Nature & Progrès
Systèmes de garantie participatifs
Nature & Progrès est un label bio pas comme les autres. D’abord, c’est une association à laquelle tout un chacun peut adhérer. Ensuite, c’est un label indépendant qui n’est pas assujetti au nivellement par le bas de la réglementation européenne prisonnière des lobbies. Enfin, les enquêtes chez les producteurs ne sont pas réalisées par des professionnels employés par des officines privées, mais simplement par des membres de l’association, producteurs ou simples consommateurs, au travers de systèmes de garantie participatifs.
Ce système est basé aujourd’hui sur des contrôles de terrain réalisés par un producteur et un consommateur ou par un enquêteur mandaté. Le résultat est présenté aux commissions locales constituées de producteurs et de consommateurs locaux. Le producteur a les compétences techniques et la connaissance des cahiers des charges, le consommateur apporte transparence et impartialité. source
C’est ainsi qu’au début d’Avril, en qualité de consommateur-béotien, j’ai eu la chance d’assister à un stage d’une journée, organisé chez un producteur Nature & Progrès dans le but de former de nouveaux enquêteurs, à l’occasion justement d’une enquête participative pour le renouvellement de sa mention.
Comme j’ai signé un engagement de confidentialité, vous comprendrez que je ne vais pas pouvoir donner tellement de détails. Simplement souligner mon émerveillement devant le caractère diversifié de cette ferme : vaches Aubrac, brebis de race locale, céréales paysannes (blés anciens, orge, seigle, sarrasin, méteil), farine d’icelles. Ce qui donnait d’autant plus de fil à retordre pour mener l’enquête.
En effet, pour chaque type de production (animale, végétale, produits transformés, etc.) il y avait un questionnaire spécifique, à remplir avec le producteur, en se référant le cas échéant au cahier des charges associé. Il y a actuellement 14 cahiers des charges pour la mention Nature & Progrès, selon le type de production. Certes, on rêverait d’une approche plus holistique, qui n’ait pas besoin de découper l’activité agricole en tranches, mais ces cahiers des charges restent assez légers et s’apparentent davantage à des recueils de bonnes pratiques qu’à des normes dogmatiques étriquées.
Avant ou après le questionnaire, on fait le tour de la ferme, on regarde, on renifle, on écoute, on touche, on discute, on pose des questions. D’ailleurs, notre hôte avait une telle expérience et une telle passion de son métier que presque toutes nos questions étaient de pure curiosité, sans rapport avec notre casquette d’enquêteurs.
Je trouve proprement géniale l’idée que des particuliers puissent participer à de telles enquêtes, et j’encourage vivement tous ceux qui me lisent à se rapprocher de leur groupe local Nature & Progrès pour voir s’il y a besoin d’enquêteurs. Si la demande en produits bio connaît une telle croissance, c’est bien à cause de nous, les consommateurs. Quelque part, c’est normal qu’on se retrousse un peu les manches pour permettre au plus grand nombre de producteurs de rejoindre le réseau Nature & Progrès.
En visitant des fermes, le particulier apprend. Il apprend d’où vient la nourriture, comment elle grandit et avec quoi. Il apprend le travail et le courage que représente le métier de paysan. Il apprend ce qu’il aurait toujours dû savoir si notre monde n’avait pas décidé d’ériger un mur d’ignorance et d’indifférence entre nous et notre nourriture.
En visitant des fermes, le consommateur comprend. Il comprend les contraintes et les inquiétudes du paysan. Il comprend qu’il faut trouver l’étroit chemin par lequel le paysan peut gagner sa vie sans perdre sa santé. Il comprend que notre nourriture, les plantes ou les animaux ne sont que la partie émergée de la vie, qui commence par le sol et la biodiversité.
En visitant des fermes, le citoyen veille. Il veille à ce que personne n’oublie que la finalité de la nourriture, c’est d’être bonne et saine pour ceux qui s’en régaleront. Il veille à ce que la lettre de la norme ne prime jamais sur l’esprit de la bio. Il veille à ce que personne ne s’endorme en ronronnant sur ses acquis, pour pousser toujours plus loin l’idée d’une agriculture réellement durable.
Et la prochaine fois que vous verrez le label Nature & Progrès quelque part, vous vous souviendrez que c’est quelqu’un comme vous et moi qui est allé sur place pour apprendre, comprendre, et veiller.

Salut,
j’ai eu un autre son de cloche sur N&P, à cause d’une dérive “à la bonne franquette” sur le fait que dès que l’agriculteur avait des “bons points” sur l’aspect social, ils étaient moins regardant sur l’aspect écologique. Par définition c’est une dérive locale qui ne se retrouve pas forcément partout. Mais bon, raison de plus pour que le public s’implique …
Ton “engagement de confidentialité” m’intrigue, ça porte sur quoi ? Les résultats de la ferme, le déroulement, les pourparlers ?
Je devrais plutôt dire un engagement de discrétion en tant qu’enquêteur : le producteur nous ouvre grand ses portes, ses cahiers, et nous fait part de ses soucis éventuels, et ça reste entre le producteur, les enquêteurs et la commission locale qui délivre ou non la mention.
D’un côté, on pourrait désirer davantage de transparence, et de l’autre on comprend que si le producteur retrouve certains détails dans un article sur un blog, ça serait étonnant qu’il nous dise ou nous montre grand-chose à l’avenir …