l’arpent nourricier

permaculture et simplicité volontaire en aveyron et ailleurs

Voulez-vous vous identifier ou vous enregistrer ?

23
avr

Passer les espaces verts urbains en bio

Convaincre en appliquant simplement la règle

protection individuelle

J’étais l’autre jour à Sébazac pour une conférence organisée par la toute jeune association Promessa (Promotion de l’économie Sociale et Solidaire en Aveyron) dans le cadre de la semaine sans pesticides. A l’issue de la projection d’un petit film de 50′ intitulé “pesticides, non merci”, un débat un peu désordonné sur ce vaste thème a pris place entre la salle et une brochette d’intervenants.

Je voudrais juste vous confier l’expérience remarquable d’une dame qui est intervenue en tant que responsable des espaces verts à la mairie d’Onet-le-Château (11000 habitants) en banlieue de Rodez. Arrivée à son poste avec l’intention de réduire voire cesser l’emploi de pesticides pour l’entretien de la voirie et des espaces verts, elle s’est naturellement heurtée à l’inertie des pratiques. Face aux habitudes dangereuses mais parfaitement ancrées d’une équipe d’agents municipaux, elle a apparemment renoncé à la méthode frontale.

Son éclair de génie, qu’il faut partager avec tous ceux qui sont à ce type de poste (ou simplement ceux qui voudraient influencer les pratiques de voisins ou de proches sans vouloir se fâcher), c’est d’avoir joué sur l’application rigoureuse de la réglementation en matière de protection de la santé au travail. En tant que responsable devant la loi des accidents et de la santé des employés de son équipe, elle a soumis les agents aux régles et équipements obligatoires de protection individuelle lors de l’emploi des produits phytosanitaires : formation à la lecture des étiquettes, utilisation des masques, gants, lunettes, combinaisons intégrales, pratiques de lavage, nettoyage, rangement, etc. Ce qui fut fait - car c’est la loi.

Quand les agents, déjà un peu mieux instruits quant aux risques mentionnés sur les étiquettes, se sont vu brumiser les buissons et désherber les trottoirs en accoutrement de cosmonautes, la nouvelle image mentale qu’ils ont eu de ce geste auparavant anodin a fait peu à peu son chemin. Sans compter qu’il peut faire chaud sous la combinaison en été.

Et les passants intimidés par la tenue (et maintenant alarmés quant au contenu des bidons), au lieu de passer en disant bonjour, se mettaient à faire de grands détours.

La suite de l’opération fut inéluctable comme la chute d’un fruit mur : les agents ont commencé à réfléchir puis remettre au goût du jour l’idée de changer les façons de travailler pour pouvoir se passer des produits en -cide. Et dans les espaces verts comme en agriculture, l’objectif induit les nouvelles pratiques : paillages, broyats issus d’élagages, fleurs annuelles, couvert végétal, herbes folles, et un peu de désherbage thermique le temps de se faire à l’idée des herbes folles.

Et m’est avis que les habitants auront peu de mal à finir par accepter les herbes folles au joint des trottoirs, en échange de la disparition des hommes en blanc et de leurs poisons.

coquelicots

Ecrit par kristen, classé dans engagement, jardin, techniques. 5 commentaires.

5 commentaires

1  Akä

Une belle expérience…
A lyon depuis quelques semaines les petites courageuses qui germent aux plis du bitume se prennent sur la tête une avalanche de gros sel. C’est mieux que les “cides”, mais sont-elle si dangereuses qu’il faille quand même les éradiquer?

Ecrit le 23 avril 2009 à 9:59

2  Nicollas

Très bonne stratégie ! J’espère que ça ne revient pas trop cher en équipements …

Ecrit le 23 avril 2009 à 10:15

3  Christian Winterhalter

Voici une femme intelligente qui n’a fait qu’appliquer la loi qui oblige aux éléments de sécurités ainsi que la formation obligatoire pour les utilisateurs professionnels de produits en cides.
Malgré les apparences, les mentalités évoluent lentement et je sais de quoi je parle après 20 ans d’agriculture bio et 1 an de conseil et formation en espaces verts écologiques.
Il faut faire évoluer la mode du jardin aseptisé pour celle du jardin un peu plus… sauvage et pour ça tout le monde doit s’y mettre; maires, ingénieurs des villes, jardiniers et évidemment les citoyens.

Ecrit le 25 avril 2009 à 10:23

4  kristen

@Akä : je suis en train de lire un livre passionnant d’Alan Weisman “The World Without Us” (Homo Disparitus), où il décortique ce qui se passerait si l’humanité s’évaporait soudainement. Dans sa description de la décrépitude des villes, les “herbes” spontanées jouent un rôle non négligeable en fissurant les revêtements et en apportant de la matière organique pour que des arbres puissent ensuite s’implanter. Donc c’est sûr que tant que la voirie ne sera pas en bois broyé, il faudra garder un oeil sur la végétation. De là à empoisonner la nature avec du sel…

@Nicollas : il y aurait un intérêt à louer les équipements, si on sait que c’est une solution transitoire.

@Christian : en plus, les jardins et les espaces verts publics sont un peu l’étalon de la normalité pour les particuliers. Plus on verra de créations audacieuses et ’sauvages’ sur nos trottoirs, plus on sera inspirés pour les reproduire dans nos jardins.

Ecrit le 28 avril 2009 à 7:49

5  Karmai

Belle histoire. C’est inspiré je trouve des pratiques syndicalistes de la grève du zèle. Mais en général ce n’était pas fait par les responsables mais par les ouvriers.

C’est dans le (bon) documentaire suivant (http://www.dailymotion.com/video/x3wt3m_jai-mal-au-travail-1_politics) qu’on apprend qu’une expérience avait été faite dans une industrie (de voiture je crois) et ou on avait demandé aux ouvriers d’agir dans le cadre stricte des règlements. L’usine s’était arrêté de fonctionner “correctement” dans le demi-heure…

Ecrit le 23 septembre 2009 à 4:27

Laisser un commentaire