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25
juil

Châssis-serre de fortune

Les semis du gars qui ne p(v)eut pas s'en occuper

semis detail

Depuis quatre ans que je jardine, je suis passé maître dans l’art de rater les semis. La raison principale est que les recommandations traditionnelles de semis qu’on trouve au dos des sachets de graines ou dans les bouquins se préoccupent rarement de la somme de soins et de la charge de travail que cela représente. Je ne suis pas là tous les jours, et quand j’y suis, je suis plus souvent sollicité par la marche de la maison ou par mes deux petits garçons que par la pousse des cotylédons. Ainsi, il n’est pas question pour moi de nettoyer ou stérilier les godets ; de venir arroser ou vaporiser deux fois par jour ; de venir ajuster l’entrebâillement d’un châssis froid selon la course du soleil ou le passage des nuages ; d’effleurer les plants tous les jours pour les endurcir ; de sortir les plants pour les acclimater puis les rentrer le soir ; de consacrer des soirées à l’affût aux limaces…

Il me faut donc trouver d’autres méthodes, lesquelles devront être un bon compromis entre l’échec assuré et l’esclavage consenti.

On pourrait s’en remettre aux techniques qu’emploie la nature, laquelle est un modèle d’économie de travail (sans toutefois être un étalon de taux de réussite) : sur le sol une couche de matière organique pour empêcher le dessèchement ; dans l’usage des graines une prodigalité qui ferait hurler un jardinier ; et quant au taux d’échec une patience qui rendrait Confucius jaloux. C’est en imitant la nature que Fukuoka a développé la merveilleuse idée des billes de graines. Pour tout ce qui pousse spontanément par chez moi, le semis direct sous couvert ou les billes de graines quand le couvert est dégradé sont probablement les techniques les plus appropriées –quand j’aurai réussi à les mettre au point.

Mais il y a des choses que la nature ne sait pas faire toute seule sous nos latitudes. Par exemple, faire germer, pousser et mûrir les tomates, les courgettes ou les poivrons avant le mois de décembre. Il me faut donc une manière de contrôle climatique pour pouvoir espérer déguster ces fruits et d’autres sans les faire venir de Provence ou d’Afrique du Nord.

Construction d’un châssis froid

Je n’ai pas de pièce assez chaude ni assez lumineuse. J’ai prévu une extension-serre dans la suite des travaux de la maison, mais ça n’est pas pour tout de suite. J’ai donc essayé de faire un châssis froid.

Contre un mur au sud, j’ai disposé des palettes. Sur les palettes, dix centimètres de plaques de schiste -de vieilles lauzes trop pourries pour être remises sur un toit- pour faire un volant d’inertie thermique. Trois tasseaux chevillés au mur tiennent les flancs et le cadre bâché faisant vitre et couvercle. Une cordelette à noeuds attachée à un clou dans le mur au-dessus fait office de crémaillère. L’ensemble fait 1m60 x 0m90, et m’a pris deux heures à bricoler avec du bois de récupération.

chassis

L’architecture légèrement surélevée rend la manutention un peu moins laborieuse que pour un châssis froid à même le sol (à cause des limaces, je ne peux de toute façon pas laisser mes semis en pleine terre). L’épaisseur de lauzes sur les palettes, associée à la masse du mur, redonne un bon volant thermique. Les fuites d’air entre les tasseaux, le cadre et le mur assurent que la température restera supportable même si je ne suis pas là pour entrebâiller le châssis les jours ensoleillés, tout en étant suffisamment limités pour éviter que ça gèle quand il fait passagèrement -5 °C au petit matin. Comme je suis au-dessus de la pleine terre, je bénéficie aussi d’un volant d’humidité. L’atmosphère y sera ainsi moins asséchante que dans une véranda.

La bâche, agrafée sur le cadre, est suffisamment sale pour qu’il n’y ait pas de soleil direct sur les semis. Et en plus, pour éviter la surchauffe et le dessèchement, j’entoure les caissettes avec un voile d’hivernage, faisant une barrière supplémentaire contre la lumière directe, les écarts thermiques et hygrométriques, et aussi les limaces.

Résultats de la première année

Le châssis n’a pas suffi. Mes premiers semis ont été passablement minables, même si quelques plants ont survécu. Ce qui a vraiment aidé, c’est le terreau de semis à la place de la terre de taupinière que j’utilisais au début. Je sais, c’est un peu tricher, il y a des engrais dans le terreau de semis acheté en jardinerie, mais j’étais à la limite du découragement. Maintenant je sais qu’une terre légère, riche, et noire retient mieux l’eau et permet davantage de développement racinaire. Fort de cet enseignement, je me dis qu’il me faudra préparer un substrat de semis avec une grande proportion de compost dans ma terre de taupinières.

Malgré cela, lors des journées ensoleillées, le contenu des godets (sans parler des plaques alvéolées) se dessèche vraiment très vite : le risque d’échec suite à une omission d’arrosage est considérable.

J’ai quand même réussi environ la moitié de mes plants de tomates. Le taux de réussite sur les laitues était quant à lui proche de zéro.

Résultats pour la deuxième année

La bâche a beaucoup souffert des ultraviolets et du vent. Je l’ai remplacée par de la bâche armée (de récup). Je déteste le plastique, mais quand il m’en reste, j’essaie de le réutiliser pour au moins qu’il se rende utile.

J’ai par ailleurs remplacé les caissettes par un grand cadre en bois (120 x 60 x 10) sur lequel j’ai agrafé un morceau de bâche noire d’ensilage (de récup) pour faire un bac d’une dizaine de centimètres de profondeur. Le but est d’imiter les bacs des jardineries : en inondant périodiquement, on irrigue les godets par en-dessous. Il suffit ainsi de laisser couler l’eau et de régler le trop-plein jusqu’à ce que le fond des godets soit sous un ou deux centimètres d’eau. Les godets s’humidifient puis le bac se draine par des petits trous pratiqués dans le plastique.

Le bac est totalement enveloppé dans un voile qui protège du soleil direct et des limaces, et qui retient un peu d’humidité.

Dans le bac j’ai mis 5cm de sable fin. Le but du sable est triple : cacher la bâche pour limiter l’amplitude thermique et constituer une inertie ; ralentir le drainage et faire une réserve d’humidité ; râper le pied des limaces qui auraient réussi à franchir le voile (pas sûr que ça marche).

bac à godets

Pour l’arrosage, je me suis acheté un petit programmateur à 30€, branché sur une poubelle de 100 litres surélevée qui fait une petite réserve d’eau. Je peux ainsi prévoir d’inonder le bac périodiquement sans avoir à m’en occuper, au moyen d’un bout de tuyau plein de fentes pour que l’eau s’écoule doucement sans déranger le sable.

Pour le substrat, j’ai testé trois variantes :

  • le terreau de semis du commerce –qui marche– jusqu’à épuisement de mes stocks
  • un terreau de semis biologique fait maison, avec un tiers de compost mûr, un tiers de terre de taupinière et un tiers de sable de sablage usagé
  • un substrat artificiel digne des pires techniques hors-sol, constitué du mélange ci-dessus, adjuvanté de polyacrylate de sodium. Vous savez, c’est le gel qui se trouve dans les couches des bébés – y compris dans la plupart des couches dites ‘écologiques’. Par construction, c’est un excellent rétenteur d’humidité, et il est sensé être chimiquement inerte. En plus, comme il provient de couches usagées, il est naturellement rempli d’engrais azotés.

Cette fois, c’est la réussite totale (sauf pour le mélange avec polyacrylate, mais j’y reviendrai). Mes plaques alvéolées ont été envahies de plants de laitue. J’ai eu des godets de tomates à ne plus savoir qu’en faire. Mon seul regret a été de ne pas avoir semé plus de légumes.

Donc j’en conclus avec un grand soulagement qu’il n’y a pas besoin d’être d’astreinte pour réussir ses plants : il m’a fallu une mini-serre protégée des limaces et du froid, un substrat correct, et un arrosage automatique.

Ecrit par kristen, classé dans techniques. 2 commentaires.

2 commentaires

1  David

Bonjour,
Compte rendu vraiment très intéressant, peut-on en savoir un peu plus sur le dispositif d’arrosage automatique ?

Ecrit le 25 juillet 2009 à 3:19

2  kerloen

c’est marrant ça, on a les mêmes contraintes pour la réussite des semis :)
j’ai aussi mis un système d’arrosage « simplifié » (achat d’un arrosage au goutte à goutte chez lidl- houhouhou !!!) pour réussir mes tomates (dont les plants m’ont été donnés par un copain -autre méthode :) )
les tomates sont sous la partie de mon appentis où je n’ai pas mis de dalles au sol, dans une terre pas très riche, mais c’est l’arrosage et la chaleur qui y fait énormément pour les tomates. au final, les tomates ont peut etre moins de nutriments, mais les pieds sont géants et raisonnablement fournis. l’an prochain, je mettre du compost.
ça va être du délire…

Ecrit le 11 août 2009 à 10:04

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