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Patates opportunistes
ou la roseval à quarante centimes le kilo
Ce que j’aime bien dans l’esprit de la permaculture, c’est le culte du moindre effort. Dans ma famille, on a longtemps prétendu que j’étais fainéant. Il n’en est rien – mon travail au jardin en est la preuve. En revanche, j’ai toujours été un farouche adversaire du travail inutile ou idiot. Le repassage est l’exemple ultime. Mais passons.
Ainsi donc, la permaculture ou l’agriculture naturelle de Fukuoka ont inscrit dans leur génome la recherche du moindre effort (pour le plus de résultats). En outre, la permaculture cherche systématiquement à réutiliser ou recycler tout produit : le produit (output) de quelque chose est l’intrant (input) d’autre chose.
En l’occurrence, ça donne : j’avais des pommes de terre roseval récoltées de l’année dernière. Les plus grosses sont allées en cuisine. Et j’ai mis les petites de côté comme semences. Elles ont passé l’hiver au frais, dans un carton.
Pendant ce temps, et en parlant d’hiver, mon bois de chauffe provenait du débit progressif d’un gros tas de dosses de scierie. En dépilant le tas pour le tronçonner, je suis tombé sur plusieurs morceaux d’arbre très costauds. Je me suis dit que j’aurais bien du mal à tronçonner de telles épaisseurs, et qu’en plus, ça ferait un beau bois pour faire un banc rustique au jardin. En attendant de faire le banc, j’ai laissé lesdits bois à même le sol. On pourrait croire que le moindre effort est allé un peu loin, et que mon bois s’est mis à pourrir. Et bien pas tant.
Ce printemps, j’ai fini de débiter le tas, et j’ai stocké les tronçons en construisant une manière de muret de bois, afin de matérialiser la limite entre la pelouse et la prairie. L’un des murets était suffisamment bas pour que j’envisage de poser les grosses tranches d’arbres par dessus, afin de faire à la fois un genre de banc (vraiment très rustique) et aussi une protection contre la pluie.
En retirant les bois de leur séjour d’hiver à même l’herbe, j’ai vu que le sol d’en-dessous avait bien profité. Les graminées avait disparu, la texture était belle, et il y avait plein de petites galeries de tous diamètres. Par contre, le liseron pointait son nez partout. Si je voulais éviter une forêt de Convolvulus arvensis L., il me fallait replanter quelque chose au plus vite.
Un rapide coup d’oeil à mon carton de semences de patates m’a livré l’évidence : une bonne partie d’entre elles avaient besoin d’être plantées au plus vite. Comme quoi, ça tombait bien. J’ai pris la fourche-bêche, j’ai aéré le bout de terre précédemment couvert par le morceau d’arbre, sans le retourner. J’ai noté au passage que malgré les pluies incessantes du mois précédent, la terre ne collait pas à l’outil, ce qui en disait long sur sa « qualité » biologique. J’ai posé les semences de patates à même le sol.
Maintenant, il me fallait un paillage. Un coup de faux dans la prairie alentour, et j’avais de quoi recouvrir mes patates d’une bonne épaisseur (environ 15 cm, qui en ont donné 10 en séchant et en se tassant). Voilà.
Le principe, c’est que les patates grossiront à même le sol, sous la paille (il s’agit qu’elle reste bien épaisse pour éviter que ça verdisse). Quand j’aurai besoin de pommes de terre, je me contenterai de soulever la paille, je me servirai, et je remettrai la paille. Ni le plant ni la terre n’auront été dérangés. En tout cas, c’est la théorie – entendue en passant dans une conférence de Claude Bourguignon.
En tout et pour tout, quinze minutes de travail, pour un morceau de 50cm x 2m50, contenant maintenant dix plants de patates. Pas de labour, pas de cordeau, pas de trous à la binette, pas de désherbage : juste le travail naturel du sol par les bestioles, et un peu de paille. Je ne compte ni sarcler, ni butter, ni arroser. Je me contenterai de refaire le niveau de paillage à mesure que croissent les plants. Si chaque plant donne une livre de patates, ce qui est une estimation pessimiste représentant mes rendements de l’année dernière, cela fait cinq kilos de pommes de terre roseval. Si je me ‘paye’ un smic horaire (8€), ça met le kilo de roseval à 40 centimes d’euro.
Lire aussi
Spirale d’herbes improvisée
Autres techniques
Liens externes
Le paillage des pommes de terre biologiques, centre d’agriculture biologique du Canada
Les tours de patates en pneus – en français
Nombreuses techniques pour faire pousser des patates (en anglais)
Faire pousser les patates dans la paille (en anglais)
Ecrit par kristen, classé dans jardin, permaculture, techniques. 1 commentaire.




1 l’arpent nourricier » Encore des semis et première récolte de pommes de terre
[...] carré de pommes de terre évoqué précédemment me semblait mûr pour une récolte au moins partielle. En théorie, la culture des patates sous la [...]
Ecrit le 10 juillet 2008 à 7:00