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Cesser de tirer la couverture
Attention : ce billet peut avoir certains effets dépressifs
Note : cet article, que j’ai initialement publié en anglais il y a un an sur wisemandarine.com, semble moins pertinent quand le pétrole est si bas. Je gage qu’il redeviendra d’actualité avant longtemps.
Quand on brûle des combustibles fossiles, on ne considère souvent que l’impact environnemental. Il y a un quota, et si nous consommons davantage, nous ne ressentons -au mieux- qu’une sorte de culpabilité environnementale liée au changement climatique. Or le concept des générations futures est très abstrait, et très incertain ; ceci ne facilite pas les arbitrages dans nos gestes quotidiens.
Digression sur le marché, les ressources non-renouvelables, et les générations futures
Remarquons au passage que les prix du marché sont établis uniquement sur la base de l’offre et de la demande instantanés. Les générations futures ne peuvent pas faire valoir une demande sur le marché d’aujourd’hui, alors que les ventes d’aujourd’hui les privent certainement de leur part.
Confrontons un groupe de campeurs à un manque de thé au petit déjeûner. Quatre lève-tôt émergent au lever du soleil, et boivent autant de thé qu’il leur plaît. Quatre autres se lèvent un peu plus tard, et se rendent compte qu’il n’y a plus de thé que pour trois. Deux d’entre eux acceptent de ne boire chacun qu’un demi bol, en échange de biscuits de la part des deux autres. Les deux lève-tard n’auront rien, quel que soit le nombre de biscuits qu’ils seraient prêts à sacrifier. Si nous avions mis la veille au soir les dix campeurs face au problème global thé/biscuits, le partage aurait été bien différent.
Pour des ressources non-renouvelables, les règles de marché basées sur l’offre et la demande au jour le jour n’ont aucun sens.
Une négotiation injuste
Mais laissons de côté pour l’instant les générations futures et concentrons-nous seulement sur le marché aujourd’hui. Que reflète le prix de l’énergie ? Il reflète l’équilibre du marché et la loi de l’offre et de la demande. Plus il y a de monde qui a besoin d’énergie aujourd’hui, plus le prix sera élevé.
Je veux de l’essence. Je peux me la payer. J’en achète. Pourquoi devrais-je me sentir coupable de la brûler ? Parce qu’un prix élevé de l’essence est simplement une manière de dire que quelqu’un d’autre a dû renoncer à sa part d’aujourd’hui. Il n’y aurait pas de soucis si c’était mon voisin retraité de la même banlieue cossue qui me disait : « d’accord, tu as besoin d’aller travailler ; je resterai à la maison plutôt que d’aller pêcher ; je te laisse ma ration d’essence d’aujourd’hui ». Mais ça ne se passe pas comme ça. Le pouvoir de négotiation sur les marchés, c’est l’argent. Ainsi, le partage final ne traduit pas une hiérarchisation des besoins entre égaux (par exemple l’un renonce à son confort avant que l’autre renonce à ses besoins vitaux), et les riches pourront toujours se tailler la part du lion.
Dans un monde de ressources raréfiées et dans lequel la balance du pouvoir est déjà quasiment en butée de mon côté, il faut que quelque chose cède si j’en veux encore davantage pour moi. A chaque fois que je prends ma voiture pour une excursion en famille, à chaque fois que j’allume le chauffage, à chaque fois que je mange un steak, je ne peux le faire que parce qu’aujourd’hui quelqu’un a renoncé à aller au travail, à renoncé à se chauffer, a renoncé à se nourrir.
Mon illustration macabre
Imaginez-vous en bivouac dans le blizzard, en train de vous bagarrer avec avec un petit enfant pour un morceau de couverture. Plus il fait froid, plus vous devez tirer fort la couverture pour garder les pieds au chaud. Comme vous êtes plus fort, vous aurez davantage de couverture, même si vous n’en avez pas autant besoin que l’enfant. A un moment, l’enfant, trop affaibli par le froid, lâchera la couverture. C’est ce qu’on appelle l’élasticité des prix dans un marché mondialisé injuste.
Ecrit par kristen, classé dans principes, économie. Pas de commentaire.

