La rivière en chocolat …
... c'est la terre qui s'en va
L’érosion des sols est la malédiction que l’agriculture traîne avec elle depuis le néolithique. A tel point que certains auteurs comme Jared Diamond, faisant remarquer qu’une parcelle perd annuellement un quintal de sol par quintal de grain produit, considèrent l’agriculture comme ni plus ni moins qu’une activité minière : un jour, on aura mangé tout le sol.
Avec ce qui est tombé ces derniers jours, on a encore eu droit à un de ces épisodes d’érosion accélérée aussi prévisibles que désolants. Quand le monde agricole comprendra-t-il qu’une terre à nu ne demande qu’à se faire la belle et suivre son penchant naturel le long de l’eau, pour aller s’installer définitivement sur le plateau continental ? “Je n’y peux rien : je viens de faire les semis. La pluie tombe au mauvais moment, et puis on n’avait pas demandé autant de pluie d’un seul coup”. La pluie a bon dos : comme s’il était anormal qu’il pleuve en hiver …
On dirait que les derniers humains qui pratiquaient une forme d’humilité devant le climat ont définitivement cédé leur place à l’homo urbanicus routiniensis — pour qui la seule bonne pluviométrie est une pluviométrie moyenne. On rappellera à toutes fins utiles que même en dehors de toute considération de dérèglement climatique, le temps n’a aucune raison de s’en tenir à la normale. La règle, c’est la fluctuation — la moyenne, c’est l’exception.
Il est donc absurde de s’en tenir à un modèle agricole monoculturel qui ne fonctionne bien que quand chacun des paramètres fluctuants que sont la pluviométrie, la température, le vent et l’ensoleillement se tiennent dans un étroit corridor autour d’une valeur moyenne aussi improbable qu’artificielle. Lequel modèle est non seulement improductif si tout n’est pas idéal, mais détruit la nature par l’érosion et l’emploi de toutes les substances ‘de secours’ pour conserver l’apparence d’un système qui fonctionne…
Ce ne sont pas les pierres qui remontent — c’est le niveau qui baisse à mesure que le sol s’en va.
Pendant ce temps, la forêt se porte bien. Elle n’est pas boueuse en hiver. Elle reste verte tout l’été. Elle supporte la canicule, le déluge, le gel et le vent sans broncher. Comme quoi, une nature un peu délaissée s’en sort cent fois mieux qu’une nature bichonnée à coups de tracteur.
Si on interdisait le tracteur (par exemple en augmentant le prix du gasoil, ce qui ne saurait tarder), les paysans auraient tôt fait de constater qu’il est moins dur de pailler que de labourer…


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