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Les quatre saisons de la noue permaculturelle
La première année de ma baissière / noue / swale

L’année dernière pendant l’hiver, j’ai creusé une noue au tiers inférieur de mon jardin, afin de retenir et infiltrer dans le sol les eaux de ruissellement. Le swale, que je traduis par le mot ‘noue’ (les canadiens français traduisent ‘baissière’) est un incontournable du jardin permaculturel : une rigole flanquée d’un talus, le long d’une courbe de niveau, interromp le ruissellement des eaux de pluie et force l’eau à pénétrer dans le sol au lieu de s’écouler. Ceci permet du même coup de limiter l’érosion et de stocker l’eau, surtout quand il s’agit de pluies d’orage en été.
La noue fait une vingtaine de mètres de long (la largeur du jardin), environ 40 cm de profondeur sous le niveau initial (il y a ainsi environ 80cm entre le haut du talus et le bas de la rigole). Je l’ai creusée à la grelinette, au croc et à la pelle, en écoutant des livres audio, des podcasts et des conférences en mp3 sur mon baladeur. Je travaillais par tranches de 2 heures de temps en temps. Je dirais que ça m’a pris en tout une vingtaine d’heures de travail. Je me suis ainsi prouvé qu’il n’y a pas toujours besoin d’engins de terrassement pour réaliser les ouvrages en permaculture.
Pour mesurer précisément les niveaux, j’avais au préalable arpenté mon jardin avec un niveau à eau.
Peu de temps après la fin du creusement, nous avons eu un épisode pluvieux particulièrement abondant, et la noue s’est remplie à moitié (c’est-à-dire à peu près au niveau du sol initial).

Puis elle s’est vidée, et j’ai tout paillé jusqu’au printemps, en espérant que quelques fleurs que j’avais semées réussi à percer parmi les mauvaises herbes.

L’été, la végétation a tout envahi. Du côté du talus, paillé, les topinambours ont fait une manière de haie, tandis que le liseron envahissait systématiquement le paillage sur toute la moitié orientale (au premier plan à gauche sur la photo).

Pendant tout l’été, j’ai attendu les gros orages, pour enfin voir ma noue remplir son office. Et bien malgré quelques très gros épisodes orageux, elle est restée à sec tout l’été. De toute l’année, il n’y aura eu que trois fois où il y avait davantage qu’un fond d’eau. Je crois que j’ai une explication. Je vous la livrerai dans un prochain article.
L’automne n’est ici qu’un prolongement de l’été, jusqu’à l’arrivée de l’hiver vers la mi-novembre. Et la noue est redevenue triste - et hirsute. Pour l’instant cet hiver, elle ne s’est pas remplie à nouveau.

Mais plutôt que de rester sur ce morne sépia, anticipons l’été avec les quelques bleuets qui agrémentaient la noue il y a six mois.

Ecrit par kristen, classé dans permaculture, sols, techniques. 7 commentaires.
7 commentaires
2 Koldo
Sais-tu s’il existe des techniques pour au contraire minimiser l’infiltration et favoriser l’évacuation de l’eau? Soit pour essorer un terrain, en gros.
Je n’ai pas encore trouvé comment on pourrait le faire sans provoquer d’érosion, mais je me dis que ça doit bien exister…
Ecrit le 9 février 2010 à 3:24
3 Ramite
@koldo: tout dépend la raison pour laquelle tu veux évacuer l’eau; mais les aztèques avaient une technique efficace, à l’ancienne mexico, pour trtansformer le marais en un maillage de prés/canaux. Le but étant de creuser des fossés plus ou moins larges ou profonds selon l’humidité que tu veux drainer, et avec cette terre, de surrelever d’autres bandes qui acueilleront les cultures. En plus, l’eau ne sera plus en sous-sol, acidifiant ta terre (formation de tourbe), mais à l’air libre, dans les canaux, au milieu des joncs et des nénufars, et elle créera un micro-climat régulateur et efficace pour cultiver des plantes qui ont besoin d’un climat doux.
Ecrit le 11 février 2010 à 9:43
4 Imago
Oui, en principe tout le monde fait comme les Aztèques et draine d’une façon ou d’une autre. Mais ce sont des techniques lourdes.
Il me semble que le but de la noue est bien d’éviter que l’eau ne ruisselle et érode le terrain, donc de l’infiltrer dans le sous-sol pour la rendre disponible plus tard, non ?
Si ton sous-sol est trop humide, je planterais un maximum d’espèces qui aiment l’eau, ensuite tu aurais une forêt humide dans laquelle tu pourras faire pousser des champignons, divers tubercules et de l’égopode à foison…
Ecrit le 16 février 2010 à 11:58
5 kristen
@Koldo : ça dépend si c’est en hiver ou en été qu’on veut drainer. Si c’est l’été, des arbres qui pompent beaucoup d’eau pourront abaisser le niveau de la nappe. Si c’est l’hiver, je doute que des arbres y puissent grand-chose. Je n’ai pas fait de recherches, mais spontanément, je dirais qu’une noue bien profonde peut aussi servir de drain, dès lors que le trop-plein de la noue est plus bas que le sol du terrain à drainer. Comme la noue n’a pas de pente, la vitesse de l’eau y est très faible ce qui laisse le temps aux particules de se sédimenter dans la noue plutôt que de partir. Dans tous les cas, il vaut mieux que l’eau s’infiltre dans le terrain d’abord, puis la soutirer propre et claire dans une noue, un puits, une rigole, un drain plastique.
Reste étudier soigneusement comment évacuer le trop plein pour ne pas éroder ailleurs.
Ecrit le 16 février 2010 à 5:28
6 kristen
@Imago (1er commentaire) : tu as deviné le thème du prochain article sur la noue.
Ecrit le 16 février 2010 à 5:28
7 kristen
@Ramite : effectivement, ces techniques de canaux/buttes en zone marécageuse font de magnifiques paysages. Mexico, marais poitevin, marais audomarois. Jusqu’à ce qu’on invente la pompe et qu’on décide d’assécher toute la région.
Ecrit le 16 février 2010 à 5:31

1 Imago
J’aimerais bien des précisions sur la pluviométrie de ta région.
Chez moi j’ai remarqué que sur sol non compacté, il ne pleut pas assez pour que l’eau ruisselle, même sur une pente.
C’est peut-être ce qui s’est passé avec ta noue, elle a été tassée durant la construction (ce que la présence en masse du liseron confirmerait) puis le paillage a favorisé un travail naturel du sol qui fait évacuer l’eau rapidement. Il n’y a donc pas d’eau dans ta noue, mais il y en a probablement plus bas…
Ecrit le 8 février 2010 à 11:06