l’arpent nourricier

vers une agriculture personnelle

Voulez-vous vous identifier ou vous enregistrer ?

06
avr

Paillage ou végétation spontanée ?

Un paillage de plantes spontanées protège le sol et crée de la biomasse

Depuis que j’avais lu le Larousse du jardinage bio, je ne jurais plus que par le paillage. Une planche de potager bien nettoyée de ses herbes, puis recouverte d’herbe fraîchement tondue, de copeaux de menuiserie, d’écorces ou de poil de gnou, c’est très élégant.

paillage en broyat de chutes de scierie

Mais il y a quatre inconvénients au paillage :

  • ça demande du travail
  • dès qu’une herbe traverse ou contourne le paillage, elle a le champ libre
  • il n’y a pas de photosynthèse, donc pas de production de biomasse dans une zone paillée
  • les chats chient dedans

Reprenons ces quatre éléments en détail.

Le paillage, c’est du travail

J’utilise une tondeuse hélicoïdale pour les parties du jardin que je conserve en chemins et en aires de jeux. C’est silencieux. C’est léger. C’est maniable. Et ça fait des finitions irréprochables. Ma pelouse est le nec plus ultra de la pelouse de quartier résidentiel, coupée à 25mm comme une tête d’appelé. En coupant à 25mm, ça m’oblige à passer souvent (presque tous les jours en juin). Comme je passe souvent, les déchets de tonte restent raisonnables, tant en longueur qu’en volume total. Comme ils restent raisonnables, je n’ai pas besoin de les évacuer ; je peux généralement les laisser composter sur place.

tondeuse hélicoidale

Et c’est tant mieux, parce que tondre sans le bac, ça prend un quart d’heure, tandis que tondre avec le bac, ça prend le double. En effet; le bac de la tondeuse est riquiqui, l’herbe s’entasse dans un coin, puis finit par faire barrage avant même que le bac soit rempli. Il me faut faire d’incessants aller-retours en direction de la planche de potager à laquelle je destine le paillage. Et même si un paillage d’herbe fraîche est si beau et sent si bon, j’aimerais pouvoir laisser le bac au rancard.

Le liseron se rit du paillage

Deux ans de suite, j’ai souffert d’invasions de liseron. Si vous avez joué au jeu “1-2-3 soleil” dans la cour de récréation, vous savez de quoi je veux parler. Un matin, c’est juste un bout de feuille en tenue de camouflage qui dépasse à peine de l’épaisse couche de paille encore un peu verte. Et l’instant d’après, le liseron submerge les fraisiers, part à l’assaut des oignons, et réussit même à monter au premier étage des tomates.

Magnifique fleur de liseron, par L. Buffetaud

Dans les endroits du jardin où je n’ai pas préparé le sol, le liseron est absent. J’imagine donc que si je laisse les herbes spontanées s’installer, le liseron sera plus docile. Dans l’idéal, il restera dormant.

Le paillage au soleil, c’est un manque à gagner de biomasse

Je crois que c’est l’argument qui me parle le plus. Un potager tout paillé, c’est un potager tout paillé. Un potager recouvert d’une jungle de plantes spontanées, c’est une mini-forêt. C’est un écosystème à lui tout seul. C’est une réserve de nutriments que la pluie ne saura jamais lessiver.

C’est enfin une réserve de matière à faucher, pour l’utiliser en … paillage.

Tant que je n’ai pas l’utilité d’une planche, d’une butte, d’un carré ou d’une plate-bande pour des plantes qui me nourrissent, ce n’est pas une raison pour l’interdire aux autres plantes, à condition qu’elles veuillent bien faire de la place aux miennes le moment venu.

Je l’ai bien vu cet hiver, à l’occasion d’un cuisant échec sur un semis d’oignons. A l’automne, j’avais dégagé, nettoyé et griffé un rang de 30 cm de large sur l’une des planches, et j’y ai semé des radis et des oignons. J’ai du avoir cinq radis qui piquaient, et deux oignons. Mais la terre était riche, et une population d’herbes a entièrement recouvert chaque pouce carré de terre nue. Pendant ce temps, l’autre moitié de la planche, paillée, est restée sagement vierge de toute végétation à part deux pieds d’épinards. J’aurais préféré des oignons et des radis, mais à tout prendre, j’aime mieux la bande verte, hirsute et odorante à gauche que le désert jaunasse, désolé et parsemé de cratères de chats à droite. (Voir la partie droite de la photo ci-dessous).

planche fraichement travaillée

Le paillage attire les déjections des animaux

C’est bon pour la fertilité, mais c’est très moyen pour la toxoplasmose. A tout prendre, je préférerais réserver une zone spécifique de terre meuble pour que les chats et les chiens déposent leur offrande azotée, que je viendrais alors récolter pour l’ajouter au tas de compost avec la production des toilettes sèches.

En pratique

Je crois que c’est en lisant les préceptes de Masanobu Fukuoka que je me suis convaincu que si j’arrivais à vivre avec la végétation spontanée au potager, j’en serais bien plus heureux.

Cela dit, ça ne dit pas comment il faut faire. Si je sème une graine de radis au milieu d’un enchevêtrement de plantes bien installées, rien ne poussera. Si j’arrache les adventices, que je donne un coup de griffe et que je sème dans la foulée, c’est le liseron qui reviendra.

Je vois deux possibilités. La première, c’est de semer sous couvert avec des billes de graines, surveiller la germination, et faucher la zone très ras juste au moment où mes germes pointent leur nez. Je paillerai les plantes fauchées avec leurs propres résidus.

En théorie, l’arrivée du soleil va booster la croissance de mes jeunes plants tandis que les ‘mauvaises’ herbes vont accuser le coup. Avec un peu de chance, mes semis auront poussé assez pour que je sache les reconnaître dans la masse et éclaircir au coup par coup, le temps qu’ils prennent le dessus. Avec un peu de chance, la quantité de jeunes pousses tendres et juteuses que les “mauvaises herbes” produiront à ce moment sera assez importante pour que les limaces ne se jettent pas uniquement sur mes semis.

Mais s’il y a du liseron, ou si les mauvaises herbes sont des graminées, elles ne seront pas autant ralenties dans leur croissance par la fauche. Alors que la plupart des plantes poussent par en haut, les graminées poussent en effet par en bas.

Dans ce cas, il faudra que j’essaie la deuxième technique : je prépare des plants en godet. Je fauche ras (pas trop à cause du liseron), et je mets mes plants en place. Ils auront une longueur d’avance. Je pense que cette technique est moins risquée que la première (si je sais réussir mes semis en godets).

J’essaierai les deux, et je vous tiendrai au courant.

Question subsidiaire : plantes spontanées ou couvre-sol semé exprès ?

Ma terre est pleine de graines d’adventices. Pourquoi s’embêter à aller semer un engrais vert ou une plante couvre-sol quand les mauvaises herbes se chargeront spontanément de recouvrir le sol et de fixer les nutriments elles-mêmes ? J’imagine que dans la diversité des graines présentes dans mon sol, les plantes les plus adaptées viendront toutes seules.

luzerne spontanée

Le sol a besoin d’azote ? Des légumineuses sauvages viendront. Le sol a trop d’azote ? Des orties viendront. Le sol est compacté ? Des bardanes ou des pissenlits iront perforer la couche en profondeur.

Je suis idéaliste ? La réalité viendra me remettre à ma place.

fleur de pissenlit

Les choses s’arrangent toutes seules.

Epilogue : le tracteur à poules

Il existe une troisième possibilité : demander aux poules de désherber, de manger toutes les limaces, d’arracher toutes les racines et de picorer toutes les graines, puis semer dans la foulée. J’essaierai ça aussi. Mais j’ai peur du liseron.

Lire aussi

Mon tracteur à poules
billes de graines

Liens externes

Le site de Gérard Ducerf, le roi de la mauvaise herbe

Ecrit par kristen, classé dans botanique, permaculture. Pas de commentaire.

Laisser un commentaire