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	<title>l&#039;arpent nourricier &#187; économie</title>
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	<description>permaculture et transition en aveyron et ailleurs</description>
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		<title>Travailler moins pour vivre mieux</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Sep 2011 06:24:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
				<category><![CDATA[économie]]></category>
		<category><![CDATA[réflexions]]></category>
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		<description><![CDATA[Préambule Ah, la rentrée de septembre… la grande resynchronisation de toute l’humanité laborieuse. Maintenant que les paysans ont été mis en minorité au niveau mondial, on peut bien dire que notre Histoire Naturelle est à une nouvelle charnière : nous avons très longtemps été chasseurs-cueilleurs jusqu’à la révolution néolithique il y a 10000 ans, puis [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/travailler-moins-pour-vivre-mieux/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Préambule</h3>
<p>Ah, la rentrée de septembre… la grande resynchronisation de toute l’humanité laborieuse. Maintenant que les paysans ont été mis <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Urbanization" title="urbanisation wikipedia (en)">en minorité au niveau mondial</a>, on peut bien dire que notre Histoire Naturelle est à une nouvelle charnière : nous avons très longtemps été chasseurs-cueilleurs jusqu’à la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_n%C3%A9olithique">révolution néolithique</a> il y a 10000 ans, puis nous avons été agriculteurs, et maintenant nous sommes employés. L’avenir dira quelle empreinte auront laissé cet interminable passé de chasseurs-cueilleurs puis ce récent passage par l’agriculture. Toujours est-il que l’Homme d’aujourd’hui vit hors-sol et tire sa subsistance non plus d’un écosystème, fût-il artificiel, mais d’un système économique et d’un travail spécialisé. Ce travail spécialisé rythme nos vies du matin au soir, il conditionne nos parcours de la maternelle à la tombe, il nous définit jusque dans notre État-Civil, et il a tellement envahi nos références culturelles qu’on envisage rarement une autre façon de vivre. Ce travail spécialisé est une aberration d’un point de vue permaculturel tant il nuit à la diversité et à la résilience, comme nous l’allons voir ici.<span id="more-1376"></span></p>
<h3>Le travail bourgeois et puritain</h3>
<p>Pas facile de définir le travail sans faire intervenir l’argent. Dans un monde primitif sans argent, on peut imaginer que les gens considéraient comme ‘travail’ toute activité de subsistance pénible mais nécessaire, le reste étant du ‘loisir’. Mais comme on le voit dans les rares populations restantes de chasseurs-cueilleurs, la frontière est floue tant ils s’arrangent pour rendre plaisantes la plupart des tâches nécessaires, ne serait-ce qu’en les accomplissant en groupe.</p>
<p>Si l’on se place du point de vue de l’agriculteur néolithique, c’était probablement les tâches agricoles pénibles qu’on considérait comme du ‘travail’, tâches souvent solitaires, en particulier le bien-nommé labour.</p>
<p>Mais notre référence culturelle moderne est héritière des bourgeois des villes, et prisonnière de la notion d’argent, voici comment. A l’époque médiévale,a la société était encore peu spécialisée, avec une majorité de gens tirant leur subsistance de la terre. La monnaie était essentiellement absente du paysage économique. Le travail était une activité inférieure et méprisée. Le gentilhomme combattait, chassait ou joutait ; sa dame tissait, chantait ou jouait du luth, mais Dieu les en préservent, ils ne travaillaient pas. Le travail était pour les serfs.</p>
<p>Et puis, de la fin du Moyen-Age au XIXe siècle, les références culturelles et morales ont peu à peu glissé des mains du hobereau des champs dans celles du bourgeois des villes. Au contraire du seigneur, le bourgeois vivait de son travail. Pour l’artisan, le commerçant ou la logeuse, ce travail n’était plus vice mais vertu — voici l’origine de l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89thique_protestante_du_travail">éthique protestante du travail</a> qui a maintenant envahi le monde entier.</p>
<p>Ledit bourgeois exerçait une activité trop spécialisée pour en vivre directement. Contrairement au paysan qui peut se nourrir de son ouvrage, celui qui fait des chaises, coud des gants ou vend du vin devait s’appuyer sur un échange monétaire pour en tirer subsistance en retour. Ainsi, dans une économie spécialisée, le travail n’est plus immédiatement nécessaire, et son utilité n’est mesurée qu’à travers l’échange commercial, donc l’argent. Lentement mais sûrement, le travail ne désigna plus la tâche utile ou nécessaire, mais la tâche rémunérée ou lucrative. Nous avons maintenant hérité de cette notion insidieuse, et nous voilà tous piégés.</p>
<ul>
<li>Si je tonds ma pelouse, ce n’est pas du travail ; mais si je tonds celle du voisin pour de l’argent, c’en est</li>
<li>Si je m’occupe de mes enfants, ce n’est pas du travail ; mais si je m’occupe de ceux des autres contre salaire, c’en est</li>
<li>Si je cuisine mon repas, ce n’est pas du travail ; mais si quelqu’un me paye pour lui faire à manger, c’en est</li>
</ul>
<p>Nous voici donc avec une éthique du travail qui proclame que le travail est vertu et l’oisiveté vice, et un préjugé culturel qui fait que l’on considère comme un vrai travail uniquement ce qui rapporte des sous. Ceci nous pousse à passer l’essentiel de notre temps dans un travail rémunéré, de peur de tomber dans le vice. Pourtant, si l’on revenait à l’idée de départ que seul l’utile ou le nécessaire devrait prétendre au rang de ‘travail’, une fois remplis nos besoins nous pourrions lever le pied en toute bonne conscience.</p>
<p>C’est d’ailleurs sûrement ce que faisaient les gens dans les sociétés non-spécialisées d’autrefois. Quand on avait assez à manger pour l’hiver, quand la hutte était faite, les outils affûtés et les habits cousus, il aurait été stupide de sacrifier du temps social ou du temps libre pour faire du zèle. Malheureusement, bien peu sont maintenant capables, une fois satisfaites les nécessités immédiates, de prendre du recul et de se poser la question “quels sont mes autres besoins véritables ?”. En tout cas pas avant la retraite.</p>
<p>Et donc nous continuons de travailler autant que la physiologie et la longueur des jours nous le permet, même quand on a déjà trop à manger, des maisons trop grandes, des placards trop petits pour ranger tout le fatras. Et hors de notre activité économique spécialisée et rémunérée, il ne nous reste plus de temps (ou d’entrain), si bien qu’il nous faut sous-traiter toute une série de tâches qui ne rapporteraient pas de sous : s’occuper de nos enfants, entretenir nos maisons ou nos voitures, cuisiner nos plats, aider nos voisins à emménager, etc. Comme il nous faut payer ceux qui s’en chargent à notre place, cela représente alors une activité rémunérée, donc un vrai travail pour eux alors que ça ne l’aurait pas été pour nous. Ceci conduit à accroître la somme d’argent qui circule dans l’économie, donc le PIB, amenant ainsi de la croissance — mais est-ce bon ?</p>
<h3>Est-ce que c’est ça que l’on veut réellement ?</h3>
<p>Quand on part d’une société non-spécialisée, où chacun doit faire tout soi-même, du jardin aux habits en passant par le chaume de la toiture, il est certain qu’un peu de spécialisation était forcément une bonne chose du point de vue de l’efficacité économique. Si chacun se concentre un peu sur ce qu’il sait le mieux faire et qu’on partage ensuite entre tous le produit du travail de chacun, il y en aura forcément davantage pour les uns et les autres, si bien que nos besoins seront remplis tout en travaillant moins longtemps.</p>
<p>C’est probablement ce mécanisme qui a donné l’impression que l’augmentation du PIB (qui traduit la monétisation et donc la spécialisation d’une économie) s’accompagnait toujours d’une amélioration des conditions sociales. En fait, au-delà d’un certain niveau, on voit clairement apparaître un décrochage entre le PIB et d’autres indicateurs <a href="http://ecology110hristina2011sp.files.wordpress.com/2011/05/picture1.jpg">comme le GPI</a>, <a href="http://media.gallup.com/poll/graphs/0227080deatonGraph1.gif">la satisfaction</a>, ou <a href="http://www.oxfamblogs.org/fp2p/wp-content/uploads/life-expectancy-v-gdp.png">l’espérance de vie</a>. Ces indicateurs stagnent voire régressent dans le monde dit “développé” depuis bientôt 40 ans alors que le PIB a continué d’exploser. Je pense que cela témoigne du fait qu’une fois nos besoins élémentaire remplis, travailler plus pour gagner plus est un jeu perdant : il n’y a plus vraiment grand-chose à gagner en bien-être ou en bonheur, et on ne peut pas acheter le temps perdu. Après 10 heures de travail, le mécanicien auto en a par-dessus la tête de serrer des boulons, tandis que la nounou de son fiston est complètement épuisée. Le premier préférerait sûrement jouer un peu avec son fils avant de le mettre au lit, et la seconde s’essayerait volontiers à vidanger sa voiture si ça lui permettait d’être un peu tranquille une heure ou deux.</p>
<h3>Moralité : tous à mi-temps… (ceux qui peuvent)</h3>
<p>Dans une société sur-spécialisée, la croissance du PIB devient éminemment néfaste, si bien qu’il faut renverser l’éthique du travail pour organiser la nécessaire décroissance. On peut continuer de considérer un travail rémunéré donc spécialisé comme une bonne chose, mais dans la stricte limite de la satisfaction de nos besoins. Et une fois nos besoins matériels satisfaits, nous devrions surtout nous en tenir là. C’est la démarche de la simplicité volontaire : ne pas surévaluer ses besoins pour éviter la fuite en avant (laquelle commence souvent par un prêt immobilier). En particulier, ne pas prendre ses voisins comme référence : on sera toujours le pauvre de quelqu’un, alors autant arrêter la course au “gagner plus” avant d’y laisser sa santé.</p>
<p>L’idéal serait que tout le monde puisse vivre correctement en travaillant à mi-temps (un peu plus, un peu moins) à un travail spécialisé, et le reste du temps à faire tout le reste : potager, associations, enfants, art, musique, petits boulots informels, que sais-je encore …</p>
<p>Au-delà du bien-être qui résulte forcément d’une diversification de l’activité pour chacun, ceci apporterait beaucoup de résilience sociale. Les gens seraient plus débrouillards, le monde ne s’écroulerait pas quand on perdrait son job, et on aurait parfois l’occasion de transformer l’une de ses activités informelles en travail rémunéré pour retomber sur ses pattes.</p>
<p>Vous me direz que c’est bien beau de prôner le mi-temps, encore faut-il pouvoir se le permettre. Et j’admets qu’un demi-smic ne permet pas tout le temps de se mettre ne serait-ce qu’un toit au-dessus de la tête (allez vivre en yourte à Paris…). J’admets aussi que les préjugés des employeurs autorisent rarement ce genre de démarche même à ceux qui sont mieux payés. </p>
<p>Mais pour ceux qui peuvent, il n’y a pas à hésiter. Je gagne actuellement à peine moins que quand j’ai commencé à bosser (c’était il y a quinze ans), en transformant grosso-modo à chaque fois mes primes en congés et mes augmentations de salaire en réductions de temps de travail.</p>
<h3>Autres lectures</h3>
<p>Dans l’arpent :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/slow-life/">Slow Life : sobriété et humilité</a></li>
<li>Mon congé parental : <a href="http://www.arpentnourricier.org/le-grand-saut-a-lelastique/">le grand saut (à l’élastique)</a>, et <a href="http://www.arpentnourricier.org/retour-a-lemploi/">Retour à l’emploi (à mi-temps)</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/les-gens-sont-plus-heureux-dans-une-societe-resiliente/">Les gens sont plus heureux dans uns société résiliente</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/biodiversifier-nos-vies/">Biodiversifier nos vies</a></li>
</ul>
<p>La série sur le travail à lire chez Karmai (Jardinons la Planète)</p>
<ul>
<li><a href="http://jardinons.wordpress.com/2008/05/12/fiat-tripalium-linvention-du-travail-1/">Fiat Tripalium — l’invention du travail</a></li>
<li><a href="http://jardinons.wordpress.com/2008/05/18/la-critique-du-travail-2/">La critique du travail</a></li>
<li><a href="http://jardinons.wordpress.com/2008/06/14/travailler-moins-pour-vivre-mieux-3/">Travailler moins pour vivre mieux</a></li>
</ul>
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		</item>
		<item>
		<title>Peut-on vivre de la permaculture ?</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Feb 2011 07:39:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
				<category><![CDATA[économie]]></category>
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		<description><![CDATA[Prologue (facultatif) Un soir de la fin janvier, dans le cadre des jeudis en questions –un cycle de conférences-débats mensuels et militants dans le voisinage de Marcillac– le café de Pruines recevait la visite de Linnéa Lindstroem pour parler de permaculture. On a compté entre 70 et 80 participants, ce qui était pour le moins [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/peut-on-vivre-de-la-permaculture/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Prologue (facultatif)</h3>
<p>Un soir de la fin janvier, dans le cadre des jeudis en questions –un cycle de conférences-débats mensuels et militants dans le voisinage de Marcillac– le café de Pruines recevait la visite de Linnéa Lindstroem pour parler de permaculture. On a compté entre 70 et 80 participants, ce qui était pour le moins inattendu pour un thème si spécialisé et pour une contrée si reculée. Pour moi, c’est la preuve que ça bouge en France du côté de la permaculture et de la transition.</p>
<p>Dans le débat qui a suivi la présentation, une question m’a particulièrement interpellé, à laquelle ni l’intervenante ni nous autres pauvres aspirants permaculteurs n’avons pu apporter de réponse entièrement satisfaisante. Grossièrement, la question se résumait à : “peut-on vivre de la permaculture ?”<span id="more-1177"></span></p>
<h3>Peut-on vivre de la permaculture ?</h3>
<p>Evidemment, la question est plus complexe que ça, mais il faut admettre qu’on est quelques-uns à avoir la vague sensation que la permaculture paie son homme non pas à travers la vente des produits de la ferme, mais plutôt à travers la commercialisation de livres, de stages, de prestations de conception, de gîtes écolos, ou alors à fonds perdus pour ceux qui ont une autre activité par ailleurs. Où sont les maraîchers en permaculture ? Où sont les éleveurs en permaculture ? Où sont les arboriculteurs en permaculture ? Même en cherchant outre-Manche et outre-Atlantique, on tombe peut-être sur une paire de douzaines de paysans se réclamant explicitement de la permaculture et qui semblent arriver à vivre du produit de la ferme. [Note : je ne parle pas des pays du Sud, où il y a pu y avoir bien plus d’exemples, au moins avant la révolution verte, même s’ils ne portaient pas l’étiquette ‘permaculture’].</p>
<p>On pourra éluder la question en se réfugiant derrière le fait que la permaculture n’a jamais prétendu être une activité professionnelle, mais un cadre de pensée, ou une méthode de conception permettant de mettre en place des ‘écosystèmes’ durables, qu’ils soient agraires, économiques, ou bien sociaux. Certes. Ceci étant, si le cadre conceptuel est sensé permettre la conception de systèmes durables et viables avec un taux de succès honorable, on devrait pouvoir célébrer les réussites au moins en proportion des projets que l’on voit fleurir (ou des rêves que l’on voir mûrir).</p>
<p>La première réponse, suggérée par la personne qui a lancé la question, c’est que la permaculture c’est du flan, un joli miroir aux alouettes pour néoruraux rêveurs, exploité par quelques gourous vénaux. C’est un peu vexant, mais c’est pas entièrement faux.</p>
<p>Cela dit, je pense qu’on peut raisonnablement éliminer l’hypothèse que la permaculture soit totalement du flan, dans la mesure où la majorité des pratiques agraires du monde peuvent être qualifiées de permaculturelles à divers degrés, et que tant qu’elles ne sont pas en compétition avec l’agrobusiness issu de la révolution verte, elles arrivent à nourrir les gens.</p>
<p>Au moins en théorie, appliquée aux systèmes agricoles, la permaculture ça devrait marcher. Pour faire simple : un système agraire qui se rapproche d’un écosystème spontané devrait nécessiter moins d’énergie et donc moins de travail.</p>
<p>Je propose donc trois autres éléments de réponse pour expliquer le divorce apparent entre la magie de la permaculture sur le papier et le petit nombre de <em>success stories</em> sur le terrain. Il y en a peut-être d’autres, et n’hésitez pas à utiliser les commentaires pour continuer la discussion.</p>
<h3>1 — Le marché est truqué</h3>
<p>L’agriculture conventionnelle est quadruplement subventionnée :</p>
<ol>
<li>par le paysan qui travaille comme un bagnard et qui y laisse sa santé</li>
<li>par le citoyen qui paie des impôts pour les aides agricoles</li>
<li>par le carbonifère qui fournit l’énergie et l’azote à vil prix</li>
<li>par la nature et le sol qu’on épuise comme des ressources minières</li>
</ol>
<p>Ainsi, un système agraire qui se passe de ces subventions (servitude, aides, intrants, dégradation) part avec un handicap majeur. Or justement un système permaculturel :</p>
<ol>
<li>est sensé réduire la quantité de travail nécessaire,</li>
<li>n’est pas à priori subventionné financièrement,</li>
<li>n’utilise pas d’énergies fossiles (sauf peut-être au tout début),</li>
<li>et cherche à aggrader le sol et restaurer les écosystèmes.</li>
</ol>
<p>Certes, les pratiques permaculturelles sont susceptibles d’être aidées par la nature, au moins au bout d’un certain temps. Mais c’est placer trop de foi dans la toute-puissance et la bienveillance de Dame Nature que de croire qu’en lui rendant hommage, en la ménageant, voire en la soignant, elle pourra compenser le quadruple handicap de départ.</p>
<p>La permaculture ne pourra se sortir de ce handicap que lorsque les subventions accordées au système actuel cesseront :</p>
<ol>
<li>mort des exploitants par surmenage et empoisonnement (et absence de repreneurs)</li>
<li>faillite des programmes d’aide publique,</li>
<li>pénuries énergétiques,</li>
<li>désertification.</li>
</ol>
<p>Où l’on voit à quel point le système agricole actuel est un piège, puisqu’il bloque le développement des alternatives jusqu’à ce qu’il soit en déroute, un peu comme une reine bloque la maturation sexuelle des autres abeilles jusqu’à ce qu’elle meure.</p>
<h3>2 — Paysan, c’est un vrai métier</h3>
<p>On peut se faire adouber concepteur en permaculture après un stage de 15 jours. Le PDC, Permaculture Design Course, institué par les fondateurs australiens, sert à transmettre la bonne parole en 72 heures de théorie avec un peu de pratique. Par comparaison, le <a href="http://www.pamiers.educagri.fr/cfppa/formations/bprea.htm">BPREA</a> (Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole), c’est 1400h et à la fin, on est seulement chef d’exploitation, on n’est pas encore paysan, loin s’en faut. Avec les UC techniques, on a bien quelques bases sur un domaine restreint, mais c’est très loin de la masse de savoir-faire qu’il faut maîtriser si on imagine gérer des écosystèmes complexes de façon suffisamment optimale pour en tirer un revenu.</p>
<p>C’est le piège qui attend un grand nombre de jeunes permaculteurs quand ils n’ont pas grandi à la ferme. De même qu’on ne s’improvise pas professeur de lettres quand on a vu ‘le cercle des poètes disparus’, de même on ne s’improvise pas paysan quand on a lu ‘la révolution d’un seul brin de paille’.  On a moins de fleurs dans les yeux que n’en avaient les pionniers de mai 68, mais je crois qu’on sous-estime encore trop la profondeur du savoir-faire des (vrais, vieux) paysans, même quand on désapprouve certaines de leurs pratiques.</p>
<h3>3 — De l’idée au prototype, puis à la production série</h3>
<p>Quand on veut gérer un paysage avec les principes de la permaculture, mais dans le but d’exporter commercialement les surplus (ne serait-ce qu’auprès des voisins), on ne veut pas juste un écosystème honorablement productif et passablement stable dans un jardin qui marchouille bon an mal an. On veut un écosystème très productif et très stable dans une ferme qui ronronne malgré les aléas écologiques, économiques et climatiques. Et pour ça, il faut bien observer et bien réfléchir, mais ça ne suffit pas. Il faut aussi des années de mise au point, même quand on a grandi à la ferme.</p>
<p>La conception permaculturelle fournit des dizaines d’idées sur la façon d’agencer le paysage et les éléments pour qu’ils interagissent, pour que les déchets des uns soient la nourriture des autres, pour que rien ne soit jamais perdu, etc. Sur le papier, tout est beau. Et comme les idées se basent sur l’observation minutieuse du fonctionnement de la nature, on se persuade qu’elles doivent fonctionner du premier coup. Que nenni !  Les livres de permaculture sont pleins de jolis dessins, mais il faut un peu les considérer comme les dessins d’engins volants de Léonard de Vinci : tant qu’on ne les a pas vus voler, ce ne sont que de jolis dessins.</p>
<p>D’un certain point de vue, les principes de la permaculture peuvent être considérés comme une boîte à outils pour l’innovation agraire (voire économique et sociale). Pourquoi la permaculture échapperait-elle à la dure réalité des coûts de recherche &amp; développement associés à toute entreprise d’innovation ? Comme dit mon grand-père : pour 10% d’inspiration, il faut 90% de transpiration.</p>
<p>Dans ce contexte, il faut aussi voir qu’aucune technique permaculturelle n’a de vocation universelle, chaque situation étant différente au sens des écosystèmes naturels, économiques et sociaux autour desquels va s’articuler la conception. Cela veut dire qu’on peut difficilement déléguer la mise au point à quelque Institut de Recherche en Permaculture et appliquer des recettes éprouvées. Chacun doit donc consacrer d’importants efforts à la difficile et longue mise au point des idées issues de la phase de conception, avec probablement beaucoup de déboires et de désillusions.</p>
<p>La baissière va-t-elle vraiment arrêter le ruissellement, et combien d’eau pourra-telle stocker dans le sol pour mes fruitiers en contrebas ? Dans quelle mesure vais-je pouvoir semer directement derrière les cochons ? La haie fournira-t-elle assez de fourrage pour que mes chèvres puissent passer le manque d’herbe de la fin de l’été sans se tarir ? Quelle est la bonne association ou la bonne rotation pour limiter les dégâts des limaces et ceux des pucerons ? Comment organiser un groupement d’achats durable autour de mon activité ?</p>
<p>Ainsi, c’est à chaque permaculteur de prévoir dans son plan d’installation une période de mise au point qui pourra prendre une bonne dizaine d’années, surtout quand on considère qu’on s’interdit les monocultures, et que donc il faut être au point non pas sur un seul maillon, mais sur tout le tissu de relations dans le paysage de la ferme. </p>
<h3>Quelques conclusions</h3>
<p>Après ces trois constats, il est moins difficile de comprendre pourquoi si peu de gens peuvent réellement ‘vivre de la permaculture’. Si l’on pense, comme moi, que la production de nourriture devra opérer bientôt une descente énergétique, les principes permaculturels deviendront incontournables, quels que soient les noms qu’on leur donnera. Il faut donc que la permaculture puisse progresser en maturité, et donc qu’il y ait de vrais paysans-permaculteurs et pas seulement des jardiniers-permaculteurs.</p>
<p>Pour compenser le handicap financier, on comprend pourquoi beaucoup de permaculteurs trouvent des moyens de subventionner leur activité d’une façon ou d’une autre. A travers des cours, des conférences, des livres, ou tout autre métier connexe ou parallèle. Et vu sous cet angle, c’est moins facile de les critiquer.</p>
<p>Pour permettre aux débutants de se former longuement, il faudrait généraliser l’apprentissage. Tout  paysan en permaculture devrait prendre sous son aile des compagnons. En contrepartie, les interactions bénéfiques lui serviraient aussi de financement indirect. Sachant que le maître doit pouvoir amener son apprenti jusqu’à ce qu’il puisse mener à bien son projet : y compris dans les aspects administratifs et financiers.</p>
<p>Pour faciliter la mise au point des multiples solutions permaculturelles, il faut absolument une philosophie open-source de la R&amp;D en permaculture, avec publication des retours d’expérience, échange de résultats, voire programmes de recherche collaboratifs. Car même si chaque situation est différente, il y aura toujours de nombreuses similarités, et plus on pourra profiter de l’expérience des uns et des autres, plus on réduira les délais et les déboires de mise au point.</p>
<h3>Un témoignage</h3>
<p>Quelques extraits issus d’un témoignage récent du permaculteur américain Mark Sheperd (<a href="http://www.energybulletin.net/stories/2010-11-12/mark-shepherds-106-acre-permaculture-farm-viola-wisconsin">lire l’article complet dans sa version originale</a>) :</p>
<blockquote><p>D’près des statistiques de l’USDA, il n’y a qu’une dizaine de comtés dans tous les USA où les revenus agricoles couvrent les dépenses. […] Si personne ne gagne réellement d’argent dns ce métier, pourquoi vouloir s’imposer cet objectif si difficile ? L’important, c’est de trouver un moyen de faire vivre la ferme et de payer les factures. 80% des agriculteurs vivent de revenus majoritairement extérieurs. […] De nombreux agriculteurs atypiques, en particulier en agriculture biologique, disent qu’ils arrivent à dégager un revenu correct, mais ils ne donnent pas souvent de détails et ont généralement des situations particulières [héritage, capital de départ]. Trop souvent les exploitations (en particuliers les AMAPs et les exploitations en bio) s’appuient sur l’équivalent moderne de l’esclavage par un recours systématique aux stagiaires. Il y a même des endroits où les stagiaires doivent payer !</p></blockquote>
<blockquote><p>Dès le début, notre projet a ramené des sous. Il n’a pas payé toutes les factures. Mon revenu est dérivé des produits de la ferme, des ventes de plants d’arbres et d’arbustes, de conférences et de trvaux de conseils, de revente de produits d’autres paysans. Ma femme est kiné, ce qui est essentiel. Aucune de ces ctivités, prise séparément, ne peut porter seule le poids économique. C’est le système complet qui y parvient. Tout doit fonctionner ensemble ; nous l’avons conçu ainsi. Une compréhension permaculturelle des acteurs économiques et du fonctionnement fiscal est partie intégrante de notre modèle économique.</p></blockquote>
<blockquote><p>Vous voulez des chiffres réalistes ? Nous n’avions aucun apport initial, pas d’héritage, pas de travail au début, et nous avons pu acheter tout ce que vous voyez ici et régler les factures. N’importe quel stagiaire ayant suivi un Cours de Conception Permaculturelle (PDC) peut s’installer et en 18 mois acheter du terrain et mettre en place un paradis permaculturel rentable. En revanche, les compétences nécessaires ne font pas partie du programme enseigné dans le PDC.</p></blockquote>
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		</item>
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		<title>La question alimentaire sera-t-elle le cadet de nos soucis ?</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Dec 2010 08:07:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Retrouvez l’article original sur le site de Toby Hemenway Patternliteracy.org Notre système agro-alimentaire repose essentiellement sur le pétrole, comme l’ont démontré avec éloquence des auteurs comme Richard Heinberg [1] et Michael Pollan [2] [ndt : plus près de chez nous, on pourra se reporter aux analyses de Jean-Marc Jancovici sur manicore.com]. La flambée des prix [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/la-question-alimentaire-sera-t-elle-le-cadet-de-nos-soucis/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Retrouvez l’<a href="http://patternliteracy.com/food.html" class="broken_link">article original</a> sur le site de Toby Hemenway Patternliteracy.org</p>
<p>Notre système agro-alimentaire repose essentiellement sur le pétrole, comme l’ont démontré avec éloquence des auteurs comme Richard Heinberg [1] et Michael Pollan [2] [ndt : plus près de chez nous, on pourra se reporter aux analyses de Jean-Marc Jancovici sur manicore.com]. La flambée des prix alimentaires en 2008 a conduit à des émeutes de la faim dans certains pays, et dans les régions instables du globe la famine frappe avec régularité. L’angoisse des étalages vides place la sécurité alimentaire au centre des préoccupations d’un grand nombre de scénarios post-pétrole, et les gens qui s’inquiètent de la descente énergétique allèguent souvent que la meilleure façon s’assurer sa pitance est d’acheter un lopin pour la faire pousser soi-même.</p>
<p>Pourtant dans le monde occidental, et en particulier dans les greniers à blé que sont les États-Unis, le Canada, et les autres pays exportateurs de denrées alimentaires, le réseau de production et de distribution de la nourriture pourrait bien être l’un des derniers à flancher au cours de la descente énergétique. Pour élaborer une stratégie pragmatique pour l’après-pic-pétrolier, il est vital d’évaluer les risques et de les comparer. Si l’on consacre trop de temps et de ressources à se prémunir contre des événements trop hypothétiques, on se retrouvera désemparé face aux difficultés plus probables. Je ne tiens pas à décourager les jardiniers — je suis moi-même un jardinier endurci et je peux énumérer des dizaines d’excellentes raison de jardiner. Mais je crois qu’il y a aussi maintes raisons pour ne pas se focaliser sur le système alimentaire en pensant qu’il est le plus fragile, surtout si cela nous conduit à des réponses individualistes telles que faire un potager pour soi. Je ne dis pas que l’agriculture industrielle, si dépendante du pétrole, est invulnérable, pas plus qu’elle n’est soutenable. Et nous verrons peut-être des ruptures d’approvisionnement temporaires de certaines denrées. Mais il y a de nombreux arguments pour dire que notre peur d’un effondrement alimentaire nous empêche de nous concentrer sur des risques plus immédiats et plus probables.<span id="more-1164"></span></p>
<p>Tout d’abord, je voudrais clarifier deux choses. Premièrement, cet article s’adresse aux pays exportateurs nets comme les États-Unis [ndt : ou la France]. Dans les pays du Sud, les systèmes alimentaires sont bien plus vulnérables. En effet, les cultures vivrières y ont été découragées au profit de cultures d’exportation qui font rentrer les devises avec lesquelles on importe les denrées de bases. Deuxièmement, j’emploie le terme “effondrement alimentaire” pour désigner une incapacité durable à produire des denrées essentielles, et non pas des pénuries temporaires ou locales de certains produits, ni non plus des flambées de prix en l’absence de pénuries avérées. Les marchés de matières premières sont volatils, le climat est capricieux, et notre époque incertaine nous réserve assez d’aventures pour que des ruptures temporaires ou localisées ne soient jamais à exclure.</p>
<p>Si la nourriture reçoit tant d’attentions, c’est certes parce qu’il s’agit d’un besoin vital, mais aussi parce que l’une des solutions à une crise alimentaire –produire sa nourriture soi-même– apparaît à la portée de tout un chacun. Ainsi, j’ai l’impression que si l’on s’empare de la question alimentaire, c’est en partie parce qu’il nous semble bien plus simple d’y pourvoir que par exemple s’il s’agissait de sauvegarder le monde financier, le système de santé, ou bien l’industrie automobile.</p>
<p>Comment puis-je affirmer qu’un effondrement alimentaire dans les pays exportateurs est peu probable, alors que l’agriculture conventionnelle est si dépendante des hydrocarbures ? Certes, notre système agro-alimentaire est complexe, bien trop complexe, mais il y a dans notre société de nombreux systèmes qui sont encore plus complexes, et donc encore plus vulnérables. Joseph Tainter [3] n’est pas le seul à faire remarquer que plus un système est complexe, plus il est énergivore, et qu’au-delà d’un certain seuil on entre dans un mécanisme de rendements décroissants, au point que le coût de la complexité dépasse les bénéfices qu’on en tire. Ce sont les systèmes les plus complexes qui s’effondrent en premier quand les ressources déclinent, puisqu’il leur en faut beaucoup pour se maintenir. A partir de ce principe, on peut se demander quels sont les systèmes qui ont le plus de risques de s’effondrer durant la descente énergétique. Ainsi, on pourra en déduire où diriger nos efforts de préparation.</p>
<p>Ce n’est pas un mystère si l’une des premières structures à sombrer a été le système financier. Pour organiser des instruments financiers sophistiqués tels que les CDO et les CDS, pour échanger quotidiennement des millions de milliards de dollars à travers des millions de transactions réglées comme du papier à musique, il faut considérablement plus d’énergie et de complexité que pour cultiver, conditionner et distribuer des denrées alimentaires. Il y a une autre institution qui est aussi en passe de s’écrouler, c’est le système de santé, qui est est aussi un système fabuleusement compliqué nécessitant des équipements sophistiqués et onéreux et des personnels qu’il faut des années pour former, le tout administré par un échafaudage de sécurité sociale tout aussi vertigineux dans sa complexité. Ainsi, on constate que les systèmes les plus complexes sont déjà en train de prendre l’eau. A l’heure où la finance sombre et où l’accès aux soins devient problématique, le système agro-alimentaire est nettement moins mystérieux si on le considère sous l’angle de la complexité.</p>
<p>Pour asseoir l’argumentaire, on peut tenter de comparer quantitativement la complexité de ces différents systèmes. Pour ce faire, j’emprunterai à <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Howard_T._Odum">Howard Odum</a> [4] ses concepts d’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Emergie">Emergie</a> (non pas énergie, mais énergie mémoire) et de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Transformit%C3%A9">Transformité</a>. L’émergie mesure l’énergie solaire totale nécessaire pour fabriquer un produit ou offrir un service. La transformité désigne alors la quantité d’émergie d’un certain type nécessaire à la production d’une unité d’énergie d’un autre type. C’est un indicateur des pertes liées à cette conversion, et de la qualité d’un type d’énergie. Considérons par exemple la chaîne alimentaire. Un million de calories solaires permettent de produire une certaine quantité d’algues. Une fois ces algues consommées par le plancton, on obtient 1000 calories de plancton. Lesquelles deviennent ensuite 1 calorie de poisson. Ainsi, la transformité de cette calorie de poisson correspond à un million de calories solaires : on calcule le rapport entre les calories de poisson produites et l’énergie solaire consommée au début de la chaîne alimentaire. Comme le plancton est plus bas dans la chaîne alimentaire, il a une transformité moins élevée : 1000 calories d’énergie solaire pour une calorie de plancton.</p>
<p>Une transformité élevée ne caractérise pas simplement des processus gourmands en énergie : elle indique aussi qu’ils ont nécessité davantage d’étapes de conversion, lesquelles introduisent des pertes énergétiques et constituent des points faibles dans le système. De plus, les systèmes qui ont une transformité élevée font généralement appel à des technologies plus complexes que les processus à basse transformité. Le plancton est plus simple que le poisson.</p>
<p>Quelle est donc la complexité de notre système alimentaire ? Howard Odum dans ses ouvrages écrit que la transformité de la nourriture dans les pays industrialisés est de l’ordre de 25000 à 100000 calories solaires pour chaque calorie alimentaire. Ceci est relativement modeste quand on compare aux autres biens et services courants. Odum nous dit que la transformité atteint 215000 pour la production de papier ; 200000 pour la production d’électricité ; 750000 pour le ciment ; et que les transactions basées sur des technologies numériques comme la finance ont des transformités qui atteignent 1 milliard ou davantage. Si la complexité, la transformité et la vulnérabilité vont de pair –ce dont je suis convaincu– alors les activités de grande complexité caractérisées par une transformité élevée, parmi lesquelles les emplois du tertiaire, la production électrique, les communications, et quasiment tous les services d’ordre social ou économique, seront affectés avant la production alimentaire. C’est d’ailleurs ce processus que nous observons aujourd’hui. Il est bien plus difficile de former et d’approvisionner un banquier d’affaires ou un chirurgien qu’un agriculteur. A mesure que la complexité chutera sous l’effet de la descente énergétique, les produits et les services de basse transformité seront les plus à même de survivre.</p>
<p>Certains feront remarquer que même si le système alimentaire n’est pas si complexe, une bonne partie de nos terres agricoles est sous le béton, et nous ne savons pas produire de nourriture sans combustibles fossiles. Jetons un œil sur les chiffres. Les États-Unis sont un exportateur net, et nous produisons environ 4000 calories par personne [5]. Pour produire cette ration quotidienne, l’agriculture américaine consomme environ 3 millions de barils par jour, soit 15% de la consommation de pétrole [6]. Ainsi, en divisant par deux la consommation de pétrole, l’industrie agricole américaine pourrait encore produire la ration de base de 2000 calories. Ceci requière 1.5 millions de barils par jour, ce qui devrait pouvoir se trouver pendant encore un certain temps. Ceci prouve que la complexité ou le pétrole ne sont probablement pas les facteurs qui limiteront la production alimentaire dans les grandes nations agricoles, du moins pas avant que d’autres systèmes familiers plus complexes et plus gourmands en énergie ne se soient d’abord effondrés.</p>
<p>L’ère du pétrole bon marché nous a permis de consacrer des quantités considérables d’énergie, à la fois énergie fossile et énergie humaine, à des activités non-essentielles comme le spectacle, les divertissements, le tourisme, les sports, les médias, et autres industries assoiffées de pétrole. Le pétrole bon-marché permet au monde occidental de bourlinguer sans relâche dans des voitures et des avions inefficaces. En d’autres termes, 85% de notre consommation de pétrole sert d’autres activités que l’agriculture, lesquelles activités se caractérisent souvent par un grand gaspillage. A mesure que le pétrole se renchérira, c’est vers la production de nourriture que nous choisirons de rediriger une partie de cette consommation maladive, en évitant par exemple les longs trajets domicile-travail et autres activités non-essentielles. Il est probable que passé le pic pétrolier, nous recommencerons progressivement à consacrer environ 30 à 50% de notre dépense énergétique à la production alimentaire, ce qui fut le cas pendant l’essentiel de l’histoire humaine [7]. Ce chamboulement de nos priorités pétrolières nous donnera un peu de temps pour reconfigurer notre système agro-alimentaire inefficace et dépendant du pétrole pour le rendre plus local et plus durable, si nous ne sommes pas trop idiots.</p>
<p>Un autre argument souvent cité pour prédire l’effondrement du système agricole, c’est que l’approvisionnement en pétrole est aléatoire. Que se passerait-il si nos fournisseurs venaient à cesser les livraisons ? Il faut noter que les États-Unis produisent environ 5 millions de barils par jour. Nos plus gros fournisseurs extérieurs sont le Canada et le Mexique, totalisant environ 40% de nos importations, soit environ 4 millions de barils par jour [8]. Ainsi, nous disposons de 9 millions de barils par jour rien qu’avec des approvisionnements proches. C’est trois fois la consommation actuelle de notre agriculture, et six fois ce qu’il faudrait pour produire une ration de base. Le gaz naturel, qui est à la base de la fabrication d’engrais, est une ressource clé pour l’agriculture, et il provient essentiellement de sources stables, puisque c’est le Canada qui fournit 95% de nos importations. L’intégration économique et les réalités géopolitiques en Amérique du Nord permettront probablement au pétrole de couler assez longtemps pour nous permettre de restructurer notre agriculture vers une plus grande sobriété. Naturellement, la production de pétrole continuera de décliner pendant ce temps, et il y aura certainement des crises épisodiques, mais les chiffres montrent que la perspective d’une famine aux États-Unis est loin d’être une certitude.</p>
<p>En vérité, ce sont les fermiers qui font le plus vieux métier du monde. Cela fait 10000 ans que nous pratiquons l’agriculture, nous savons bien le faire, et c’est un système assez simple dans son fonctionnement. La production alimentaire constitue la base d’une gigantesque pyramide culturelle, ce qui la rend fondamentale. Si elle cessait de fonctionner, les conséquences seraient catastrophiques, mais comme c’est aussi une activité plus élémentaire, elle est plus facile à entretenir que tous les systèmes de complexité supérieure. Plus de 71 millions de foyers américains comptent au moins un jardinier [9], ce qui nous confère une solide base de savoir-faire dans la transition vers une production relocalisée.</p>
<p>Très certainement, l’alimentation cessera d’être une pièce mineure dans l’économie américaine, et demandera peut-être un tiers à la moitié de la main-d’œuvre et de la dépense énergétique. L’exemple de Cuba, qui a réussi à <a href="http://www.arpentnourricier.org/comment-cuba-a-survecu-au-pic-petrolier/">reconfigurer son système agricole</a> en quelques années après une pénurie pétrolière soudaine et quasi-totale, montre que la production alimentaire peut être modifiée rapidement. Si c’était urgent, combien de temps nous faudrait-il pour convertir un espace vert urbain ou bien une parcelle de soja destinée à faire de l’encre ou de la peinture pour voitures pour les consacrer à la production alimentaire ? Une saison. La conversion récente de millions d’hectares de soja en production de maïs pour les agro-carburants montre à quelle vitesse les agriculteurs répondent aux incitations du marché. Comme le suggèrent Sharon Astyk et Aaron Newton dans leur ouvrage <a href="http://www.amazon.com/Nation-Farmers-Defeating-Crisis-American/dp/0865716234">A Nation of Farmers</a> (une nation d’agriculteurs), à mesure que les prix alimentaires augmenteront, les chômeurs de la descente énergétique trouveront à s’employer à la campagne pour produire notre nourriture.</p>
<p>Pourra-t-on se nourrir localement quand le transport sera redevenu cher ? Pour jauger la question, il faut savoir s’il y a assez de terres agricoles à proximité des villes pour nourrir les populations urbaines. Des chercheurs de l’Université de Cornell ont montré qu’on pouvait satisfaire les besoins caloriques d’une ville de plus de 200000 habitants telle que Rochester dans l’État de New-York, dans un rayon de 27km rien qu’avec des terres agricoles existantes, ce qui représenterait tout de même 36000 hectares. Ce calcul est simpliste, puisqu’il ne s’intéresse qu’aux besoins caloriques et oublie les autres besoins nutritionnels. Pour un régime équilibré et diversifié, il faudra certainement s’appuyer sur un périmètre plus vaste. Imaginons que cela représente deux fois plus de superficie, soit 72000 hectares. Les productions de ce secteur seront toujours à moins de 40km de la ville, ce qui permet un approvisionnement relativement aisé. Ceci permettrait d’économiser une grande partie de la consommation actuelle associée aux transports, et d’arrêter de faire parcourir des milliers de kilomètres à des salades. A noter que l’étude de l’Université de Cornell a considéré un modèle agricole conventionnel, bien moins efficace que de petites productions locales et intensives qui sauront utiliser des ressources locales en nutriments comme le fumier composté animal ou humain, et bien d’autres techniques économes en ressources que nous utiliserions naturellement si nous venions à dépendre d’un approvisionnement uniquement local. Ainsi, seules les très grandes métropoles auront vraiment des soucis pour s’approvisionner localement, mais il est vraisemblable que l’on saura leur attribuer une priorité en termes de quotas de consommation d’énergie fossile pour pouvoir s’approvisionner auprès de producteurs plus distants. </p>
<p>C’est d’ailleurs ce réagencement des priorités concernant la consommation de pétrole qui nous amène à l’un des arguments les plus solides pour dire que l’approvisionnement en nourriture risque moins d’être atteint que n’importe quelle autre ressource. Les décideurs politiques comprennent que la faim peut renverser un gouvernement. Notre imaginaire culturel reflète cette peur. On sait rarement grand-chose sur Marie-Antoinette, si ce n’est la citation apocryphe, qui lui vaudra plus tard la guillotine, dans laquelle elle invite les paysans qui manquent de pain à se rabattre sur les gâteaux. Trotsky écrivait que toute société n’est qu’à trois repas d’une révolution. L’Histoire nous montre que n’importe quel État à peu près fonctionnel, à part les pires claptocraties, préfère faire languir tous les services publics –la santé, les finances, l’assainissement, l’éducation, les transports, et même ses visées impériales– plutôt que de laisser ses habitants avoir faim. Pour le gouvernement américain, cela signifie qu’il faudra assurer coûte que coûte un approvisionnement satisfaisant d’au moins 1.5 millions de barils par jour pour les besoins alimentaires.</p>
<p>Je ne dis pourtant pas qu’il n’y a aucun risque d’effondrement alimentaire. Peut-être qu’un gouvernement stupide décidera de réserver les ressources énergétiques aux militaires ou aux riches. Ou bien peut-être que les liens entre le secteur financier et le secteur alimentaire, par exemple par les contrats à terme et les marchés de matières premières, mettront la pagaille dans les approvisionnements de nourriture. Enfin, il est certain que pour passer des 10% actuellement consacrés à l’alimentation dans le budget du ménage moyen pour atteindre la part de 30 ou 50% qui représente la normale historique, l’ajustement sera rude et turbulent.</p>
<p>Quel que soit le scénario qu’on envisage pour l’après-pic, il n’est pas inutile de mettre de côté quelques réserves de nourriture et d’eau, assez pour se sentir rassuré. Mais se concentrer uniquement sur un possible effondrement alimentaire et la façon d’y survivre, c’est un peu comme chercher ses clés de voiture au pied du réverbère parce que c’est le seul endroit éclairé, même si on a perdu ses clés ailleurs. En période de crise, on se réfugie souvent dans ce que l’on sait faire, même quand il y a mieux à faire. Personne ne peut individuellement corriger le système de santé ou l’économie, mais chacun peut faire pousser quelques légumes, et c’est peut-être la raison qui fait que la question alimentaire est souvent au centre des préoccupations de ceux qui s’inquiètent du pic pétrolier. Je partage cette conviction : faire pousser sa nourriture n’est pas compliqué. C’est un savoir-faire ancestral qui est au cœur de la culture humaine, et même dans sa manifestation industrielle, c’est un système robuste qui est moins complexe et plus sobre en énergie que la plupart des autres activités dans notre société. C’est pourquoi je pense que le système alimentaire survivra plus longtemps que tout le reste de notre société du pétrole. Et même s’il faut prévoir d’éventuelles pénuries passagères, dans nos pays exportateurs la nourriture a plus de chances de survivre à la transition que bien d’autres aspects de notre culture.</p>
<p>Cela dit, il reste mille raisons de planter un jardin.</p>
<p>Références<br />
1. Heinberg, Richard. “What Will We Eat as the Oil Runs Out?” http://www.richardheinberg.com/museletter/188</p>
<p>2. Pollan, Michael. “Farmer in Chief,” New York Times Magazine, October 8, 2008. http://www.nytimes.com/2008/10/12/magazine/12policy-t.html</p>
<p>3. Tainter, Joseph. The Collapse of Complex Societies.</p>
<p>4. Odum, Howard T. A Prosperous Way Down.</p>
<p>5. Putnam, J, J Allshouse, L. S. Kantor. U.S. Per Capita Food Supply Trends</p>
<p>http://www.ers.usda.gov/publications/FoodReview/DEC2002/frvol25i3a.pdf</p>
<p>6. Je considère la valeur médiane des estimationsqui varient entre 19%, (see Michael Pollan, above), et 10% (see Martin C. Heller and Gregory A. Keoleian; Life Cycle-Based Sustainability Indicators for Assessment of the U.S. Food System. http://css.snre.umich.edu/css_doc/CSS00-04.pdf</p>
<p>7. Braudel, Fernand. The Structures of Everyday Life.</p>
<p>8. Energy Information Administration. Crude Oil and Total Petroleum Imports, Top 15 Countries. http://www.eia.doe.gov/pub/oil_gas/petroleum/data_publications/company_level_imports/current/import.html</p>
<p>9. National Gardening Association, 2005. Environmental Lawn and Garden Survey.</p>
<p>10. Peters, Christian J., Arthur J. Lembo, and Gary W. Fick, 2005. A Tale of Two Foodsheds: Mapping Local Food Production Capacity Relative to Local Food Requirements. http://crops.confex.com/crops/viewHandout.cgi?uploadid=226</p>
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		<title>7 idées green business pour la transition</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Aug 2010 08:00:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
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		<description><![CDATA[De même qu’il n’est pas honteux de vouloir démarrer une entreprise à l’échelle individuelle pour satisfaire un besoin économique et en tirer une subsistance dans le contexte de la transition, de même il n’est pas honteux d’envisager des projets industriels et/ou financiers plus ambitieux réclamant des reins plus solides, mais qui répondent tout autant à [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-green-business-pour-la-transition/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.energytech-engineering.be/Thermographie.php"><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/08/thermographie.jpg" alt="" title="thermographie" width="450" height="253" class="aligncenter center size-full wp-image-1089" /></a></p>
<p>De même qu’il n’est pas honteux de vouloir démarrer une <a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-dentreprises-pour-la-transition/">entreprise à l’échelle individuelle</a> pour satisfaire un besoin économique et en tirer une subsistance dans le contexte de la transition, de même il n’est pas honteux d’envisager des projets industriels et/ou financiers plus ambitieux réclamant des reins plus solides, mais qui répondent tout autant à un besoin, dès lors que l’opération est réellement pensée sur le mode gagnant-gagnant-gagnant (entrepreneur, client, planète).</p>
<p>Voici 7 idées de green business et green finance à grande échelle qui ne sont peut-être pas viables, mais qui pourraient à leur tour donner de bonnes idées à quelques casse-cou disposant d’une bonne ligne de crédit et d’un bon réseau.<span id="more-1087"></span></p>
<h3>Capital-risque de reconversion de terres en bio</h3>
<p>Quand la crise énergétique aura augmenté les prix des intrants et rogné la solvabilité des états donc les subventions agricoles, les exploitations intensives qui constituent le modèle actuel seront en faillite. Seuls les producteurs qui auront réussi leur reconversion en bio s’en tireront, puisqu’ils auront peu d’achats et un modèle économique moins basé sur les subventions, avec en particulier des prix de marché plus favorables. Je n’ai aucune preuve, mais j’ai bien l’impression que dans ces conditions, les terres agricoles travaillées en bio de façon durable auront une valeur à la vente bien supérieure aux terres épuisées par des décennies de culture intensive chimisée et de labour profond.</p>
<p>L’opération financière proposée ici consiste grâce aux fonds placés à racheter à vil prix des terres agricoles harassées quand une exploitation conventionnelle met la clé sous la porte, et à gérer la jachère de façon optimale pendant quelques années avant de les revendre ou de les louer cher une fois le taux de matière organique et la vie du sol revenus à des niveaux satisfaisants pour la culture en bio. Rien n’empêche d’utiliser les terres durant la jachère, mais le but ici est d’accélérer le processus au maximum pour limiter la période improductive : sous-solage, réalisation de <a href="http://www.arpentnourricier.org/dimensionnement-dune-noue-swale/">baissières</a>, importation de compost, de <a href="http://www.arpentnourricier.org/tag/brf/">BRF</a>, semis de plantes aggradantes, plantation de haies, introduction d’espèces auxiliaires.</p>
<p>Il s’agit en fait d’une opération typique de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Private_equity">capital-risque</a>, mais au lieu d’acheter une entreprise et d’y investir massivement sous la houlette de cadres de choc pour la restructurer et la mettre sur une trajectoire de croissance avant de la revendre, on achète des terres et on y investit massivement sous la houlette d’agronomes de choc pour lui rendre une fertilité maximale avant de la revendre.</p>
<h3>Financement de l’isolation thermique des bâtiments</h3>
<p>Un intermédiaire financier passe un contrat avec un particulier, un propriétaire d’immeuble locatif, une collectivité locale, une entreprise, etc. Il prend à sa charge les dépenses de chauffage/climatisation et les refacture derrière au client, lissées sur l’année, tous modes de chauffage confondus (fioul, gaz, electricité, etc.) Grâce aux fonds levés auprès d’investisseurs, il réalise un diagnostic détaillé des pertes énergétiques, et finance l’isolation optimale du bâtiment et éventuellement la mise à niveau des équipements. Il se rembourse et réalise le profit en ne répercutant sur la facture finale qu’une partie dégressive des économies réalisées. Il peut aussi profiter de toutes les aides que la collectivité finira par mettre en place pour hâter les programmes d’isolation du bâti ancien. Pour se prémunir contre les fluctuations du coût de l’énergie, il faut convenir à l’avance avec le client du mode de calcul d’un indice du coût de l’énergie.</p>
<p>Ainsi, le client ne peut pas refuser la proposition, puisqu’il n’avance jamais un centime, et il a la garantie que sa facture de chauffage sera au moins X% inférieure à ce qu’il aurait payé s’il n’avait rien fait.</p>
<p>Et quand une vraie taxe carbone finira par voir le jour, on pourra même garantir au client un montant minimal économisé (et croissant) sur chaque facture, puisque la taxe carbone, en garantissant un prix futur minimum (et croissant) pour chaque type d’énergie, permettra de garantir une valeur minimale de l’indice du coût de l’énergie sus-mentionné pour chacune des annuités.</p>
<h3>Transport de courrier et colis lent mais low-carbon</h3>
<p>Avez-vous jamais pensé, en commandant quelque chose sur internet, qu’il manquait la case ‘livraison éco en deux à trois semaines’ ? Quand on a mis six mois à se décider d’acheter tel bidule, ou bien quand le trucmuche est en cours de réapprovisionnement et qu’on ne sait pas quand il sera à nouveau disponible, on se fiche pas mal de l’avoir en 48h chrono et on préférerait économiser sur la livraison et les émissions de CO2 associées.</p>
<p>J’imagine qu’il y aurait la place pour un opérateur de transport de colis et courrier dans le style chronopost/UPS/DHL qui essaierait de minimiser le coût et les émissions (plus le carburant sera cher, et plus les deux exigences convergeront) sans contrainte dure sur les délais. Naturellement, il faudrait une traçabilité irréprochable pour qu’on ne soit pas inquiet que le colis ait été perdu, ainsi qu’une bonne capacité de prédiction pour donner une date à laquelle on puisse se tenir (à quelques jours près).</p>
<p>Les moyens d’économiser sont probablement très nombreux, puisque j’imagine que la contrainte de délai doit peser très lourd sur les coûts d’un réseau de messagerie classique. Mais j’en sais trop peu pour les détailler.</p>
<h3>Réserve de pêche privée</h3>
<p>Avec la crise et les craintes de pénurie future, les fonds spéculatifs du monde entier sont en train de se ruer sur les ressources naturelles territoriales afin d’avoir en portefeuille des valeurs sonnantes et trébuchantes à l’abri d’un effondrement financier. Terres arables, forêts, pêcheries, tout est bon à acheter, en évinçant si besoin les populations autochtones qui ont eu la mauvaise idée de ne pas se faire signer un acte de propriété par leur bienveillant (et néanmoins corruptible) gouvernement.</p>
<p>Un acteur financier un peu puissant mais avec quelques prétentions de vertu écologique et sociale pourrait jouer à ce petit jeu d’une façon différente : il rachèterait une ressource territoriale, par exemple une zone de pêche, et il la transformerait en réserve naturelle. Il commencerait par y interdire la pêche. Forcément, les gros bateaux de la pêche industrielle ne seraient pas contents, et les pêcheurs indigènes non plus. Contre les premiers (les plus dangereux), il équiperait les seconds (ceux qu’il veut mettre dans sa poche pour que son projet soit durable). Il faudra un peu d’encadrement paramilitaire, mais c’est le lot de toutes les opérations de ce type, de toute façon. En la circonstance, on évincerait les exploiteurs plutôt que les exploités, lesquels seraient payés comme garde-côtes, guides à plongeurs, naturalistes de terrain. Oui mais comment faire des sous ? Rappelons qu’il s’agit d’une opération à long terme. Quand les stocks de poisson seraient remontés, on octroierait à prix d’or des permis de pêche en bordure de zone, les inspecteurs étant toujours les gardes-côtes locaux, tandis que seule la pêche traditionnelle serait réautorisée dans la zone (en limitant le nombre et la puissance des bateaux à des niveaux qui ne permettent surtout pas d’entamer le stock). Grâce aux pêches miraculeuses, les pêcheurs locaux seraient contents, les autres aussi, la mer aussi. Et si on a pris soin aussi d’investir dans la région, la prospérité retrouvée ne ferait pas de mal.</p>
<p>Naturellement, on peut aussi faire ça en tant qu’Etat souverain et créer une réserve naturelle, mais apparemment le processus démocratique a toujours tendance à détruire irrémédiablement la ressource avant d’arriver à décider de la protéger.</p>
<h3>Opérateur télécom 100% énergies renouvelables (et 0% interruptions)</h3>
<p>Si vous êtes un fournisseur télécom dans un pays sujet à des coupures de courant, et que votre particularité est d’offrir un service entièrement basé sur des énergies locales et renouvelables, vous tirerez probablement votre épingle du jeu en termes de continuité de service. Relais hertziens, répéteurs filaires, serveurs, récepteurs, modems, ordis, téléphones : il faudrait s’arranger pour que chaque maillon de votre chaîne produise son énergie ou dispose au moins d’un backup énergétique à base d’éolien/solaire et batteries, et vous pourriez vendre le seul système de télécommunication sans interruption.</p>
<p>Bien entendu, il faut parier que le pays sera sujet à des coupures de courant, donc prendre des positions sur des produits dérivés en conséquence : s’il n’y a pas de coupures de courant, vous pourrez toujours jouer sur votre label prestigieux ‘fournisseur télécom vert’, et vous gagnerez des sous grâce à toutes les entreprises qui –à l’inverse– se seront couvertes sur les marchés financiers contre le risque d’interruption de fourniture électrique (et il doit y en avoir un paquet).</p>
<h3>Lobbying pour les agro-isolants</h3>
<p>Les agro-carburants ont du plomb dans l’aile : partout on voit la catastrophe que représente la montée en puissance des productions agricoles non-alimentaires, et le lobbying des agro-carburants a de plus en plus de mal à faire passer ses gros mensonges concernant les émissions et le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_de_retour_%C3%A9nerg%C3%A9tique">taux de retour énergétique</a> (en gros, un litre d’éthanol de maïs coûte autant voire plus d’énergie à produire que l’énergie qu’il contient).</p>
<p>Mais le train est lancé, et la puissance de l’agribusiness est telle qu’il faudra des décennies de militantisme et de désastres pour le freiner et lui faire faire machine arrière. Par contre, si on trouvait une manière d’aiguillage, on pourrait arriver à dévier le train avec nettement moins d’effort. Je propose de faire du lobbying auprès des lobbyistes des agro-carburants pour arriver à les convaincre de plutôt développer le marché des agro-isolants, qui serait beaucoup plus porteur et consensuel. Et finalement, cela ne changerait pas grand-chose à la filière : il s’agirait encore essentiellement de produire de façon industrielle de grandes quantités de biomasse carbonée (paille, chanvre, bois) et de l’acheminer vers des usines qui en feraient un produit industriel fortement subventionné. Donc un juteux marché non-alimentaire subventionné et qui plus est à l’abri de la concurrence mondiale puisque les isolants coûtent cher en transport (par définition, il faut qu’ils prennent beaucoup de place pour leur poids). Les indutriels et les élus y trouveraient peut-être une porte de sortie honorable par rapport au fiasco annoncé des politiques en faveur des agro-carburants. Et tout le monde y gagnerait (surtout ceux qui auraient su investir dans la filière et mettre des sous dans ledit lobbying).</p>
<h3>Compensation carbone locale</h3>
<p>Quand vous achetez un billet d’avion, on vous propose maintenant systématiquement de payer un supplément pour compenser vos émissions de CO2. Les schémas de compensation consistent à utiliser les sommes versées pour financer des projets (généralement dans les pays pauvres) qui permettront d’économiser des émissions dans le futur. Ces schémas sont parfois <a href="http://www.manicore.com/documentation/serre/neutralite.html">très ambigus</a>, et on compense souvent des tonnes de CO2 effectivement émises par de vague promesses de tonnes de CO2 non émises dans un futur lointain et dans un pays tout aussi lointain. Pour une meilleure traçabilité et une meilleure efficacité des schémas de compensation, il faudrait qu’ils soient relocalisés au maximum : une tonne de CO2 émise par une personne quelque part doit être économisée par une personne proche dans un endroit proche.</p>
<p>J’imagine qu’on pourrait monter un schéma de compensation carbone à l’attention des entreprises, qui consacrerait les sommes versées par le département ‘voyages’ au financement et à la mise en place d’équipements de téléconférence, de programmes de covoiturage, de systèmes de télétravail, avec un suivi très précis des voyages économisés et donc des tonnes de CO2 non-émises. L’entreprise pourrait alors fournir la preuve formelle que sa compensation carbone n’est pas une opaque fumisterie.</p>
<p>Comme en plus elle gagnerait des sous au final, il y a un bizness-case pour un prestataire/financier qui prendrait à sa charge les coûts d’investissement, assurerait la formation des cadres pour qu’ils sachent utiliser au mieux les technologies de travail collaboratif, et se servirait sur le ROI (retour sur investissement), ce qui lui permettrait de vendre aux entreprises un package de vertu écologique totalement indolore.</p>
<p>Ceci était le second épisode de la série des “<a href="http://www.arpentnourricier.org/tag/7idees/">7 idées</a>”. On trouvera aussi :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-dentreprises-pour-la-transition/">7 idées d’entreprises pour la transition</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-green-business-pour-la-transition">7 idées green business pour la transition</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-associatives-pour-la-transition">7 idées associatives pour la transition</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-municipales-pour-la-transition">7 idées municipales pour la transition</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-open-source-pour-la-transition">7 idées Open-Source pour la transition</a></li>
</ul>
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		<item>
		<title>7 idées d’entreprises pour la transition</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Jul 2010 08:59:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
				<category><![CDATA[économie]]></category>
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		<category><![CDATA[économie verte]]></category>
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		<description><![CDATA[Depuis deux ou trois ans, on voit une explosion de créations d’entreprises ‘vertes’. Malheureusement, bien trop souvent, ces initiatives visent encore à nous faire consommer des objets : articles de puériculture écolo, décoration naturelle, café équitable, vêtements bio, ampoules basse consommation, panneaux photovoltaïques, construction bioclimatique, voitures hybrides, etc… Certes, l’impact environnemental de ces objets est [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-dentreprises-pour-la-transition/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.naturama.fr/fr/qui-sommes-nous/nouvelles-moutons/actualite-moutons/moutons-superstars-press.html" class="broken_link"><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/07/moutons-espaces-verts.jpg" alt="" title="moutons espaces verts naturama" width="450" height="250" class="aligncenter center size-full wp-image-1076" /></a></p>
<p>Depuis deux ou trois ans, on voit une explosion de créations d’entreprises ‘vertes’. Malheureusement, bien trop souvent, ces initiatives visent encore à nous faire consommer des objets : articles de puériculture écolo, décoration naturelle, café équitable, vêtements bio, ampoules basse consommation, panneaux photovoltaïques, construction bioclimatique, voitures hybrides, etc… Certes, l’impact environnemental de ces objets est parfois plus faible que celui de ceux qu’ils remplacent (soit par substitution, soit par déplacement de la demande), d’autant qu’ils coûtent souvent plus cher, ce qui réduit notre pouvoir d’achat, donc notre pouvoir de nuisance. Toutefois, il s’agit encore de produire et de vendre des objets, donc de consommer des ressources naturelles et de l’énergie pour des choses souvent accessoires. </p>
<p>Il n’est pas honteux de surfer sur la vague verte pour créer une entreprise nouvelle qui ait une vraie utilité. Encore faut-il pousser la logique suffisamment loin et arriver à s’extirper du piège consumériste. J’ai essayé de réfléchir à des projets d’activités économiques “vertes” qui ne seraient pas prédatrices de ressources naturelles (même renouvelables) et dont le but principal ne serait pas forcément de vendre encore des objets. Je propose humblement quelques idées d’entreprises pensées dans une optique de transition (transition énergétique, transition économique, relocalisation). <span id="more-1074"></span>Ceux qui ont la fibre du bizness, la sensibilité écolo, et une bonne dose d’audace pourront s’en inspirer — ou pas. Certaines ne sont probablement pas viables dans le contexte économique ou réglementaire actuel. Certaines ne sont probablement pas viables du tout. A vous de faire le tri. </p>
<h3>Entretien de voirie ou d’espaces verts avec des chèvres ou des moutons</h3>
<p>Il y a quelque temps, j’ai suggéré (sans succès) au responsable des espaces verts de mon entreprise de remplacer le roundup et les tondeuses par des moutons, pour la tranquillité des ingénieurs. Je ne suis pas le premier ni le seul à avoir eu ce genre d’idée, puisque quelqu’un l’a déjà <a href="http://www.terra-economica.info/Pour-tondre-nos-pelouses-revenons,10199.html">mise à exécution</a> dans la région lyonnaise. Il s’agit tout simplement de disposer de quelques moutons ou quelques chèvres, de matériel pour clôtures électriques, et de proposer ses services pour entretenir des espaces verts ou les bords de routes. Sans bruit, sans combustibles fossiles, sans tassement, sans poisons.</p>
<p>En travaillant avec les mairies, les entreprises ou les particuliers, on doit pouvoir faire transhumer les moutons à l’année en passant les voir et les bouger une fois tous les x jours, tandis qu’on joue au chevrier le long des routes en journée. En plus du service, on peut vendre les agneaux et les chevreaux en vente directe. A vous de faire le calcul pour savoir si on arrive à s’aligner avec les tarifs de ceux qui passent en tondeuse autoportée et en tracteur avec bras articulé et épareuse. Dans tous les cas, quand le bruit est un critère (hôpitaux, maisons de retraite, campus universitaire, résidence chic), on devient imbattable.</p>
<p>[ajout 02.08.2010] Et comme le fait justement remarquer Claude :</p>
<blockquote><p>J’ai encore jamais vu un gamin vouloir caresser une tondeuse…</p></blockquote>
<h3>Arboriculture sans terres</h3>
<p>Cultiver des pommes dans un grand verger est quasiment impossible sans recourir à des traitements (autorisés dans le cahier des charges AB ou pas) : la concentration au même endroit d’arbres d’une même espèce et souvent d’une même variété attire toutes sortes de bestioles et de maladies. Mais si on cultive les pommiers dans de nombreux jardins séparés, alors ça peut devenir faisable. Rien que dans mon village, on doit pouvoir compter sur une cinquantaine de pommiers dont personne ne s’occupe vraiment et qui pourtant produisent pas mal.</p>
<p>Pourquoi ne pas s’arranger avec les propriétaires pour tailler, récolter, conditionner et vendre la production, en échange de quelques bouteilles de cidre ou de jus de pommes et quelques bocaux de compote ? Ca fait du trajet, mais on n’a pas à investir ni dans des terres, ni dans la plantation. Pour récolter sans y passer tous les jours, on peut essayer de tendre un filet sous l’arbre, de façon que les pommes ne se fassent pas mal en tombant et ne se salissent pas trop par terre. On les récupère en garant la remorque en dessous, puis en ouvrant la fermeture éclair au milieu du filet. Pour les variétés à cidre, on peut stocker et presser sur place, pour n’avoir à transporter que le jus.</p>
<p>Comme revenus complémentaires, on peut par exemple louer le pressoir, tailler les pommiers d’autres particuliers ou finir d’engraisser des cochons avec les pommes pourries et les déchets d’après pressage (ça a un nom mais je ne m’en souviens plus). De toute façon, on a plein de temps libre pour faire autre chose au printemps, quand les autres arboriculteurs sont en train de passer un traitement tous les trois jours.</p>
<h3>Maraîchage itinérant de banlieue</h3>
<p>Dans la même veine du paysan sans terres, on peut penser au maraîchage de banlieue sans terres. On crée une AMAP, et les cultures seraient implantées dans les jardins des adhérents ou de certains sympathisants. Cela serait idéal pour les AMAPs urbaines, pour lesquelles il est souvent très difficile de trouver du terrain. Il faut que les différents jardins soient à portée de vélo, et on regrouperait les espèces de légumes dans des jardins proches selon les besoins d’entretien ou de logistique. Pour la culture sous serre, ça serait un peu moins aisé que d’avoir une seule grande serre, mais on peut imaginer que les gens chez qui on les installe seraient là pour donner un coup de main de temps en temps, ce qui réduirait le temps de travail au total.</p>
<h3>AMAP spécialisée pour jardiniers</h3>
<p>Les AMAPs se multiplient en ville, mais dans les zones rurales où il y a une grande proportion de jardiniers amateurs et une faible densité d’habitants, ce n’est pas toujours facile de trouver assez d’adhérents pour mettre sur pied un système de paniers et en vivre. En revanche, cela ne veut pas dire que le jardinier amateur n’a jamais besoin d’un professionnel mieux équipé que lui.</p>
<p>Je pense que je ne suis pas le seul qui aurais besoin d’un partenariat un peu stable avec un maraîcher pour :</p>
<ul>
<li>préparer mes plans de culture selon mes besoins, mon terrain, ma disponibilité et ma superficie</li>
<li>préparer mes plants et qu’ils soient prêts au bon moment</li>
<li>me fournir en graines pour les semis que je fais moi-même</li>
<li>me fournir en légumes et fruits pour les variétés que ne sais pas faire chez moi</li>
</ul>
<p>En particulier pour les plants, le partenariat se ferait pour la saison, comme avec une AMAP, et chacun commanderait les variétés et les quantités selon son besoin. Le maraîcher pourrait d’ailleurs faire un peu de coaching en échange, ce qui serait bien mieux qu’aller en jardinerie ou même au marché.</p>
<p>A propos de marché, rien n’empêche le maraîcher en AMAP de distribuer ses paniers et ses plants au marché, afin de se faire connaître, de dynamiser le marché, et de minimiser les kilomètres de ses adhérents.</p>
<h3>Aquaculture écologique</h3>
<p>Le principe de base de l’<a href="http://www.ecological-aquaculture.co.uk/">aquaculture naturelle ou écologique</a>, c’est d’élever des poissons sans leur acheter à manger. Quand on voit le nombre de poissons que peut abriter un cours d’eau sauvage dans une contrée vierge, il n’y a pas de mal à imaginer qu’en limitant la prédation et en favorisant la chaîne alimentaire d’une espèce de poissons choisie, on peut obtenir une production qui n’a pas à rougir devant les systèmes intensifs. Et le produit est d’une qualité incomparable, et d’une intégrité écologique sans égale.</p>
<p>Pour ceux qui ont un morceau de rivière dans une combe ou une petite vallée un peu préservée, et qui se demandent quoi faire à part rénover un vieux moulin, mettez donc la main sur le livre de <a href="http://www.arpentnourricier.org/portrait-laurence-hutchinson/">Laurence Hutchinson</a> qui vous explique par le menu comment organiser les bassins pour faire grandir à foison les différents éléments clé d’une chaîne alimentaire complète pour les truites (ou d’autres poissons moins exigeants) ainsi que pour contrôler leur eau et leur environnement, tout en rendant à la rivière une eau plus propre que celle que vous lui avez prélevé.</p>
<p>Comme beaucoup d’activités “vertes” ou “décroissantes”, celle-ci est probablement à imaginer avec pas mal de diversification autour : bassin réservé à la pêche amateur, visites de groupes, vente des surplus des différentes productions (cresson, nourriture naturelle pour l’aquariophilie, nénuphars, plantes aquatiques pour piscines naturelles ou phytoépuration, carpes d’ornement, etc.)</p>
<h3>Location de haies, entretien compris (revente de plaquettes)</h3>
<p>Je vous plante une haie champêtre avec des essences locales, je vous l’entretiens, je remplace les plants morts, je fais la taille, et je vous facture x euros à l’année par mètre linéaire. Une partie de la facture correspond à l’amortissement sur x années de l’investissement de plantation, lequel vous n’aurez pas à payer si vous avez déjà une haie.</p>
<p>Je broie les branchage et je vends des plaquettes pour le chauffage. A moins que vous vouliez les plaquettes, auquel cas, je vous facture aussi le prix des plaquettes (mais à un tarif préférentiel par rapport au prix du marché).</p>
<h3>Ferme permaculturelle à plusieurs</h3>
<p>Encore une idée qui n’est pas de moi. Quand on veut produire à une échelle professionnelle sur un modèle inspiré de la permaculture, on se heurte à une limite correspondant au nombre d’espèces qu’on est en mesure de gérer seul. En effet, la diversité est un élément clé des systèmes parmaculturels, mais si on doit gérer 100 ou 200 productions différentes, on peut se retrouver dépassé par les événements — sans compter qu’on ne peut pas être un expert en toute chose.</p>
<p>De surcroît, si on veut transformer les produits sur place (ce qui est la tendance générale dans une perspective de relocalisation) on n’est pas en mesure de s’équiper pour toutes les productions (farine et pain, crème de marrons, confitures et pâtes de fruits, canard, etc.)</p>
<p>La solution que j’ai entendue dans l’un des épisodes de l’excellent <a href="http://www.landstewardshipproject.org/podcast.html">podcast du Land Stewardship Project</a> (en anglais) consiste à se mettre à plusieurs sur le même terrain. Plutôt que d’avoir qui son verger de pommiers, qui son lopin avec des fruits rouges, qui son bois avec des noisetiers et des châtaigniers, on se met tous sur le même terrain, en alternant les rangées, avec les noisetiers adossés aux châtaigniers, les framboisiers au pied des noisetiers, les fraises en couvre-sol, les poireaux juste après, etc. On maximise la biodiversité et le complémentarités, chacun s’occupant de sa spécialité, même si tout le monde peut donner un coup de main. Évidemment, cette organisation doit être sacrément peaufinée au niveau des relations humaines pour éviter le clash, donc probablement à bétonner avec des stages de gestion de conflit et autres coaching et savoir-faire de médiation. </p>
<p>Bon voilà, si vous avez d’autres idées… Je me rends compte que les miennes tournent beaucoup autour du ‘gagnant-gagnant-gagnant’ (producteur, consommateur, écosystème) et d’une diversification de l’offre.</p>
<p>Ceci était le premier épisode de la série des “<a href="http://www.arpentnourricier.org/tag/7idees/">7 idées</a>” ; on trouvera aussi :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-dentreprises-pour-la-transition/">7 idées d’entreprises pour la transition</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-green-business-pour-la-transition">7 idées green business pour la transition</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-associatives-pour-la-transition">7 idées associatives pour la transition</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-municipales-pour-la-transition">7 idées municipales pour la transition</a></li>
<li><a href="http://www.arpentnourricier.org/7-idees-open-source-pour-la-transition">7 idées Open-Source pour la transition</a></li>
</ul>
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		</item>
		<item>
		<title>Autosuffisance, relocalisation, résilience</title>
		<link>http://www.arpentnourricier.org/autosuffisance-relocalisation-resilience/</link>
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		<pubDate>Fri, 16 Jul 2010 09:49:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’article de Toby Hemenway est un révélateur de l’évolution de ma démarche depuis que j’ai démarré l’Arpent Nourricier. Au départ, j’avais l’espoir et l’ambition d’arriver à nourrir ma famille avec mon jardin. Je suis maintenant quasiment certain que c’est possible, en n’y consacrant pas plus de deux heures par jour, si nous arrivons à changer [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/autosuffisance-relocalisation-resilience/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/32831061@N05/3065658502/"><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/07/marcheHmong.jpg" alt="" title="Bac Ha colerful Market Hmong fleuris par Jean Rouflaket sur flickr" width="450" height="253" class="aligncenter center size-full wp-image-1052" /></a></p>
<p><a href="http://www.arpentnourricier.org/le-mythe-de-lautosuffisance/">L’article de Toby Hemenway</a> est un révélateur de l’évolution de ma démarche depuis que j’ai <a href="http://www.arpentnourricier.org/le-manifeste-de-larpent/">démarré l’Arpent Nourricier</a>. Au départ, j’avais l’espoir et l’ambition d’arriver à nourrir ma famille avec mon jardin. Je suis maintenant quasiment certain que c’est possible, en n’y consacrant pas plus de deux heures par jour, si nous arrivons à changer en profondeur notre alimentation (en particulier en remplaçant les céréales par des noix, des châtaignes et des patates, et en remplaçant la viande par du lait de chèvre et des oeufs). Et pourtant je suis maintenant certain que cette autosuffisance alimentaire n’est pas souhaitable, <span id="more-1043"></span>et que j’ai mieux à faire de ce temps.</p>
<h3>Pourquoi vouloir l’autosuffisance ?</h3>
<p>Je crois que le fort désir d’autosuffisance de tous ceux qui décident de se consacrer à la permaculture provient de la compréhension que les réseaux de liens commerciaux qui constituent la société de consommation, en plus d’être socialement néfastes, sont hautement vulnérables. On sait qu’il n’y a que quelques jours de réserves dans les supermachés et les plates-formes logistiques ; on conçoit que l’agriculture conventionnelle ne saurait plus ni produire, ni stocker, ni distribuer sans un apport permanent de combustibles fossiles (engrais, pesticides, tracteur, stockage, transport routier) ; on imagine que le système monétaire et financier qui nous permet d’acheter notre malbouffe en barquettes est en permanence au bord de l’effondrement. Il est alors naturel de vouloir couper les ponts et chercher à subvenir soi-même à ses besoins élémentaires afin d’éviter de grossir la horde d’affamés le jour où la merde tombera sur le ventilo (traduction littérale de l’expression <em>when the shit hits the fan</em>).</p>
<p><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/07/autosuffisance01.png" alt="" title="dépendance pyramidale" width="450" height="253" class="aligncenter center size-full wp-image-1047" /></p>
<p>Comme je l’avais déjà écrit dans un <a href="http://www.arpentnourricier.org/les-gens-sont-plus-heureux-dans-une-societe-resiliente/">précédent article</a>, la société de consommation, en recherchant l’efficacité, nous propose une structure de relations hiérarchiques extrêmement pauvre : tous les consommateurs vont acheter leur bouffe dans le même supermarché / tous les producteurs écoulent leur production auprès de la même centrale d’achats, et il suffit qu’il y ait un grain de sable à un des étages pour que toute une branche cesse de fonctionner.</p>
<p>Essentiellement, en recherchant l’autosuffisance, on remplace la structure pyramidale de liens distants, vulnérables et déshumanisés que nous offre la société de consommation par une structure ultra simple qui évite toutes ces vulnérabilités, et qui évite en même temps de nuire à autrui par le truchement inhumain des rouages de la mondialisation.</p>
<p><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/07/autosuffisance02.png" alt="" title="autosuffisance" width="450" height="253" class="aligncenter center size-full wp-image-1048" /></p>
<p>En quelque sorte, il s’agit d’une recherche <em>négative</em> de la résilience : puisque les liens commerciaux de la société de consommation mondialisée ne sont pas résilients, tâchons de remplir nos besoins les plus élémentaires en nous passant de ces liens commerciaux, et le système sera plus résilient, au moins pour ce qui nous concerne.</p>
<h3>Au-delà de l’autosuffisance</h3>
<p>Mais on n’est pas obligé de s’en tenir à cette première étape, et on peut ensuite chercher à accroître la résilience activement, et de façon <em>positive</em>.</p>
<p><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/07/autosuffisance03.png" alt="" title="autosuffisance" width="450" height="253" class="aligncenter center size-full wp-image-1049" /></p>
<p>Comme le souligne Toby Hemenway, si je suis autosuffisant, je suis aussi très vulnérable à mes propres défaillances, par exemple en cas d’ennuis de santé ou d’événements climatiques. Et dans ce cas, si je veux accroître la résilience, il me faut tisser un réseau de relations avec d’autres personnes. Les liens les plus solides étant avec les personnes les plus proches, il est normal de s’appuyer d’abord sur sa famille, ses amis et ses voisins, et de remplir ses besoins élémentaires au niveau local. En mettant en place des partenariats et de la confiance, on crée de la résilience. En cherchant systématiquement à remplir le même besoin de plusieurs façons (par exemple en achetant son pain au boulanger du village tout en faisant soi-même son pain de temps en temps avec de la farine bio cultivée par le voisin et moulue au moulin d’en bas) on maximise la robustesse du système et on enrichit les relations locales.</p>
<p>Pour des choses moins essentielles comme le café, le poivre ou les lecteurs mp3, on pourra établir des liens plus distants, tout en cherchant à favoriser des systèmes éthiques, le mieux étant de s’impliquer personnellement, comme avec le café <a href="http://cspcl.ouvaton.org/article.php3?id_article=182">Mut Vitz</a> ou bien les <a href="http://www.arpentnourricier.org/nature-progres/">systèmes participatifs de garantie</a> tels celui de Nature &amp; Progrès.</p>
<p><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/07/autosuffisance04.png" alt="" title="relocalisation" width="450" height="253" class="aligncenter center size-full wp-image-1050" /></p>
<p>Donc la structure pyramidale de liens de subordination est remplacé par un enchevêtrement de partenariats plus ou moins locaux, avec des liens d’autant plus nombreux qu’il s’agit de besoins plus élémentaires, et des liens plus occasionnels et moins solides quand il s’agit de besoins plus accessoires. Ceci est une autre manière de présenter les zones concentriques de Toby Hemenway.</p>
<blockquote><p>la zone zéro serait notre maison et notre terrain. La Zone 1 représenterait nos liens avec d’autres personnes et d’autres familles, la zone 2 nos liens avec le commerce local et les activités du voisinage, la zone 3 avec l’économie et les organisations régionales, la zone 4 avec des protagonistes plus importants et plus lointains encore. </p></blockquote>
<h3>La résilience par opposition à l’efficacité</h3>
<p>Entretenir tous ces liens demande du temps et de l’énergie. C’est pourquoi ça peut donner l’impression d’inefficacité. C’est effectivement beaucoup plus simple d’aller au centre commercial, puisqu’on peut faire toutes ses courses au même endroit, et qu’on n’a pas besoin de discuter de la météo avec la caissière. Mais ne comptez pas sur la caissière pour faire un détour et vous déposer votre baguette de pain et s’enquérir de votre santé le jour où vous aurez le pied dans le plâtre. Et l’éleveur qui vide son tank à lait dans une citerne ‘Rondelé’ ne pourra pas compter sur les consommateurs pour venir l’aider à traire le jour où sa salle de traite sera privée d’électricité.</p>
<h3>L’autosuffisance comme un tremplin</h3>
<p>Revenons à la tentation de l’autosuffisance : comme le souligne Toby Hemenway, elle a au moins le mérite de nous encourager à acquérir toutes sortes de compétences cruciales pour développer une interdépendance de proximité dans un contexte de relocalisation. Au premier rang de ces compétences, il y a le jardin permaculturel. J’irais d’ailleurs plus loin que Toby Hemenway sur le mérite de la recherche d’autosuffisance, à mon avis précieuse comme première étape d’une démarche de décroissance, de permaculture ou de transition : quand on a acquis la preuve qu’on pourrait se nourrir soi-même, on est alors à l’abri de la peur de manquer. Ceci nous protège de la servitude, puisque on ne dépend plus des autres par obligation mais par choix ; et ceci nous protège aussi de la servilité, puisque on a maintenant les compétences pour se prendre en mains collectivement.</p>
<p>Ainsi, dans ma recherche d’autonomie, en plus du jardin je me suis aussi mis à la menuiserie, à la charpente, à la maçonnerie, à la couverture en lauzes traditionnelles, à l’électricité, à la plomberie, à la couture, à la mécanique vélo, etc. Et maintenant quand je demande à un voisin couvreur de faire mon toit ou à un copain menuisier de me faire mes portes, ce n’est pas parce que je ne sais pas le faire ou que je n’aime pas le faire : en toute connaissance de cause (et avec un plus grand respect pour leurs tarifs maintenant que je sais ce que c’est) je leur confie ce travail parce qu’ils sont mieux équipés que moi, parce que ce sont des voisins ou des potes ou les deux, et parce que pendant ce temps là je peux faire autre chose pour eux ou pour les autres, par exemple faire vivre le <a href="http://www.arpentnourricier.org/pourquoi-pas-un-sel/">système d’échange local</a> de notre canton.</p>
<h3>Un peu de lecture…</h3>
<p><a href="http://www.arpentnourricier.org/le-mythe-de-lautosuffisance/">L’article de Toby Hemenway</a><br />
Mes <a href="http://www.arpentnourricier.org/tag/toby-hemenway/">traductions d’autres articles</a> de Toby Hemenway<br />
<a href="http://www.patternliteracy.com">Le site de Toby Hemenway</a><br />
<a href="http://monotarcie.blogspot.com">Le blog de Geispe</a>, qui joue le jeu de l’autosuffisance pour notre édification</p>
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		<title>Le mythe de l’autosuffisance</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Jun 2010 08:00:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le texte original de l’article se trouve ici Un éminent permaculteur a récemment réalisé une grande enquête par courriel pour trouver des “projets où les gens seraient parvenus à devenir totalement autosuffisants pour leur nourriture, leur habillement, leur logement, leur énergie, leurs besoin sociaux…” Le voilà, le mythe de l’autosuffisance totale, sous la plume d’un [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/le-mythe-de-lautosuffisance/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/06/panier.jpg" alt="" title="panier du jardin" width="450" height="253" class="aligncenter center size-full wp-image-1039" /></p>
<p><em>Le texte original de l’article se trouve <a href="http://patternliteracy.com/selfreliancemyth.html">ici</a></em></p>
<p>Un éminent permaculteur a récemment réalisé une grande enquête par courriel pour trouver des “projets où les gens seraient parvenus à devenir totalement autosuffisants pour leur nourriture, leur habillement, leur logement, leur énergie, leurs besoin sociaux…” Le voilà, le mythe de l’autosuffisance totale, sous la plume d’un des permaculteurs les plus connus. Dans la plupart des groupes de permaculture aux États-Unis, l’idée que quiconque puisse parvenir à l’<em>autosuffisance</em> au-delà des besoins les plus primaires a été abandonnée il y a un bout de temps, remplacée par la notion moins forte d’<em>autonomie</em>. Mais même l’autonomie est quasiment impossible, et je ne pense pas qu’elle soit souhaitable, même pour exprimer une volonté de se libérer du joug de la société capitaliste de consommation.</p>
<p>J’ai fait un petit tour en Google sur internet, et j’ai pu constater que l’<em>autosuffisance</em> était présentée sur plusieurs sites renommés de permaculture comme un objectif à atteindre. Je voudrais ici tordre le cou à cette idée. Mon dictionnaire précise que l’autosuffisance est la <em>capacité de subvenir à ses besoins sans assistance extérieure</em>. Qui peut vivre sans assistance extérieure ? Personne. <span id="more-1038"></span>Continuons de tirer le fil. Quand on parle d’<em>autosuffisance alimentaire</em> on est bien d’accord qu’il s’agit de tirer 100% de ses besoins alimentaires de son propre lopin, avec sa seule force de travail. Je n’ai jamais rencontré personne qui ait fait ça. Il doit bien y avoir quelques paysans qui y soient parvenus, mais même les petits paysans qui font de l’agriculture vivrière ont le plus souvent une production destinée à la vente en plus de la partie vivrière, afin d’acheter les denrées qu’ils ne sont pas en mesure de produire.</p>
<p>J’entends parfois des gens dire qu’ils produisent 30%, 50%, ou même 70% de leur propre nourriture. En général, ça veut juste dire qu’ils cultivent des fruits et des légumes à hauteur d’un certain pourcentage du coût ou du poids total de leur alimentation — jamais un pourcentage du contenu calorique. Si 100% de vos légumes viennent de votre jardin, cela ne représente que 15 à 20% de votre besoin calorique quotidien, à moins que vous mangiez principalement des patates et autres légumes riches en amidon. La plupart de nos calories proviennent de céréales, de viande ou de produits laitiers. Si vous ne cultivez pas de céréales ou ne pratiquez pas l’élevage à grande échelle, il est peu probable que vous puissiez produire plus qu’un quart de votre nourriture en termes de contenu nutritif. Et dans ce cas, il n’est pas exact de prétendre que vous êtes <em>autosuffisant à 70%</em>. Si vous tirez de vos terres l’essentiel de vos calories, vous êtes presque certainement un agriculteur à plein temps, et vous méritez notre estime pour vos efforts. Et là nous commençons à comprendre à quel point l’autosuffisance est difficile, et même préjudiciable. Si on recherche vraiment l’autosuffisance on n’a guère le temps de faire autre chose, même dans un système permaculturel.</p>
<p>Et même si l’on cultive toute sa nourriture, peut-on pour autant affirmer que l’on est autosuffisant, si l’on ne sélectionne pas ses semences soi-même ? Si l’on ne produit pas soi-même la fertilité du sol ? Et d’où viennent l’outillage et le carburant ? Ceux qui pratiquent la permaculture savent aussi bien que les autres à quel point la vie est interconnectée. Comment pourrait-on prétendre être déconnecté de la communauté humaine en quoi que ce soit ? L’<em>autosuffisance alimentaire totale</em> est-elle seulement possible ?</p>
<p>Traitons rapidement les cas du textile, de la construction et de l’énergie. Même si vous cousez tous vos vêtements, vous ne faites pas pousser le coton et vous n’élevez pas vos moutons. Même si vous avez scié le bois d’œuvre ou extrait la pierre pour votre maison, vous ne fondez pas le verre et vous ne tréfilez pas les câbles électriques. Pour que vous puissiez vivre dans votre maison déconnectée du réseau électrique, il faut toute un réseau d’ingénieurs et d’usines pour produire vos panneaux photovoltaïques. Nous sommes tous dépendants de ce genre de choses.</p>
<p>Dans quasiment tous les domaines, prétendre à l’autosuffisance, c’est mépriser les montagnes d’épaules sur lesquelles nous sommes juchés. Les permaculteurs américains sont généralement politiquement corrects, et il nous est apparu évident que non seulement l’autosuffisance était impossible, mais que c’était une insulte à l’égard de tous ceux dont le labeur pourvoit à nos besoins ; que c’était une résurgence de l’esprit <em>cow-boy</em> qui met l’individu au centre de l’univers. Alors le terme s’est mué en <em>autonomie</em> pour reconnaître que nous sommes interdépendants mais que nous choisissons de moins dépendre des autres. Dans l’idéal, l’autonomie nécessiterait de développer les compétences nécessaires pour que nous puissions subvenir à nos besoins élémentaires et cesser de soutenir des industries injustes et destructrices. Cependant je ne pense pas qu’il faille imaginer des <em>individus</em> autonomes qui développeraient chacun les compétences pour tout faire, mais plutôt des <em>collectivités</em> autonomes dans lequelles personne ne saurait à la fois cultiver et tisser, mais où il y aurait des vêtements et des légumes pour tout le monde.</p>
<p>Il y a toujours un lourd préjugé en permaculture, comme on peut le constater dans les sites internet et les listes de diffusion, que la voie la plus noble est de tout faire soi-même sur son propre terrain. Et dans la mesure où nos compétences nous rendent moins dépendants des monopoles capitalistes, il est judicieux de développer les savoir-faire qui favorisent l’autonomie. Cependant, plus on restreint sa vie à ce que l’on peut faire soi-même, plus on réduit les possibilités. Chaque connexion avec le monde extérieur est enrichissante. Quand on tisse un réseau d’interdépendances, on devient plus riche, plus fort, plus sûr, plus sage. Pourquoi faudrait-il éviter de s’appuyer sur les autres ? Répondre à cette question nous plongerait dans des abysses psychologiques, mais une partie de la réticence est ancrée dans la croyance que les autres ne sont pas fiables ni honnêtes, et que l’interdépendance nous affaiblit. Mais le vieux proverbe “on n’est jamais mieux servi que par soi-même” montre simplement qu’on est souvent incompétent quand il s’agit de déléguer.</p>
<p>Et si vous doutez encore, j’aurai recours aux Écritures : une citation de l’Évangile selon Mollison, <a href="http://www.amazon.com/Introduction-Permaculture-Bill-Mollison/dp/0908228082">Introduction à la Permaculture</a>, à la page 2 : “On peut aussi commencer de prendre une part de la production alimentaire. Ceci ne veut pas dire qu’il faille faire pousser toutes ses patates, mais qu’on peut se fournir directement chez quelqu’un qui cultive déjà des patates de façon responsable. D’ailleurs, c’est probablement une meilleure idée d’organiser un groupement local d’achats que de faire pousser ses patates.”</p>
<p>Comme le dit <a href="http://www.earthflow.com/">Larry Santoyo</a>, vétéran de la permaculture, il faut chercher à remplir ses besoins au plus haut niveau de généralisation. Penser “je dois produire ma nourriture” est bassement limité. Penser “je dois satisfaire mes besoins alimentaires de façon responsable” ouvre un vaste éventail de possibilités, dans lequel on peut opter pour les solutions les plus stables et les plus appropriées. Les efforts individuels sont souvent moins pérennes et moins résilients que les initiatives collectives. C’est même une hérésie en conception des systèmes : l’autonomie individuelle signifie qu’une fonction critique n’est assurée que d’une seule manière. Si c’est vous-même qui cultivez toute votre nourriture et qu’il vous arrive un accident, vous vous retrouvez invalide et affamé à regarder vos cultures périr depuis votre fauteuil roulant. Ceci ne se produirait pas dans un jardin collectif. Et pour ceux qui craignent un effondrement imminent de la société, il faut bien voir que les vagabonds voleurs de navets viendront sûrement plus piller un lopin sans surveillance pendant que vous dormez pour récupérer de votre harassante journée de bêchage, tandis qu’ils éviteront se s’attaquer à un jardin protégé par une milice de paysans costauds et armés de fourches qui peuvent organiser des tours de garde.</p>
<p>La mise en œuvre de réseaux d’interdépendance collective est alors un nouveau domaine pour appliquer la notion de zones permaculturelles : la zone zéro serait notre maison et notre terrain. La Zone 1 représenterait nos liens avec d’autres personnes et d’autres familles, la zone 2 nos liens avec le commerce local et les activités du voisinage, la zone 3 avec l’économie et les organisations régionales, la zone 4 avec des protagonistes plus importants et plus lointains encore. Pourquoi faudrait-il s’en tenir à la zone zéro ? On peut organiser sa vie de façon que nos allées-venues dans la zone 4 (par exemple pour acheter des produits à base de pétrole ou de métaux) resteraient occasionnelles, tandis que nos interactions avec les marchés de producteurs et les restaurants locaux seraient fréquentes. C’est ainsi qu’on tisse un réseau local solide.</p>
<p>L’autonomie ne contribue pas à accroître le capital social, lequel est pourtant une ressource vraiment renouvelable qui n’augmente que si l’on s’en sert. Pourquoi n’aurais-je pas le droit de vouloir créer le plus de liens possibles avec mon entourage ? Si nous n’aidons pas nos voisins à subvenir à leurs besoins, il y a plus de chances qu’ils se tournent vers les supermarchés. En laissant libre cours au crédo de l’autonomie, on forge alors un mythe destructeur qui arrange ceux qui veulent affaiblir les solidarités.</p>
<p>Si le métier de paysan vous plaît, alors oui, cultivez votre nourriture. Et vendez le reste en échange des autres choses dont vous avez besoin, d’une façon qui profite au tissu local. Mais y a-t-il une grosse différence entre un paysan qui échange les fruits de son travail — de la nourriture — contre d’autres denrées ou contre de l’argent, et moi qui vends le fruit de mon travail — de l’enseignement — contre d’autres denrées et de l’argent ? Tous deux nous échangeons notre énergie vitale au sein d’un système qui nous porte, et j’aime à penser que nous faisons chacun un choix éthique et sage.</p>
<p>La bonne conception permaculturelle est celle qui parvient à subvenir aux besoins des habitants d’une façon qui soit à la fois responsable et écologiquement pertinente. Mais rien dans la permaculture ne dit qu’il faudrait que tout soit produit sur le terrain du propriétaire. Si cet article doit servir à quelque chose, c’est bien à démonter ce mythe de l’autosuffisance et de l’autonomie. La conception permaculturelle dit simplement que nos besoins et notre production doivent être assurés de façon responsable grâce au système que nous concevons, pas grâce à notre terrain. Nous pouvons, nous <em>devons</em> concevoir un système qui incorpore des liens extérieurs. Si vous êtes un acupuncteur qui tire son revenu de la collectivité et que vous remplissez l’essentiel de vos besoins en vous fournissant auprès d’acteurs locaux qui vous paraissent travailler équitablement, alors c’est une très bonne conception permaculturelle. Le système sera d’autant plus solide que vous trouverez à établir de nombreux liens pour vos besoins et vos productions avec des éléments et des systèmes extérieurs.</p>
<p>C’est tout-à-fait dans l’esprit de la permaculture que de vouloir développer des compétences qui vous rapprochent de la maison, du jardin, du territoire. Et parfois le savoir-faire que l’on acquiert en cherchant l’autonomie sont les mêmes que ceux qu’il faut pour développer l’interdépendance collective. Mais la recherche de l’autosuffisance comme fin en soi est un vieux mythe élimé qui n’est pas <em>permaculturel</em> et qui doit mourir.</p>
<h3>Notes</h3>
<p>Pour ceux qui lisent l’anglais, n’attendez pas mes traductions (car il y en aura d’autres) : allez lire la sagesse de Toby Hemenway directement <a href="http://www.patternliteracy.com">à la source</a>.</p>
<p>Mais pensez à revenir ici pour mon commentaire sur cet article — à paraître dans la foulée.</p>
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		<title>Décroissance, démographie et camelote</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Jun 2010 08:00:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Société industrielle et camelote L’avènement de la société industrielle puis de la société de consommation depuis deux siècles en Europe a été accompagné par la transition démographique. Je ne sais pas qui est la poule et qui est l’oeuf, mais on constate que quand la population française était à peu près stable, les gens construisaient [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/decroissance-demographie-et-camelote/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/06/IMG_3817-1.jpg" alt="" title="casse-noix conique et les cerneaux" width="450" height="254" class="aligncenter center size-full wp-image-1016" /></p>
<h3>Société industrielle et camelote</h3>
<p>L’avènement de la société industrielle puis de la société de consommation depuis deux siècles en Europe a été accompagné par la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Transition_d%C3%A9mographique">transition démographique</a>. Je ne sais pas qui est la poule et qui est l’oeuf, mais on constate que quand la population française était à peu près stable, les gens construisaient des maisons qui duraient cinq cents ans, des bancs en noyer qui duraient aussi longtemps que la maison, des couteaux qu’on se transmettait sur trois générations, des habits du dimanche qui duraient toute une vie. Et puis les manufactures et les usines ont remplacé ces objets chers et durables par une avalanche de camelote bon marché, et ça tombait bien.</p>
<p>Déjà ça tombait bien pour les dots et les héritages. <span id="more-1014"></span>Parce que tant qu’il s’agissait de transmettre à votre unique fille le service de porcelaine de Limoges hérité de votre tante, ou bien de donner le moulin au premier fils et le verger à l’autre, tout était simple. Mais quand la population s’est mise à croître de plus en plus vite, il a fallu doter trois filles et faire hériter quatre fils, ce n’était plus possible — quand le nombre de foyers explosait, il fallait que chacun s’équipe de zéro, avec très peu de moyens. La camelote arrivait à point nommé.</p>
<p>Et puis ça n’était pas si grave que le matériel ne dure pas, puisque même s’il avait duré, ça aurait arrangé un ou deux enfants parmi six ou sept. Pas de quoi changer la donne, et les autres auraient dû tout s’acheter de toute façon.</p>
<h3>Le piège de la société de consommation</h3>
<p>Maintenant que nous avons achevé notre transition démographique et que la population Européenne est stable, il est temps de revenir à des objets durables. Mais il y a quelques soucis.</p>
<p>Le premier souci, c’est qu’on a pris l’habitude de vivre avec de la camelote, entre l’obsolescence programmée des appareils, les textiles qui durent juste le temps que dure la mode, les objets en plastique et les trucs en métal manifestement sous-dimensionnés. On trouve normal d’acheter plusieurs batteries de casseroles dans sa vie. On trouve normal de se racheter des pantalons régulièrement. Et on trouve anormal de payer 200€ pour une cocotte en fonte ou 400€ pour un manteau en laine. Mais c’est parce qu’on n’arrive plus à envisager le long terme. Une cocotte en fonte à 200€ qui dure 100 ans (et encore, je suis pessimiste) vous revient à 2€ par an. Une cocotte premier prix à 30€ vous durera peut-être cinq ans, c’est à dire trois fois plus cher. Et tout est à l’avenant.</p>
<p>L’autre souci c’est qu’on ne sait pas faire de redistribution de richesse autrement que par le travail. Et en plus on y arrive de moins en moins bien. Dans un monde où l’on travaille sans cesse pour refabriquer la camelote qui arrive en fin de vie, on arrive à brasser un peu les richesses. La société de consommation alliée au mode de redistribution capitaliste s’arrange pour que toutes les productions soient consommables pour faire tourner les machines le plus possible. Dans un monde ou chacun n’achèterait de meubles que pour remplacer un lit de deux cents ans ou un bahut de trois siècles, n’achèterait d’appareils électroniques que parce que les soudures sont trop corrodées, n’achèterait de stylos parce que la plume est limée par les pages d’écriture, on travaillerait beaucoup moins. Même les agriculteurs (qui produisent les consommables par excellence) travailleraient moins, puisque chacun travaillant moins pourrait faire son jardin.</p>
<p>Donc, si l’on écoute les économistes, il faudrait continuer à ne produire que du jetable pour éviter le chômage de masse. Tels des millions de Pénélopes, nous détruisons chaque jour le fruit de notre travail de peur d’être baisés par les possédants s’il venait à cesser (le travail).</p>
<h3>Le défi de l’économie stationnaire</h3>
<p>Il faut pourtant mettre fin à cette culture absurde. D’abord parce qu’avec une population stable, il est naturel d’envisager des objets durables. Et surtout parce qu’avec l’état des ressources naturelles et de la planète, il vaut mieux se mettre en chômage partiel que mettre la planète en faillite.</p>
<p>Reste donc la question de la rémunération du chômage partiel. C’est le coeur de la réflexion économique en économie stationnaire (steady-state economy, c’est à dire une économie qui fonctionne sans croissance exponentielle). Et ce sera le sujet d’un autre article.</p>
<h3>Noyer et casse-noix</h3>
<p>Tout ça parce que je viens d’acheter et d’étrenner un casse-noix parfait (en deux exemplaires parce que c’est plus sympa d’être à deux), que j’ai voulu cher pour qu’il soit indestructible et que je puisse le transmettre à chacun de mes fistons.</p>
<p>Ce genre de casse-noix conique ne fait pas d’éclats, préserve les cerneaux, et s’adapte aux différentes tailles de noix. J’ai l’impression que le summum de la technologie est atteint, un peu comme le poêle de masse pour le chauffage ou le <a href="http://www.arpentnourricier.org/vitesse-moyenne-generalisee-de-lavion/">vélo pour le transport</a>.</p>
<p>En un quart d’heure tout seul, j’ai pu décortiquer environ 250g de cerneaux. Une citation d’un article du site <a href="http://monotarcie.blogspot.com/2009/08/sil-fallait.html">monotarcie</a> s’impose :</p>
<blockquote><p>si par conséquent nous mangeons 100 grammes de noix par jour nous avons déjà le tiers voire la moitié de ce dont nous avons besoin quotidiennement… et cela sans faire autre chose que de ramasser les noix et de les ouvrir. pas besoin de cultiver comme nous devons le faire pour le blé et le reste de notre nourriture</p></blockquote>
<p>Avec le noyer du verger d’en bas de la rue, nous avons maintenant une source durable et gratuite de calories, de lipides, de glucides, d’oméga 3 (et de cerneaux pour les salades de l’été). Et il suffit de se baisser, et de s’asseoir un quart d’heure avec le casse noisette en taillant une bavette ou en écoutant les oiseaux.</p>
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		<title>Pas de crises financières dans une économie de don</title>
		<link>http://www.arpentnourricier.org/pas-de-crises-financieres-dans-une-economie-de-don/</link>
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		<pubDate>Mon, 31 May 2010 08:00:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Avant la monnaie, le troc ? On croit souvent que quand la monnaie n’existait pas, la plupart des sociétés recouraient au troc pour les échanges économiques. C’est d’ailleurs l’argument principal en faveur de la monnaie, qui simplifie le troc tout en démultipliant sa portée : en matérialisant la dette et en la rendant échangeable au [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/pas-de-crises-financieres-dans-une-economie-de-don/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Avant la monnaie, le troc ?</h3>
<p>On croit souvent que quand la monnaie n’existait pas, la plupart des sociétés recouraient au <a href="http://www.arpentnourricier.org/pourquoi-pas-un-sel/">troc</a> pour les échanges économiques. C’est d’ailleurs l’argument principal en faveur de la monnaie, qui simplifie le troc tout en démultipliant sa portée : en <a href="http://www.arpentnourricier.org/mon-argent-cest-votre-dette/">matérialisant la dette</a> et en la rendant échangeable au sein du groupe économique sous forme de piécettes de métal, l’argent permet non seulement de ne pas avoir à s’acquitter de la contrepartie de l’échange sur-le-champ, mais aussi de pouvoir s’en acquitter auprès d’une autre personne du groupe économique. Dans une économie de troc, on ne peut échanger que contre quelque chose qu’on a, alors que dans une économie monétaire, on peut échanger contre la promesse de quelque chose qu’on aura plus tard (et qu’on pourra donner à quelqu’un d’autre). </p>
<p>Quand les vendeurs (qui sont de fait des prêteurs) réalisent que finalement la dette ne peut pas être honorée, alors c’est la crise financière : chacun chacune commence à mettre en doute la crédibilité de la dette des uns et des autres (l’argent perd sa valeur), donc personne ne veut plus vendre (accepter une reconnaissance de dette comme paiement), et donc beaucoup cessent de produire (plus rien à vendre) et l’économie s’arrête.<span id="more-998"></span></p>
<h3>Avant la monnaie, le don !</h3>
<p>Mais ceci est faux. Avant l’argent, le troc était peut-être la règle générale pour les marchands (c’est à dire pour des denrées rares et lointaines comme le sel, l’ambre, les pigments), mais pour les échanges quotidiens, le troc était l’exception et le don était la règle.</p>
<p>A force de vivre dans notre société du tout marchand, nous avons fini par nous convaincre qu’il ne peut pas y avoir d’échange qui ne soit pas réciproque. Pourtant il ne faut pas aller chercher bien loin pour trouver des exemples de pratiques immémoriales de don : on n’attend aucune contrepartie quand on élève un enfant ou quand on s’occupe d’une famille. On ne demande pas à un nouveau-né de signer une reconnaissance de dette. Certes, certains parents placent de grands espoirs dans leur progéniture (‘tu seras un grand avocat, mon fils’), mais la plupart des parents veulent simplement le bien de leurs enfants, sans espérer une quelconque contrepartie future.</p>
<p>On retrouve la pratique du don dans le monde de la connaissance et des idées. Et de plus en plus dans l’économie internet, en particulier avec l’essor du logiciel libre.</p>
<h3>L’épargne et le crédit</h3>
<p>L’épargne (et donc le crédit) est le résultat d’une surproduction, quand on a travaillé au-delà de la satisfaction de ses besoins (ou désirs) immédiats. On peut soit stocker ce surplus en nature, comme l’écureuil cache ses noisettes, mais la plupart des gens le thésaurisent sous forme d’investissement.</p>
<p>La valeur de l’investissement, c’est la dette de l’emprunteur. Quand l’économie folle s’efforce de vendre du crédit auprès de populations appauvries en échange de dette, puis réalise que ladite dette ne peut pas être honorée, alors la valeur de l’épargne s’effondre. Le surplus du créancier a fondu comme les noisettes peuvent pourrir. Cela semble naturel, et ça ne serait pas grave si les riches investisseurs se contentaient de se dire ‘bon, tant pis’. Malheureusement, la crise va bien plus loin, et les pauvres sont durement touchés, d’abord quand ils sont pressurés pour que les créanciers récupèrent les miettes qui restent, puis quand l’économie ralentit et qu’ils perdent leur emploi.</p>
<h3>Et si son surplus, on le donnait, tout simplement ?</h3>
<p>Maintenant, essayez d’imaginer que nous n’ayons pas été conditionnés par le modèle marchand, et que nous vivions encore dans l’économie que les humains ont connu pendant la plus grande partie de leur million d’années d’évolution. Dans une telle économie du don, nous n’espérerions rien de spécifique en retour de nos dons.</p>
<p>Si j’ai du surplus, je le donne. Je peux choisir de donner à la personne qui me semble en avoir le plus besoin ou à la cause qui me semble la plus utile. Je réfléchirai à deux fois avant de donner mon surplus aux riches (souvent plus vieux) et il me semblera naturel d’aider les jeunes (souvent plus pauvres), surtout si je me souviens que quelqu’un avait justement fait ça pour moi quand j’étais jeune et pauvre moi-même.</p>
<p>Si je n’attends rien en retour, je ne considère pas que le surplus de mon travail m’appartient, ni qu’il doive m’être rendu (avec intérêt) plus tard. Donc il ne peut pas y avoir de crise financière. Mais la société bénéficiera de mon ‘investissement’ au moins autant que dans notre économie marchande, et je percevrai mon intérêt directement à travers la reconnaissance sociale que j’en retirerai (il y avait des riches avant qu’on invente l’argent), et indirectement à travers la bonne santé de la société à laquelle j’ai contribué.</p>
<h3>Encore faut-il savoir recevoir sans se sentir redevable</h3>
<p>Au-delà de la difficulté qu’il y a à accepter de simplement donner le fruit de mon travail, il y a probablement un obstacle psychologique encore plus dur à vaincre : les gens qui reçoivent mes dons, même de façon répétée, ne devraient pas considérer qu’ils me doivent quoi que ce soit et ne devraient pas se sentir gênés de mes largesses. Dans le monde d’aujourd’hui, seuls les enfants font ça naturellement.</p>
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		<title>Un manant, un arpent</title>
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		<pubDate>Mon, 17 May 2010 20:16:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>kristen</dc:creator>
				<category><![CDATA[économie]]></category>
		<category><![CDATA[permaculture]]></category>
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		<category><![CDATA[décroissance]]></category>
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		<description><![CDATA[A la grosse, il y a dans le monde entre 1.5 et 3.5 milliards d’hectares de terre cultivable. Et on s’attend à ce qu’il y ait environ 10 milliards d’hommes. Il y a donc mathématiquement environ 1500 mètres carrés de terre arable par personne. Chiche. Donnons à chaque personne un droit imprescriptible et incessible sur [...] <a href="http://www.arpentnourricier.org/un-manant-un-arpent/">Lire l&#8217;article complet &#187;</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/jonicdao/2969158752/"><img src="http://www.arpentnourricier.org/wp-content/uploads/2010/05/rice_terrace_by_jonic_dao_on_flickr.jpg" alt="" title="riziere, par jonicdao sur flickr" width="450" height="250" class="aligncenter center size-full wp-image-965" /></a></p>
<p>A la grosse, il y a dans le monde <a href="ftp://ftp.fao.org/agl/agll/docs/wsr.pdf" title="source AO World Soil Resources Report 90">entre 1.5 et 3.5 milliards d’hectares</a> de terre cultivable. Et on s’attend à ce qu’il y ait <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Demographic_transition" title="transition démographique sur wikipedia">environ 10 milliards d’hommes</a>. Il y a donc mathématiquement environ 1500 mètres carrés de terre arable par personne. Chiche.<span id="more-964"></span></p>
<p>Donnons à chaque personne un droit imprescriptible et incessible sur un arpent de terre arable d’une superficie de 1500m². [notes : cette superficie est pondérée par le potentiel du terroir ; les forêts sont exclues de ce partage.] Charge à chacun de la cultiver, de la louer, ou de la laisser en friche. Si l’agriculture intensive est si efficace qu’on le dit, alors le plus rentable pour chacun sera de laisser sa parcelle en fermage à un gros exploitant.</p>
<p>Sinon, on pourra toujours louer sa parcelle (contre des paniers de légumes) à un paysan en AMAP. Dans le cas le plus extrême, chaque famille pourra se replier sur ses terres, et s’y nourrir.</p>
<p>Pour protéger les forêts contre la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Trag%C3%A9die_des_biens_communs" title="article wikipedia sur la tragédie des biens communs">tragédie des biens communs</a>, donnons aussi à chaque famille un bout de forêt, avec interdiction d’y pratiquer des coupes à blanc (surveillance par satellite à la clé).</p>
<p>Il est possible d’échanger, mais pas de vendre, ni de cumuler (donc d’acheter), ni de diviser. Lors d’une succession, une parcelle va à une seule personne (ou retourne en friche s’il n’y a aucun successeur, naturel ou désigné). Ainsi, il n’est pas conseillé de faire plus de deux enfants, puisque si l’aîné et le cadet peuvent prétendre aux parcelles des parents, le troisième enfant devra soit vivre avec l’un d’eux, soit émigrer pour aller coloniser un bout de désert.</p>
<p>En protégeant les manants de la cupidité des puissants, on évite de créer des cohortes de sans-terre et on fait cesser l’exode rural (les populations urbaines ne sont que des paysans sans-terre de nième génération qui ont perdu tout savoir-faire paysan).</p>
<p>En matérialisant la finitude des ressources planétaires au niveau d’une famille, on organise le malthusianisme, la décroissance, la sobriété à l’échelle familiale et non pas à l’échelle des nations ou des classes. La population mondiale ne pourra augmenter qu’en proportion de l’augmentation réelle et durable de la productivité agricole.</p>
<p>Avec un régime <a href="http://www.arpentnourricier.org/bidoche/">essentiellement végétarien</a> et un peu de savoir-faire permaculturel, chacun ne devrait pas consacrer plus de quelques heures par jour à son lopin, ce qui laisserait du temps pour une <a href="http://www.arpentnourricier.org/le-reve-de-jefferson-et-rousseau/">autre activité économique</a>. Ce ne serait donc pas un retour à une société purement agraire.</p>
<p>Une autre conséquence de la faible surface par famille, c’est qu’on se retrouverait avec des densités de population assez élevées pour susciter ladite activité économique, mais assez faibles pour permettre la coexistence des hommes et de la biodiversité.</p>
<p>On n’insiste jamais assez sur les mérites des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9forme_agraire">réformes agraires</a> du passé — quand elles ont été durables, p.ex. à Taiwan, en Corée, au Japon — pour réduire les injustices et sortir un pays de la misère. Il est temps de trouver un moyen de rendre ces réformes agraires pérennes pour qu’on n’ait pas besoin de recommencer tous les cinquante ou cent ans.</p>
<p>(Bien entendu, cette proposition est parfaitement utopique et bourrée de failles — vous pouvez vous lâcher dans les commentaires…)</p>
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