Semis d’avoine après le passage du tracteur à poules

Semis d'avoine sans labour et sans semoir

Avant-Après

Avant, c’était une prai­rie. Un en­droit qui n’avait ja­mais été re­mué, et que je n’avais pas tondu de­puis deux ans. J’avais juste dû pas­ser la faux une ou deux fois. Donc per­sonne n’y avait mar­ché, et si je me fie à la hau­teur et la den­sité des gra­mi­nées fau­chées, le sol était pro­ba­ble­ment déjà de bonne qua­lité. La pré­sence de tau­pi­nières aux alen­tours in­dique pro­ba­ble­ment une abon­dance de vers de terre, donc un sol bien struc­turé et bien drainé.

Pour­quoi faire pas­ser le trac­teur à poules à cet en­droit ? Je ne sais pas très bien. J’avais peut-être es­poir que les poules dé­trui­raient toute vé­gé­ta­tion, et que j’aurais alors pu faire des se­mis en pleine terre sans craindre la com­pé­ti­tion de gra­mi­nées bien ins­tal­lées. En fait, il est cer­tain que les pou­lettes n’ont ja­mais gratté as­sez pro­fond. Elles se sont contenté de ra­ser l’herbe de très près.

Le sol après un mois de tracteur à poules

Il est sûr qu’après le sé­jour des poules, le ter­rain ne manque pas de ni­trates, et se prê­tera donc bien à la culture de plantes exigeantes.

Sans vou­loir cri­ti­quer les braves gal­li­na­cés, il faut aussi re­mar­quer qu’une bonne frac­tion du grain que je leur avais donné était resté in­tact. Soit elles n’étaient pas as­sez dé­gour­dies, soit elles n’étaient pas as­sez af­fa­mées pour al­ler le cher­cher entre les brins de paille qui main­te­naient un sem­blant de cou­ver­ture au sol.

Comme je n’avais pas concassé les grains, j’aurai peut-être du maïs et du blé à cet en­droit. Pour­quoi pas, après tout.

Aé­ra­tion du sol, sans grelinette

C’était peut-être in­utile, mais je vou­lais es­sayer de pas­ser un coup de gre­li­nette pour aé­rer le sol. Le seul pro­blème, c’est que je n’ai pas en­core de gre­li­nette, vu que c’est mon voi­sin qui doit me la fa­bri­quer, et que comme il me la fait pour rien, je ne vais quand même pas lui crier après.

Donc j’ai es­sayé avec la ro­to­griffe. Peine per­due. Les ra­cines de gra­mi­nées sont tou­jours bien là sous la sur­face, bien touf­fues et bien an­crées. La griffe se plante sans pro­blème, mais il y fau­drait un ca­bes­tan mû par cinq ma­rins pour la faire pivoter.

J’ai failli me faire une rai­son. Parce qu’en réa­lité, il n’y avait pas vrai­ment be­soin d’aérer ce sol, les vers de terre s’en étaient char­gés, et le pié­ti­ne­ment ap­pa­rent des poules n’affectait pro­ba­ble­ment que la sur­face. Je suis sûr que si j’avais sim­ple­ment laissé le sol tel quel, il se se­rait aéré jusqu’à la sur­face en peu de temps, sur­tout en le pro­té­geant avec un bon paillage. Mais bon, j’avais rêvé de pas­ser un coup de grelinette.

J’ai donc été prendre la fourche-bêche, qui est l’outil qui res­semble de plus près à la gre­li­nette. La bonne sur­prise, c’est que l’outil s’enfonçait par­fai­te­ment sur toute la hau­teur des dents, en ap­puyant à peine le pied. Il n’y avait alors plus qu’à re­cu­ler un peu le manche pour aé­rer une motte. Ja­mais au point de la re­tour­ner ; je ne vou­lais sur­tout pas rem­pla­cer les gra­mi­nées par d’autres ad­ven­tices moins dé­si­rables, par exemple le li­se­ron. Donc la terre de sur­face de­vait res­ter en sur­face, et la terre du fond, au fond. L’opération d’aération a quand même sa­cré­ment fait gon­fler la terre, dont le ni­veau a monté de presque dix cen­ti­mètres (mais ça re­des­cen­dra pro­ba­ble­ment un peu).

Après le pas­sage de la fourche, le ra­ci­naire était suf­fi­sam­ment as­sou­pli pour que je puisse don­ner un coup de ro­to­griffe, par ac­quit de conscience. Cela m’a per­mis d’émietter un peu mieux les mottes, tout en étant sûr de ne rien cham­bou­ler : le mou­ve­ment de pi­vot de la griffe in­verse la gauche et la droite, mais cer­tai­ne­ment pas le des­sus et le dessous.

D’ailleurs à cette oc­ca­sion, je me suis de­mandé si la gre­li­nette n’aurait pas dé­rangé le sol un peu trop pour ce que je vou­lais faire. On verra quand j’en au­rai une.

Du­rée de l’opération (fourche-bêche + griffe) : un quart d’heure pour trois mètres car­rés, donc 833 heures à l’hectare. Pas ques­tion de faire ça à grande échelle. Il faut se rendre à l’évidence, cette tech­nique n’est va­lable que pour un po­ta­ger. A plus grande échelle, il faut lais­ser les bes­tioles faire le bou­lot, ou bien mé­ca­ni­ser (de­vi­nez de quel côté je penche…)

Se­mis d’avoine et de lin

Comme on est en­core très tôt dans la sai­son, je me suis dit que j’avais ma chance avec de l’avoine. Si je change d’avis plus tard, l’avoine aura servi de couvre-sol, et peut-être d’engrais vert.

J’avais com­mandé des se­mences d’avoine chez Es­sem­bio, et en me fiant aux re­com­man­da­tions de plan­ta­tion trou­vées sur in­ter­net (90 à 120 kg à l’hectare), j’en ai dé­duit qu’il m’en fal­lait 60 grammes pour le mor­ceau de po­ta­ger. Comme il n’était pas ques­tion que j’aille me­su­rer les 60 grammes avec un pèse-lettres, j’ai dit que 60 grammes = quelques grosses poi­gnées, à une vache près.

J’ai semé à la vo­lée, en es­sayant d’être plus ré­gu­lier qu’avec le seigle que j’avais semé à l’automne en bas du pré, mais bon, en fait on s’en fout pas mal. Notre be­soin de se­mer pro­pre­ment, au cor­deau, en ligne, im­pec­cable, c’est juste notre es­prit com­pacté. Pour au­tant que je sache, la na­ture ne sème pas en ligne (vous al­lez me dire, elle ne fit pas cent quin­taux à l’hectare non plus…). Si c’est clair­semé par en­droits, j’y met­trai autre chose plus tard. Une pa­tate ou deux, un plant de courge, ce que j’aurai sous la main. Et puis c’est tout.

Bon, et pour mettre un peu de cou­leur, j’ai jeté quelques pin­cées de graines de lin. Là aussi, on verra bien. En fait, il me fau­drait un sac de se­mences de fleurs des champs, et en ba­lan­cer une poi­gnée par-ci par-là au ha­sard de mes se­mis, par plaisir.

Fleur de lin, par laurentlecoutre, sur Flickr

Ma phi­lo­so­phie avec les se­mences, c’est de faire comme la na­ture : ne pas être pingre et ne pas s’en faire.

Paillage (ré­colte et mise en place)

Là, si vous avez suivi, vous vous ren­dez compte que les grains d’avoine et de lin (ainsi que les restes de blé et de maïs des poules) traînent à la sur­face d’une terre certes aéré mais en­core à moi­tié paillée. Et comme je ne veux rien re­muer, pas ques­tion de re­cou­vrir les graines avec un coup de ra­teau ou d’épandre du com­post (d’autant qu’il y a déjà as­sez de ni­trates sur place). Donc il me faut pailler pour re­cou­vrir tout ça.

Mais je n’ai plus de paille. Les caisses pleines de co­peaux de me­nui­se­rie, je les ré­serve pour les toi­lettes sèches. Il fal­lait donc que j’aille ré­col­ter du paillage. La prai­rie du bas était as­sez haute pour que je puisse al­ler me ser­vir. J’ai af­fûté la faux, et j’ai es­sayé de ne prendre que les touffes les plus hautes, celles qui sont faites d’herbe rêche, large, et fon­cée. J’en ai ra­mené quelques bras­sées, pour re­cou­vrir d’une couche d’environ dix cen­ti­mètres la terre nou­vel­le­ment ensemencée.

Planche désherbée, aérée, ensemencée, paillée

En­fin, j’ai dis­posé des ra­meaux tous secs par des­sus, pour la touche fi­nale. Ces ra­meaux, dont il se trou­vait jus­te­ment un tas in­em­ployé à por­tée de bras, et que j’essaie pour la pre­mière fois, ont pour fonction(s) de :

  • Re­te­nir le paillage en cas de vent
  • Dis­sua­der les chats de ve­nir grat­ter. C’est pas très grave, mais ça m’agace
  • Rendre le pillage plus dif­fi­cile aux piafs

Voilà, on verra s’il y pousse autre chose que les herbes qui y étaient déjà avant. Si­non, je fau­che­rai et je plan­te­rai des plants is­sus de se­mis en go­dets, en uti­li­sant le foin juste fau­ché en paillage.

Epi­logue

Je n’ai pas eu be­soin d’arroser, le temps pourri du week-end de pâques s’en est chargé abondamment.

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