Passer les espaces verts urbains en bio

Convaincre en appliquant simplement la règle

protection individuelle

J’étais l’autre jour à Sé­ba­zac pour une confé­rence or­ga­ni­sée par la toute jeune as­so­cia­tion Pro­messa (Pro­mo­tion de l’économie So­ciale et So­li­daire en Avey­ron) dans le cadre de la se­maine sans pes­ti­cides. A l’issue de la pro­jec­tion d’un pe­tit film de 50′ in­ti­tulé “pes­ti­cides, non merci”, un dé­bat un peu désor­donné sur ce vaste thème a pris place entre la salle et une bro­chette d’intervenants.

Je vou­drais juste vous confier l’expérience re­mar­quable d’une dame qui est in­ter­ve­nue en tant que res­pon­sable des es­paces verts à la mai­rie d’Onet-le-Château (11000 ha­bi­tants) en ban­lieue de Ro­dez. Ar­ri­vée à son poste avec l’intention de ré­duire voire ces­ser l’emploi de pes­ti­cides pour l’entretien de la voi­rie et des es­paces verts, elle s’est na­tu­rel­le­ment heur­tée à l’inertie des pra­tiques. Face aux ha­bi­tudes dan­ge­reuses mais par­fai­te­ment an­crées d’une équipe d’agents mu­ni­ci­paux, elle a ap­pa­rem­ment re­noncé à la mé­thode frontale.

Son éclair de gé­nie, qu’il faut par­ta­ger avec tous ceux qui sont à ce type de poste (ou sim­ple­ment ceux qui vou­draient in­fluen­cer les pra­tiques de voi­sins ou de proches sans vou­loir se fâ­cher), c’est d’avoir joué sur l’application ri­gou­reuse de la ré­gle­men­ta­tion en ma­tière de pro­tec­tion de la santé au tra­vail. En tant que res­pon­sable de­vant la loi des ac­ci­dents et de la santé des em­ployés de son équipe, elle a sou­mis les agents aux régles et équi­pe­ments obli­ga­toires de pro­tec­tion in­di­vi­duelle lors de l’emploi des pro­duits phy­to­sa­ni­taires : for­ma­tion à la lec­ture des éti­quettes, uti­li­sa­tion des masques, gants, lu­nettes, com­bi­nai­sons in­té­grales, pra­tiques de la­vage, net­toyage, ran­ge­ment, etc. Ce qui fut fait — car c’est la loi.

Quand les agents, déjà un peu mieux ins­truits quant aux risques men­tion­nés sur les éti­quettes, se sont vu bru­mi­ser les buis­sons et désher­ber les trot­toirs en ac­cou­tre­ment de cos­mo­nautes, la nou­velle image men­tale qu’ils ont eu de ce geste au­pa­ra­vant ano­din a fait peu à peu son che­min. Sans comp­ter qu’il peut faire chaud sous la com­bi­nai­son en été.

Et les pas­sants in­ti­mi­dés par la te­nue (et main­te­nant alar­més quant au contenu des bi­dons), au lieu de pas­ser en di­sant bon­jour, se met­taient à faire de grands détours.

La suite de l’opération fut iné­luc­table comme la chute d’un fruit mur : les agents ont com­mencé à ré­flé­chir puis re­mettre au goût du jour l’idée de chan­ger les fa­çons de tra­vailler pour pou­voir se pas­ser des pro­duits en –cide. Et dans les es­paces verts comme en agri­cul­ture, l’objectif in­duit les nou­velles pra­tiques : paillages, broyats is­sus d’élagages, fleurs an­nuelles, cou­vert vé­gé­tal, herbes folles, et un peu de désher­bage ther­mique le temps de se faire à l’idée des herbes folles.

Et m’est avis que les ha­bi­tants au­ront peu de mal à fi­nir par ac­cep­ter les herbes folles au joint des trot­toirs, en échange de la dis­pa­ri­tion des hommes en blanc et de leurs poisons.

coquelicots