2 juillet 2008 — Moisson de mon premier seigle

Un grand moment de débutance

Un en­grais vert rescapé

J’avais semé du seigle sur 25m2 à l’automne pour cou­vrir le sol et ser­vir d’engrais vert. Et puis quand je l’ai vu pros­pé­rer au prin­temps, je me suis dit que j’allais le lais­ser pous­ser pour avoir de la paille pour chan­ger la cou­ver­ture du trac­teur à poules. Et puis quand il a mis de ma­jes­tueux épis, je me suis dit que j’allais le lais­ser mû­rir et voir com­bien ça me fe­rait de grain pour mes poules.

seigle au moment de l'épiaison

Comme il s’annonçait des orages pour le jeudi, j’ai pré­féré hâ­ter le mû­ris­se­ment en mois­son­nant le di­manche et en lais­sant sé­cher jusqu’au mer­credi. Je n’avais pas trop en­vie de voir mon seigle cou­ché au sol par une bour­rasque la veille du jour où il au­rait été par­fait pour la ré­colte. En plus, j’ai lu quelque part que si on laisse le seigle mû­rir sur pied, une par­tie du grain se perd en tom­bant de l’épi. En­fin, le li­se­ron était déjà presque à mi-hauteur sur une par­tie de la par­celle, je n’avais pas trop en­vie de le lais­ser grim­per plus haut.

Mois­son laborieuse

Je ne sais pas com­ment c’est sensé se mois­son­ner, mais ce n’était pas concluant avec la faux: im­pos­sible de gar­der des gerbes bien ran­gées. Est-ce que Brue­ghel avait vrai­ment ob­servé la vie aux champs, ou bien mélangeait-il les foins et la mois­son ? C’était mieux avec la ci­saille, mais il m’aurait fallu une troi­sième main pour te­nir la gerbe pen­dant que j’actionnais la ci­saille ; ça doit être jouable à deux. J’ai donc fini à la fau­cille, ce qui doit res­sem­bler le plus aux mois­sons an­tiques. Comme il n’y avait pas de sillons bien tra­cés et que le li­se­ron en­tre­mêlé re­te­nait aux tiges alen­tour la gerbe que je cou­pais — et comme c’était ma pre­mière mois­son, sans plan et sans men­tor, j’ai bien passé deux heures à faire les 25 mètres car­rés, soit cinq mi­nutes par mètre carré, et 800 heures à l’hectare. Même en consi­dé­rant un ren­de­ment idéal de 40 quin­taux (= 4 tonnes) à l’hectare, j’ai de sa­crés doutes sur le bien fondé de la culture des cé­réales si l’on veut mi­ni­mi­ser le tra­vail par ca­lo­rie pro­duite (je ren­vois à mes pa­tates ci-dessous). Et là, je n’ai en­core ni battu, ni moulu… (heu­reu­se­ment que je me suis contenté d’écouter pous­ser, du se­mis à la moisson)

seigle mûr

Quelque part, j’ai l’impression que la culture des cé­réales est un hé­ri­tage cultu­rel des plaines d’Asie Mi­neure où ces gra­mi­nées pous­saient spon­ta­né­ment, et pas une construc­tion rai­son­née. Les pre­miers agri­cul­teurs ve­naient de là-bas, et ont ex­porté leur bonne idée. Et nous avons bê­te­ment im­porté le mo­dèle tel quel dans une Gaule Che­ve­lue où l’écosystème spon­tané est une fo­rêt de chênes.

J’ai donc laissé les gerbes cou­pées sé­cher et mû­rir du di­manche au mer­credi. Il m’a alors fallu les ren­trer parce que Météo-France an­non­çait des orages oranges (dont on n’a fi­na­le­ment pas vu la cou­leur, mais c’est fa­cile de ju­ger après-coup). C’est là que j’ai eu l’idée de ren­trer sim­ple­ment les épis et de lais­ser les pailles de­hors, pour évi­ter d’encombrer ma grange qui est en tra­vaux. J’ai donc passé trois autres heures à sé­pa­rer re­li­gieu­se­ment au sé­ca­teur les épis. J’ai trouvé ça dé­bile en le fai­sant, et j’ai eu trois heures pour ré­flé­chir à com­ment faire la même chose au­tre­ment, sans grand succès.

Voyez-vous, si tous les épis étaient bien ran­gés à la même hau­teur, j’aurai pu ex­pé­dier le tra­vail à la ci­saille en dé­ca­pi­tant les gerbes. Mais il se trouve que dans mon champ de seigle, si le bas des tiges est bien tout au même ni­veau (par construc­tion), les épis sont à des hau­teurs très dif­fé­rentes (entre un mètre vingt pour les plus bas et deux mètres pour les plus hauts). Si on ra­joute le fait que mes gerbes n’étaient pas par­faites, j’avais des épis parmi les pailles sur un mètre dans le haut de mes gerbes.

Com­ment je fe­rai la fois prochaine ?

Je sè­me­rai en sillons — juste pour pou­voir être un peu mé­tho­dique pour la moisson.

Je laisse tom­ber pour la ré­cu­pé­ra­tion des pailles (je n’aurai pas for­cé­ment be­soin de chaume très souvent).

Au lieu de cou­per les gerbes au pied, je les coupe au bas de l’épi le plus bas d’une poi­gnée. Je pié­tine le reste de la paille pour cou­vrir le sol ré­cem­ment mois­sonné. Les épis sont pleins de paille aussi (mais plus courte), et je les stocke ainsi jusqu’au bat­tage. Après, je ré­cu­père la paille pour pailler les planches de po­ta­ger (la­quelle paille sera exempte de grains, puisque c’est le but du battage).

Ré­sul­tat des courses

Le len­de­main de ma mois­son, mon agri­cul­teur de voi­sin qui a la vue sur mon carré de seigle de­puis sa chambre m’a dé­mo­ra­lisé en me di­sant que la paille était en­core trop verte et que le grain n’était pas mûr et que je n’aurais rien — qu’il ne me res­te­rait que le son. Fi­na­le­ment, je crois que j’ai été chan­ceux. Les grains sont main­te­nant bien secs, et ils ne se sont pas ra­ta­ti­nés pour autant.

Je ne connais pas en­core mon ren­de­ment. Les épis sont beaux, avec quatre pleines ran­gées de grains do­dus. Cer­tains épis font un em­pan de long (un em­pan = la lon­gueur entre le pe­tit doigt et le pouce, main écar­te­lée ; 20 cm à une vache près dans mon cas). Je sais juste que j’ai rem­pli un grand pa­nier à linge avec des épis, ce qui re­pré­sente peut-être cin­quante litres. Si je fais vingt quin­taux à l’hectare, je de­vrais avoir cinq ki­los de grain. Si j’ai dix ki­los, j’atteins qua­rante quin­taux à l’hectare. Et si j’ai plus, c’est que je me suis trompé.

Avec vingt quin­taux à l’hectare, si on compte qu’il me faut cin­quante à cent ki­los de grain par an pour en­tre­te­nir les pon­deuses, ça veut dire qu’il me fau­dra se­mer une su­per­fi­cie cinq à dix fois su­pé­rieure –entre 125 et 250m²- pour l’année pro­chaine. Je pense que je le fe­rai, mais ça me for­cera à être plus in­tel­li­gent pour la mois­son, si­non, ça sera cin­quante heures de travail.