Faire la paix avec la bardane

Après tout, on a bien construit l'Europe avec les Allemands...

L’année der­nière, j’ai été en­vahi de bar­danes. Un peu par­tout dans le jar­din, ces mé­chantes herbes de deux mètres de haut ont surgi. Je n’étais pas to­ta­le­ment hos­tile à cet en­va­his­seur avant que j’apprenne que c’était cette même plante qui fai­sait des fruits en forme de boules mar­ron hé­ris­sées de cro­chets qui s’accrochent aux pan­ta­lons, et qu’on met des siècles à re­ti­rer des chaussettes.

Fleur de bardane

J’ai donc com­mencé à les sur­veiller, puis à les cou­per. Un jour de l’été, j’ai dé­cidé l’extermination, et j’ai passé l’après-midi avec le gros sé­ca­teur (cer­taines tiges fai­saient cinq cen­ti­mètres de dia­mètre) à tout ra­ti­boi­ser. Les ca­davres ont fini en épais paillage d’un mor­ceau de po­ta­ger que j’avais aban­donné au li­se­ron (une autre guerre perdue).

Des arrière-pensées

Mais en me ren­sei­gnant sur les dif­fé­rents mé­rites de la bar­dane, j’ai éprouvé du re­mords. Cette plante a (outre son ca­rac­tère co­mes­tible) d’innombrables ver­tus, et je l’avais dé­ci­mée sans autre forme de pro­cès. Je de­vrais au moins leur sa­voir gré d’avoir prouvé que mon ter­rain était “frais, pro­fond, bien tra­vaillé, riche en hu­mus et en azote.” D’avoir pro­tégé la terre. D’avoir pro­duit de la bio­masse. D’avoir puisé les nu­tri­ments en pro­fon­deur. D’avoir abrité des bes­tioles (même s’il y avait un peu trop de li­maces parmi leurs lo­ca­taires). D’avoir fourni des feuilles et des ra­cines que j’aurais même pu manger.

Jeune feuille de bardane

Traité de paix

A par­tir de cette an­née, je fais la paix avec la bar­dane. Au moins, je lui ren­drai hom­mage avant de la cou­per. Déjà, j’essaierai de pro­fi­ter des feuilles et des ra­cines. En­suite, je lais­se­rai vivre les plants qui pous­se­ront aux confins du jar­din, là où je ne vais ja­mais. Aux autres en­droits, peut-être que je me conten­te­rai de cueillir les fleurs avant qu’elles se trans­forment en poil à grat­ter. Et on de­vrait pou­voir vivre en bonne in­tel­li­gence. En té­moi­gnage de mes bonnes in­ten­tions, c’est une feuille de bar­dane que j’ai mise en fron­tis­pice du site.

Feuille de bardane

Au-delà de la bar­dane, c’est avec toutes les mau­vaises herbes que je vou­drais si­gner un traité uni­la­té­ral de paix. Pour com­men­cer, je ne les ap­pel­le­rai plus ‘mau­vaises herbes’, mais ‘ad­ven­tices’, ou ‘plantes spontanées’.

Chères ad­ven­tices, quelles que soient vos aga­çantes ma­nies (à com­men­cer par toi mon cher li­se­ron), je tâ­che­rai au moins de vous té­moi­gner un plus grand res­pect, et de ne vous ar­ra­cher qu’après avoir vrai­ment ré­flé­chi à toutes les autres op­tions, en par­ti­cu­lier celles qui me de­man­de­ront moins de travail.

Lire aussi

Tarte aux or­ties
Pailler ou lais­ser les mau­vaises herbes ?

Lien ex­ternes

Grande Bar­dane, sur Wi­ki­pe­dia
Ver­tus de la bar­dane
Plants for a Fu­ture : Arc­tium Lappa (en an­glais)
Pho­tos de bar­dane sur une fa­bu­leuse base de pho­tos de botanique