Mettons la charrue avant les boeufs

Peut-être vaut-il mieux parler des solutions avant de se faire peur avec les problèmes

Les Cas­sandre de la crise éner­gé­tique, du ré­chauf­fe­ment pla­né­taire, de l’effondrement de la bio­di­ver­sité ou de l’implosion so­ciale s’y prennent mal. Aussi convain­cants soient-ils, les Jan­co­vici et autres Ni­co­lino ne réus­sissent qu’à an­gois­ser tout le monde.

Il faut un hé­mi­sphère gauche très dé­ve­loppé pour gar­der la tête sur les épaules tout en pre­nant toute la me­sure de ce qu’ils nous an­noncent. Le ca­rac­tère an­xio­gène de leurs pro­phé­ties est pro­pre­ment pa­ra­ly­sant. Comme des sou­ris hyp­no­ti­sées de­vant le co­bra, on reste là, comme des idiots : “ben oui, c’est la fin du monde, tu as bien rai­son, on n’y peut rien, et puis à quoi bon” ; ou bien on éva­cue non­cha­lam­ment l’évidence gê­nante, et on vaque à nos pe­tits trucs comme si de rien n’était : “pas be­soin de crier, j’ai bien com­pris que la mai­son brûle, ça fait trois fois que tu me le dis, et je te ré­pète que j’arriverai dès que j’aurai bu mon café”.

Je pense qu’en fait, il faut mon­trer tout l’éventail des so­lu­tions avant de dé­crire toute l’horreur du pro­bléme. C’est pour ça que j’aime bien Pierre Rabhi, Emi­lia Ha­ze­lip, ou Fu­kuoka. Voilà des gens qui ar­rivent d’abord avec des pra­tiques, des pro­jets, des en­sei­gne­ments, les­quels s’avèrent jus­te­ment être d’excellentes so­lu­tions quand on ren­contre les problèmes.

Je pré­fère qu’on me donne d’abord un trous­seau de clés parmi les­quelles il y a celle de la porte d’entrée, puis qu’on me dise en­suite que la mai­son brûle et risque de s’effondrer d’un ins­tant à l’autre, plu­tôt que l’inverse, pas vous ?

C’est pour ça qu’à l’arpent nour­ri­cier, je pré­fère par­ler avec hu­mour et bonne hu­meur des pe­tites et des grandes so­lu­tions, des notes d’espoir et d’enthousiasme. Faites pas­ser le mes­sage, et en­suite, s’il vous reste du temps, vous pour­rez al­ler lire Fa­brice Ni­co­lino (à pe­tites doses, méfiez-vous quand même), ou écou­ter Jan­co­vici.

Mais je crois qu’en la ma­tière, il est urgent de mettre la char­rue avant les boeufs.