Haie sèche — la cloture du pauvre

Un brise-vent qui utilise les branchages imbroyables

Cette sai­son, plu­tôt que de lais­ser mes poules en­fer­mées dans le trac­teur à poules, j’ai dé­cidé de can­ton­ner la pro­duc­tion de lé­gumes à une zone res­treinte et de clo­tu­rer la zone. Tant qu’à faire, la clo­ture doit ser­vir de brise-vent et en­cou­ra­ger la bio­di­ver­sité. Ceci ex­clut le grillage moche, et comme je n’ai pas le temps d’ériger un mur de jar­din de curé (et que je n’aime pas faire des amé­na­ge­ments en dur au jar­din), il me fal­lait trou­ver à fa­bri­quer une clo­ture avec des végétaux.

La pre­mière idée est la pa­lis­sade mé­dié­vale, avec des pi­quets de châ­tai­gner et des ba­guettes de noi­se­tier fen­dues tres­sées en tra­vers. Mais je n’avais pas les ba­guettes. Une autre idée est la haie vi­vante de saules tres­sés. J’essayerai un jour. La troi­sième idée m’a été ins­pi­rée de la lec­ture d’un blog, qui ap­pelle cette tech­nique “dry hedge” ou “dead hedge” (haie sèche, ou haie morte) : il s’agit d’une clo­ture de bran­chages en­tre­mê­lés tas­sés entre deux ran­gées de piquets.

En vous ai­dant d’une barre à mine, plan­tez une pre­mière ran­gée de pi­quets (un dia­mètre de 3 à 4 cm pour les pi­quets est suf­fi­sant) à rai­son d’un pi­quet en­vi­ron tous les mètres. Plan­tez en­suite une deuxième ran­gée pa­ral­lèle, à 15 cm de dis­tance ou da­van­tage, avec les pi­quets dé­ca­lés de moi­tié par rap­po­prt aux pre­miers (ou pas). Rem­plis­sez en­suite l’espace entre les pi­quets avec des bran­chages : une uti­li­sa­tion idéale pour les ra­meaux trop épi­neux ou trop tor­dus pour être broyés en BRF. A me­sure qu’on monte, il n’est pas be­soin de tant tas­ser. On peut cher­cher à en­tre­mê­ler les ra­meaux au maxi­mum pour aug­men­ter la co­hé­sion. Pour la hau­teur, c’est vous qui voyez — ça dé­pend si vous vou­lez en­fer­mer les bêtes de­dans ou de­hors. Si la clo­ture est as­sez ajou­rée en haut, c’est idéal pour frei­ner la force du vent sans faire de tour­billons et ça coupe moins la vue.

Une fois la hau­teur at­teinte, pas­sez un fil de fer ou tout autre lien en zig­zag d’un pi­quet à l’autre sur le haut afin d’éviter qu’ils ne s’écartent.

At­ten­tion, cette tech­nique consomme beau­coup de bran­chages. Une clo­ture de 15cm d’épaisseur et de 1m50 de haut consomme 2m3 de bran­chages tas­sés pour dix mètres li­néaires. Ce qui doit re­pré­sen­ter en­vi­ron trois fois plus de vo­lume quand les bran­chages sont juste po­sés en tas. C’est à dire que pour mes vingt-cinq mètres li­néaires, il m’a fallu un tas de bran­chages d’environ 6m x 2m x 2m. Ca tom­bait bien, j’avais jus­te­ment des tas de bran­chages im­broyables et in­em­ployés, dont les ra­meaux épi­neux de deux au­bé­pines que je ve­nais d’élaguer un peu sévèrement.

Cette struc­ture s’entretient fa­ci­le­ment. A me­sure que les bran­chages se dé­com­posent et se tassent, il est tou­jours pos­sible d’en ra­jou­ter par en haut. On peut même in­sé­rer des ra­meaux sup­plé­men­taires par le côté pour re­bou­cher un trou. Et quand un pi­quet fai­blit, il suf­fit de le dou­bler. Et quand le li­se­ron grimpe des­sus, on l’arrache d’en bas.

Mais le mieux est peut-être de pré­voir à long terme et sous la haie morte dis­po­ser des châ­taignes, des noi­settes, des baies de su­reau ou d’aubépine, les sa­marres du frêne, et de lais­ser la clo­ture pro­té­ger la crois­sance des pe­tits arbres qui vous fe­ront une haie vive quand la haie morte aura vécu.