Mon premier compost à chaud
Compostage rapide (raté) : fatigant mais instructif
En regardant le DVD Soils de Geoff Lawton, où il explique comment faire du compost en 18 jours, j’ai eu envie d’essayer pour de bon. Il n’impose pas les ingrédients, mais recommande d’avoir la bonne proportion C/N. Dans son exemple, il avait de la paille, du foin, différents fumiers d’animaux, et quelques ‘activateurs’ comme de la consoude et les restes d’une volaille, si je me souviens bien. Il conseille de découper, broyer ou hacher tous les ingrédients pour que ça ne soit pas trop dur à retourner. Il explique le truc de l’éponge essorée pour doser la quantité d’eau. Et au final, il précise qu’il faut retourner le tas tous les 2 jours à partir du 4e jour, en mettant au centre ce qui était en périphérie et vissé vers ça.
Mes résultats
J’ai fait comme il a dit mais je me suis aidé de deux sites internet pour calculer les proportions d’ingrédients. Pour doser l’eau, j’ai eu recours à une technique alternative maison : je trempe la paille dans une bassine d’eau et je l’égoutte avant de la mettre dans le tas. Ca fait la bonne proportion d’eau, sans que j’aie à mettre la main dans un mélange de fumiers.
Pour prendre la température du tas, j’y creuse un trou avec un bâton, et j’y glisse mon thermomètre de cuisine qui va au moins jusqu’à 100 °C.
J’ai mesuré 58°C le 3e jour, puis 72 °C le 5e jour, puis environ 65°C deux jours plus tard. La fois suivante, la température était sacrément retombée : environ 30°C — j’ai vite identifié la cause : le tas s’était asséché, probablement consécutivement aux températures élevées atteintes les jours précédents. Donc j’ai arrosé régulièrement le tas en le retournant. La température est remontée à environ 50°C, puis s’est mise à décroître doucement. On en est au 30e jour, et le tas est aux alentours de 35°C.
Je suis un peu déçu de n’avoir pas eu mon compost en 18 jours comme ‘à la TV’. Je vois que le fumier et le foin se sont bien décomposés. En revanche la paille a l’air d’être toujours quasiment intacte. Et pourtant j’avais pris de la paille qui avait déjà bien vécu, j’avais passé pas mal de temps à la découper en morceaux plus courts (genre 20cm pour faciliter le retournement et hâter la décomposition) avec une cisaille à haie …
Une technique sportive mais instructive
Pour le fun, j’essaierai de refaire du compost en 18 jours, mais sans paille, en n’y mettant que du foin et des feuilles mortes (et du fumier).
Cela dit, je ne referai pas du compost comme ça tous les jours. Comme j’y passe un bon quart d’heure pour le retourner à chaque fois, ça fait quand même cher à l’arrivée. L’expérience est en revanche très instructive car en venant retourner le tas fréquemment, on s’imprègne de la psychologie du compost : ses odeurs, ses humeurs, ses bouffées de chaleur et ses coups de froid.
Je pense que je referai de temps en temps du compost à chaud, en particulier pour y mettre les déchets de mauvaises herbes si elles sont en graines. Mais je ne chercherai pas à le faire en 18 jours, et je ne le retournerai probablement que toutes les semaines.
J’ai donc maintenant à ma disposition une technique supplémentaire de compostage, ce qui complète ma liste, par ordre croissant de technicité et d’efforts :
- compostage de surface (on laisse les déchets en surface, sous le paillage, ou comme paillage) — c’est le plus simple, le plus naturel, mais ça attire les limaces
- compostage ‘tout-venant’ à froid, dans un bac ou mieux : dans un jardin ‘keyhole’. Le compost est naturellement incorporé à la terre de culture, les nutriments retournent directement dans le circuit
- compostage à froid, en tas, en vérifiant vaguement la bonne proportion des ingrédients — on laisse reposer un an ou deux
- compostage en couches, pour préparer une planche de culture sans avoir à désherber
- compostage ‘tiède’, en tas, avec les bonnes proportions et retournement périodique
- compostage à chaud, en tas, avec retournements fréquents
et les variantes que je pourrais tester un jour :
- vermicompostage
- compostage par les poules dans un parcours en pente
- compostage par des larves de mouche Hermetia Illucens à la façon biopod
- compostage en tambour
Ceci prouve bien que quand vous lisez un fascicule ou une page web sur ‘le compostage’, il ne s’agit en fait que d’un type compostage parmi une foultitude et que selon ce qu’on veut faire, on peut relativiser une partie des conseils qu’on y trouve.
Poursuivre la lecture…
Dans l’arpent nourricier :
- Un tas qui n’a pas chauffé
- Toilettes sèches — fait maison
- Utilisation du compost semi-mûr dans un paillage en couches
Ailleurs :
- La même technique de compostage rapide que celle de Geoff Lawton, expliquée en français
- Et expliquée en belge
- Document de référence de la FAO sur le compostage (en français) — pas mal de théorie, beaucoup de détails pratiques sur différentes techniques
Quel boulot !! Pour ma part, je ne me suis pas penchée sur la t° de mon compost. Je le retourne souvent, je l’arrose régulièrement et j’ai commencé à m’en servir après 2 ans de “mûrissage”. Je l’ai étalé, sur un lit de “lasagnes”( tonte de gazon et paille) cet été, pour y planter des pieds de potiron… et ça a bien poussé. Tu en parles de cette culture en lasagnes. Si je peux me permettre, ce que j’ai testé, c’est avec le carton sur le sol qui évite aux mauvaises herbes de pousser (au début !) J’ai suivi les conseils de J.PAUL COLLAERT qui a écrit un livre là-dessus. Ton blog est très sympa. J’aime beaucoup tes croquis (c’est toi qui peins ?! ) Je suis aussi très intéressée par les SELs. A bientôt. Je reviendrai voir tes nouvelles expériences au jardin.
C’est courageux, perso j’ai opté pour le compostage en surface. Au vue des résultats je suis pas pret a revenir au tas de compost.
Surtout que pour se fournir en compost stérilisé, il y a les plateforme de compostage ;)
Hello,
Loïc, si tu parles des plateformes de compostage en déchetterie, le soucis est que tu ne sais pas trop ce qu’il y a dedans, et on ne sait rien des traitements des plantes qui ont atterris dedans.
Sinon, pour hacher la paille, un bon moyen est d’utiliser sa tondeuse. Moi qui suis en train de faire une isolation extérieure terre-paille-chaux d’une bonne dizaine de cm sur 60m2 de pignon nord, je suis bien heureux d’avoir conservé cette vieille tondeuse électrique. J’ôte le bac de ramassage, et passe directement sur la paille. J’obtiens des brins d’environs 5-20cm, nickel pour l’enduit. Question rendement, à la tondeuse, je fais un big bag (gros sac de chantier) en 5–10 minutes, ramassage compris.
Voilà, pas grand chose à voir avec le compost, mais c’était pour participer ^_^
Antoine
hello
mille mercis pour cet article récapitulatif. Personnellement, je compost dans un composteur depuis qu’une opération a été lancé au niveau du canton. Mais je suis un peu déçu par le “rendement”. Beaucoup de travail pour peu de compost in fine. Je me demande si les rendements sont différents avec d’autres méthodes. Pour ce qui est des compost de plateforme, pas question. On ne sait pas ce qu’il y a dedans. Aucun intérêt à cultiver soi même si c’est pour obtenir des aliments aussi pollué que dans le commerce. Déjà qu’en compostant on ajoute forcément des choses mal identifiées…
Bonjour Christen,
J’ai découvert ton site il y a quelque temps car je ma passionne aussi pour le jardinage.
Ton expérience “ratée” d’un compost à chaud m’a interpellée.
Depuis mai 2010, j’en suis à mon 3ème tas, à raison d’un au printemps et un à l’automne (le suivant est prévu semaine prochaine).
Je tiens cette technique d’une formation chez Terre&Humanisme.
Il s’agit de composter un mélange de fumier, de paille et de déchets verts en couches types lasagnes.
J’effectue un tas d’environ 3m3 qui va chauffer à 70 °C dans les jours qui suivent.
J’effectue un seul retournement au bout de quelques semaines et dispose d’environ 700 kgs d’un beau compost noir, vivant de milliers de vers.
Si cette technique t’intéresse, je peux te renseigner sur les détails du protocole
Bonne continuation,
Phil