Mon argent, c’est votre dette

L'argent de l'un, c'est la dette de l'autre

money money par pingu1963 sur flickr

Voici le dé­but d’une sé­rie sur la mon­naie, la fi­nance, et l’économie, en lien avec mon ini­tia­tive de lan­cer un Sys­tème d’Echange Lo­cal.

L’argent, c’est de la dette. Je ré­pare votre or­di­na­teur, et vous n’avez pas une bou­teille de cidre sous la main pour un troc im­mé­diat, donc vous gri­bouillez un mot sur un pa­pier, di­sant que vous me de­vez une bou­teille. Même si vous m’oubliez, je peux re­ve­nir plus tard pour ré­cla­mer mon dû. Mais que se passe-t-il si vous ar­rê­tez de faire du cidre ? Si vous n’avez rien d’autre à me don­ner en ré­tri­bu­tion du ser­vice rendu, par exemple si vous êtes ruiné ou mort, ce qui re­vient au même pour moi ? Cela vou­drait dire que j’aurais tra­vaillé bé­né­vo­le­ment. Si je n’aime pas ce risque, je ne ten­te­rai l’expérience à nou­veau avec per­sonne d’autre. Et l’économie s’arrêtera, comme tout le monde sera à at­tendre que cha­cun fasse le pre­mier pas.

Pour em­pê­cher ça, et pour s’assurer que je vien­drai vous rendre ser­vice quand vous en au­rez be­soin, la Banque Cen­trale ga­ran­tit votre pe­tit mot, et votre pro­messe d’une bou­teille de cidre de­vient un billet de banque. Elle pro­clame que si vous ne pou­vez pas me don­ner une vraie bou­teille en ré­com­pense de mes ef­forts, je pour­rai al­ler la voir et elle me don­nera une bou­teille d’une fa­çon ou d’une autre (en la ré­cla­mant à d’autres per­sonnes). L’argent, c’est de la dette, que la Banque Cen­trale ga­ran­tit en éta­lant le risque sur la col­lec­ti­vité. Main­te­nant que tout le monde a confiance que le billet vaut une bou­teille de cidre, je peux le don­ner à quelqu’un en échange d’autre chose à la place de la bou­teille que je n’ai pas re­çue (pourvu que cette autre chose ait la même valeur).

Dans l’état in­sensé de l’économie mon­diale juste avant la crise, on nous di­sait qu’il n’y avait ja­mais eu au­tant de li­qui­dité en cir­cu­la­tion — donc ja­mais au­tant de dette non plus. La quan­tité d’argent dans le monde est consi­dé­rable, condui­sant à toutes sortes d’effets spé­cu­la­tifs et de fré­né­sie fi­nan­cière. Mais cet ar­gent est tou­jours de la dette. Une dette que la Banque Cen­trale ga­ran­tit pou­voir ré­cla­mer un jour à la col­lec­ti­vité, c’est à dire à l’économie, pour que nous four­nis­sions les biens et les ser­vices à ceux qui ne dé­tiennent pour l’instant que des billets. Qu’arrivera-t-il si nous ne sommes pas en me­sure de fournir ?

Il se pro­duira alors une crise fi­nan­cière. Le risque pris s’avère fi­na­le­ment trop im­por­tant pour être ab­sorbé par la col­lec­ti­vité. Le ré­sul­tat fi­nal, c’est que la quan­tité ou la va­leur de l’argent de­vra fondre, pour s’ajuster à ce que nous pou­vons ef­fec­ti­ve­ment four­nir. Mais avant cela, il est pro­bable que les riches (ceux qui dé­tiennent l’argent donc la créance) ten­te­ront de ti­rer tout ce qu’ils peuvent de la col­lec­ti­vité (pour la­quelle la Banque Cen­trale s’était en­ga­gée) ainsi que des pauvres (ceux qui n’ont pas d’argent n’ont que de la dette). En cher­chant à hap­per un maxi­mum de ri­chesse avant la ruine, ils dé­truisent l’économie et en­foncent la col­lec­ti­vité un peu plus pro­fon­dé­ment dans la ré­ces­sion et la misère.

Donc, si comme moi vous avez de l’argent à la banque et dont vous n’avez pas be­soin pour ache­ter de la nour­ri­ture ou pour payer un loyer, ne ve­nez pas vous joindre aux émeutes le jour où votre banque fer­mera ses portes. Consi­dé­rez votre pla­ce­ment comme un don à ceux qui en avaient plus be­soin (si vous en aviez eu réel­le­ment be­soin, vous ne l’auriez pro­ba­ble­ment pas placé).

Dans le cas d’un ef­fon­dre­ment fi­nan­cier, je pré­fère voir les riches rui­nés que les pauvres à la rue ou affamés.