Portrait : David Holmgren

A tout seigneur tout honneur

david holmgren (credit maureen corbett)

Nou­velle rubrique

Je dé­marre aujourd’hui une ru­brique que j’espère heb­do­ma­daire bi­men­suelle : un por­trait chaque se­maine d’un au­teur de ré­fé­rence au­tour des thèmes de la per­ma­cul­ture, de la sim­pli­cité vo­lon­taire, de la des­cente éner­gé­tique, de la re­lo­ca­li­sa­tion. Ces por­traits ne se­ront pas des bio­gra­phies, mais des bi­blio­gra­phies com­men­tées : livres que j’ai lus ou que j’ai l’intention de lire, sites in­ter­net, vi­déos. A tout sei­gneur, tout hon­neur, je com­mence par Da­vid Hom­gren, co-fondateur de la per­ma­cul­ture avec Bill Mol­li­son.

Contexte

Juste quelques élé­ments de bio­gra­phie pour re­mettre dans le contexte. Holm­gren était l’étudiant de Bill Mol­li­son à Ho­bart (en Tas­ma­nie). Après la pu­bli­ca­tion de leurs best­sel­lers (Per­ma­cul­ture 1 et Per­ma­cul­ture 2), Mol­li­son est de­venu le VRP de la per­ma­cul­ture en sillon­nant le monde, tan­dis qu’apparemment Holm­gren était plus ca­sa­nier et conti­nuait la mise au point chez lui [Voir son livre Mel­lio­dora].

Théo­ri­cien de la permaculture

Les ou­vrages fon­da­teurs sont na­tu­rel­le­ment Per­ma­cul­ture One et Perm­cul­ture Two. Ces deux bibles sont une énorme source d’inspiration, et je pense que ça vaut vrai­ment le coup de mettre la main sur un exem­plaire, ne serait-ce que pour voir les cro­quis. Cela dit, il me semble que les exemples de ces deux livres sont da­van­tage des prin­cipes de concep­tion que des exemples réel­le­ment fonc­tion­nels. Si l’on veut des réa­li­sa­tions concrètes va­li­dées par l’expérience, il fau­dra se tour­ner ailleurs.

Le se­cond ou­vrage phare de Da­vid Holm­gren, c’est Per­ma­cul­ture: Prin­ciples And Pa­th­ways Beyond Sus­tai­na­bi­lity (lit­té­ra­le­ment : “prin­cipes et che­mins au-delà de la sou­te­na­bi­lité”). En li­sant les com­men­taires des lec­teurs sur Ama­zon, j’en ai conclu que le traité de Da­vid Holm­gren était pro­ba­ble­ment trop ver­beux et en­che­vê­tré pour être d’une grande uti­lité. En re­vanche, il existe des ré­su­més beau­coup plus abor­dables. Pour com­men­cer, on trouve le site permacultureprinciples.com, mais on trouve même sur son site perso un pdf de 16 pages qui ré­sume très bien les 12 prin­cipes abor­dés dans le livre (si vous êtes plus de 5 à vo­ter dans les com­men­taires, je veux bien faire la tra­duc­tion française).

  1. ob­ser­ver et interagir
  2. cap­tu­rer et conser­ver l’énergie
  3. ob­te­nir une production
  4. s’autoréguler et ac­cep­ter les réactions
  5. choi­sir et ché­rir les res­sources et ser­vices renouvelables
  6. zéro dé­chet
  7. concep­tion à par­tir de mo­tifs, puis dans les détails
  8. in­té­grer plu­tôt que découpler
  9. choi­sir des so­lu­tions mo­destes et lentes
  10. choi­sir et ché­rir la diversité
  11. uti­li­ser les bor­dures et ché­rir les marges
  12. choi­sir le chan­ge­ment et y ré­pondre avec créativité

Scé­na­riste de l’après-pétrole

Au-delà du do­maine strict de la per­ma­cul­ture, Da­vid Holm­gren a aussi exercé son es­prit sa­gace sur les per­pec­tives de la des­cente éner­gé­tique, en ima­gi­nant les formes que pour­raient prendre la suite du XXIe siècle. Contrai­re­ment à de nom­breux in­ter­ve­nants du dé­ve­lop­pe­ment du­rable qui se contentent de pro­po­ser des scé­na­rios pour l’après-pétrole, Da­vid Holm­gren se concentre sur l’aspect dy­na­mique de la tran­si­tion, qu’il ap­pelle des­cente (à l’instar de John Mi­chael Greer).

La pre­mière in­ter­ven­tion qui m’avait mar­qué était sa prise de po­si­tion sur la ban­lieue (sub­ur­bia). En pre­nant le contre­pied de James Ho­ward Kunst­ler (l’auteur de “The Long Emer­gency”, qui in­ter­vient dans l’excellent film “The End of Sub­ur­bia”) qui dé­crit la ban­lieue comme la pire er­reur d’allocation de res­sources du XXe siècle, Da­vid Holm­gren fait re­mar­quer que les ban­lieues ont un gros po­ten­tiel d’adaptation vers des modes de vie plus ré­si­lients (voir in­ter­ven­tion sur You­tube). Son ar­gu­ment prin­ci­pal est que les ban­lieues ont les bonnes ca­rac­té­ris­tiques pour de­ve­nir des com­mu­nau­tés agraires florissantes.

On dit sou­vent que la ban­lieue est le pro­duit de la voi­ture, de l’énergie bon mar­ché. Et bien que ça soit vrai, [il faut voir que] les ban­lieues ont des den­si­tés de po­pu­la­tion qui sont proches de celles de com­mu­nau­tés agraires tra­di­tion­nelles pra­ti­quant des formes d’agriculture in­ten­sive ailleurs dans le monde.

[…] par exemple, le delta du Fleuve Rouge au Viet­nam sup­porte des po­pu­la­tions plus ou moins au­to­suf­fi­santes, avec des den­si­tés su­pé­rieures aux ban­lieues aus­tra­liennes. Alors bien sûr, il s’agit de pay­sages très spé­ci­fiques, avec des terres al­lu­viales fer­tiles ir­ri­guées par des ré­seaux in­té­grés de ri­goles, mais on pour­rait re­gar­der nos ban­lieues et leurs in­fra­struc­tures d’un autre oeil et voir que grâce à nos ré­seaux d’adduction d’eau, nos villes sont fi­na­le­ment d’immenses sys­tèmes agri­coles ré­ti­cu­lés. (trad. ma pomme)

Son ana­lyse a l’immense mé­rite de don­ner beau­coup de pistes d’espoir, et je pense qu’il est vi­tal de pré­voir son vi­sion­nage quand on pro­jette ‘The End of Sub­ur­bia’, ne serait-ce que pour fi­nir dans une note moins pessimiste.

En­fin, je di­rais que le grand-oeuvre de Da­vid Holm­gren ré­cem­ment concerne l’analyse des stra­té­gies de tran­si­tion éner­gé­tique. Il pro­pose une struc­ture en quatre fa­milles de scé­na­rios qui est ex­trê­me­ment claire, avec des pe­tits noms pour chaque scé­na­rio, si bien que main­te­nant un grand nombre d’intervanants se ré­fèrent à sa ‘clas­si­fi­ca­tion’. L’original est à re­trou­ver sur le site futurescenarios.org, mais il existe un ré­sumé en fran­çais.

Epi­logue

Dé­tail chau­vin, un ar­ticle sur les toi­lettes sèches pu­blié ex­clu­si­ve­ment pour un ou­vrage en fran­çais : Da­vid Holm­gren a en ef­fet contri­bué au livre de Chris­tophe Elain sur les toi­lettes sèches (Un pe­tit coin pour sou­la­ger la planète).

La se­maine prochaine…

Emi­lia Hazelip