Mon premier BRF

Mise en oeuvre de bois raméal fragmenté sur quelques mètres carrés

Si vous ne connais­sez pas les BRF, vous pou­vez d’abord lire cet ar­ticle.

Pour­quoi des BRF sur l’arpent nourricier ?

Chez moi, le sol n’est pas dé­gradé (à part ce­lui de la cour). Le ter­rain n’a pro­ba­ble­ment ja­mais été ex­ploité in­ten­si­ve­ment, puisqu’il s’agissait d’un pe­tit pré uti­lisé oc­ca­sion­nel­le­ment pour les bre­bis des uns et les poules des autres, au mi­lieu du vil­lage. Cela dit, ça reste de la terre très ar­gi­leuse, de faible pro­fon­deur (30cm par en­droits), sur un socle schis­teux par­fai­te­ment étanche et à ten­dance acide. Je me suis dit que l’utilisation de BRF per­met­trait peut-être d’augmenter l’épaisseur utile, d’alléger le sol, d’améliorer le drai­nage et d’avoir une meilleure qua­lité d’infiltration et de ré­ten­tion, sur­tout vers l’été quand les seules pré­ci­pi­ta­tions se­ront sous forme d’orages.

Où trou­ver le bois ?

J’ai seule­ment com­mencé à plan­ter une haie cham­pètre, et donc je n’avais pas vrai­ment de bois à mettre sous le cou­teau de mon broyeur élec­trique de jar­din lien photo gar­dena. Mais notre pays est un pays en­core bo­ca­ger. Ce ne sont pas les haies qui manquent, et même si la plu­part sont par­fai­te­ment mal­trai­tées et an­nuel­le­ment mas­sa­crées à l’épareuse à une hau­teur mi­nable d’à peine un mètre cin­quante, il y a quelques haies en­core vaillantes et qui four­nissent une ex­cel­lente ma­tière pour des BRF.

Des voi­sins et amis der­rière chez nous avaient ra­fraî­chi la leur, et un tas de jeunes bran­chages at­ten­daient au mi­lieu du pré d’être sé­chés par le so­leil et brû­lés sans autre forme de pro­cès. Il nous a suffi de pro­po­ser de les en dé­bar­ras­ser pour que l’affaire soit conclue.

Un tas de jeunes branches avant broyage

Tant que les BRF res­tent une tech­nique confi­den­tielle, il ne de­vrait pas être trop dif­fi­cile pour un par­ti­cu­lier de se four­nir gra­tui­te­ment en bois de taille, soit en dé­bar­ras­sant les voi­sins de tas de bran­chages des­ti­nés au feu, soit en pro­cé­dant lui-même à l’élagage à titre de gagnant-gagnant. Il faut tou­te­fois dis­po­ser d’une ca­pa­cité de broyage par ailleurs.

Du côté des pay­sa­gistes et des éla­gueurs, il est pro­bable qu’ils sont da­van­tage sen­si­bi­li­sés sur l’intérêt des dé­chets broyés, soit en paillage simple pour les plates-bandes, soit en BRF, et donc qu’ils fassent payer de plus en plus cher une li­vrai­son de BRF.

Quel broyeur pour quelle quantité ?

J’avais acheté le broyeur plu­tôt pour faire du paillage de sol avec les longues plan­chettes (les chutes d’avivage) que la scie­rie m’avait li­vrées mé­lan­gées aux dosses de sciage qui me servent de (mau­vais) bois de feu de­puis deux ans. Pour cette tâche, le broyeur s’était avéré as­sez in­suf­fi­sant, quoique pas to­ta­le­ment hors course si j’étais prêt à y pas­ser du temps ; dans la me­sure où le tra­vail n’était à faire qu’une seule fois, on pou­vait éven­tuel­le­ment s’y résigner.

La li­mite de 3cm de dia­mètre pour des bois frais et 2 cm pour des bois secs était as­sez frus­trante pour l’utilisation en­vi­sa­gée ini­tia­le­ment, mais quand j’ai com­mencé à me do­cu­men­ter sur les bois ra­méaux frag­men­tés, le broyeur a ra­pi­de­ment re­monté dans mon es­time. En ef­fet, il est convenu entre pra­ti­quants des BRF que plus les dia­mètres sont pe­tits, meilleur est le broyat, 7 cm étant une li­mite supérieure.

Broyage de jeunes branches

Si l’on fait le cal­cul de la quan­tité maxi­male de BRF dont je peux avoir be­soin en ré­gime éta­bli, il faut pré­voir 300 mètres cube à l’hectare tous les trois ans, soit dix litres par mètre carré et par an, pour faire simple. J’ai 1300 mètres car­rés. Si je traite le quart en BRF, cela fe­rait 3200 litres par an. A rai­son d’une demi-heure de tra­vail pour 50 litres (tout com­pris : pré­pa­ra­tion, broyage et épan­dage), j’en au­rais donc pour une tren­taine d’heures de tra­vail par an avec ce broyeur.

Les chiffres sont du bon côté, et il n’y a pas d’intérêt à mon échelle à ache­ter un broyeur plus gros, ou même à en faire ve­nir un au coup par coup, puisque ça né­ces­si­te­rait de le faire ve­nir pour trois fois rien à chaque fois. En plus, comme il ne vaut mieux pas lais­ser traî­ner du BRF en tas sous peine de le voir com­pos­ter spon­ta­né­ment, je ne peux pas non plus broyer en une fois la quan­tité qui me ser­vi­rait pour tous mes épan­dages, sous peine d’avoir à me pres­ser pour tout épandre le plus vite possible.

J’en ai donc conclu que mon broyeur était (as­sez for­tui­te­ment, il faut l’admettre, à moins que l’on puisse mettre ce bon­heur sur le compte d’une gé­niale ins­pi­ra­tion) une ma­chine à BRF as­sez adap­tée à mon échelle.

Pré­pa­ra­tion des bois

J’ai traîné les bran­chages de mes voi­sins sur une cen­taine de mètres, crai­gnant à chaque ins­tant de croi­ser quelqu’un et de de­voir lui ex­pli­quer les BRF, ce qui m’aurait sans doute pris un bon quart d’heure de plus. J’ai en­suite com­mencé à pré­pa­rer les branches.

Au sé­ca­teur, j’ai sup­primé tous les ra­meaux quand le dia­mètre de la branche dé­pas­sait 2 cm. Il faut en fait que la branche et ses ra­meaux puissent pas­ser dans une gou­lotte qui ne fait que 4cm de large. Les sec­tions trop im­por­tantes, je les ai cou­pées avec le gros sé­ca­teur à crans, et je les gar­de­rai pour le feu.

Pour fa­ci­li­ter la ma­nu­ten­tion, j’ai sé­paré en trois tas les branches ré­gu­lières, les ra­meaux ré­gu­liers, et les bran­chages un peu plus dif­fi­ciles, en par­ti­cu­lier les épi­neux, qui sont durs, tor­dus, et méchants.

Broyage

J’ai en­suite sorti le broyeur, pré­paré les pro­tec­tions (oreilles, mains, et vi­sage pour les épines), dis­posé la caisse. Le broyage s’est bien passé, et j’ai du faire à peut près quatre caisses de 50 litres en une heure. J’ai eu à peu près quatre ou cinq blo­cages, ce qui m’a ras­suré par ra­port aux pre­mières ex­pé­riences de broyage où j’avais passé la ma­jeure par­tie du temps à vis­ser et dé­vis­ser la vis de ver­rouillage pour ac­cé­der aux cou­teaux et dé­blo­quer les bois coin­cés. Avec un blo­cage tous les quarts d’heure, le temps passé en main­te­nance est do­ré­na­vant né­gli­geable, même si chaque blo­cage est très énervant.

Une caisse de BRF

Pré­pa­ra­tion du sol et épandage

Le sol au­quel je des­ti­nais le BRF était déjà pas­sa­ble­ment tra­vaillé par les bes­tioles. En ef­fet, cela fai­sait presque trois ans qu’il était pro­tégé par un tas de lauzes ca­ché sous un buis­son d’orties, et per­sonne n’y avait mar­ché. Le tas de lauzes avait été en­levé par mes soins la se­maine pré­cé­dente en pré­pa­ra­tion de l’intervention du cou­vreur. Je n’ai eu qu’à en­le­ver les frag­ments de lauzes un peu en­fouis, les res­tants de tas­seaux de bois pas­sa­ble­ment pour­ris qui au dé­part étaient sen­sés em­pê­cher le contact entre le tas de lauzes et le sol (ahem…), et don­ner un coup de râ­teau pour re­ti­rer l’essentiel des tiges d’orties.

Incorporation du broyat

J’ai donné un pre­mier coup de ro­to­griffe (en at­ten­dant ma gre­li­nette), sur­tout pour voir s’il ne res­tait pas trop de cailloux. Au pas­sage, je me suis rendu compte à quel point la terre était sèche. Il n’avait en ef­fet pas plu de­puis au moins six semaines.

J’ai en­suite versé mes caisses de BRF sur une hau­teur d’environ 3cm, et j’ai in­cor­poré gros­siè­re­ment avec un deuxième coup de griffe.

La ques­tion de l’incorporation et de l’azote

De même que la ques­tion de sa­voir si l’esprit pro­cède “du père et du fils” ou “du père par le fils” a dé­chiré les chré­tiens dès les pre­miers temps, de même la ques­tion de sa­voir s’il faut épandre les BRF en paillage ou bien les in­cor­po­rer aux pre­miers cen­ti­mètres du sol di­vise les adeptes de la tech­nique. Les uns disent que les bois en fo­rêt tombent sim­ple­ment au sol et ne sont pas in­cor­po­rés ; les autres disent qu’en simple paillage, seule la couche de broyat en contact di­rect avec le sol peut ser­vir à l’aggradation, et que tout le reste sèche et ne joue pas d’autre rôle qu’un paillage de vieux bois. Les uns disent que l’incorporation per­met d’augmenter la sur­face de contact entre la terre et les frag­ments de bois ; les autres disent qu’une ré­ac­tion trop ra­pide crée une in­di­ges­tion de car­bone, et qu’il faut sup­plé­men­ter la terre en azote pour évi­ter une “faim d’azote” dans les pre­miers mois.

Entre les deux, mon coeur ba­lance, et je me dis que je fe­rais aussi bien d’essayer les deux en toute bonne foi, non pas pour dé­par­ta­ger les camps, mais pour consta­ter leur ar­gu­ments, et pour voir si l’une des deux pra­tiques s’avère chez moi plus simple ou plus efficace.

Sur ce pe­tit mor­ceau, j’ai in­cor­poré. Mais comme il me res­tait une caisse, j’ai uti­lisé le re­li­quat en paillage simple sur la planche de po­ta­ger ré­cem­ment net­toyée. Et pour par­faire l’expérience, j’en ai “sur-paillé” une par­tie avec du broyat de vieux bois pour em­pê­cher le BRF de sécher.

Je ne sais pas en­core com­ment est sen­sée se ma­ni­fes­ter la faim d’azote. Je crois sa­voir que la pré­sence d’orties sur un ter­rain se­rait plu­tôt le té­moin d’une abon­dance d’azote. Comme le pe­tit coin sur le­quel je viens de mettre les BRF était une co­lo­nie d’orties, ça ne de­vrait pas être trop gê­nant. On verra bien. Si­non, j’y met­trai du compost.

jeunes pousses d'orties

Pailler ou pas pailler ?

Pailler par-dessus le BRF se jus­ti­fie­rait pour trois rai­sons : em­pê­cher le des­sè­che­ment, pré­ve­nir la ger­mi­na­tion des ad­ven­tices, apor­ter un peu d’azote.

Mais voilà, je n’ai pas grand-chose pour l’instant à mettre en paillage, à part des co­peaux de me­nui­se­rie qui com­pro­met­traient en­core da­van­tage le ra­tio carbone-azote. Quant aux mau­vaises herbes, je fe­rais peut-être mieux de les y lais­ser, et de sim­ple­ment faire un peu de place quand je sau­rai quoi plan­ter. Les an­nées pas­sées, au­cune épais­seur de paillage n’avait réussi à conte­nir le li­se­ron. Si je laisse la vé­gé­ta­tion spon­ta­née s’installer en mars et avril, le li­se­ron res­tera peut-être dor­mant, et le so­leil de mai ne pourra déjà plus at­teindre le sol. Et comme la terre est déjà suf­fi­sam­ment aé­rée à cet en­droit, je ne risque pas d’érosion en cas de fortes gi­bou­lées cou­rant Mars.

Voir aussi

Mon ar­ticle d’introduction sur les BRF
pailler ou lais­ser les herbes
broyeur et chutes de scie­rie
Uti­li­ser l’aubier de feuillus pour imi­ter les BRF ?
Mon compte-rendu de la confé­rence sur les BRF par Eléa As­se­li­neau, à Ro­dez, le 29 mars 2008

Res­sources en français

La page res­sources du site aggra.org
Le blog de Ja­cky Du­péty
Les jar­dins de BRF
L’article de Wi­ki­pé­dia
Dis­cus­sion sur les li­mites du BRF, au Sens de l’Humus
Les BRF et les haies — fiche PDF — arbres et pay­sage du Gers

Vi­déos sur le BRF

Ja­cky Du­péty au jour­nal de France 2
Che­min fai­sant, ren­contre avec Ja­cky Du­péty
Chez Jean-Lou Ga­gne­pain
L’émission Terre à Terre consa­crée au BRF (au­dio — MP3)