Retour à l’emploi

la fin de mon congé parental : pragmatisme ou couardise ?

planck artist impression by esa

Après quatre mois, voici que prend fin ce congé pa­ren­tal qui de­vait du­rer un an (si­non plus). Re­tour au bou­lot (mais à mi-temps — ouf).

Même si je n’ai pas be­soin de me jus­ti­fier, je pense que des ex­pli­ca­tions in­té­res­se­ront ceux qui se de­man­daient s’ils n’allaient pas suivre ce genre de voie de sortie.

Je pense pou­voir af­fir­mer que le tra­vail ne m’a pas man­qué ; ni non plus les col­lègues ; que la ques­tion du pres­tige so­cial ou de la hié­rar­chie de re­ve­nus avec ma femme ne s’est pas po­sée ; que ce ne sont pas les couches et les les­sives qui m’ont dé­mo­ra­lisé ; et que j’ai adoré pas­ser du temps avec mon pe­tit bon­homme (“abed­laa dada !”).

Du côté des fi­nances, c’est passé ric-rac, sans qu’on fasse des ef­forts sur­hu­mains ni qu’on fasse des comptes d’apothicaire (j’avais le pro­jet de com­men­cer à comp­ter les sous, mais j’ai sans cesse re­poussé). Sim­ple­ment, il ne res­tait rien pour ache­ter des ma­té­riaux de construc­tion. Et rien pour payer une nounou.

Ça n’aurait pas été gê­nant si l’un des pro­jets ma­jeurs dans la hié­rar­chie des ob­jec­tifs du congé pa­ren­tal n’avait pas été la ré­no­va­tion de la tranche 2 de la maison.

Car on ne peut pas faire de tra­vaux avec un pe­tit dans les pattes, ni sans ache­ter quelques ou­tils et ma­té­riaux (je veux par­ler de bois pour faire des so­lives, des cloi­sons et des plan­chers, de rou­leaux d’isolants en laine de bois, de plaques de pla­fond en plâtre-cellulose, de sacs de chaux, rien de très cher ni très tech­nique, mais ça suf­fit déjà).

Là où j’avais es­péré pou­voir comp­ter sur deux ou trois jours par se­maine à faire avan­cer les tra­vaux, je dis­po­sais fi­na­le­ment d’à peine un jour les bonnes se­maines. J’aurais dû m’en dou­ter dès le dé­part. En­fin, ce qui est fait est fait. Donc main­te­nant : plan B.

Le plan B, c’est de re­prendre le tra­vail à mi-temps, d’utiliser les RTT et autres congés pour que ça re­pré­sente seule­ment deux jours par se­maine à mon bou­lot, et de pro­fi­ter du dif­fé­ren­tiel de sa­laire pour me per­mettre de payer la nou­nou à plein temps ainsi que les ma­té­riaux, et donc avan­cer ma ré­no­va­tion le reste de la se­maine. D’un côté, c’est prag­ma­tique. De l’autre, c’est re­ve­nir dans le sys­tème, re­prendre du ser­vice comme mer­ce­naire, en pro­fi­tant d’avantages indécents.

J’aurais pu re­non­cer aux tra­vaux (après tout, la tranche 1 est ha­bi­table, et il y a beau­coup d’enfants dans le monde qui ne dis­posent même pas d’un pa­lier de 4m2 à par­ta­ger avec leur fra­trie), mais ça au­rait été tra­hir un pro­jet fa­mi­lial im­por­tant. Ça n’aurait pas fait du bien à la co­hé­sion fa­mi­liale, qui est un élé­ment pri­mor­dial de tout pro­jet dé­crois­sant et de sim­pli­cité vo­lon­taire. J’admire ce que Mark Boyle a fait (vivre sans ar­gent pen­dant un an), mais je l’aurais ad­miré en­core plus s’il avait réussi à pré­ser­ver son couple.

Comme l’intégralité de ma paie sera dé­pen­sée en frais de garde, en tra­jets, et en tra­vaux, la si­tua­tion est to­ta­le­ment ré­ver­sible fi­nan­ciè­re­ment : quand mon fils en­trera à l’école, j’aurai fini les tra­vaux, et je pour­rai m’arrêter à nou­veau si j’en res­sens le be­soin (mais là, ça sera sans élas­tique). L’important, c’est de ne pas être piégé.