Détournement de lobbying

Des agro-carburants vers les agro-isolants

Quand j’ai trop la pêche, je lis un coup le blog de Fa­brice Ni­co­lino, et hop, me voilà un peu dé­primé et ré­volté bien comme il faut. Il faut dire que le monde offre as­sez d’occasions pour ça, et que sous la plume de Fa­brice Ni­co­lino (pes­ti­cides — ré­vé­la­tions sur un scan­dale fran­çais, la faim, la ba­gnole, le blé et nous, mais aussi la France sau­vage ra­con­tée aux en­fants) , les oc­ca­sions se muent ra­pi­de­ment en en­vies de meurtre.

Ainsi donc, l’autre jour, en li­sant un ar­ticle qui se per­met­tait de mettre en doute la blan­cheur éco­lo­gique du fu­tur pré­sident des États-Unis d’Amérique en sou­li­gnant son as­su­jet­tis­se­ment aux lob­bies des agro­car­bu­rants, il m’est venu une idée qui s’apparente à la tech­nique du ju­doka. Il est moins coû­teux de dé­vier un ad­ver­saire que de s’y op­po­ser frontalement.

Voici in ex­tenso le com­men­taire que j’ai laissé à l’attention du grand mi­li­tant qu’est Mon­sieur Ni­co­lino (que je ne me per­mets d’interpeller par son pré­nom que parce que c’est ainsi qu’il signe ses commentaires) :

Fa­brice, il m’est ad­venu une idée : de même qu’une prise de Judo se contente de dé­tour­ner l’inertie de l’adversaire, de même il se­rait pro­ba­ble­ment plus aisé de dé­vier l’enthousiasme du lobby des agro­car­bu­rants que de le frei­ner. Le dé­vier vers où ? Vers la pro­duc­tion d’isolants et de ma­té­riaux de construc­tion ‘na­tu­rels’ (paille, chanvre, cel­lu­lose, etc.) plu­tôt que le mythe des agro­car­bu­rants de “2e génération”.

Au lieu de ra­mer contre l’évidence en­vi­ron­ne­men­tale, le­dit lobby na­ge­rait confor­ta­ble­ment dans le sens du cou­rant. Les pro­duc­teurs inon­de­raient le mar­ché de la construc­tion et des pro­duits d’isolation, et ils de­vraient donc ba­gar­rer tant et plus pour trou­ver des dé­bou­chés à ces sur­plus : les sub­ven­tions et les grands pro­grammes de mise à ni­veau des lo­ge­ments trou­ve­raient alors un avo­cat borné et puis­sant. Et le ni­veau d’économie en com­bus­tibles fos­siles qu’on at­tein­drait fe­rait pâ­lir l’objectif de 10% main­te­nant af­fi­ché sur les agro­car­bu­rants. Et on sto­cke­rait du car­bone à la pelle. Et les dé­chets de dé­mo­li­tion des mai­sons pour­raient un jour re­tour­ner à la terre après être pas­sés sous les pattes des bo­vins ou des porcs.

Et la ré­ponse de Fabrice :

Kris­ten,

Je trouve cela in­té­res­sant, vrai­ment in­té­res­sant. Je pres­sens que vous tou­chez du doigt une idée vé­ri­table. Conti­nuons donc en­semble, et merci !

Fa­brice Nicolino

C’est tout au­réolé de l’autorité de ce blanc-seing que je me tourne main­te­nant vers mes lec­teurs, en tout cas les plus mi­li­tants : pro­pa­geons cette idée. Je suis per­suadé qu’elle peut trou­ver grâce en par­ti­cu­lier aux oreilles des po­li­tiques, qui s’étant en­ga­gés un peu ra­pi­de­ment en fa­veur des agro­car­bu­rants sans avoir lu les pe­tits ca­rac­tères, se re­trouvent fort dé­pour­vus de de­voir soit se dam­ner éco­lo­gi­que­ment, soit se dé­dire élec­to­ra­le­ment. En leur pro­po­sant une jo­lie perche leur per­met­tant de conti­nuer de s’affirmer ar­dents pro­tec­teurs du re­venu agri­cole, et fer­vents pro­tec­teurs de la na­ture, nous avons des chances d’en faire des al­liés. Après tout, une fi­lière d’agro-isolants est as­sez proche d’une fi­lière d’agro-carburants de se­conde gé­né­ra­tion : il s’agit es­sen­tiel­le­ment de char­rier des vo­lumes consi­dé­rables de bio­masse li­gneuse vers des usines puis de condi­tion­ner et d’écouler la production.

Com­ment s’organise-t-on ? Qui écrit à qui ? Qui lance une pé­ti­tion ? Qui re­laie l’info ? Qui s’en tape ?