Fertilité importée

Mon gros tas de compost, théorie et pratique

tas de compost

Bien que la per­ma­cul­ture cherche à imi­ter les éco­sys­tèmes spon­ta­nés et à fa­vo­ri­ser la fer­ti­lité na­tu­relle au­tant que pos­sible, je n’ai pas en­core trouvé d’auteur qui condamne l’importation de fer­ti­lité au jardin.

Je vois trois ar­gu­ments qui jus­ti­fient de pré­le­ver sur l’environnement plus éloi­gné de quoi ac­croître la fer­ti­lité des zones les plus in­ten­sives du jar­din per­ma­cul­tu­rel (dans la no­men­cla­ture of­fi­cielle, les zones I et II). Pour peu que la pra­tique ne conduise pas à la dé­ser­ti­fi­ca­tion des zones exportatrices.

Hor­ti­cul­ture in­ten­sive et es­paces préservés

Le pre­mier ar­gu­ment, le plus sou­vent in­vo­qué, c’est que plus on ar­rive à concen­trer une grande pro­duc­tion sur un es­pace ré­duit, plus on peut lais­ser la na­ture en paix.

Au-delà de la simple pré­oc­cu­pa­tion éthique, ce prin­cipe ré­pond à un be­soin pro­fond de ré­si­lience : nous sa­vons que les éco­sy­tèmes na­tu­rels sont vrai­ment du­rables (la preuve, ils sont en­core là), alors que le doute est tou­jours per­mis quant à la pé­ren­nité de nos pay­sages hu­ma­ni­sés. Plus nous mo­di­fions pro­fon­dé­ment les équi­libres na­tu­rels lo­ca­le­ment, et plus nous avons be­soin de la bio­di­ver­sité et de la ré­si­lience des éco­sys­tèmes alen­tour pour sta­bi­li­ser nos jardins.

Un jar­din bio­lo­gique au mi­lieu d’une fo­rêt pri­maire aura beau­coup moins de pro­blèmes de ra­va­geurs que le même jar­din bio­lo­gique en pleine Beauce (si tant est qu’on puisse en­core par­ler de jar­di­nage bio­lo­gique vu le voisinage…)

Consé­quence na­tu­relle de la sédentarité

De toute fa­çon, qu’on le veuille ou non, à moins d’être no­mades, on concentre dans notre voi­si­nage im­mé­diat la fer­ti­lité im­por­tée de plus loin. Dès lors qu’on s’installe dans une mai­son et qu’on y mange ses re­pas, on ac­cu­mule les nu­tri­ments sur le pé­ri­mètre proche. En ef­fet, les toi­lettes sont gé­né­ra­le­ment bien plus près de la mai­son que les cultures.

Ce mé­ca­nisme s’est perdu avec le tout-à-l’égout, mais va re­ve­nir avec les toi­lettes sèches : je pré­fère épandre le com­post dans mon jar­din que le re­tour­ner au pré d’où vient l’herbe qui a nourri la vache qui m’a donné son lait, sans par­ler de le ra­me­ner au pied du ca­caoyer qui a donné les fèves qui ont servi à mon cho­co­lat du matin.

Les arbres, sé­den­taires par ex­cel­lence, ne font pas au­tre­ment : en of­frant le gîte et le cou­vert aux oi­seaux, ils concentrent peu à peu à leur pied la fer­ti­lité alentour.

Tout à por­tée de la main

Le troi­sième ar­gu­ment est ce­lui de l’efficacité éner­gé­tique. Sur un ter­rain pauvre, si je ne concentre pas la fer­ti­lité près de chez moi, il me fau­dra faire des ki­lo­mètres et dé­pen­ser beau­coup d’énergie pour ex­ploi­ter une su­per­fi­cie très grande. En re­vanche, si je ra­pa­trie une bonne fois pour toutes cette fer­ti­lité sur un pe­tit es­pace, j’aurai tout à por­tée de la main.

D’ailleurs, la ques­tion peut al­ler beau­coup plus loin qu’une simple ré­duc­tion des “food-miles” (dis­tance par­cou­rue par la nour­ri­ture entre le se­mis et l’assiette). Sur une terre très pauvre, il se peut que la su­per­fi­cie à ex­ploi­ter soit si grande que l’agriculture y est im­pos­sible : les gens ont alors re­cours à l’élevage no­made, qui fi­nit de dé­ser­ti­fier la ré­gion. A l’opposé, si on s’autorise à pré­le­ver la fer­ti­lité alen­tour (et si on ar­rive à col­lec­ter as­sez d’eau et à ir­ri­guer avec par­ci­mo­nie), on peut créer une oa­sis de fer­ti­lité dans un en­droit semi-désertique. Ceci per­met alors de re­ve­nir au jar­di­nage, d’abandonner les trou­peaux, de ré­duire la pres­sion sur le mi­lieu, et de voir re­ve­nir la sa­vane (Sa­hel) ou la fo­rêt (Au­brac, Causses).

Re­cy­cler les nu­tri­ments pour li­mi­ter les prélèvements

Na­tu­rel­le­ment, il n’est pas ques­tion de drai­ner la fer­ti­lité jusqu’à épui­se­ment de l’environnement. Le prin­cipe fon­da­men­tal est ce­lui du re­cy­clage des nu­tri­ments. Si mon voi­sin me donne du fu­mier pour mettre dans mon jar­din, que j’y fais pous­ser tout ce que je mange, mais que j’ai des toi­lettes à eau rac­cor­dées à l’égout et que je jette mes dé­chets de cui­sine à la benne, alors j’ai tout faux : la fer­ti­lité des prés de mon voi­sin part à la mer.

A l’extrême, au­cun nu­tri­ment ne de­vrait ja­mais s’échapper, d’où l’importance de la ges­tion des eaux de ruis­sel­le­ment pour li­mi­ter le les­si­vage : toute mo­lé­cule so­luble utile à la vie doit être soit pié­gée dans un hu­mus, soit mé­ta­bo­li­sée par un or­ga­nisme avant de quit­ter votre jar­din. En gros, si l’eau qui s’écoule de votre ter­rain n’est pas po­table, c’est que vous avez une fuite de fer­ti­lité (hors consi­dé­ra­tions de pol­lu­tion chi­mique, naturellement).

Trève de parlotte

Tout ça pour dire que le voi­sin qui cu­rait sa ber­ge­rie m’a pro­posé cet au­tomne deux mètres cubes de fu­mier de bre­bis. Que je l’ai mé­langé à plu­sieurs mètres cubes de feuilles mortes ra­mas­sées dans les rues du vil­lage à la fin de l’automne, et avec six mois de couches-culottes com­pos­tables usa­gées que j’avais soi­gneu­se­ment conser­vées pour l’occasion. Que j’ai mis le tout en tas, en vé­ri­fiant l’humidité “a vista de nas” (pro­non­cer ‘abis­to­dé­nas’) parce que je n’avais pas du tout en­vie de prendre à pleine main une poi­gnée de fu­mier de bre­bis pour faire le test de l’éponge (un com­post a le bon ni­veau d’humidité quand il est com­pa­rable à une éponge es­so­rée). Que quinze jours après je suis allé consta­ter que ça chauf­fait. Et que j’aurai une sa­crée ré­serve de com­post l’année prochaine.

Res­sources sur le compostage

Il y en a à la pelle sur le net, je vous laisse cher­cher.
En bo­nus, je vous laisse une vi­déo di­dac­tique sympa