l’arpent nourricier

permaculture et simplicité volontaire en aveyron et ailleurs

Voulez-vous vous identifier ou vous enregistrer ?

Combien de fois entendons-nous une suggestion d’économie d’énergie balayée d’un revers de la main au motif que ça serait un retour à l’âge de pierre ?

Imaginez un âge de pierre avec tous les livres de la Bibliothèque Nationale ; avec la physique, la chimie, la biologie moléculaire, la zoologie, les mathématiques, la théorie de l’évolution ; avec les variétés de semences du monde entier ; avec Aristote, Marx, Maupassant et Renan Luce ; avec les techniques de construction de maisons à énergie positive à base de paille, de terre, de bois ; avec la démocratie ; avec la liberté de la presse ; avec sinon les antibiotiques et les vaccins, du moins l’hygiène, les toilettes à compostage et la nutrition ; avec la roue, le siphon, le pédalier, le vélo, la pompe, l’éolienne, le chauffe-eau solaire, le foyer fermé ; avec le paillage, les associations de cultures, le bois raméal fragmenté, l’arrosage au goutte à goutte ; avec des grands voiliers, des trains, des dirigeables et même quelques avions ; avec des milliers de variétés de tomates, des centaines de variétés de blé, des dizaines de variétés de poiriers ; avec le micro-crédit et des milliers de kilomètres de routes ; avec du fer de récupération à ne plus savoir qu’en faire ; avec des millions d’ingénieurs, dont le métier est avant tout d’inventer sous contraintes. Imaginez un âge de pierre avec Internet, linux, le projet Gutenberg et deux milliards d’ordinateurs connectés qui sont autant de synapses entre ces neurones de l’intelligence collective qu’on appelle humains.

ça ne serait pas l’âge de pierre. Pas non plus un XIVe siècle, ni un XVIIIe, ni un XIXe siècle.

L’après-pétrole, ça n’est donc même pas un retour de cinquante ans en arrière. Qu’on le veuille ou non, l’après-pétrole, c’est le XXIe siècle, en conservant toute la connaissance que les siècles précédents nous auront laissés, y compris le XXe siècle pétrolomane et fou. Il nous laissera le souvenir aigre-doux d’un mauvais rêve de démesure.

L’après-pétrole, ça commence aujourd’hui.

Ecrit par kristen, classé dans principes. 6 commentaires.

6 commentaires

1  Jean

Très bien vu. Merci.

Ecrit le 6 juillet 2008 à 6:38

2  Imago

Oui bien vu, pour autant qu’on décide volontairement d’aller au-delà du pétrole, car si on décide de s’accrocher à tout prix aux énergies bon marché (pétrole, charbon, nucléaire) ou encore pire à des énergies qui n’existent même pas (fusion, moteur à eau, etc) alors on sera précipités dans l’après-pétrole dans la douleur et les choses risquent de se passer de manière moins idyllique.

Ecrit le 7 juillet 2008 à 8:44

3  Nicollas

J’aurais tendance à ne pas être aussi optimiste, bien que ce ne soit que de l’intuition basée sur rien.

Là où on est d’accord, c’est que ça ne sera pas un retour en arrière, car les conditions ne sont pas les mêmes que x années en arrière.

L’héritage positif, comme tu le dis, c’est l’énorme somme de connaissances qu’on a pu acquérir, grâce au pétrole puisque un certains nombre de personnes ont pu être démobilisées de la lourde tâche qui consiste à assurer sa survie (quasi) soi-même.

Par contre là où je vois les problèmes, c’est que la Terre va supporter énormément d’hommes à nourrir et a chauffer (et peut être tout simplement trop), que l’on se retrouve dans des conditions écologiques dégradées (perte biodiversité, érosion, sols morts, dérèglements climatiques, pollutions, etc.) et que même si on a du savoir, il nous manque le savoir faire de nos ancêtres.

Il risque y avoir un problème de transition surtout.

Mais je suis d’accord que c’est une aventure passionante à vivre pour l’humanité.

Ecrit le 7 juillet 2008 à 3:16

4  kristen

évidemment, vous aurez tous compris que j’ai soigneusement évité de parler de la transition…

Ma conviction, c’est que la transition sera ce que nous en ferons collectivement, et ce que nous en ferons dépend de la quantité d’espoir et d’utopie que nous imaginons derrière l’horizon.

Ecrit le 7 juillet 2008 à 5:01

5  Jim Inskrit

Bonjour,

Votre sujet est évidemment extrêmement intéressant.
Vous énumérez quantité de progrès qui dépendent directement de l’utilisation du pétrole et de ses dérivés.Je ne pense pas, par exemple, que vous pourrez utiliser les milliers de tonnes d’acier de récupération à l’aide de fours fonctionnant à…l’énergie solaire? Vous parlez du riche héritage culturel, et bien, sur quel support sera-t-il donc stocké, sur du papier putrescible ? Avec quoi comptez-vous fabriquer les ordinateurs capables de lire les supports de stockage (fabriqués comment,eux aussi)et de se connecter à l’Internet ? La fabrication des outils hitech pour l’élaboration des antibiotiques ?
Vous voir d’un si bel optimisme est alarmant, je pense que le temps où nous tuions pour des patates n’est pas si loin et que ce naturel reviendra au galop dès que les frigos des super-marchés ne seront plus approvisionnés par camions ou par trains (à éoliennes?). Fonctionner en autarcie n’est simplement pas (plus) possible en occident et les riches d’aujourd’hui frapperont sans doute à la porte des pauvres d’aujourd’hui pour quelques ares à cultiver. Juste retour des choses? Ce n’est pas le propos. Le propos, c’est qui va survivre et comment ? Mais ce ne sera même pas un tournant dans l’évolution de l’espèce, juste un épisode, un détail de quelques siècles d’abondance mal partagée. Qui s’en souviendra dans deux mille ans? Que se racontera-t-il au coin du feu? Des histoires du temps où l’homme pouvait voler ? Et seuls les enfants vous croiront.

Ecrit le 1 novembre 2008 à 4:33

6  kristen

On peut s’alarmer, on peut aussi être suffisamment optimiste pour considérer que l’humanité ne saura pas tout oublier ni tout perdre du jour au lendemain. Tout dépend de la gravité du scénario envisagé.

Recycler l’acier et le refondre représente un gain énergétique considérable par rapport aux mines de fer à ciel ouvert d’où l’on extrait du minerai de plus en plus pauvre. Il suffit qu’on ait (nettement) moins besoin de fer et on supprime l’étape minière (et 60% du besoin énergétique de la filière). Et puis il reste toujours la réutilisation et la récupération avant de penser au recyclage.

L’héritage culturel des Grecs, des Arabes, des Romains nous a été transmis sur du parchemin puis sur du papier. Je ne vois pas en quoi le concept de bibliothèque ou de scriptorium est choquant. D’autant que l’humanité d’aujourd’hui est bien plus vaste, et que la moindre bibliothèque de quartier est plus achalandée que jadis celle d’Alexandrie.

J’avoue que la question des ordinateurs me fait souci, et que le monde numérique ne peut survivre que si l’on sait préserver la capacité de fabriquer des ordis (en effet, la récupération ne nous fera gagner que dix ou vingt ans, tout au plus). Cela dit, nul besoin qu’ils soient ni si puissants ni si bon marché qu’actuellement. L’internet fonctionnerait avec seulement des pentium II qu’on se partagerait pour un quartier ou un village.

Concernant la médecine, j’ai écrit « avec sinon les antibiotiques et les vaccins, du moins l’hygiène, les toilettes à compostage et la nutrition ».

Ce ne suis pas sûr qu’il est soit si naturel de s’étriper entre voisins quand les choses vont mal. L’exemple qui m’est cher est celui de Cuba où un peuple pourtant déjà pas gâté (et passablement dépendant d’un système industriel complexe) a réussi à se dépatouiller d’un arrêt brutal des importations de pétrole, d’engrais, de pesticides, de médicaments, de machines-outils.

Le scénario que vous décrivez est plausible et on ne peut jamais exclure un effondrement total et violent. Sauf que si c’est ça qui doit se produire, je serais bien prétentieux d’imaginer tirer mon épingle du jeu. Je vais donc consacrer mes efforts à mon échelle pour un scénario encore gérable, en espérant que le monde ne s’écroule que progressivement.

Ecrit le 1 novembre 2008 à 5:26

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