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11
sept

Rasoir d’Occam, complots et Monsanto

Petit démontage de conspirationnisme ambiant

pierre tombale, par Svadilfari, sur flickr

Feue mon estime pour M. Guillet

J’ai longtemps hésité à écrire un article sur ce sujet, mais le message hallucinant de Dominique Guillet dans la newsletter de Kokopelli hier me fait sortir de ma réserve. S’il s’agit d’un dérapage, c’est un dérapage qui finit dans le ravin après une centaine de tonneaux. Voici quelqu’un pour qui j’avais une grande estime et son combat pour la libération des semences est une grande (et salutaire) cause. Mais le voilà qui clame dans un article de 15 pages que le changement climatique est un complot planétaire, et il jette au feu d’un revers de plume tous les travaux de la communauté scientifique en reprenant tous les poncifs éculés des ultra-conservateurs américains.

Je ne m’attarderai pas à répondre à ses élucubrations. Si vous avez des doutes sur le sérieux des climatologues dont le travail de fourmi a fini par convaincre le grand public que le climat est à deux doigts de nous péter à la figure, allez patiemment et consciencieusement lire leurs articles. Pour les bases, il y a le rapport du GIEC, et si l’on veut des réponses point par point aux objections soulevées par les sceptiques, il y a l’excellent site RealClimate.

Le rasoir d’Occam

J’espère que c’est juste une impression, mais il me semble que les théories du complot fleurissent de partout dans le terreau des gens qui ont choisi de ne pas suivre le troupeau de la société de consommation et de la malbouffe, qu’on regroupe parfois sous la laide étiquette des « créatifs culturels« . Ceci peut se comprendre : il faut une bonne dose de courage pour arriver à se dépêtrer de la nasse mentale que la société de consommation tisse autour de nos cerveaux et qui nous transforme en moutons. Et une fois qu’on commence à douter des ex-certitudes assénées par la pensée unique, il est tentant de se mettre à douter de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un consensus.

Mais ça ne suffit pas pour expliquer cette fascination pour les conspirations, car le doute devrait jouer dans les deux sens. Si l’on doute de tout, il est rationnel de douter de la version officielle produite par la commission d’enquête sur le 11 septembre et de demander un sérieux complément d’enquête, mais il n’est pas rationnel de gober toutes crues les versions alternatives abracadabrantes qui traînent au détour des pamphlets à l’orthographe au demeurant souvent douteuse.

Parmi les moyens qui permettent de repérer les théories qui ne tiennent pas debout, il y en a un qui me tient à coeur. L’expérience du fonctionnement des grands groupes industriels m’a appris que jamais un grand projet ne se déroule comme prévu. Qu’il y a toujours quelque chose qui décide de foirer dans les grandes largeurs, en vertu de la loi de Murphy. Or donc, dès qu’une théorie du complot suppose qu’une grosse organisation a réussi à orchestrer un projet d’une ampleur mondiale sans anicroche, ça doit obligatoirement vous sembler très suspect. Comment des organisations où la bourde collective est la règle et le coup de maître l’exception pourraient-elles mettre sur pied des conspirations mondiales ficelées au quart de poil et impliquant des milliers de rouages humains, tous aussi faillibles les uns que les autres ? Pour chaque théorie, comptez le nombre de gens qui doivent mentir à leur femme ou garder un lourd secret toute leur vie, ainsi que le nombre de gens qu’il faut museler pour que la théorie tienne. Ce nombre peut se comparer au nombre d’épicycles qu’il fallait pour faire tenir la cosmologie de Ptolémée. Il aura suffi à Copernic de proposer que le soleil soit au centre du système solaire pour qu’on puisse se passer de tous les épicycles. En application directe du principe de parcimonie autrement appelé rasoir d’Occam selon lequel entre deux théories, celle qui tient avec les hypothèses les plus simples est probablement la bonne, on pouvait se douter que Copernic avait raison, et on peut émettre des soupçons sur la crédibilité de la plupart des complots qui impliquent trop de monde et trop de mensonges.

La pente naturelle du système

Pour expliquer le comportement des multinationales, des mafias, des banques, des Etats, pas besoin d’invoquer des sociétés secrètes aux intentions machiavéliques : il suffit de voir quelle est la pente naturelle du système. Lequel système est ensuite naturellement encouragé par ceux qui y trouvent leur intérêt, sans qu’ils leur faille se concerter, comme dans n’importe quel écosystème naturel. De même qu’il n’y a pas besoin que les nuages se concertent pour qu’ait lieu un ouragan, de même il n’y a pas besoin d’invoquer une guilde de banquiers malfaisants pour expliquer comment le système du prêt avec intérêt conduit à la concentration indéfinie des richesses ; pas besoin d’une bande d’illuminés pour expliquer pourquoi les labos pharmaceutiques entretiennent la phobie de la grippe mexicaine ; pas besoin d’un complot pour comprendre la mainmise progressive de l’industrie semencière sur la souveraineté alimentaire mondiale.

L’exemple de Monsanto

Développons plus longuement ce dernier exemple. On lit partout que Monsanto prive peu à peu la paysannerie et le monde d’une partie de sa liberté. Ce n’est pas faux. Mais je mettrais ma main au feu qu’aucun exécutif du groupe n’a jamais dit en réunion quelque chose du genre « Nous allons profiter des règles internationales de propriété intellectuelle pour confisquer le vivant et devenir les maîtres du Monde ».

Au lieu de ça, il suffit que chacun de leur côté : les ingénieurs et les chercheurs se contentent de travailler sur les sujets pour lesquels ils ont davantage de chances d’obtenir des crédits ; que les cadres favorisent les technologies brevetables pour asseoir la position dominante du groupe ; que les juristes protègent la propriété intellectuelle du groupe contre les concurrents gros et petits comme un dragon garde son or ; que des avocats parfaitement cyniques cherchent à réduire les sommes versées à chaque condamnation ; que des publicitaires façonnent la vérité à leur idée tandis que des lobbyistes convainquent les élus que l’avenir du monde passe par les OGM ; que les fonctionnaires de l’EPA (Agence de Protection de l’Environnement) qui veulent pantoufler trouvent naturellement des postes auprès de leurs camarades de promo et de leurs interlocuteurs professionnels ; que des vendeurs régionaux se comportent aussi odieusement que leur permettent les lois et la corruption dans les pays qu’ils veulent conquérir ; et que tout ce monde souffre du biais cognitif universellement répandu qui consiste à idéaliser le travail qui nous paye. Vous avez là une parfaite illustration d’un système qui, en suivant sa pente naturelle, finit par mettre en danger la survie de l’espèce humaine. Je ne dis pas qu’il n’y a jamais eu un dirigeant lucide et cynique qui se soit félicité du tour que prenaient les choses, mais je dis qu’il n’y a pas besoin que Machiavel signe de sa main un plan de recherche, échafaude un stratagème d’inflitration des instances d’Etat ou soudoie des journalistes.

Monsanto est un exemple extrême, mais je suis certain que la plupart des grandes entreprises ne fonctionnent pas différemment. Après tout, dans mon métier d’ingénieur du spatial, je ne me pose pas tellement plus de questions d’éthique et de citoyenneté que ne se posent les généticiens de Monsanto. Et quand je propose des systèmes d’observation de la terre civils sophistiqués, je ne suis pas payé pour me demander ni par qui (le fisc ?) ni comment (compter les piscines ?) ces systèmes seront utilisés.

Le complot qui a permis au système d’accoucher d’un Monsanto, nous l’avons mis sur pied en Europe entre le XVe et le XVIIIe siècle. L’idée des brevets était géniale : en échange d’un monopole de durée limitée sur l’exploitation de son invention, un inventeur s’engageait à rendre l’idée publique et à la donner à tout le monde à l’issue. Seulement voilà, les entreprises détestent l’insécurité de la concurrence, et dès qu’on leur propose l’occasion d’un monopole, elles y sautent à pieds joints. Le brevet, c’est l’arme absolue anti-concurrence, et comme il ne dure qu’un temps, il faut que les entreprises sautent d’un brevet à l’autre en poussant la technologie toujours un peu plus loin dans la direction … la plus brevetable.

Epilogue

On peut mener ce même type de démontage pour une grande proportion des théories de conspiration qu’on peut rencontrer au détour des sites libertaires ou d’extrême droite. De deux propositions, laquelle croyez-vous plus crédible : celle qui fait l’hypothèse d’un machiavélisme virtuose centralisé coordonnant des milliers de pions, à l’image du rôle réconfortant de Satan dans la tradition chrétienne ? ou bien celle qui repose simplement sur l’action individuelle des gens dans un système qui les dépasse, teintée d’incompétence à toutes les échelles de décision, et décorée ici ou là de quelques bourdes monumentales défiant l’entendement ?

Voilà. Veuillez m’excuser cet écart, mais il fallait que ça sorte, surtout un jour comme aujourd’hui. Je retourne à mon jardin sans plus tarder.

Ecrit par kristen, classé dans principes. 22 commentaires.

22 commentaires

1  Luc

Bonsoir,

J’achète chez kokopelli la majorité de mes graines, je trouve leur démarche de sauvegarde de la biodiversité fondamentale. Je continuerai mais je ne peux moi aussi que prendre de la distance par rapport à cet article.

Je te cite:
« Et une fois qu’on commence à douter des ex-certitudes assénées par la pensée unique, il est tentant de se mettre à douter de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un consensus. »

Cette tendance est effectivement forte pour chaque personne commençant à ouvrir les yeux. Lire ton analyse est salutaire afin d’adopter un regard critique et ne pas remplacer le filtre « tout est vrai » par le filtre « tout est conspiration ».

Le venin (pente naturelle) c’est l’argent.

Ecrit le 11 septembre 2009 à 9:13

2  jp

j’aime beaucoup votre allusion à la loi de Murphy. L’argument est convaincant !

Ecrit le 11 septembre 2009 à 9:52

3  olivier

salut
j’ai retenu qques bonnes choses, personnellement plus il y aura de CO2, mieux les plantes se porteront…n’importe quel jardinier…je crois qu’il a raison le gaz à effet de serre le plus actif est la vapeur d’eau…et la citation de Mr. Syun-Ichi Akasofu qui évoque le danger du “parapluie” climatique:

« Cela pose sérieusement question, également, que le réchauffement climatique puisse être aussi facilement rendu responsable de tous les problèmes qui surviennent: les inondations (qui résultent souvent plutôt de la déforestation massive ou de la perte des zones humides) ou l’extinction de certaines espèces (qui peut résulter de l’excès de cueillette, de la perte des habitats, de l’invasion d’espèces exotiques, de problèmes de pollution), etc. Pendant ce temps là, ceux qui sont réellement responsables de ces calamités peuvent aisément se cacher sous le “parapluie du réchauffement climatique”.»

je préfère le terme changement climatique que « réchauffement » et pour faire court : « les especes qui survivent sont celles qui s’adaptent »

merci pour ce que vous faites

Ecrit le 11 septembre 2009 à 10:44

4  kristen

@Luc : idem. Je vais probablement continuer d’acheter des semences chez Kokopelli (encore que je n’aie pas été très chanceux cette année avec le taux de réussite de certains sachets) par contre je vais de ce pas me désabonner de leur newsletter.

@jp : jetez-donc un oeil sur ces hilarants corollaires

@olivier : qui s’adaptent ou qui déménagent. J’imagine parfois des largages de glands de chêne vert à travers toute l’Europe en préparation d’une élévation des températures…

Ecrit le 12 septembre 2009 à 7:00

5  Jean

J’achète moi aussi des graines chez Kokopelli. Cette année j’ai testé dans mon potager les tomates green zebra, purple calabash et brandywine pink. Elles sont excellentes. Je les recommande. La purple calabash est originale et semble très résistante au mildiou. L’idéal pour les salades, c’est de les mélanger dans l’assiette.

Si D. Guillet se met à déconner, c’est une très mauvaise nouvelle. J’ai tenté de lire son texte. Il est vraiment trop long. Il me semble que son échafaudage est un peu délirant.

A mesure que la situation va s’aggraver, il est probable que de plus en plus de personnes pèteront les plombs. Déjà, le président de la république…

Ecrit le 13 septembre 2009 à 12:36

6  Benoit

Merci et bravo Kristen, très chouette article. Je te propose que tu le fasses suivre à D Guillet tant qu’à faire ! Ton exemple sur les grandes organisations est brillantissime.

En complément de Real Climate, ce site est également très utile http://scienceblogs.com/illconsidered/2008/07/how_to_talk_to_a_sceptic.php
Enfin, malheureusement la physique derrière la climatologie n’a rien d’aussi évident ce que qu’on voudrait de temps en temps nous faire croire, et les sites des sceptiques ou conspirationnistes sont souvent suffisament bien tournés pour que les béotiens de la physique que nous sommes l’y laissent prendre. Je vois aussi chez D Guillet une énorme frustration (qui fait d’ailleurs écho à tous les scientifiques qui trouvent subitement un lien entre leur sujet et le changement climatique) : on ne parle pas des masse de son combat (pourtant utile et important).

Cela dit son texte n’a ni queue ni tête et c’est un peu inquiétant de lire ce genre de choses, mais j’ai peur que pour une certaine frange de la population cela augmente fortement dans les années à venir à mesure que l’on s’organise (et que les contraintes arrivent) pour limiter la casse….

Ecrit le 15 septembre 2009 à 12:59

7  kristen

@Jean : je ne pense pas qu’il s’agisse d’un pétage de plombs. A en croire les psychologues qui traitent des mécanismes qui amènent les gens à proposer des théories de complot rocambolesques, il s’agit à la fois d’un mécanisme de protection et d’une recherche de sens et de cohérence. La situation actuelle a tous les ingrédients pour que les gens ressentent les deux besoins. CQFD. Finalement, ce n’est pas très différent du mécanisme qui a amené les gens à proposer le concept de Dieu pour donner de la cohérence au monde, qui serait autrement trop complexe et essentiellement inintelligible.

@Benoît : la physique n’est jamais intuitive. Le climat, la résistance des matériaux, et même la dynamique de corps rigide (pourtant le cas le plus simple). Une grosse partie du travail scientifique est d’arriver à se convaincre que ce qu’on mesure se produit vraiment, même si c’est contre-intuitif.

Ecrit le 15 septembre 2009 à 8:50

8  Sébastien

Belle démonstration de pensée critique :) Oui les gens ont parfosi tendance à voir des complots partout alors qu’il s’agit de la somme d’actes non concertés. De plus plus une organisation est grande plus les thèses de complot sont douteuses : il est facile de comploter à 5 personnes, plus délicat de comploter à 50, 500 ou 5000 personnes…

Ecrit le 18 septembre 2009 à 3:19

9  xochipelli

Chers Amis du rasoir

Après ce vertigineux dérapage, au centuple de tonneaux, dans le ravin, je suis encore bien vivant. Merci de prendre soin de ma santé. Lorsque j’étais jeune, je fus moniteur de ski (de fond, s’entend, en bon libertaire!) pendant 10 années: l’attrait des ravins ne m’a sans doute jamais quitté.

Il y a près de 20 ans, lorsque je lançais le combat pour les semences, il est vrai que j’ai essuyé de même genre de critiques: tout va bien et le Bureau de Ressources Génétiques s’occupe de tout. J’ai persévéré: que serait la France sans Kokopelli?

Je vous laisse à vos certitudes et à vos croyances: la dénonciation de l’arnaque climatique n’est pour moi qu’un épiphénomène. J’ai dit ce que j’avais à dire et mon second essai « Carbone, mon Amour »: (http://www.liberterre.fr/gaiasophia/gaia-climats/generaux/carbonemonamour.html )
précise ce que je pense des bouffons pathétiques qui se réclament de « l’écologie » et qui prônent des mesurettes « révolutionnaires » qui ébranleront tout autant les fondements du paradigme Occidental qu’un pet méthanier de bovin, au parfum de soja chimérique!

Je travaille maintenant sur ce que je dénonce depuis des années, à savoir le Nécro-Codex Alimentarius et d’aucuns n’y verront encore qu’un léger dysfonctionnement d’un système qui ne nous veut que du bien.

http://www.liberterre.fr/liberterres/index.html

Personne ne relèvera qu’en fait c’est bien en 1961 (et pas en 1963) que les bases du Codex ont été établies, la même année que l’OCDE, L’UPOV, la restructuration du GNIS, le début de la révolution verte, l’Alliance pour le Progrès…

Ce ne sont que des coincidences, n’est ce pas, rasoir d’Occam? Pas de stratégie planifiée, non plus sans doute. Une somme de hasards qui se cumulent.

On peut rêver: il y a des jours où j’aimerais moi-aussi rêver et juste me ballader dans les montagnes et laisser Gaïa gérer la problématique.

Mon cas est sans doute encore plus désespéré que vous ne l’imaginiez. Allez jeter un coup d’oeil dans la rubrique Métahistoire de mon site:http://www.liberterre.fr/metahistoire/index.html

Je vous souhaite à tous un bon jardinage et comme le disait Michel le Québecois, (après 4 étés archi pourris et froids) qui accompagne Tom Wagner dans sa tournée: vivement le Réchauffement Climatique parce qu’on se les caille!

Ecrit le 21 septembre 2009 à 3:07

10  kristen

Votre visite m’honore (comme quoi, l’estime que j’ai pour vous a elle aussi survécu au ravin).

Quand on nage contre le courant depuis aussi longtemps que vous, je peux comprendre à quel point il est tentant d’attacher au courant un esprit malfaisant quand il ne fait que suivre les lois de la gravité.

Finalement, qu’importe si le courant a une âme ou non ? Quand on voit les dégâts qu’il engendre, il convient avant tout de continuer à lutter. Et bien que je ne puisse pas être d’accord avec vos hypothèses, tant qu’elles ne vous empêchent pas de discerner les ennemis des moulins, je m’abstiendrai de futurs commentaires quant à votre combat.

Ecrit le 21 septembre 2009 à 8:46

11  xochipelli

Cher Kristen, mon plaisir

Le contre-courant, je le connais bien. Je n’ai pas l’habitude de m’étaler sur ma vie (parce que je ne me considère qu’un humble vecteur parmi tant d’autres dans les desseins de Gaïa) mais je fus objecteur de conscience depuis tout jeune et je fus d’ailleurs le premier objecteur insoumis à l’ONF à passer en procès en France, il y a près de 35 ans.

Le contre-courant je connais d’autant mieux que tous mes enfants en très bonne santé n’ont jamais eu de vaccins (et les plus âgés ont 25 ans) et le débat est d’actualité car que va-t-il se passer si on laisse cette poignée de déments infecter l’humanité de leurs vaccins pourris?

Pour rebondir encore quelque peu sur les périodes fatales et les coïncidences chronologiques: c’est tout juste si je ne me suis pas fait traiter de demeuré parce que j’ose dire qu’au début des années 70, la panique était au « global cooling », le refroidissement global.

Et c’est tellement facile à prouver: Stephen Schneider, un ardent réchauffiste devant l’Eternel, était alors un refroidiste! Mais c’est du menu fretin.

Le gros fretin, c’est la Fondation Rockefeller, derrière tous les coups bas, les OGMs, la révolution verte (par la couleur du dollar) qui a semé le chaos en Inde, etc, etc.

Dans leur rapport de 1974, et permettez moi d’insister que cette fondation ne fait rien et n’affirme rien au hasard, on trouve le passage suivant: « This interdisciplinary conference, organised jointly by RF (Rockefeller Foundation) officers from Conflict in International Relations, Quality of the Environment, and Conquest of Hunger programs, will bring together climatologists, scientists concerned with food production (…) to examine the future implications of the global cooling trend now under way and its effects on world food production. »

Pour ne pas être accusé de falsification, je mettrai très prochainement le PDF intégral de ce rapport 1974 en ligne.

Sur le blog de kokopelli (http://www.kokopelli-blog.org/), nous nous sommes expliqués également quant aux raisons pour lesquelles nous ne distribuerons pas la réédition de Printemps silencieux, préfacée par Al Gore, l’homme de Monsanto entre 1993 et 2000, qui a fait avaler des OGMs à toute la planète et en premier l’Europe.

Je conçois que de jeunes militants puissent ne pas se rappeler de faits aussi scabreux mais ce sont néanmoins les germes de situations qu’il nous faut gérer maintenant sur toute la planète.

Quant à mon dérapage « climatique », je suis sur le dossier depuis deux ans et je dois avoir une trentaine d’ouvrages sur le climat, le réchauffement anthropique (les pours et les contres), la désertification, les périodes climatiques et agricoles de l’histoire, la non-émergence des feuilles pendant 40 millions d’années en raison d’un taux de CO2 de 4000 ppm après une pointe à 7000 ppm, etc

Je ne me suis pas engagé dans ce débat à la légère et j’apprécierais que l’on m’accorde, eu égard à mes loyaux services, le bénéfice du doute, au moins.

Un grand merci

Dominique

Ecrit le 22 septembre 2009 à 2:42

12  xochipelli

J’ai omis de préciser que je considère que le « global cooling » d’alors était tout autant une farce que le « global warming » au CO2 de maintenant.

Et que l’on ne me parle pas des bénéfices de la révolution verte de Rockefeller: cela fait 10 années que je travaille en Inde: une conspiration!

Et je ne parle pas des maïs thermo-réactifs de Monsanto que j’ai vus au Sénégal, une erreur d’aiguillage ou un coup bas? Les plantes étaient magnifiques, plus de 2 mètres de hauteur et pas une seule panouille!! Des maïs sans grains, parlons de chimères…. à moins que Monsanto se fasse l’apôtre de la bio-masse!

Ecrit le 22 septembre 2009 à 3:00

13  xochipelli

Cher Christen, quant à ta naïveté eu égard à Monsanto, elle prouve ton « bon couer » mais il faut se réveiller.

- Que penser de la déclaration de la porte-parole de Monsanto en Afrique qui a dit dans le texte: un jour, nous aurons tout contaminé et vous ne pourrez plus rien faire?

- Que penser de ce que me racontèrent les agronomes au Cambodge il y a 5 ans: ils accusaient Monsanto d’avoir « contaminé » avec un « yellow disease » toutes les variétés traditionnelles de maïs l’année même où ils introduisaient leur OGMs. Car la boite de semences du Cambodge venait d’être rachetée par une boite Thailandaise dans la main de Monsanto.

Tout cela, je pourrais vous en parler pendant des heures: redescendez de votre nuage, les paysans crèvent et comme le dit Ziegler: un enfant qui meurt de faim, c’est un enfant que l’Occident assassine.

Je vous laisse à vos jardins, une valeur sûre en ces temps troublés.

Ecrit le 22 septembre 2009 à 3:08

14  Jean

Xochipelli. Oui, nos jardins sont une valeur sûre en ces temps troublés. Et c’est avec votre beau livre sur les semences (de 2005) que je tente pour la première fois de faire mes graines de tomates de variétés anciennes.

Kristen. A propos du « mécanisme qui a amené les gens à proposer le concept de Dieu pour donner de la cohérence au monde, qui serait autrement trop complexe et essentiellement inintelligible. »

C’est à peu près ce que je pensais quand j’avais 18 ans. Depuis, j’ai un peu étudié la question de diverses façons. On ne peut pas s’en tenir à cette idée simpliste qui fonctionne comme un contre dogme et relève finalement d’une foi aussi obtuse que l’autre. A noter que même avec le concept ou plutôt l’idée de Dieu, le monde reste essentiellement inintelligible.

Pour commencer, il faudrait au moins se demander si les outils ordinaires de la connaissance sont appropriés pour le connaître ? Et ensuite s’ils sont orientés dans la bonne direction. Amicalement.

Ecrit le 25 septembre 2009 à 2:18

15  olivier

désolé c’est en anglais mais à qui profite le réchauffement ?
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=15356

Ecrit le 7 octobre 2009 à 5:54

16  olivier

le même en français, c’est plus simple :http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=15426

Ecrit le 7 octobre 2009 à 6:06

17  kristen

Et à qui profite le doute ? A ceux qui veulent qu’on brûle jusqu’au dernier wagonnet de charbon, à ceux qui vendent des grosses voitures, à ceux qui veulent qu’on continue à manger de la malbouffe acheminée par avion, à ceux qui veulent occuper les libertaires en les envoyant sur des chemins de traverse… Le mobile ne fait pas le crime, et comme je l’ai écrit plus haut, je veux bien qu’on invente des conspirations pourvu qu’on ne se trompe pas d’adversaire.

Je renvoie à l’article de Fabrice Nicolino (qui lui aussi a tiqué sur l’article de Dominique Guillet, et pourtant ils sont amis).

Je crois que ceux qui se poussent du coude d’un air entendu, prétendant à demi-mot qu’on les mène en bateau, expriment à leur insu une peur terrible, une terreur même de l’avenir. Je les comprends, notez-le bien, car en effet, les perspectives sont angoissantes. Mais ce n’est pas une raison pour nous ressortir les vieilles lunes d’une sorte de conspiration mondiale. Or c’est bien ce que font la plupart des « objecteurs du réchauffement climatique ». Profitant des nombreuses zones d’ombre d’un dossier extraordinaire, qui cache encore d’innombrables surprises, ils tentent de (se) rassurer en accusant les porteurs de mauvaises nouvelles. En l’occurrence, et prioritairement, le GIEC.

Ecrit le 7 octobre 2009 à 6:56

18  xochipelli

Cher Kristen

Je ne passe pas beaucoup de temps sur les blogs parce que je me suis donné d’autres priorités et que je suis presque au bout de la traduction de « Not in His Image. Gnostic vision, sacred ecology and the future of belief » qui fait 440 pages.

Et si je n’arrive pas à le publier en papier (parce que surtout j’hésite à faire tomber des arbres pour cela!) je continuerai de poster tous les chapitres sur Liberterre.

C’est une critique virulente des monothéismes tout en travaillant à proposer une autre belle histoire, un mythe fertile. Car l’humanité peut-elle réellement survivre sans mythe? Problématique évoquée ci-dessus de la cohérence.

Mais ton blog est sympa, définitivement. Alors je glisse quelques petits mots.

C’est vrai que j’ai encore plein de potes chez les « réchauffistes ». Peut-être de moins en moins avec mes deux derniers articles!!:

- Effets de « serres » et révolution eugénique.

- Les écolo-thermistes.

Il me semble que l’on arrive à une fin de cycle. L’écologie reste totalement à fonder. J’avoue que les délires actuels de l’écologie politique me laissent perplexe. Cela frise les dérives totalitaires et l’on ressent fort bien cette coupure dramatique de l’être urbanisé des forces sensuelles de la Nature.

Et je pense que tu as raison d’insister sur l’importance de renouer des liens avec cette Nature.

C’est l’ultime refuge. Avec les jardins, même si les jardins sont quand même un petit bout de la crise qui perdure depuis 10 000 ans. Mais que faire?

Cela fait plus de 5 ans que nous prenons toute notre eau à la source de la montagne et là où nous vivons, les ours, les pumas et les lynx ne sont qu’à quelques minutes dans les forêts.

Je conçois que cela soit un magnifique privilège. Et cela me donne la force, parfois, de m’attaquer à des thèmes à priori frustrants,et je dirai même gonflants, telle l’arnaque climatique, qui, en soit, n’est qu’un épiphénomène pathétique.

Car ma passion, ce sont les plantes, ce sont nos mères, ce sont nos Instructrices.

Et si je conçois fort bien que tu ne veuilles pas voir qu’il y ait une conspiration, il reste qu’au-delà de l’arnaque climatique, le vrai danger, en ce moment c’est l’interdiction par les Autorités, qui se met en place inexorablement, de l’accès aux ressources de la biosphère. C’est ce que j’ai voulu développer dans mon essai « Kokopelli, le joueur de flûte enchantée dans le rêve de Gaïa ».
http://www.liberterre.fr/gaiagnostic/dominique/joueurdeflute1.html

En te souhaitant une bonne continuation avec ton blog « sensible ».

Ecrit le 31 octobre 2009 à 7:22

19  Ramite

J’hésitais à m’immiscer dans ce débat très passionel et bien enflammé, mais il me semble que ma modeste contribution peut peut-être apporter un plus à ce débat, voire en apporter la pierre de voute et vous ‘réconcilier’.
J’ai effectué il n’y a pas si longtemps un bac+3 en sciences de la terre à toulouse, où j’ai notamment réalisé des exposés sur les mauvaises pratiques agriculturales, ainsi que sur l’hypothèse gaïa.
A l’époque où j’étais encore à la fac, soit il y a 4 ou 5 ans, les profs qui nous parlaient d’augmentation anormale du taux de carbone dans l’atmosphère, et qui tentaient de nous alerter sur un possible changement climatique à court terme, n’étaient encore pas du tout représentatifs du reste de la communauté scientifique vieillissante (qui elle, nous vantait plutôt les mérites du nucléaire, soit dit en passant). Leurs thèses n’étaient pas du tout (ou pas encore) le fruit de financements des multinationnales toutes puissantes qui depuis l’arrivée de notre nouveau président ont leur place dans la recherche, au détriment de la recherche ‘fondamentale’ (qui elle n’a aucun buts lucratifs), et qui ne se privent pas de « blâmer des chercheurs qui ne produisent pas suffisamment de publications » ou qui « font de la recherche sur des sujets qui ne pourront donner aucune application pour l’industrie », via des directeurs de labos qui viennent du privé, et qui ‘coachent’ les chercheurs, ou qui ‘coupent les financements’ à d’autres pas assez productifs (et je m’appuie sur les nouvelles de la situation, que me donnent régulièrement mes anciens profs avec qui j’ai gardé de très bons contacts).
En tous cas, ceux qui nous alertaient à l’époque sur le risque du changement climatique étaient on ne peu plus sincères, ça je peux vous l’assurer. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui déplorent maintenant la situation nouvelle de la recherche.
Leur travail n’est donc à priori pas à remettre en cause. Par contre, il est vrai que la terre a connu des épisodes bien plus froids (épisodes glaciaires bien connus du quaternaire, ou bien époque très froide du carbonifère due à un taux de carbonne infiniment bas, et à un taux d’oxygène très élevé, permettant notament à des insectes géants de s’être imposés à cette époque), ainsi que des épisodes bien plus chauds (moyen-âge, où cultiver la terre était possible au groënland, ou bien jurassique, ou certains chercheurs pensent même qu’il n’y avait pas du tout de banquise aux pôles). Et il est vrai également que la biosphère se satisfaisait parfaitement de la température qu’il régnait à ces époques.
Mais moi qui ai particulièrement étudié de fond en comble l’hypothèse Gaïa, ainsi que ses critiques, je puis vous dire également que la principale cause de bonne santé de notre planète, c’est sa biodiversité: plus le système est complexe, plus il est stable, et plus il a de capacités à réagir a une attaque externe ou interne. C’est un concept bien connu également des permaculteurs.
En gros, et la période est bien choisie pour prendre cet exemple, vous pouvez donner la fièvre à la planète, elle s’en sortira sans problème, à partir du moment où elle a de bons anti-corps, et où elle est en bonne santé. Mais si elle est faible, la moindre grippe passagère pourra avoir raison d’elle. Or les anti-corps de la planète, ce sont sa biodiversité, et rien d’autre.
Et la biodiversité de notre écosystème est en train de s’en prendre un sacré coup. Bien évidemment par toutes ces multinationnales monopolisantes qui aimeraient nous nourrir en tout et pour tout de 3 ou 4 individus clonés, cultivés dans des déserts.
Donc peu importe si le changement climatique est désormais une réalité, ou si ce n’est qu’une illusion passagère créée par el-nino; et peu importe si quelques « écolo-thermistes » veulent bien défendre une forme d’écologie à partir du moment où celle-ci permet de montrer notre bonne volonté sans rien changer à notre mode de vie, ou si c’est en faisant confiance à l’industrie salvatrice et ultra-potente.
Car en réalité, il se pourrait bien que le réchauffement climatique ne devienne effectivement, ou ne soit déjà, très préocupant, si nous ne nous occupons pas de permettre la survie, et d’entretenir, la seule chose qui permette à la planète d’être en bonne santé et de pouvoir réagir à cette ‘fièvre’, ou à une quelconque autre maladie: la biodiversité.
Et pour cela, il est évident que nous devons nous débarrasser de cette industrie monopolisante, capitaliste et propriétaire. Tout comme il est évident que kokopelli fait (et nous aide à faire), en ce sens, un travail inestimable.
Peu importe s’il existe ou non un complot pour nous faire croire que la grande ‘internationale de l’industrie’ va maintenant nous sauver de la menace du réchauffement climatique, menace dont elle est la cause, via son acharnement à détruire la biodiversité, ou si les gens qui défendent cette idée sont de bonne foi. Ce qui compte aujourdui, c’est de boycotter ces multinationnales, et de nous évertuer à maximiser la biodiversité à notre échelle et à nos moyens, tout en convaincant un maximum de gens autour de nous que notre chemin est le seul qui soit viable à long terme.

Ecrit le 14 novembre 2009 à 8:43

20  kristen

Exactement.

Ecrit le 14 novembre 2009 à 8:44

21  Ramite

Et j’ai oublié de rajouter:
« tout comme y participe grandement kristen grace à son blog »

Ecrit le 14 novembre 2009 à 8:45

22  kristen

A vot’ service.

Ecrit le 19 novembre 2009 à 11:21

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