Massacre à l’épareuse
l'épareuse : un symbole de notre époque
Voici les marques que laisse la furie aveugle des dents émoussées de l’épareuse. Pour ceux qui ne connaissent pas l’engin, l’épareuse (ou broyeur à fléaux) est un engin d’entretien des talus et des haies qui se monte sur un bras articulé généralement derrière un tracteur.
Bien caché sous un capot, un tambour d’environ un mètre de long, mû par la prise de force du tracteur, tourne à une vitesse qui s’approche de celle d’un essorage pour un programme coton peu fragile. Sur tout le tour de ce tambour s’articulent des fléaux d’une vingtaine de centimètres de long, en forme de Y, dont la fonction est de se faire centrifuger et de déchiqueter à haute vitesse tout ce qui passe à leur portée.
En théorie, les fléaux sont affûtés [note : d’après un commentateur qui a l’air mieux renseigné que moi, les fléaux ne s’affûtent pas], et l’opérateur conduit l’épareuse de façon à ne broyer que le bois de l’année, en évitant les clôtures, les arbres, les pierres, le sol, les piquets, les fils électriques. En pratique, on voit bien souvent l’épareuse conduite strictement au ras du sol pour un entretien de talus, écorchant la terre parfois jusqu’à la roche nue (qui sera alors tatouée de stries caractéristiques rappelant la culture Maori), ou bien à une hauteur calibrée d’un mètre cinquante pour les haies, quel que soit le diamètre des bois qui dépassent de cette hauteur. Autant dire qu’avec ce traitement, les fléaux sont rapidement parfaitement désaffûtés, et ne continuent de remplir leur fonction broyante que par la pure forte brute de l’impact.
D’où les formes déchiquetées que l’on voit trop souvent sur une haie qu’un cantonnier trop zélé aura voulu rabattre à la hauteur réglementaire, éclatant les jeunes troncs des aubépines, des églantiers, des frênes, voire des châtaigniers, comme s’ils avaient été élagués à l’explosif.
Pas besoin d’un CAP d’arboriculture pour deviner qu’après de tels dégâts, les rejets auront du mal à savoir d’où partir, pendant que les maladies auront un grand choix de portes d’entrée.
En somme, l’épareuse et un beau symbole de la société actuelle : après qu’on a décidé arbitrairement que les talus devaient être propres et les haies bien toilettées, on utilise une débauche d’énergie bon marché pour déchiqueter la vie en compromettant l’avenir d’un écosystème semi-naturel légué par nos ancêtres et qui est l’un des derniers remparts entre maintenant et le désert.
Il nous reste à créer un logo à télécharger, imprimer et coller sur de vieux CD-roms, qu’on pendrait aux arbres des haies, et qui, tels ces autocollants de boîtes aux lettres, proclameraient fièrement : “pas d’épareuse sur ma haie, merci (je préfère m’en occuper moi-même)”.

Venez à Saint Sigolène dans la Haute-Loire voir comment on se sert d’une épareuse : on ne touche pas aux haies et pour ce qui est d’arracher la terre, c’est le chauffeur le coupable, pas la machine. Pour finir, sachez que les couteaux d’une épareuse ne s’affutent pas.
Merci de ces précisions. J’ignorais qu’on laissait s’émousser les couteaux sans jamais reprendre le ‘tranchant’.
tous cela dépend de la taille des branche car si elle son trop grosse on utilise des disque le fléau ne serre que pour les tailles de haie annuelle
Tondre le bord des routes, c’est comme tondre son gazon, cela ne correspond à rien d’autre qu’à une norme sociale désastreuse en terme d’énergie (comme on l’a dit plus haut)et en terme de coût global. Seuls des rares cas peuvent se justifier par des raisons objective comme la sécurité de conduite (gain de visibilité).
Si on mettait ce temps et cette énergie à cultiver quelque chose cela produirait des richesses supplémentaires.
Pour la netteté de la coupe, une scie circulaire sur épareuse existe.
Voir sur youtube la PA600 Skorpion, celà peut donner espoir.
Salut.
ENFIN ! Enfin quelqu’un qui se rend compte de l’usage catastrophique qui est fait des épareuses ! Les haies sont rabotées, massacrées, saccagées, seules les ronces bénéficient de ces mauvais traitements.
Et voyez ce qui est arrivé en 2002 puis en 2010 chez mon ami de l’Arboretum du Chêne-Vert à Chabanais (Charente) :
http://www.arboretum-chene-vert.fr/DDE/dde.htm (voyez les liens vers la suite de l’histoire en bas de page). C’est d’ailleurs moi qui ai écrit l’article paru dans la Gazette des Jardins.
J’ai quelques photos de saccages pris ici et là, y compris aux bords de chemins de campagne où, « grâce à » l’épareuse, on pourrait pratiquement faire passer les convois de transport de l’Airbus A380. J’envisage même d’en faire un site… un jour peut-être.
Je ne vois dans ces pratiques nulle rationnalité mais une haine pathologique du vivant, un besoin maladif de réduire, de rabaisser, de détruire.
Beaucoup de monde se rend compte des dégâts, mais il semble que personne ne soit tellement motivé par les alternatives qui demandent plus de travail quand il faut grimper avec des tronçonneuses puis évacuer les branchages. A mesure toutefois qu’il y aura plus de communes et d’agriculteurs équipés de lamiers, de sécateurs hydrauliques et de broyeurs, on verra peut-être diminuer les dégâts dûs à l’épareuse. En tout cas je l’espère.
Espérons… mais je pense que c’est plus un problème de mentalité que de matériel : une épareuse convient très bien pour couper l’herbe et les rameaux de l’année, mais ce que je constate, c’est que chaque année, on coupe pllus court, toujours plus court, jusqu’au tronc des arbres… J’ai des photos de troncs de buis (ça ne pousse pourtant pas vite, le buis) âgés visiblement de plusieurs décennies, complètement éclatés par la machine infernale, ou plutôt… son conducteur. Si un jour le bras de ces machines est plus long, « on » fera encore plus de dégâts, encore plus haut, encore plus loin. Il est clair que ces ravages ne correspondent à aucun impératif de sécurité routière ou de trafic routier, c’est de la destruction pour la destruction.
Si les utilisateurs de telles machines étaient sensibilisés par des formations de quelques heures, ils pouraient mesurer la gravité de leurs actions. Pour avoir utiliser une très grosse épareuse pendant un certain temps, je peux dire que la puissance de la machine vous donne une impression de force et de pouvoir. Je me suis souvant surpris à me dire “mais faut que t’arrète là, t’as vu ou t’es rendu dans la palisse, on est pas la pour ouvrir une autoroute”. C’est à l’utilisateur d’être assez intelligent pour savoir quand s’arrèter. Mais il y a aussi la pression éconnomique, un gars m’a dit une fois, “tu ratiboises bien ras, on ne passe que tous les 2 ans, on a pas de temps à perdre avec les palisses, ça raporte rien et ça nous fait ch… “
AHH, c’est pas gagner.…