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permaculture et simplicité volontaire en aveyron et ailleurs

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29
jan

Fertilité importée

Mon gros tas de compost, théorie et pratique

tas de compost

Bien que la permaculture cherche à imiter les écosystèmes spontanés et à favoriser la fertilité naturelle autant que possible, je n’ai pas encore trouvé d’auteur qui condamne l’importation de fertilité au jardin.

Je vois trois arguments qui justifient de prélever sur l’environnement plus éloigné de quoi accroître la fertilité des zones les plus intensives du jardin permaculturel (dans la nomenclature officielle, les zones I et II). Pour peu que la pratique ne conduise pas à la désertification des zones exportatrices.

Horticulture intensive et espaces préservés

Le premier argument, le plus souvent invoqué, c’est que plus on arrive à concentrer une grande production sur un espace réduit, plus on peut laisser la nature en paix.

Au-delà de la simple préoccupation éthique, ce principe répond à un besoin profond de résilience : nous savons que les écosytèmes naturels sont vraiment durables (la preuve, ils sont encore là), alors que le doute est toujours permis quant à la pérennité de nos paysages humanisés. Plus nous modifions profondément les équilibres naturels localement, et plus nous avons besoin de la biodiversité et de la résilience des écosystèmes alentour pour stabiliser nos jardins.

Un jardin biologique au milieu d’une forêt primaire aura beaucoup moins de problèmes de ravageurs que le même jardin biologique en pleine Beauce (si tant est qu’on puisse encore parler de jardinage biologique vu le voisinage…)

Conséquence naturelle de la sédentarité

De toute façon, qu’on le veuille ou non, à moins d’être nomades, on concentre dans notre voisinage immédiat la fertilité importée de plus loin. Dès lors qu’on s’installe dans une maison et qu’on y mange ses repas, on accumule les nutriments sur le périmètre proche. En effet, les toilettes sont généralement bien plus près de la maison que les cultures.

Ce mécanisme s’est perdu avec le tout-à-l’égout, mais va revenir avec les toilettes sèches : je préfère épandre le compost dans mon jardin que le retourner au pré d’où vient l’herbe qui a nourri la vache qui m’a donné son lait, sans parler de le ramener au pied du cacaoyer qui a donné les fèves qui ont servi à mon chocolat du matin.

Les arbres, sédentaires par excellence, ne font pas autrement : en offrant le gîte et le couvert aux oiseaux, ils concentrent peu à peu à leur pied la fertilité alentour.

Tout à portée de la main

Le troisième argument est celui de l’efficacité énergétique. Sur un terrain pauvre, si je ne concentre pas la fertilité près de chez moi, il me faudra faire des kilomètres et dépenser beaucoup d’énergie pour exploiter une superficie très grande. En revanche, si je rapatrie une bonne fois pour toutes cette fertilité sur un petit espace, j’aurai tout à portée de la main.

D’ailleurs, la question peut aller beaucoup plus loin qu’une simple réduction des “food-miles” (distance parcourue par la nourriture entre le semis et l’assiette). Sur une terre très pauvre, il se peut que la superficie à exploiter soit si grande que l’agriculture y est impossible : les gens ont alors recours à l’élevage nomade, qui finit de désertifier la région. A l’opposé, si on s’autorise à prélever la fertilité alentour (et si on arrive à collecter assez d’eau et à irriguer avec parcimonie), on peut créer une oasis de fertilité dans un endroit semi-désertique. Ceci permet alors de revenir au jardinage, d’abandonner les troupeaux, de réduire la pression sur le milieu, et de voir revenir la savane (Sahel) ou la forêt (Aubrac, Causses).

Recycler les nutriments pour limiter les prélèvements

Naturellement, il n’est pas question de drainer la fertilité jusqu’à épuisement de l’environnement. Le principe fondamental est celui du recyclage des nutriments. Si mon voisin me donne du fumier pour mettre dans mon jardin, que j’y fais pousser tout ce que je mange, mais que j’ai des toilettes à eau raccordées à l’égout et que je jette mes déchets de cuisine à la benne, alors j’ai tout faux : la fertilité des prés de mon voisin part à la mer.

A l’extrême, aucun nutriment ne devrait jamais s’échapper, d’où l’importance de la gestion des eaux de ruissellement pour limiter le lessivage : toute molécule soluble utile à la vie doit être soit piégée dans un humus, soit métabolisée par un organisme avant de quitter votre jardin. En gros, si l’eau qui s’écoule de votre terrain n’est pas potable, c’est que vous avez une fuite de fertilité (hors considérations de pollution chimique, naturellement).

Trève de parlotte

Tout ça pour dire que le voisin qui curait sa bergerie m’a proposé cet automne deux mètres cubes de fumier de brebis. Que je l’ai mélangé à plusieurs mètres cubes de feuilles mortes ramassées dans les rues du village à la fin de l’automne, et avec six mois de couches-culottes compostables usagées que j’avais soigneusement conservées pour l’occasion. Que j’ai mis le tout en tas, en vérifiant l’humidité “a vista de nas” (prononcer ‘abistodénas’) parce que je n’avais pas du tout envie de prendre à pleine main une poignée de fumier de brebis pour faire le test de l’éponge (un compost a le bon niveau d’humidité quand il est comparable à une éponge essorée). Que quinze jours après je suis allé constater que ça chauffait. Et que j’aurai une sacrée réserve de compost l’année prochaine.

Ressources sur le compostage

Il y en a à la pelle sur le net, je vous laisse chercher.
En bonus, je vous laisse une vidéo didactique sympa

Ecrit par kristen, classé dans principes, techniques. 5 commentaires.

5 commentaires

1  Jeremy

Je t’arrête tout de suite, Masanobu Fukuoka évite l’utilisation du compost, il trouve que c’est une perte d’énergie, et préfère tout restituer au sol.
Jeremy

Ecrit le 31 janvier 2010 à 4:02

2  kristen

Je n’ai pas dit que je n’avais pas trouvé d’auteurs qui préféraient éviter le compost. Effectivement, Fukuoka San et Emilia Hazelip préfèrent le compostage ‘en surface’ (c’est à dire un paillage qui se fait digérer par en-dessous par la vie du sol) plutôt que le tas de compost classique qui représente effectivement un gros travail qu’on pourrait s’éviter.

Mais à ma connaissance, ils n’interdisent pas d’importer la matière qui sert audit paillage.

Ecrit le 31 janvier 2010 à 8:49

3  Jean

Disposant d’une propriété d’environ 800 M2 sur laquelle j’ai créé quinze plates-bandes, je jongle avec les deux méthodes : compost et paillage temporaire ou permanent sur certaines plates-bandes. Et quand on me propose du crottin d’ânes, je prends. Je demande aussi des feuilles mortes à mes voisins. Je pourrais me passer - un peu difficilement - du paillage. Par contre, le compostage en tas est incontournable pour 1/ faire disparaître les déchets verts, 2/ apporter au sol un complément indispensable de matières organiques décomposées pour améliorer la structure de ma terre, maintenir et même augmenter sa fertilité.

Fukuoka est un sage, un poète. Sa méthode de culture de légumes de façon semi-sauvage demanderait probablement plus de place que je n’en ai, et doit en outre être adaptée à chaque terroir. Ce n’est pas évident. Il me faudrait des années pour la mettre au point, sans certitude d’y parvenir.

On pourrait dire autrement que le déséquilibre relatif dans lequel je vis, m’impose certaines méthodes et que l’équilibre représenté par la permaculture est, pour le moment, probablement hors de ma portée et de mes aptitudes.

Enfin, si je pouvais jardiner à ma façon contingente mais avec, non seulement le cœur, mais l’esprit de non-violence et la réalisation de Fukuoka, ce serait (presque) gagné. Non ?

Ecrit le 1 février 2010 à 2:31

4  Koldo

Je t’arrête tout de suite,
Haut les mains

Masanobu Fukuoka évite l’utilisation du compost, il trouve que c’est une perte d’énergie, et préfère tout restituer au sol.
Il est important de distinguer là-dedans la matière végétale et les déjections animales. Les premières donnent plus d’humus si on les épand directement, les secondes donnent plus d’humus par compostage en tas que par épandage direct.

Ecrit le 1 février 2010 à 3:25

5  Linnéa

Eh oui, je devrais être en train de construire mes tas de composte aujourd’hui, le temps est parfait pour ca et ils seraient prêts avant mon départ d’ici… Mais je suis encore devant l’ordi, en train de découvrir ce blog (excellent!!)
À mon avis, la technique de maraîchage / production de légumes annuelles doit être choisi en fonction de plusieurs facteurs: 1) la qualité du sol, 2) le temps disponible pour tout mettre en place et rendre le sol vivant et fertil, 3) l’urgence de produire sa propre nourriture, 4) l’échelle de production, etc (j’en oublie certainement)
Par example: si le sol est argileux avec peu de vers, l’apport de compost en combination avec double bêchage (60 cm) et création de bandes (qui par la suite sont sans tillage) serait bien plus efficace, quoique fatiguant, que d’attendre que le sol s’améliore tout seul avec du paillage et du composte de surface. Il n’y aurait pas suffisamment de vie pour le décomposer proprement, alors soit ca sèche, soit ca pourrit… J’en parle d’expérience! :-) Mes résultats étaient minables jusqu’à appliquer les principerde John Jeavons “bio-intensive gardning” expliqué brièvement ici http://fr.wikipedia.org/wiki/Micro-agriculture_biointensive
Et ainsi de suite… à chaque sol ses solutions.
Je pense qu’il faut faire attention avec les solutions toutes faites, car chacun évolue dans son milieu, et si le système de Fukuoka s’avère impossible dans certaines conditions, ses idées peuvent toujours nous aider à trouver des techniques adaptés, à la fois au jardin et aux jardinier/e/s!
Enfin, ce n’est que quand on a travaillé concrètement la terre pendent quelques années qu’on commence à se rendre compte de ce qui marche ou pas, et de comment faire du bon composte, à partir de quoi, quand… Hop là, j’y vais au jardin!

Ecrit le 2 mars 2010 à 2:15

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