Huitlacoche

Le charbon du maïs : peste ou aubaine ?

huitlacoche

L’année der­nière, ma pre­mière ex­pé­rience de culture de maïs avait donné lieu à une cu­rieuse sur­prise sur deux ou trois épis : les épis étaient dif­formes, les grains bour­sou­flés, la peau de­ve­nue blanche et l’intérieur du grain plein d’une sorte de poudre noire. J’émis sans y croire l’hypothèse d’une conta­mi­na­tion par des OGM qui au­rait fait des se­mences de maïs mu­tantes chez Ko­ko­pelli, mais une ra­pide re­cherche sur in­ter­net (ô in­dis­pen­sable in­ter­net pour les dé­bu­tants de tout poil !) m’apprit qu’il s’agissait du char­bon du maïs.

les at­taques […] trans­forment les grains nor­maux de l’épi de maïs en grandes tu­meurs dif­formes ana­logues à des cham­pi­gnons. Les spores noires pro­duites par ces tu­meurs donnent à l’épi une as­pect roussi et brûlé. [..] Pour s’en dé­bar­ras­ser, il est re­com­mandé d’utiliser un culti­var d’hybrides ré­sis­tants. À ce jour au­cun trai­te­ment n’existe pour en ve­nir à bout. Pour ten­ter de contrer la pro­pa­ga­tion de cette ma­la­die, il est presque im­pé­ra­tif de dé­truire par le feu les plants in­fec­tés. Les spores se pro­pagent dans le sol et hi­vernent jusqu’à la sai­son de culture sui­vante. wi­ki­pe­dia

J’étais donc en pré­sence d’une dan­ge­reuse ma­la­die cryp­to­ga­mique qu’il me fal­lait pu­ri­fier par le feu sous peine de voir ma ré­colte menacée.

Le char­bon du maïs, consi­déré comme une ma­la­die dans la ma­jeure par­tie des USA, se nour­rit de la plante et ré­duit la pro­duc­tion. Gé­né­ra­le­ment, les cultures at­teintes doivent être dé­truites. trad. wi­ki­pe­dia

Mais au dé­tour d’une ligne, l’article change de ton :

Tou­te­fois, au Mexique, le char­bon du maïs est ap­pelé huit­la­coche, un mot Na­huatl si­gni­fiant ap­pa­rem­ment fiente de cor­beau. Il est consi­déré comme un mets de choix, au point qu’il est vendu en conserves et pour plus cher que le maïs. ibid.

C’est bien là la men­ta­lité eu­ro­péenne : dès que la na­ture s’autorise un écart à l’uniformité, il faut la pu­nir avec la der­nière des ar­deurs. Le maïs est ori­gi­naire du Mexique, et s’ils ont dé­cidé là-bas que le char­bon du maïs était une au­baine plu­tôt qu’une peste, il n’y a pas for­cé­ment de honte à les imiter…

Cette an­née, re­be­lote, j’ai trouvé un épi in­fecté. Mais ce coup-ci, j’ai fait re­ve­nir dans un peu de beurre les soi-disant ‘tu­meurs’ (s’il fal­lait en­core prou­ver que le choix du vo­ca­bu­laire oriente toute notre pen­sée) et je les ai goû­tées sur un mor­ceau de pain (faute de que­sa­dillas).

Pour pré­pa­rer le huit­la­coche, on le dé­tache des épis qu’il co­lo­nise, et on l’émince ; il est in­utile le le la­ver. Il est le plus sou­vent cui­siné re­venu dans du beurre ou de l’huile, avec des oi­gnons, de l’ail, du pi­ment et de l’epazote. On le sert en­suite dans des ta­cos, des que­sa­dillas, ou des crêpes. sa­veurs­mexi­caines

Je m’attendais à un goût plus fort pour un ali­ment que le mar­ke­ting US a dé­cidé de bap­ti­ser la truffe mexi­caine. En fait, c’était as­sez dé­li­cat, et le beurre a eu ten­dance à do­mi­ner un peu le goût. Sans comp­ter que, trop pressé de goû­ter, je me suis un peu brûlé la langue à la pre­mière bouchée.

Cela dit, mon unique épi por­teur de huit­la­coche, ça ne fait pas un plat pour une fa­mille. C’est juste un pe­tit ca­deau de la na­ture comme on tombe sur un carré de fraises des bois. Ou bien on prend la men­ta­lité eu­ro­péenne à nou­veau, et on passe d’un ex­trême à l’autre :

Au mi­lieu des an­nées 90, à cause de la de­mande sus­ci­tée par des res­tau­ra­teurs pres­ti­gieux, la Penn­syl­va­nie et la Flo­ride ont été au­to­ri­sées par le Dé­par­te­ment de l’Agriculture (USDA) à in­fec­ter in­ten­tion­nel­le­ment des cultures de maïs avec du huit­la­coche. La plu­part des ob­ser­va­teurs consi­dèrent que l’initiative a eu peu d’effets, bien qu’elle soit tou­jours en cours. Quoi qu’il en soit, l’attention pas­sa­gère por­tée à ce su­jet est si­gni­fi­ca­tive dans la me­sure où le USDA avait consa­cré beau­coup de temps et d’argent à es­sayer d’éradiquer le char­bon du maïs aux Etats-Unis. ibid.