Paillage ou végétation spontanée ?

Un paillage de plantes spontanées protège le sol et crée de la biomasse

De­puis que j’avais lu le La­rousse du jar­di­nage bio, je ne ju­rais plus que par le paillage. Une planche de po­ta­ger bien net­toyée de ses herbes, puis re­cou­verte d’herbe fraî­che­ment ton­due, de co­peaux de me­nui­se­rie, d’écorces ou de poil de gnou, c’est très élégant.

paillage en broyat de chutes de scierie

Mais il y a quatre in­con­vé­nients au paillage :

  • ça de­mande du travail
  • dès qu’une herbe tra­verse ou contourne le paillage, elle a le champ libre
  • il n’y a pas de pho­to­syn­thèse, donc pas de pro­duc­tion de bio­masse dans une zone paillée
  • les chats chient dedans

Re­pre­nons ces quatre élé­ments en détail.

Le paillage, c’est du travail

J’utilise une ton­deuse hé­li­coï­dale pour les par­ties du jar­din que je conserve en che­mins et en aires de jeux. C’est si­len­cieux. C’est lé­ger. C’est ma­niable. Et ça fait des fi­ni­tions ir­ré­pro­chables. Ma pe­louse est le nec plus ul­tra de la pe­louse de quar­tier ré­si­den­tiel, cou­pée à 25mm comme une tête d’appelé. En cou­pant à 25mm, ça m’oblige à pas­ser sou­vent (presque tous les jours en juin). Comme je passe sou­vent, les dé­chets de tonte res­tent rai­son­nables, tant en lon­gueur qu’en vo­lume to­tal. Comme ils res­tent rai­son­nables, je n’ai pas be­soin de les éva­cuer ; je peux gé­né­ra­le­ment les lais­ser com­pos­ter sur place.

tondeuse hélicoidale

Et c’est tant mieux, parce que tondre sans le bac, ça prend un quart d’heure, tan­dis que tondre avec le bac, ça prend le double. En ef­fet; le bac de la ton­deuse est ri­qui­qui, l’herbe s’entasse dans un coin, puis fi­nit par faire bar­rage avant même que le bac soit rem­pli. Il me faut faire d’incessants aller-retours en di­rec­tion de la planche de po­ta­ger à la­quelle je des­tine le paillage. Et même si un paillage d’herbe fraîche est si beau et sent si bon, j’aimerais pou­voir lais­ser le bac au rancard.

Le li­se­ron se rit du paillage

Deux ans de suite, j’ai souf­fert d’invasions de li­se­ron. Si vous avez joué au jeu “1–2-3 so­leil” dans la cour de ré­créa­tion, vous sa­vez de quoi je veux par­ler. Un ma­tin, c’est juste un bout de feuille en te­nue de ca­mou­flage qui dé­passe à peine de l’épaisse couche de paille en­core un peu verte. Et l’instant d’après, le li­se­ron sub­merge les frai­siers, part à l’assaut des oi­gnons, et réus­sit même à mon­ter au pre­mier étage des tomates.

Dans les en­droits du jar­din où je n’ai pas pré­paré le sol, le li­se­ron est ab­sent. J’imagine donc que si je laisse les herbes spon­ta­nées s’installer, le li­se­ron sera plus do­cile. Dans l’idéal, il res­tera dormant.

Le paillage au so­leil, c’est un manque à ga­gner de biomasse

Je crois que c’est l’argument qui me parle le plus. Un po­ta­ger tout paillé, c’est un po­ta­ger tout paillé. Un po­ta­ger re­cou­vert d’une jungle de plantes spon­ta­nées, c’est une mini-forêt. C’est un éco­sys­tème à lui tout seul. C’est une ré­serve de nu­tri­ments que la pluie ne saura ja­mais lessiver.

C’est en­fin une ré­serve de ma­tière à fau­cher, pour l’utiliser en … paillage.

Tant que je n’ai pas l’utilité d’une planche, d’une butte, d’un carré ou d’une plate-bande pour des plantes qui me nour­rissent, ce n’est pas une rai­son pour l’interdire aux autres plantes, à condi­tion qu’elles veuillent bien faire de la place aux miennes le mo­ment venu.

Je l’ai bien vu cet hi­ver, à l’occasion d’un cui­sant échec sur un se­mis d’oignons. A l’automne, j’avais dé­gagé, net­toyé et griffé un rang de 30 cm de large sur l’une des planches, et j’y ai semé des ra­dis et des oi­gnons. J’ai du avoir cinq ra­dis qui pi­quaient, et deux oi­gnons. Mais la terre était riche, et une po­pu­la­tion d’herbes a en­tiè­re­ment re­cou­vert chaque pouce carré de terre nue. Pen­dant ce temps, l’autre moi­tié de la planche, paillée, est res­tée sa­ge­ment vierge de toute vé­gé­ta­tion à part deux pieds d’épinards. J’aurais pré­féré des oi­gnons et des ra­dis, mais à tout prendre, j’aime mieux la bande verte, hir­sute et odo­rante à gauche que le dé­sert jau­nasse, dé­solé et par­semé de cra­tères de chats à droite. (Voir la par­tie droite de la photo ci-dessous).

planche fraichement travaillée

Le paillage at­tire les dé­jec­tions des animaux

C’est bon pour la fer­ti­lité, mais c’est très moyen pour la toxo­plas­mose. A tout prendre, je pré­fé­re­rais ré­ser­ver une zone spé­ci­fique de terre meuble pour que les chats et les chiens dé­posent leur of­frande azo­tée, que je vien­drais alors ré­col­ter pour l’ajouter au tas de com­post avec la pro­duc­tion des toi­lettes sèches.

En pra­tique

Je crois que c’est en li­sant les pré­ceptes de Ma­sa­nobu Fu­kuoka que je me suis convaincu que si j’arrivais à vivre avec la vé­gé­ta­tion spon­ta­née au po­ta­ger, j’en se­rais bien plus heureux.

Cela dit, ça ne dit pas com­ment il faut faire. Si je sème une graine de ra­dis au mi­lieu d’un en­che­vê­tre­ment de plantes bien ins­tal­lées, rien ne pous­sera. Si j’arrache les ad­ven­tices, que je donne un coup de griffe et que je sème dans la fou­lée, c’est le li­se­ron qui reviendra.

Je vois deux pos­si­bi­li­tés. La pre­mière, c’est de se­mer sous cou­vert avec des billes de graines, sur­veiller la ger­mi­na­tion, et fau­cher la zone très ras juste au mo­ment où mes germes pointent leur nez. Je paille­rai les plantes fau­chées avec leurs propres résidus.

En théo­rie, l’arrivée du so­leil va boos­ter la crois­sance de mes jeunes plants tan­dis que les ‘mau­vaises’ herbes vont ac­cu­ser le coup. Avec un peu de chance, mes se­mis au­ront poussé as­sez pour que je sache les re­con­naître dans la masse et éclair­cir au coup par coup, le temps qu’ils prennent le des­sus. Avec un peu de chance, la quan­tité de jeunes pousses tendres et ju­teuses que les “mau­vaises herbes” pro­dui­ront à ce mo­ment sera as­sez im­por­tante pour que les li­maces ne se jettent pas uni­que­ment sur mes semis.

Mais s’il y a du li­se­ron, ou si les mau­vaises herbes sont des gra­mi­nées, elles ne se­ront pas au­tant ra­len­ties dans leur crois­sance par la fauche. Alors que la plu­part des plantes poussent par en haut, les gra­mi­nées poussent en ef­fet par en bas.

Dans ce cas, il fau­dra que j’essaie la deuxième tech­nique : je pré­pare des plants en go­det. Je fauche ras (pas trop à cause du li­se­ron), et je mets mes plants en place. Ils au­ront une lon­gueur d’avance. Je pense que cette tech­nique est moins ris­quée que la pre­mière (si je sais réus­sir mes se­mis en godets).

J’essaierai les deux, et je vous tien­drai au courant.

Ques­tion sub­si­diaire : plantes spon­ta­nées ou couvre-sol semé exprès ?

Ma terre est pleine de graines d’adventices. Pour­quoi s’embêter à al­ler se­mer un en­grais vert ou une plante couvre-sol quand les mau­vaises herbes se char­ge­ront spon­ta­né­ment de re­cou­vrir le sol et de fixer les nu­tri­ments elles-mêmes ? J’imagine que dans la di­ver­sité des graines pré­sentes dans mon sol, les plantes les plus adap­tées vien­dront toutes seules.

luzerne spontanée

Le sol a be­soin d’azote ? Des lé­gu­mi­neuses sau­vages vien­dront. Le sol a trop d’azote ? Des or­ties vien­dront. Le sol est com­pacté ? Des bar­danes ou des pis­sen­lits iront per­fo­rer la couche en profondeur.

Je suis idéa­liste ? La réa­lité vien­dra me re­mettre à ma place.

fleur de pissenlit

Les choses s’arrangent toutes seules.

Epi­logue : le trac­teur à poules

Il existe une troi­sième pos­si­bi­lité : de­man­der aux poules de désher­ber, de man­ger toutes les li­maces, d’arracher toutes les ra­cines et de pi­co­rer toutes les graines, puis se­mer dans la fou­lée. J’essaierai ça aussi. Mais j’ai peur du liseron.

Lire aussi

Mon trac­teur à poules
billes de graines

Liens ex­ternes

Le site de Gé­rard Du­cerf, le roi de la mau­vaise herbe