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17
juil

2 juillet 2008 – Moisson de mon premier seigle

Un grand moment de débutance

Un engrais vert rescapé

J’avais semé du seigle sur 25m2 à l’automne pour couvrir le sol et servir d’engrais vert. Et puis quand je l’ai vu prospérer au printemps, je me suis dit que j’allais le laisser pousser pour avoir de la paille pour changer la couverture du tracteur à poules. Et puis quand il a mis de majestueux épis, je me suis dit que j’allais le laisser mûrir et voir combien ça me ferait de grain pour mes poules.

seigle au moment de l'épiaison

Comme il s’annonçait des orages pour le jeudi, j’ai préféré hâter le mûrissement en moissonnant le dimanche et en laissant sécher jusqu’au mercredi. Je n’avais pas trop envie de voir mon seigle couché au sol par une bourrasque la veille du jour où il aurait été parfait pour la récolte. En plus, j’ai lu quelque part que si on laisse le seigle mûrir sur pied, une partie du grain se perd en tombant de l’épi. Enfin, le liseron était déjà presque à mi-hauteur sur une partie de la parcelle, je n’avais pas trop envie de le laisser grimper plus haut.

Moisson laborieuse

Je ne sais pas comment c’est sensé se moissonner, mais ce n’était pas concluant avec la faux: impossible de garder des gerbes bien rangées. Est-ce que Brueghel avait vraiment observé la vie aux champs, ou bien mélangeait-il les foins et la moisson ? C’était mieux avec la cisaille, mais il m’aurait fallu une troisième main pour tenir la gerbe pendant que j’actionnais la cisaille ; ça doit être jouable à deux. J’ai donc fini à la faucille, ce qui doit ressembler le plus aux moissons antiques. Comme il n’y avait pas de sillons bien tracés et que le liseron entremêlé retenait aux tiges alentour la gerbe que je coupais – et comme c’était ma première moisson, sans plan et sans mentor, j’ai bien passé deux heures à faire les 25 mètres carrés, soit cinq minutes par mètre carré, et 800 heures à l’hectare. Même en considérant un rendement idéal de 40 quintaux (= 4 tonnes) à l’hectare, j’ai de sacrés doutes sur le bien fondé de la culture des céréales si l’on veut minimiser le travail par calorie produite (je renvois à mes patates ci-dessous). Et là, je n’ai encore ni battu, ni moulu… (heureusement que je me suis contenté d’écouter pousser, du semis à la moisson)

seigle mûr

Quelque part, j’ai l’impression que la culture des céréales est un héritage culturel des plaines d’Asie Mineure où ces graminées poussaient spontanément, et pas une construction raisonnée. Les premiers agriculteurs venaient de là-bas, et ont exporté leur bonne idée. Et nous avons bêtement importé le modèle tel quel dans une Gaule Chevelue où l’écosystème spontané est une forêt de chênes.

J’ai donc laissé les gerbes coupées sécher et mûrir du dimanche au mercredi. Il m’a alors fallu les rentrer parce que Météo-France annonçait des orages oranges (dont on n’a finalement pas vu la couleur, mais c’est facile de juger après-coup). C’est là que j’ai eu l’idée de rentrer simplement les épis et de laisser les pailles dehors, pour éviter d’encombrer ma grange qui est en travaux. J’ai donc passé trois autres heures à séparer religieusement au sécateur les épis. J’ai trouvé ça débile en le faisant, et j’ai eu trois heures pour réfléchir à comment faire la même chose autrement, sans grand succès.

Voyez-vous, si tous les épis étaient bien rangés à la même hauteur, j’aurai pu expédier le travail à la cisaille en décapitant les gerbes. Mais il se trouve que dans mon champ de seigle, si le bas des tiges est bien tout au même niveau (par construction), les épis sont à des hauteurs très différentes (entre un mètre vingt pour les plus bas et deux mètres pour les plus hauts). Si on rajoute le fait que mes gerbes n’étaient pas parfaites, j’avais des épis parmi les pailles sur un mètre dans le haut de mes gerbes.

Comment je ferai la fois prochaine ?

Je sèmerai en sillons – juste pour pouvoir être un peu méthodique pour la moisson.

Je laisse tomber pour la récupération des pailles (je n’aurai pas forcément besoin de chaume très souvent).

Au lieu de couper les gerbes au pied, je les coupe au bas de l’épi le plus bas d’une poignée. Je piétine le reste de la paille pour couvrir le sol récemment moissonné. Les épis sont pleins de paille aussi (mais plus courte), et je les stocke ainsi jusqu’au battage. Après, je récupère la paille pour pailler les planches de potager (laquelle paille sera exempte de grains, puisque c’est le but du battage).

Résultat des courses

Le lendemain de ma moisson, mon agriculteur de voisin qui a la vue sur mon carré de seigle depuis sa chambre m’a démoralisé en me disant que la paille était encore trop verte et que le grain n’était pas mûr et que je n’aurais rien – qu’il ne me resterait que le son. Finalement, je crois que j’ai été chanceux. Les grains sont maintenant bien secs, et ils ne se sont pas ratatinés pour autant.

Je ne connais pas encore mon rendement. Les épis sont beaux, avec quatre pleines rangées de grains dodus. Certains épis font un empan de long (un empan = la longueur entre le petit doigt et le pouce, main écartelée ; 20 cm à une vache près dans mon cas). Je sais juste que j’ai rempli un grand panier à linge avec des épis, ce qui représente peut-être cinquante litres. Si je fais vingt quintaux à l’hectare, je devrais avoir cinq kilos de grain. Si j’ai dix kilos, j’atteins quarante quintaux à l’hectare. Et si j’ai plus, c’est que je me suis trompé.

Avec vingt quintaux à l’hectare, si on compte qu’il me faut cinquante à cent kilos de grain par an pour entretenir les pondeuses, ça veut dire qu’il me faudra semer une superficie cinq à dix fois supérieure -entre 125 et 250m²- pour l’année prochaine. Je pense que je le ferai, mais ça me forcera à être plus intelligent pour la moisson, sinon, ça sera cinquante heures de travail.

Ecrit par kristen, classé dans jardin, journal. 13 commentaires.

13 commentaires

1  Imago

Très intéressant comme expérience. J’ai aussi semé un peu de seigle et d’autres céréales à la volée, je pense que c’est utile pour avoir un peu de grains à moudre pour disposer d’un peu de farine en cuisine. Mais de là à faire son pain quotidien…

Pour diverses raisons, je ne trouve pas la culture de céréales intéressantes: ce n’est pas un aliment sain et ça demande beaucoup de travail. Si nos ancêtres ont importé cette habitude c’est probablement qu’elle permet de disposer de quantités importantes de calories stockables et disponibles tout le long de l’année, et tant pis pour les nombreux inconvénients.

Ecrit le 18 juillet 2008 à 8:46

2  kristen

C’est sûr qu’en temps de travail par calorie, la patate l’emporte sur le seigle haut-la-main.

Ecrit le 21 juillet 2008 à 7:27

3  Benoit

comment réinventer la poudre !!
ce qui est marrant dans cette histoire, vu de loin, et pour une flemmard de l’agriculture comme moi, c’est de voir tout l’énergie que certains mettent à retrouver ce que nos ancêtres ont mis des siècles à mettre au point. l’autonomie alimentaire basée sur les patates, bon courage, car sans cave digne de ce nom on ne tient par l’année, et pour les céréales le problème est bien sur les rongeurs…. il faudrait essayer noix et châtaignes, un régime corse qui permet de tenir un moment !
sinon il va falloir se mettre aux lentilles et aux pois divers et variés : la rentabilité temporelle n’est pas terrible.
je crois beaucoup plus à une agriculture raisonnée et mécanisée, mais intelligemment organisée au niveau locale pour maximiser les rendements sans retomber dans une autarcie individuelle.
A suivre…

Enfin, je ne crois pas que les gaulois connaissaient la patate….

Ecrit le 21 juillet 2008 à 7:45

4  kristen

Bon, ce seigle, c’était plus un jeu qu’autre chose, et vu l’effort que ça demande, je n’imagine pas y rejouer trop souvent ni à une échelle qui ferait quelque différence que ce soit dans ma dépendance alimentaire.

S’agissant des patates, on a vu ce que l’autonomie alimentaire basée sur les patates a fait aux Irlandais en 1850…

Je suis entièrement d’accord avec toi sur le caractère vain des tentatives d’autarcie à l’échelle individuelle, à part dans un but purement exploratoire, ou bien dans la perspective d’une crise aigüe, mais quand on en est là, le pire est souvent plus probable.

Cela dit, si la culture des céréales n’est visiblement pas la bonne solution pour une culture à la main, est-ce pour autant une bonne solution quand on a des moyens mécaniques, ou bien pourrait-on s’éviter de la peine en changeant de culture alimentaire ? Je n’ai pas la réponse, et je continue à acheter de la farine…

Ecrit le 22 juillet 2008 à 8:14

5  Koldo

Cela dit, si la culture des céréales n’est visiblement pas la bonne solution pour une culture à la main,
Les fabacées marchent mieux, d’après mes observations et celles de Fabien&co à Montreuil. Pour moi c’est la piste à explorer pour avoir des aliments bie caloriques autoproduits et stockables. Aussi les graines de potimarron, mais rendement bien moindre (mais aliment de luxe nutritionnellement parlant)

Ecrit le 7 août 2008 à 6:26

6  kristen

Je n’ai pas essayé les fèves. Peut-être que ça fait peu de travail aux champs, mais le peu que j’en ai vu, c’est assez long à préparer en cuisine (à moins d’en faire de la purée).

Ecrit le 7 août 2008 à 6:36

7  Olivier

Concernant les fèves, effectivement ça pousse facilement, et coté cuisine il suffit de les ébouillanter et d’ôter la peau, c’est rapide et excellent, certes on perd la peau.

Coté seigle je vais tenter pour la prochaine saison. On doit semer à quelle époque et combien à l’ha?

Ecrit le 20 août 2008 à 7:41

8  kristen

Vers la fin de l’automne. Le but est que ça soit en herbe avant les gelées. Je crois que j’avais lu 100 kg/ha quelque part. A vérifier toutefois.

Ecrit le 20 août 2008 à 12:10

9  Stef

C’est par ce post que j’avais découvert ce blog, car je voulais semer un peu de seigle, (qui semble une des seules choses appropriée sur notre sol très pauvre où ne pousse à foison que du rumex :-( … ).

J’en ai mis sur une toute petite bande, on verra bien si l’expérience est encourageante. Merci en tout cas de nous faire partager cette expérience :-D !

Ecrit le 11 septembre 2008 à 11:03

10  kristen

Je recommencerai cette année, mais avec un mélange d’engrais verts (luzerne, moutarde, épeautre, seigle, phacélie, que sais-je encore, et quelques fleurs). C’est une parfaite hérésie (les différentes plantes ne finissent pas leur cycle au même moment), mais je tiens à mettre un peu de biodiversité.

Ecrit le 12 septembre 2008 à 3:38

11  Ramite

A propos des fêves, elles ne demandent effectivement que très peu de travail, tout comme les petits pois, ou les pois chiches (mais à réserver pour le sud de la France). Pour ma part, nous sommes en couple avec deux enfants, et je cultive 10m² de fêves, un peu poins de pois chiches et de petits pois. La récolte de fêves fraîches dure une petite heure, idem pour les petits pois frais et les pois chiches secs. J’écosse le tout, le soir, devant la télé, avec un bon verre de rouge. Puis je conserve les fêves fraîches et les petits pois frais au congélo (comme ça, la congélation ramolli la peau des fêves, et il n’y a plus besoin de les éplucher), et les pois chiches en bocaux, pour en faire de la farine en fonction des besoins.
pour ce qui est de faire la moisson à la faux, j’avais vu un jour que nos aïeux avaient des faux auxquelles étaient ajoutés des sortes de rateaux à mi-hauteur pour pouvoir coucher toutes les gerbes dans le même sens.
Pour ma part, je ne fais des céréales qu’en engrais vert, et si je dois en faire un jour, je demanderai à un voisin agriculteur de passer en 5min avec la moissonneuse-batteuse, car ce n’est pas tellement la moisson qui me fait peur, mais plus le battage.

Ecrit le 11 novembre 2009 à 3:01

12  kristen

Je confirme : 18 mois plus tard, mon seigle n’est toujours pas battu. S’il n’est pas encore pourri, je crois que je vais le donner tel quel aux poules, qui savent apparemment le décortiquer.

Ecrit le 19 novembre 2009 à 11:34

13  Zimir

Pour la récolte du grain il faut laisser mûrir sur pied, ensuite tu n’as plus qu’à battre les gerbes et le grain se sépare tout seul.

Ecrit le 11 avril 2010 à 5:25

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