mar
La fabrication d’un tracteur à poules
Pour un désherbage, traitement, épandage et labour automatique et gallinacé
Quelques définitions
Le terme peut paraître surprenant, mais vous allez bientôt comprendre. C’est en cherchant sur la toile des informations autour de la permaculture que j’ai découvert la notion de tracteur à poules : ‘chicken tractor’ pour les Américains, ou ‘chook tractor’ pour les Australiens (chook étant apparemment leur diminutif affectueux pour ces gallinacés que nous appelons poulets), ou encore ‘poultry ark’ pour les Brittanniques, ce qui veut dire ‘arche à volaille’.
Il ne semble pas encore exister de terme consacré en français, mais ‘tracteur à poules’ paraît être le choix de quelques sites en français. Je propose de m’y tenir, et je vous invite à en faire autant.
Le terme ‘tracteur à poules’ que j’emploie en traduction littérale (et néanmoins exacte) de ‘chicken tractor’ se rapporte à la fonction de cet engin : il fait à la fois le désherbage, le traitement, l’épandage et le labour, et il le fait tout seul grâce aux poules et aux poulets, dont la principale passion consiste à becqueter les herbes, picorer les graines, avaler les insectes et les larves, gratter d’une patte puis regarder d’un oeil pour vérifier qu’ils n’ont rien oublié, ce qui finit d’incorporer le compost naturel qu’ils dispensent sans compter.
Le terme ‘arche à volaille’ quand à lui, se réfère à l’une des innombrables formes que peut prendre ledit engin, laquelle forme j’ai adoptée pour les raisons que j’exposerai plus bas. Ceux à qui il reste des références bibliques y reconnaîtront en effet l’arche de l’alliance de Moïse, surtout si on l’agrémente de brancards pour la déplacer, ce que je n’ai pas fait.
L’évidence du concept apparaît criante à quiconque connaît la difficulté que représente le travail manuel –on devrait dire brachio-dorsal– à la bêche ou à la houe pour préparer une planche de potager. Par panurgisme ignorant, j’ai moi même procédé à cette tâche il y a deux ans sur une quarantaine de mètres carrés de prairie au racinaire bien installé : en plus de communier et compatir avec toute la sueur du front de la gent agricole du néolithique à nos jours, j’en ai conçu un ferme dessein d’échapper à ce laborieux labour (ô étymologie !), bien décidé à embrasser toute technique permettant de s’en affranchir. Le tracteur à poulets est une des réponses que les permaculteurs apportent à ma requête.
Comment c’est sensé marcher
Je dis sensé marcher, parce que voyez-vous (et c’est bien l’intérêt de ce site), je débute en la matière et ne peux vous en dire que ce que j’en ai lu. Il faudra revenir dans quelques mois pour connaître la suite des événements.
Vous séquestrez quelques poules dans un poulailler sans plancher, posé à même le sol que vous voulez préparer pour vos futurs semis ou plantations. J’imagine qu’il faut au préalable faucher ce qui dépasse trop, pour éviter que les poules se contentent de tracer des chemins dans les herbes hautes et de contourner les mauvaises pour aller du nid à la mangeoire et inversement.
Ledit poulailler comprend tout le confort moderne, c’est à dire une zone couverte abritant des perchoirs pour dormir et un nichoir pour pondre les oeufs (si possible accessible par les petites mains des enfants qui viendront les cueillir tous chauds à Pâques et jusques à la Toussaint), et une zone en plein air avec une mangeoire pour le grain et un abreuvoir pour l’eau. Dans un modèle deluxe, vous pouvez rajouter l’éclairage électrique sur minuteur pour augmenter artificiellement la durée du jour et ainsi maintenir la production d’oeufs quand les jours raccourcissent.
On y met quelques poules, à raison de deux petites par mètre carré. Je commencerai donc avec quatre à six poules naines ‘bantam’, et on verra. Ca sera toujours infiniment plus confortable qu’en élevage industriel, pour lequel l’espace réglementaire est de deux tiers de page A4 par poule. Les poules s’affairent alors à tout saccager par terre. Ensuite, un coup de grelinette, semez, arrosez, paillez, le tour est joué (en théorie).
Les autres bénéfices du tracteur à poules, s’il est déplacé régulièrement :
- on évite les odeurs, puisque les déjections sont incorporées à une terre vivante, et donc compostées par des processus aérobies
- on évite une bonne partie des risques de parasites, ce qui limite le recours aux vermifuges
- on a certains avantages de l’élevage en plein air, en particulier pour la santé des oiseaux, sans risques pour les plantes et sans accidents de la circulation pour les poules
- entre les larves, les herbes, et les déchets de cuisine, on doit pouvoir réduire la quantité de grain
- sans oublier : les oeufs !
La conception
La différence importante avec un poulailler classique est l’absence de fond, et surtout la mobilité. Il faut en effet pouvoir déplacer le tracteur à poulets quand le sol est prêt. J’imagine que la durée du processus de préparation du sol dépend de la densité de poules, de l’époque de l’année, et de la végétation initialement présente. Toujours-est-il que votre tracteur à poulets doit être suffisamment léger pour pouvoir être porté, tiré, poussé, glissé ou roulé régulièrement, ce qui impose des contraintes fortes sur sa construction. En même temps, la structure doit être suffisamment rigide pour autoriser ces manipulations sans souffrir aux jointures et se disloquer.
Pour la légèreté de la structure, il vaut mieux limiter les dimensions. Mais comme il faut en même temps préparer une superficie de sol qui s’apparente à une planche de potager, il n’est probablement pas raisonnable d’avoir une largeur inférieure à un mètre. Il faut aussi choisir un matériau suffisamment léger. Le choix le plus léger serait probablement l’acier ou des alliages aluminium, mais il ne faut pas négliger l’aspect coût. J’ai choisi le bois, surtout parce que j’ai un atelier de menuiserie, et aussi parce que je saurai quoi faire des déchets quand il faudra mettre l’objet au rancard dans quelques années si Dieu lui prête vie.
Pour la rigidité, il vaut mieux choisir des formes naturellement rigides. La pire est le cube. Les meilleures sont le dôme ou le cône. Le prisme à section triangulaire est un bon hybride entre le cube et le cône, offrant un bon rapport entre la rigidité et la facililté de construction. La forme rappelle alors celle des toitures sur charpente triangulée, ce qui est une preuve suffisante de sa rigidité naturelle, surtout si on la pourvoit d’entraits en guise de perchoirs.
En fait, je dois avouer que la forme triangulaire m’a été fournie sur un plateau par l’excellente collection de photos de tracteurs à poules patiemment amassée par Katy . Voici le plan dont je suis parti.
Mon plan
Pour la base : un rectangle de 1.25 x 2.5m, à équerrer comme on veut. Notez que la forme en prisme permet de réduire l’effort d’équerrage
Pour les cadres : six paires de bois à fixer au cadre en bas et ensemble au sommet, et à rigidifier à une hauteur intermédiaire par des entraits qui supporteront un long perchoir.
Pour le nid : une caisse dans laquelle on mettra de la paille
Pour l’accès au nid : une petite porte triangulaire
Pour l’accès tout court: une grande porte de l’autre côté
La toiture: de faux tavaillons en châtaignier. Je dis ‘faux’ parce que des tavaillons (ou bardeaux - en anglais : shakes) dignes de ce nom doivent être fendus et non rabotés, pour éviter de couper les fibres du bois. Ainsi, l’eau ne pénètre quasiment pas. Mais comme je ne suis pas équipé, j’ai fait des planchettes rabotées. Il me faut donc les huiler si je veux éviter de refaire la toiture trop souvent.
J’ai fixé le grillage à poules sur les cadres, au moyen de lattes clouées par en-dessus, prenant le grillage en sandwich. Ca fait plus joli que fixer directement le grillage, et le pense que ça le tient mieux.
Pour me donner bonne conscience plutôt que pour réellement protéger le bois, j’ai fini en huilant à l’huile de lin (fluidifiée par un tiers d’essence dite de thérébentine — malgré la douce odeur, c’est quand même un solvant ; s’en méfier).
Mes erreurs
Il y a au moins six erreurs dans mon plan :
- La porte par en bas n’est vraiment pas pratique. La structure a l’ai de faire 1,3m de haut, mais elle est en fait coupée par les entraits à environ 70 cm au-dessus du sol. Je ne suis pourtant pas grand. Je suis maintenant convaincu qu’il faut une ouverture par le toit, comme sur un grand nombre de dessins
- La toiture est bien trop lourde ! Quand il a fallu déplacer l’engin de la grange où je l’avais assemblé jusqu’à sa destinatin dans le jardin, ma femme et moi avons failli divorcer. Je referai la toiture en chaume. Vous pouvez la faire en tôle, selon votre sensibilité.
- Si l’on veut pouvoir manipuler la structure seul, il est intéressant d’y prévoir des roues. Je tâcherai d’ajouter un essieu permettant de monter des roues de brouettes.
- Les dimensions sont un peu grandes. Une largeur de 1.10m serait peut-être idéale.
- Je n’ai pas prévu explicitement de contreventement pour les cadres. Les liteaux sur lesquels sont vissés mes bardeaux font office de contreventement fortuit. Si vous ne prévoyez pas une toiture en tôle (laquelle reprendrait les efforts diagonaux sans souci), il faut penser à mettre des structures en travers pour éviter que le tout puisse jouer puis s’affaisser en cas d’efforts longitudinaux différentiels (je me comprends, voyez plutôt le dessin)
- Si l’on veut vraiment protéger le bois, il faut huiler, lasurer, vernir ou peindre les pièces avant l’assemblage. Une fois montées, certaines pièces présentent des faces inaccessibles au pinceaux, mais encore accessibles à la pluie. Au moins, pensez à passer la protection avant de mettre le grillage !
Je découvrirai sans doute d’autres erreurs par la suite. D’ailleurs, si vous en trouvez d’autres, n’hésitez pas à me le faire savoir gentiment dans les commentaires. Dans tous les cas si vous voulez me copier, aiguisez votre sens critique (et prenez une photo du résultat pour l’envoyer à Katy). Quoi qu’il arrive, si l’expérience est concluante, je préparerai peut-être un second exemplaire, qui se rapprochera du plan idéal.
Forme alternative
Le dôme à poulets (dans un article séparé, je mentionnerai ma tentative de forme en dôme)
Pour acheter tout prêt
Le concept étant parfaitement confidentiel en France, le mieux que vous ayez à faire est sans doute de prendre mes plans et d’aller voir un menuisier ou un charpentier. Si vous précisez bien que c’est pour des poules et que donc on peut transiger sur la qualité dans une certaine mesure, il devrait pouvoir vous faire ça à pas trop cher (quand il aura le temps…)
Sinon, essayez d’importer de Grande-Bretagne. Gougueulez donc le terme “poultry ark” (entre double guillemets).
Enfin, pour les petits espaces, genre jardin urbain, il y a le très design eglu. Avis aux amateurs pour exploiter la licence en zone Euro ! (attention aux règles de copropriété, il se peut que les seuls oiseaux autorisés soient des canaris).
La suite de cet épisode
Bienvenue à la famille Orpington
Travail du sol par un tracteur à poules
Du grain bio pour mes poules ?
Ecrit par kristen, classé dans animaux, tutoriels. 3 commentaires.
3 commentaires
Bonjour,
Merci pour cette petite technique fort intéressante que je ne manquerais pas de tester lorsque j’aurais un peu de place, quelques poules (meusiennes!), un peu de temps et un sol à travailler!
Bonne continuation!
Ecrit le 13 juillet 2008 à 3:37
3 kristen
Il n’y a pas à hésiter. Cependant, je ne garantis pas l’efficacité du désherbage. En ce qui me concerne, l’expérience prouve que les poules se sont contentées de raser l’herbe de près, mais dès qu’on déplace le poulailler, ça repousse de plus belle…
Ecrit le 13 juillet 2008 à 7:17






1 Moi aussi je lis des blogs « 1+1=salade ?
[…] L’arpent nourricier. Encore quelqu’un qui réfléchit, qui jardine, et qui nous en fait profiter ! Le blog de l’arpent nourricier est un carnet de route du projet de son auteur, qui a acheté une vieille batisse avec un “bout” de terrain, et qui s’essaie à la permaculture et autres plaisirs potagers. Morceaux choisis : Le manifeste de l’arpent nourricier et La fabrication d’un tracteur à poules. […]
Ecrit le 12 juin 2008 à 12:29