Comment se porte votre bébé ?

Le portage des enfants : un paradoxe culturel

La pous­sette

Si vous vi­vez se­lon les stan­dards oc­ci­den­taux, il est pro­bable que vous uti­li­sez une pous­sette. Cette pous­sette qui épouse par­fai­te­ment la culture de pa­ren­ta­lité et les va­leurs de notre so­ciété occidentale

  • votre bébé est à une dis­tance res­pec­table de votre odeur et de vos microbes
  • votre bébé est pro­pulsé dans la vie, fai­sant au­da­cieu­se­ment face à la route donc à son fu­tur, et peut comp­ter sur sa su­cette or­tho­pé­dique pour se ré­con­for­ter si nécessaire
  • votre bébé s’habitue à voya­ger sur quatre roues sans ef­fort, dé­con­necté du rythme de la marche
  • votre bébé voit tous les adultes d’en-dessous, ap­pre­nant bien où est sa place d’enfant
  • votre bébé est à l’abri des dis­cus­sions entre adultes et mâ­chouille son mor­ceau de bis­cuit gluant tan­dis que vous vous en­tre­te­nez avec votre ami/conjoint/voisin
  • votre bébé ap­prend que le monde est froid et sans pi­tié, sur­tout l’hiver, sur­tout au ni­veau des mains, des pieds et du visage

Et pour­tant, le monde oc­ci­den­tal semble faire beau­coup d’efforts pour rendre la vie im­pos­sible aux pous­seurs de pous­settes : qui n’a pas sou­piré ou juré quand il faut grim­per dans un bus bondé et qu’une des rou­lette se pre­nait dans les barres ? ou quand il faut des­cendre les es­ca­liers d’une en­trée de mé­tro ? ou quand il faut re­mon­ter le cou­rant d’une foule des heures de pointe ? ou quand il faut sla­lo­mer entre les ex­cré­ments ca­nins, les pou­belles ren­ver­sées, les vé­hi­cules en sta­tion­ne­ment illé­gal et les trot­toirs dé­fon­cés ? ou quand il faut plier la pous­sette pour la ran­ger dans le coffre tou­jours trop pe­tit d’un centimètre ?

L’écharpe porte bébé

Si tou­te­fois vous vi­vez en­core comme des demi-singes et que vous avez des ori­gines cultu­relles pri­mi­tives, il est pos­sible que vous por­tiez votre en­fant sur votre ventre ou dans votre dos grâce à une vul­gaire pièce d’étoffe. Il est drôle de consta­ter à quel point l’écharpe porte-bébé cor­res­pond par­fai­te­ment à la culture de pa­ren­ta­lité et aux va­leurs d’une so­ciété primitive :

  • votre bébé fait corps avec vous et ne peut pas se dis­so­cier de votre odeur, de votre souffle, de votre voix, de votre chaleur
  • votre bébé est tourné vers l’arrière, re­gar­dant votre poi­trine ou re­gar­dant par-dessus votre épaule vers le passé, et se ré­con­forte du contact peau à peau
  • votre bébé s’habitue au rythme de la marche et pourra croire plus tard que la marche est le meilleur moyen de se déplacer
  • votre bébé est à la même hau­teur que les adultes, et se croira aussi im­por­tant qu’eux
  • votre bébé peut épier vos conver­sa­tions et pour­rait même être tenté de par­ti­ci­per, même long­temps avant de maî­tri­ser la grammaire
  • votre bébé pense que le monde est un en­droit doux et feu­tré, même en hi­ver quand il est confor­ta­ble­ment à l’abri sous votre manteau

Et pour­tant, le monde oc­ci­den­tal est par­ti­cu­liè­re­ment ac­cueillant pour les pa­rents qui choi­sissent de por­ter leur bébé plu­tôt que le pous­ser : mon­ter dans un bus ? cou­rir pour at­tra­per un mé­tro ? se fau­fi­ler dans la foule ? sla­lo­mer sur les trot­toirs ? ran­don­ner dans la na­ture ? pré­pa­rer les ba­gages ? Pas de problème.

J’adorerais pou­voir uti­li­ser une pous­sette et en­sei­gner à mon bébé la dure vé­rité du monde mo­derne et les bonnes va­leurs de notre so­ciété, mais soyons sé­rieux : c’est trop com­pli­qué. Je suis trop pa­res­seux pour choi­sir la course d’obstacles de la pous­sette. Je pré­fère en res­ter aux gestes pri­mi­tifs, quels que soient les dan­gers pour l’équilibre fu­tur de mon en­fant et sa place dans notre monde sans pitié.