Sol boueux cherche bois broyé

Un revêtement de sol écologique, drainant, climatisant, et pas cher

tas de BRF

Ma cour boueuse

Evo­quons ma cour en quelques mots. Elle est en­coi­gnée dans une mai­son en L, fai­sant face au Sud-Est. Le sol est un mé­lange d’argile, de rares pousses de gra­mi­nées et de pour­pier, de cailloux 30/40 res­ca­pés du chan­tier, de chutes de lauzes, de plaques de schiste pourri se dé­ta­chant de la roche qui af­fleure par en­droits. Elle re­çoit la pluie de quatre demi-toits, tri­plant sa plu­vio­mé­trie ap­pa­rente : es­thé­tique oblige, il n’y a pas de gout­tières. En hi­ver, elle se trans­forme en vaste flaque boueuse un jour sur deux.

Cela fait déjà plu­sieurs an­nées que j’ai choisi le re­vê­te­ment de sol pour la cour : ni bé­ton lavé, ni ca­lade en ga­lets, ni chape de chaux, ni gra­viers, ni pla­te­forme en teck, ni dalles de cal­caire, mais des co­peaux. Il m’a fallu un cer­tain temps pour mettre mon idée à exé­cu­tion, ce qui m’a per­mis d’être entre-temps conforté par de beaux exemples, en par­ti­cu­lier le jar­di­net du gîte de Stuart & Ga­brielle. No­tons que j’emploie ici le terme de co­peaux plu­tôt que de BRF, dans la me­sure où il n’est nul be­soin que les bois soient fins, ni qu’ils soient ma­jo­ri­tai­re­ment consti­tués de feuillus.

J’avais d’abord es­sayé de faire ces co­peaux moi-même avec un pe­tit broyeur élec­trique. La boue avait déjà bien di­mi­nué, mais je n’aurais ja­mais pu ar­ri­ver à pro­duire les six mètres cubes que le pay­sa­giste est venu me ver­ser fin décembre.

En trois coups de pe­tit râ­teau, voilà la cour métamorphosée.

bois broyé dans la cour

Les mille mé­rites des co­peaux en re­vê­te­ment de sol

Il y a mille in­té­rêts à uti­li­ser des co­peaux en cou­ver­ture de sol. Enumérons-en quelques-uns :

  1. c’est pas cher : 1€60 le mètre carré (pour 10 cm d’épaisseur)
  2. c’est flexible et ré­ver­sible : je n’aurai qu’à pous­ser les co­peaux quand je vou­drai faire d’autres amé­na­ge­ments dans la cour. Et si je me lasse des co­peaux, ils trou­ve­ront leur place au jar­din comme du BRF
  3. c’est éco­lo­gique : à 0.1 litre de com­bus­tible fos­sile par mètre carré trans­port com­pris (voir es­ti­ma­tion sur le sens de l’humus), l’énergie grise est imbattable
  4. c’est drai­nant : pas be­soin de m’embêter à faire un ca­ni­veau et des drains — il suf­fit que le ter­rain soit lé­gè­re­ment en pente vers le jar­din et je n’aurai plus ja­mais de boue
  5. c’est cli­ma­ti­sant : l’hiver, on ne risque pas de glis­ser sur du ver­glas ; l’été, l’humidité main­tient la fraîcheur
  6. c’est déso­do­ri­sant : il faut ai­mer l’odeur de fo­rêt — on peut fa­vo­ri­ser les co­peaux de co­ni­fères, qui ont une odeur plus aromatique
  7. c’est beau : la tex­ture ca­maïeu est in­imi­table et change au gré des saisons
  8. c’est fa­cile à mettre en oeuvre : un ra­teau suf­fit — comp­ter cin­quante mètres car­rés en une heure de travail
  9. c’est peu sa­lis­sant : ja­mais de ba­lai, ja­mais de kär­cher, ja­mais de la­sure, et ja­mais de taches de mer­lot ou de graisse de bar­be­cue lors des re­pas d’été
  10. c’est as­sai­nis­sant : si un chien ou un chat vient à y faire ses be­soins, il suf­fit d’enfouir l’objet du dé­lit et la vie du sol s’en régalera
  11. c’est in­cas­sable : on peut y ga­rer la voi­ture ; on peut y lais­ser choir une masse sans risques de fissures
  12. c’est fer­tile : j’ai cou­vert ma mi­sé­rable terre di­rec­te­ment, sans in­ter­po­ser une quel­conque bar­rière à ad­ven­tices (ni bâche ni car­tons). En-dessous, le bois sera len­te­ment dé­gradé par les cham­pi­gnons et le nou­vel hu­mus se mé­lan­gera au peu d’argile pour faire un sol pro­di­gieux. Je suis sûr qu’il y pous­sera de splen­dides plantes spon­ta­nées dès le prin­temps (que je n’arracherai qu’au cas par cas). Je vais même pro­ba­ble­ment se­mer des graines de prai­rie fleu­rie ou de fleurs de la fo­rêt, pour un plus bel ef­fet. Je trouve as­su­ré­ment plus agréable d’avoir de la na­ture au pied de la mai­son qu’une cour sté­rile, et tant pis si ça ne fait pas ‘propre’.
  13. c’est doux : le moel­leux est très agréable, et par­fai­te­ment in­di­qué pour les chutes des jeunes enfants
  14. c’est po­ly­va­lent : la cour, les che­mins, les marches du per­ron, le paillage des fleurs
  15. c’est pa­na­chable : j’ai fait un per­ron en vieux che­vrons et en lauzes pour en­trer dans la mai­son sans ra­me­ner trop de bois — le ma­riage est vi­suel­le­ment très satisfaisant
  16. c’est re­nou­ve­lable : d’ailleurs, il fau­dra cer­tai­ne­ment le re­nou­ve­ler au moins par­tiel­le­ment dans trois ou quatre ans

Le perron en chevrons et lauzes

Ap­pel aux urbanistes

Pour fi­nir, si un pay­sa­giste ou un ur­ba­niste lit ces lignes, je vou­drais le convaincre que c’est un ma­té­riau rêvé pour des sen­tiers, des squares, et toutes zones pas­sa­ble­ment pié­ti­nées, qui ne risquent plus de de­ve­nir boueuses ni glis­santes. Bor­dez ces che­mins de haies, et vous au­rez le ma­té­riau à por­tée de main la pro­chaine fois qu’il fau­dra re­faire un ap­port de co­peaux. Il ne res­te­rait qu’à sa­voir faire un mo­teur à bois (cycle de stir­ling ?) pour le broyeur, et nous au­rions une so­lu­tion qua­si­ment 100% renouvelable.

Je me prends à rê­ver aux routes du fu­tur : un che­min creux pro­tégé du so­leil et des in­tem­pé­ries par deux haies cham­pêtres, re­cou­vert de co­peaux ré­col­tés sur les haies par une ma­chine qui en une seule passe re­taille le tun­nel de ver­dure par l’intérieur, broie les branches ainsi cou­pées, puis étale les co­peaux neufs der­rière elle. Des routes qui se­raient des odes à la len­teur, des cor­ri­dors de bio­di­ver­sité, des ré­serves de fer­ti­lité, et de for­mi­dables gi­se­ments de champignons.

Chemin creux