rait bien faire de plus pro­fi­table pour le moins d’efforts. Il me vint alors l’idée d’utiliser ces pierres sur place, pour faire un mu­ret qui dé­li­mi­te­rait la cour et en re­tien­drait le paillage.

En dix mi­nutes, j’ai donc trans­formé un tas de gra­vats en un mu­ret de pierres sèches. Le tas était tel­le­ment près de là où je vou­lais le mu­ret que j’aurais presque pu res­ter as­sis pour cet ouvrage.

Deuxième manche : la spirale

S’agissant du deuxième tas de lauzes à trier, le pas­sage na­tu­rel pour faire la na­vette avec la brouette entre le tas et le poste de tri était barré par un amas de vieilles pierres que nous avions sor­ties du sol de la grange lors de la pré­pa­ra­tion de la dalle. Même avec un mil­lier d’idées en liste d’attente, nous n’avions pas trouvé à réuti­li­ser ces pierres sur-le-champ. Mais on avait au moins eu ce qu’il faut de pa­resse pour évi­ter de les exi­ler au fond du jar­din. Que faire main­te­nant avec ce deuxième tas de pierres ?

Un se­cond mu­ret n’aurait pas d’intérêt. Il n’y a pas de dif­fé­rences de ni­veau à sou­te­nir, pas d’espaces à ma­té­ria­li­ser. A ce mo­ment sur­git l’idée de la spi­rale d’herbes aro­ma­tiques. Ce coin sud-est de l’atelier est bien si­tué, re­ce­vant l’eau du toit, ainsi que le so­leil de­puis le ma­tin jusqu’en mi­lieu d’après-midi. Et il est à proxi­mité de la cui­sine, ce qui est une bonne chose pour des herbes aromatiques.

En un quart d’heure, un tas de gra­vats s’est trans­formé en une fu­ture ré­serve de sa­veurs. A nou­veau, il n’y avait pas plus de deux mètres entre la ma­tière pre­mière (le tas) et le pro­duit fini (la spi­rale). Je connais peu d’initiatives éco­no­miques dont le ra­tio bé­né­fice / ef­forts est aussi manifeste.

spirale d'herbes aromatiques - épandage de BRF

La suite

Quelques jours plus tard, j’ai uti­lisé des dé­chets de taille de haie d’une voi­sine pour faire du bois ra­méal frag­menté et ainsi pré­pa­rer à l’endroit ré­cem­ment dé­li­vré des lauzes une par­celle que j’espère très fer­tile, et où trô­nera en bonne place la spi­rale du per­ma­cul­teur dé­bu­tant. La­quelle a aussi reçu sa part de BRF tant qu’à faire.

Après que le cou­vreur a achevé son ou­vrage, il res­tait en­core pas mal de lauzes, dont ces plus pe­tites qui font moins de quinze cen­ti­mètres de long. Comme ce sont celles qui de­mandent le plus de tra­vail pour le moins de pou­voir cou­vrant, je me suis dit que les uti­li­ser en paillage pour la spi­rale se­rait plus ju­di­cieux que de les gar­der pour une fu­ture toi­ture. C’est avec ce paillage que la spi­rale a at­tendu la plantation.

Le der­nier jour de mai, nous sommes al­lés à la fête des plantes à Cal­mont, pour faire le plein de plantes aro­ma­tiques : ro­ma­rin, thym, es­tra­gon, ori­gan, sauge, co­riandre, per­sil, fe­nouil, aneth, menthe — un vrai fes­ti­val d’odeurs quand j’ai ou­vert le coffre de la voi­ture pour en sor­tir les pots.

J’ai écarté le paillage d’écailles schis­teuses (c’est à dire les lauzes), ins­tallé les plants à la hau­teur et l’orientation qui m’ont sem­blé pro­pices à leur épa­nouis­se­ment, re­mis les lauzes. Et comme à toute chose mal­heur est bon, les in­tenses et fré­quentes pré­ci­pi­ta­tions de ce prin­temps 2008 m’ont éco­no­misé l’arrosage.

spirale d'herbe aromatiques

On di­rait qu’il reste de la place comme ça, mais en fait je suis sûr que l’espace de­vien­dra cher quand ça com­men­cera à bien pous­ser. Tant pis, on ré­col­tera ce qui dépasse…

Mo­ra­lité

Deux ans plus tard, force est de consta­ter que la réus­site n’est pas au rendez-vous. Li­sez la suite pour sa­voir pourquoi.

Liens ex­ternes

La fiche du fo­rum d’on peut le faire
Un cours par­ti­cu­lier en vi­déo sur You­tube (en an­glais)
Et un cours collectif