Polyacrylate de Sodium au jardin

Débouchés pour les couches compostables aujardin

A ma gauche, les couches la­vables. Avec une en­ve­loppe im­per­méable avec des ré­glages de taille dans la­quelle s’insèrent des gar­ni­tures tex­tiles ab­sor­bantes, elles sont net­te­ment plus fa­ciles à uti­li­ser que les langes de nos grand-mères. A ma droite, les couches com­pos­tables : ami­don de maïs, ouate de cel­lu­lose, et … po­ly­acry­late de so­dium. Il n’y a qu’une ou deux marques qui ar­rivent à rem­pla­cer le po­ly­acry­late par de la sciure, mais comme c’est de la sciure de ré­si­neux, c’est plein de ter­pènes et pro­ba­ble­ment pas tel­le­ment plus neutres pour la peau que les­dits polyacrylates.

Nous uti­li­sons les couches la­vables en prio­rité, et les couches com­pos­tables quand on n’est pas à jour des les­sives, ou bien quand on est un peu pressé.

J’avais quelques scru­pules à je­ter dans mon tas de com­post des cris­taux de po­ly­mères de syn­thèse. Leur ca­rac­tère in­of­fen­sif pour l’environnement était pré­cisé sur les éti­quettes — rai­son de plus pour se ren­sei­gner un peu.

Que sont les po­ly­acry­lates de sodium ?

Ce sont de longues chaînes po­ly­mères (C3H3NaO2)n qui sont ca­pables d’absorbser 800 fois leur poids en eau : un gramme et demi de po­ly­acry­late peut gé­li­fier un litre d’eau. C’est ce type de gel que vous trou­vez dans les so­li­flores de cer­taines com­po­si­tions flo­rales avec une touche de co­lo­rant pour faire bien kitsch.

J’avais peur que le po­ly­mère soit inerte et très stable et fi­nisse sa vie en na­no­par­ti­cules, qui à l’instar des frag­ments de plas­tique dans les océans se lie­raient avec des mo­lé­cules hy­dro­phobes sou­vent toxiques du mi­lieu et pé­né­tre­raient dans les or­ga­nismes vi­vants en s’accumulant.

En fait, il sem­ble­rait que jus­te­ment qu’au contraire des po­ly­acry­la­mides uti­li­sés en hor­ti­cul­ture pro­fes­sion­nelle, le po­ly­acry­late soit as­sez in­stable et se dé­com­pose en quelques mois en com­po­sés so­lubles. Sans être to­ta­le­ment neutres pour l’équilibre du sol (en par­ti­cu­lier le pH), ces com­po­sés ne sont pas des poi­sons (note : j’offre un ca­deau à qui saura re­trou­ver une ré­fé­rence fiable pour cor­ro­bo­rer les af­fir­ma­tions qu’on peut lire un peu par­tout sur les sites de couches je­tables ‘éco­lo­giques’). Ainsi je pou­vais son­ger à uti­li­ser les couches usa­gées dans le bac à com­post, et même ailleurs.

Dans le fond du seau des toi­lettes sèches.

Une couche usa­gée n’est ja­mais to­ta­le­ment sa­tu­rée. Un bon moyen de mettre à pro­fit les po­ly­acry­lates, c’est de dis­po­ser quelques couches usa­gées dans le fond du seau des toi­lettes sèches. Au be­soin, on peut y mettre un coup de cut­ter pour lais­ser à la ma­tière ab­sor­bante tout le loi­sir de s’imbiber. Elles épon­ge­ront le sur­plus de li­quide, ce qui évi­tera l’urine stag­nante qui s’oxyde ra­pi­de­ment en am­mo­niac mal­odo­rant. L’élément ab­sor­bant des couches que nous em­ployons est en fait un mé­lange de grains de po­ly­acry­late et d’ouate de cel­lu­lose. Peut-être que le mé­lange co­ton — urine a le bon rap­port carbone/azote ainsi que la bonne hu­mi­dité pour consti­tuer un mi­lieu idéal de com­pos­tage. Ca ne sera pro­ba­ble­ment pas aé­ro­bie, mais c’est mieux qu’une flaque d’urine qui stagne.

Dans le fond du tas de compost

Dans la même idée, j’en ai dis­posé une couche dans le fond du tas de com­post. Il est pro­tégé des pluies par une tôle, mais il se peut que j’y mette un jour trop d’eau. Dans ce cas, les jus se­ront pié­gés plu­tôt que les­si­vés. Quand je ré­cu­pé­reai le com­post mûr, il me res­tera les scratchs et les élas­tiques qui ne se se­ront pro­ba­ble­ment pas décomposés.

Dans le ter­reau des godets

Un ter­reau de rem­po­tage trop ar­gi­leux dur­cit et cra­quèle. Mais un ter­reau fi­breux et sa­blon­neux sèche beau­coup trop vite. En ajou­tant à mon ter­reau de se­mis une pro­por­tion du mé­lange po­ly­acry­late — cel­lu­lose ré­cu­péré en éven­trant quelques couches, j’espère consti­tuer un sub­strat qui conserve l’humidité plus long­temps. Il fau­dra bien do­ser pour que le sub­strat reste po­reux si­non il de­vien­dra anaé­ro­bie. J’espère que le po­ly­mère va res­ter stable au moins jusqu’à la plan­ta­tion. L’azote de l’urine fera pro­ba­ble­ment un bon en­grais, à moins que la concen­tra­tion soit trop im­por­tante et que ça grille les se­mis. Il peut aussi y avoir des pro­blème de pres­sion os­mo­tique… à tester.

Comme sub­strat de se­mis en caissettes

Et pour pous­ser jusqu’au bout l’idée de sub­strat de culture hors-sol, j’ai semé des lai­tues dans une couche de cinq cen­ti­mètres du mé­lange po­ly­acy­late — co­ton im­bi­bée d’eau jusqu’à sa­tu­ra­tion. Le tout bien re­mué pour pié­ger au­tant d’air que pos­sible et for­mer une ma­nière de mousse. J’imaginais que le gel est suf­fi­sam­ment mou pour que je puisse sans dom­mage ar­ra­cher les plan­tules pour les re­pi­quer en go­dets ou en pleine terre le mo­ment venu. Rien n’a germé. Ex­pé­rience à refaire.

Pour se­mer des graines

Pour hâ­ter le dé­mar­rage des graines à se­mer en pleine terre et évi­ter d’avoir à ar­ro­ser le lit de se­mence deux fois par jour, j’ai cou­tume de les ré­hy­dra­ter, et même des fois de les gar­der en bo­caux jusqu’à ce qu’elles soient sur le point de ger­mer. Comme dans un ger­moir pour les graines ger­mées qu’on mange, je laisse trem­per d’abord pen­dant 24 ou 48 heures, et quand j’ai un doute sur le pou­voir ger­mi­na­tif, je rince et j’essore tous les jours jusqu’à ce que le germe pointe sur la graine la plus pres­sée. Mais une fois mouillées, les pe­tites graines sont pé­nibles à se­mer. Pas moyen de les at­tra­per avec les doigts, ni de les mettre dans un se­moir. J’ai donc es­sayé autre chose : je les mets à trem­per dans un gel de po­ly­acry­late, et je les gicle dans un sillon avec une bou­teille plas­tique au bou­chon troué. Ca marche vrai­ment bien, et le gel qui tombe avec donne un peu d’humidité sup­plé­men­taire pour les pe­tites graines (lu­zerne, ca­rotte, etc.) qui ris­que­raient de se dessécher.

Pour les arbres

J’ai même uti­lisé une couche de couches usa­gées sous le BRF pour pailler deux arbres frui­tiers. Les couches se sont gor­gées d’eau et font un bon tam­pon d’humidité sous le BRF. Sauf que comme les poules ont tout gratté cet hi­ver, il a fallu que je re­mette une bonne épais­seur de paille par des­sus, parce que ça fai­sait pas très joli.

Si­non, je dis­pose des couches au fond du trou de plan­ta­tion des arbres et ar­bustes : tam­pon d’humidité et azote or­ga­nique, juste sous les racines.

Ré­duire, réuti­li­ser, recycler

Ne pas se mé­prendre sur la dé­marche : si je me re­trouve à em­ployer les po­ly­acry­lates au jar­din, ce n’est pas par une volte-face qui m’amènerait sou­dai­ne­ment à vé­né­rer l’industrie chi­mique et les sub­strats ar­ti­fi­ciels. C’est uni­que­ment l’application stricte du prin­cipe “ré­duire, réuti­li­ser, re­cy­cler” : grâce à l’utilisation de couches la­vables, nous ré­dui­sons par trois ou quatre notre uti­li­sa­tion de couches je­tables. Il nous faut tâ­cher de réuti­li­ser les couches je­tables qui res­tent. Le sé­chage au so­leil puis ré­em­ploi de couches usa­gées sur les fesses du bam­bin étant mal­heu­reu­se­ment ex­clu, il me fal­lait me grat­ter le crâne plu­tôt que mettre tout ça au rebut.

En je­tant ses dé­chets dans son jar­din, on ré­flé­chit à deux fois avant d’acheter un truc en plastique