l’arpent nourricier

vers une agriculture personnelle

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27
fév

Mon premier BRF

Mise en oeuvre de bois raméal fragmenté sur quelques mètres carrés

Si vous ne connaissez pas les BRF, vous pouvez d’abord lire cet article.

Pourquoi des BRF sur l’arpent nourricier ?

Chez moi, le sol n’est pas dégradé (à part celui de la cour). Le terrain n’a probablement jamais été exploité intensivement, puisqu’il s’agissait d’un petit pré utilisé occasionnellement pour les brebis des uns et les poules des autres, au milieu du village. Cela dit, ça reste de la terre très argileuse, de faible profondeur (30cm par endroits), sur un socle schisteux parfaitement étanche et à tendance acide. Je me suis dit que l’utilisation de BRF permettrait peut-être d’augmenter l’épaisseur utile, d’alléger le sol, d’améliorer le drainage et d’avoir une meilleure qualité d’infiltration et de rétention, surtout vers l’été quand les seules précipitations seront sous forme d’orages.

Où trouver le bois ?

J’ai seulement commencé à planter une haie champètre, et donc je n’avais pas vraiment de bois à mettre sous le couteau de mon broyeur électrique de jardin lien photo gardena. Mais notre pays est un pays encore bocager. Ce ne sont pas les haies qui manquent, et même si la plupart sont parfaitement maltraitées et annuellement massacrées à l’épareuse à une hauteur minable d’à peine un mètre cinquante, il y a quelques haies encore vaillantes et qui fournissent une excellente matière pour des BRF.

Des voisins et amis derrière chez nous avaient rafraîchi la leur, et un tas de jeunes branchages attendaient au milieu du pré d’être séchés par le soleil et brûlés sans autre forme de procès. Il nous a suffi de proposer de les en débarrasser pour que l’affaire soit conclue.

Un tas de jeunes branches avant broyage

Tant que les BRF restent une technique confidentielle, il ne devrait pas être trop difficile pour un particulier de se fournir gratuitement en bois de taille, soit en débarrassant les voisins de tas de branchages destinés au feu, soit en procédant lui-même à l’élagage à titre de gagnant-gagnant. Il faut toutefois disposer d’une capacité de broyage par ailleurs.

Du côté des paysagistes et des élagueurs, il est probable qu’ils sont davantage sensibilisés sur l’intérêt des déchets broyés, soit en paillage simple pour les plates-bandes, soit en BRF, et donc qu’ils fassent payer de plus en plus cher une livraison de BRF.

Quel broyeur pour quelle quantité ?

J’avais acheté le broyeur plutôt pour faire du paillage de sol avec les longues planchettes (les chutes d’avivage) que la scierie m’avait livrées mélangées aux dosses de sciage qui me servent de (mauvais) bois de feu depuis deux ans. Pour cette tâche, le broyeur s’était avéré assez insuffisant, quoique pas totalement hors course si j’étais prêt à y passer du temps ; dans la mesure où le travail n’était à faire qu’une seule fois, on pouvait éventuellement s’y résigner.

La limite de 3cm de diamètre pour des bois frais et 2 cm pour des bois secs était assez frustrante pour l’utilisation envisagée initialement, mais quand j’ai commencé à me documenter sur les bois raméaux fragmentés, le broyeur a rapidement remonté dans mon estime. En effet, il est convenu entre pratiquants des BRF que plus les diamètres sont petits, meilleur est le broyat, 7 cm étant une limite supérieure.

Broyage de jeunes branches

Si l’on fait le calcul de la quantité maximale de BRF dont je peux avoir besoin en régime établi, il faut prévoir 300 mètres cube à l’hectare tous les trois ans, soit dix litres par mètre carré et par an, pour faire simple. J’ai 1300 mètres carrés. Si je traite le quart en BRF, cela ferait 3200 litres par an. A raison d’une demi-heure de travail pour 50 litres (tout compris : préparation, broyage et épandage), j’en aurais donc pour une trentaine d’heures de travail par an avec ce broyeur.

Les chiffres sont du bon côté, et il n’y a pas d’intérêt à mon échelle à acheter un broyeur plus gros, ou même à en faire venir un au coup par coup, puisque ça nécessiterait de le faire venir pour trois fois rien à chaque fois. En plus, comme il ne vaut mieux pas laisser traîner du BRF en tas sous peine de le voir composter spontanément, je ne peux pas non plus broyer en une fois la quantité qui me servirait pour tous mes épandages, sous peine d’avoir à me presser pour tout épandre le plus vite possible.

J’en ai donc conclu que mon broyeur était (assez fortuitement, il faut l’admettre, à moins que l’on puisse mettre ce bonheur sur le compte d’une géniale inspiration) une machine à BRF assez adaptée à mon échelle.

Préparation des bois

J’ai traîné les branchages de mes voisins sur une centaine de mètres, craignant à chaque instant de croiser quelqu’un et de devoir lui expliquer les BRF, ce qui m’aurait sans doute pris un bon quart d’heure de plus. J’ai ensuite commencé à préparer les branches.

Au sécateur, j’ai supprimé tous les rameaux quand le diamètre de la branche dépassait 2 cm. Il faut en fait que la branche et ses rameaux puissent passer dans une goulotte qui ne fait que 4cm de large. Les sections trop importantes, je les ai coupées avec le gros sécateur à crans, et je les garderai pour le feu.

Pour faciliter la manutention, j’ai séparé en trois tas les branches régulières, les rameaux réguliers, et les branchages un peu plus difficiles, en particulier les épineux, qui sont durs, tordus, et méchants.

Broyage

J’ai ensuite sorti le broyeur, préparé les protections (oreilles, mains, et visage pour les épines), disposé la caisse. Le broyage s’est bien passé, et j’ai du faire à peut près quatre caisses de 50 litres en une heure. J’ai eu à peu près quatre ou cinq blocages, ce qui m’a rassuré par raport aux premières expériences de broyage où j’avais passé la majeure partie du temps à visser et dévisser la vis de verrouillage pour accéder aux couteaux et débloquer les bois coincés. Avec un blocage tous les quarts d’heure, le temps passé en maintenance est dorénavant négligeable, même si chaque blocage est très énervant.

Une caisse de BRF

Préparation du sol et épandage

Le sol auquel je destinais le BRF était déjà passablement travaillé par les bestioles. En effet, cela faisait presque trois ans qu’il était protégé par un tas de lauzes caché sous un buisson d’orties, et personne n’y avait marché. Le tas de lauzes avait été enlevé par mes soins la semaine précédente en préparation de l’intervention du couvreur. Je n’ai eu qu’à enlever les fragments de lauzes un peu enfouis, les restants de tasseaux de bois passablement pourris qui au départ étaient sensés empêcher le contact entre le tas de lauzes et le sol (ahem…), et donner un coup de râteau pour retirer l’essentiel des tiges d’orties.

Incorporation du broyat

J’ai donné un premier coup de rotogriffe (en attendant ma grelinette), surtout pour voir s’il ne restait pas trop de cailloux. Au passage, je me suis rendu compte à quel point la terre était sèche. Il n’avait en effet pas plu depuis au moins six semaines.

J’ai ensuite versé mes caisses de BRF sur une hauteur d’environ 3cm, et j’ai incorporé grossièrement avec un deuxième coup de griffe.

La question de l’incorporation et de l’azote

De même que la question de savoir si l’esprit procède “du père et du fils” ou “du père par le fils” a déchiré les chrétiens dès les premiers temps, de même la question de savoir s’il faut épandre les BRF en paillage ou bien les incorporer aux premiers centimètres du sol divise les adeptes de la technique. Les uns disent que les bois en forêt tombent simplement au sol et ne sont pas incorporés ; les autres disent qu’en simple paillage, seule la couche de broyat en contact direct avec le sol peut servir à l’aggradation, et que tout le reste sèche et ne joue pas d’autre rôle qu’un paillage de vieux bois. Les uns disent que l’incorporation permet d’augmenter la surface de contact entre la terre et les fragments de bois ; les autres disent qu’une réaction trop rapide crée une indigestion de carbone, et qu’il faut supplémenter la terre en azote pour éviter une “faim d’azote” dans les premiers mois.

Entre les deux, mon coeur balance, et je me dis que je ferais aussi bien d’essayer les deux en toute bonne foi, non pas pour départager les camps, mais pour constater leur arguments, et pour voir si l’une des deux pratiques s’avère chez moi plus simple ou plus efficace.

Sur ce petit morceau, j’ai incorporé. Mais comme il me restait une caisse, j’ai utilisé le reliquat en paillage simple sur la planche de potager récemment nettoyée. Et pour parfaire l’expérience, j’en ai “sur-paillé” une partie avec du broyat de vieux bois pour empêcher le BRF de sécher.

Je ne sais pas encore comment est sensée se manifester la faim d’azote. Je crois savoir que la présence d’orties sur un terrain serait plutôt le témoin d’une abondance d’azote. Comme le petit coin sur lequel je viens de mettre les BRF était une colonie d’orties, ça ne devrait pas être trop gênant. On verra bien. Sinon, j’y mettrai du compost.

jeunes pousses d'orties

Pailler ou pas pailler ?

Pailler par-dessus le BRF se justifierait pour trois raisons : empêcher le dessèchement, prévenir la germination des adventices, aporter un peu d’azote.

Mais voilà, je n’ai pas grand-chose pour l’instant à mettre en paillage, à part des copeaux de menuiserie qui compromettraient encore davantage le ratio carbone-azote. Quant aux mauvaises herbes, je ferais peut-être mieux de les y laisser, et de simplement faire un peu de place quand je saurai quoi planter. Les années passées, aucune épaisseur de paillage n’avait réussi à contenir le liseron. Si je laisse la végétation spontanée s’installer en mars et avril, le liseron restera peut-être dormant, et le soleil de mai ne pourra déjà plus atteindre le sol. Et comme la terre est déjà suffisamment aérée à cet endroit, je ne risque pas d’érosion en cas de fortes giboulées courant Mars.

Voir aussi

Mon article d’introduction sur les BRF
pailler ou laisser les herbes
broyeur et chutes de scierie
Utiliser l’aubier de feuillus pour imiter les BRF ?
Mon compte-rendu de la conférence sur les BRF par Eléa Asselineau, à Rodez, le 29 mars 2008

Ressources en français

La page ressources du site aggra.org
Le blog de Jacky Dupéty
Les jardins de BRF
L’article de Wikipédia
Discussion sur les limites du BRF, au Sens de l’Humus
Les BRF et les haies - fiche PDF - arbres et paysage du Gers

Vidéos sur le BRF

Jacky Dupéty au journal de France 2
Et au journal de PPDA
Le BRF, une perspective d’avenir
Chemin faisant, rencontre avec Jacky Dupéty
Chez Jean-Lou Gagnepain
L’émission Terre à Terre consacrée au BRF (audio - MP3)

Ecrit par kristen, classé dans sol, techniques. 5 commentaires.

5 commentaires

1  Filopat

Quelques remarques en passant:
“Je ne sais pas encore comment est sensée se manifester la faim d’azote. “: par des plantes qui poussent mal et présentent une couleur jaunâtre.
“Pailler par-dessus le BRF se justifierait pour trois raisons… apporter un peu d’azote.”: en fait je ne crois pas. Pour cela il faudrait d’abord que ton paillis se soit transformé en compost, or comme il est sur le dessus et en faible épaisseur, il va mettre assez longtemps à se décomposer. En outre la paille (paillis!) est très pauvre et génère à ma connaissance très peu d’azote. Des tontes de gazon ont un potentiel azoté supérieur, mais là aussi, il faut que ça se décompose. A mon avis, pour combattre la faim d’azote la première année, le mieux est d’apporter de la corne ( en farine pour une action rapide ou sous une forme plus grossière pour une action tranquille et de longue durée).
Pour les liserons: éviter toute action qui brise ses racines ( exemple: motoculteur), car autant de bouts de racines, autant de nouveaux plants de liseron! Tester la solution suivante sur un petit carré: couper le liseron à ras et avec un pinceau trempé dans du Glyphosate pur, humecter le bout de tige restant ( lu mais jamais testé). Cela dit chez moi, il y a du liseron mais bon, pas au point de submerger nos cultures, du coup on cohabite. Je crois qu’il va plutôt falloir chercher de ce côté… comme pour les fourmis, les souris, les pigeons, les renards etc.

Ecrit le 20 avril 2008 à 4:10

2  kristen

Merci pour les renseignements concernant l’azote. C’est logique qu’un paillage par-dessus n’est pas très bien placé pour compenser un souci d’azote en-dessous. Alors soit on met des nitrates, soit toute variante ‘bio’ (corne, mais peut-être ortie, consoude, fumier…) A la conférence sur les BRF où j’étais l’autre jour, il y avait des témoignages en faveur du ‘rien faire’. L’idée sous-jacente est qu’il faut justement que le sol passe par cette carence en azote pour mettre en place les mécanismes qui serviront ensuite à amener les nitrates à la plante, et que si on court-circuite ces mécanismes avec un apport d’azote, on retarde d’autant l’”apprentissage”. Ca me paraît logique, mais ça reste à étayer en “essais cliniques”.

Pour le liseron, il va falloir effectivement vivre avec, mais j’aimerais bien vivre avec moins. En tout cas, j’essayerai tout le reste avant de passer au roundup.

Ecrit le 21 avril 2008 à 7:37

3  Filopat

“avant de passer au roundup”: euh, pas avec un atomiseur quand même? Ce que j’ai suggéré c’est juste d’humecter le bout de la tige cassée avec du roundup pur. Pur = très fort mais juste sur 1mm2. Penser à Paracelse qui disait “la dose fait le poison”. Peut-être qu’à ce niveau on reste dans le raisonnable, non? En tout cas si ça marche car évidemment cela reste à vérifier. Autre essai possible: un plastique noir posé sur le sol pendant un ou deux ans. Pour le liseron, je ne sais pas si ça l’extermine à coup sûr, en revanche, tu constateras là aussi un effet sur le sol allant dans le sens d’un ameublissement en surface… mais pas de noircissement faut qd même pas rêver.

Ecrit le 21 avril 2008 à 10:09

4  kristen

J’ai une bâche plastique noire qui fera très bien l’affaire. Sinon, j’aime bien aussi les cartons, que je peux récupérer à l’envi à la déchetterie (il y en a tant que je peux vraiment choisir les plus “nature”).

Ecrit le 22 avril 2008 à 7:48

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Ecrit le 17 juin 2008 à 5:48

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