Broyat de chutes de scierie en couvre-sol

Un revêtement de sol naturel, sain, beau, et gratuit.

Le sol de ma cour, et le pro­jet initial

Le sol de ma cour (voir ar­ticle pré­cé­dent), en­touré sur trois cô­tés et demi par la bâ­tisse, est to­ta­le­ment dé­gradé. Le socle ro­cheux de plaques de schistes ap­pa­raît çà et là. Les nom­breux pas­sages de vé­hi­cules et les gra­vats de chan­tier on fini de rendre l’endroit par­fai­te­ment in­culte, sauf au pied des murs où abondent les orties.

sol dégradé dans ma cour

Cette cour doit de­ve­nir le coeur de la mai­son en été, l’endroit où l’on mange, où les en­fants jouent, où l’on cui­sine sur le bar­be­cue ; et pour l’instant, c’est un dé­sert de boue, de gra­viers, de frag­ments de lauzes, de touffes d’herbes maigre et de pieds de pour­pier. Au dé­but, notre in­ten­tion était de dal­ler le sol à la chaux ou au ci­ment, peut-être faire une sorte de bé­ton lavé (le bé­ton où l’on voit ap­pa­raître les gra­viers en sur­face, à la ma­nière de cer­taines dalles de ter­rasse), éven­tuel­le­ment avec des mo­tifs en ga­lets, à la ma­nière des ca­lades du midi.

Les dé­fauts de la dalle

Plu­sieurs choses me gê­naient dans ce projet :

  • le ca­rac­tère dé­fi­ni­tif de la dalle né­ces­si­tait de fi­nir tout le reste avant la mise en oeuvre — il fal­lait donc faire l’escalier/perron d’accès à la porte de la cui­sine, le pied de mur des fu­tures baies vi­trées du préau, pré­voir des ca­ni­veaux d’évacuation des eaux de pluie (nous n’avons pas de gout­tières), pré­voir les jar­di­nières au pied des murs, pour­suivre la tran­chée de drai­nage des eaux d’infiltrations de la dalle de la grande pièce. Cela fai­sait beau­coup de tra­vail avant de pou­voir en­fin dis­po­ser d’un es­pace ha­bi­table dans cette cour.
  • on vou­lait faire une dalle à la chaux, mais la ré­sis­tance au­rait été par­fai­te­ment in­suf­fi­sante pour sup­por­ter le poids d’un vé­hi­cule. Or tant que les tra­vaux ne sont pas fi­nis, et même par la suite, il semble im­por­tant de pou­voir mé­na­ger un ac­cès pour un four­gon, notre voi­ture, ou même un ca­mion benne li­vrant du sable ou des gra­viers. Il au­rait alors fallu faire une dalle en bé­ton armé d’une bonne épais­seur, et cela n’était pas du tout dans nos goûts.
  • une telle dalle ac­cu­mule beau­coup de cha­leur en été, ce qui au­rait un peu di­mi­nué l’intérêt du ca­rac­tère om­bragé de la cour après 14h, et il au­rait fallu ar­ro­ser pour prendre le café au frais. Une telle dalle ac­cu­mule beau­coup de froid en hi­ver, ce qui au­rait un peu di­mi­nué l’intérêt du ca­rac­tère abrité de la cour pen­dant les nuits froides, et il au­rait fallu sa­ler pour évi­ter les glissades.
  • une dalle bien blanche et bien lisse né­ces­site de pas­ser le ba­lai après un petit-déjeûner, voire un coup de jet pour les taches de confi­ture, ainsi qu’un coup de kär­cher tous les deux ans.

Je crois que c’est en vi­si­tant une aire de jeux pour en­fants où le sol était cou­vert de co­peaux de bois que nous avons eu l’idée d’oublier la dalle en dur pour mettre du broyat de chutes de scie­rie à la place.

Les planchettes-chutes de scie­rie broyées

Il y avait en ef­fet au jar­din un tas de longues plan­chettes dont je ne sa­vais que faire. Ces plan­chettes avaient été li­vrées en mé­lange avec les dosses de sciage qui me servent de bois de chauf­fage de­puis deux ans. Elles cor­res­pondent à ce qui est ex­purgé quand les scieurs avivent les planches. Elles sont prin­ci­pa­le­ment consti­tuées d’au­bier (la par­tie plus tendre et plus jeune, celle que les cham­pi­gnons et les vrillettes at­taquent en prio­rité). Elles font gé­né­ra­le­ment 2 à 3 cm d’épaisseur, 2m50 de long et deux à quinze cen­ti­mètres de large.

le tas de chutes de scierie

chutes d'avivage

Je me suis alors dit que si j’arrivais à broyer ces chutes, non seule­ment je me dé­bar­ras­se­rais d’un tas dis­grâ­cieux, mais en plus je pour­rais en faire un re­vê­te­ment de sol par­fait pour la cour. Ce sol se­rait par­fai­te­ment mo­du­lable dans l’éventualité de fu­turs tra­vaux, ré­sis­tant aux roues d’un ca­mion, pas sa­lis­sant, lu­dique, frais l’été et chaud l’hiver. Il ab­sor­be­rait les eaux de pluie. Il amor­ti­rait même le re­bond des gouttes qui tombent du toit, évi­tant de trop mouiller le pied des murs. Le drai­nage de la cour se­rait as­suré sans un jeu com­pli­qué de ca­ni­veaux, la tran­chée de drai­nage cen­trale ser­vant d’unique sys­tème d’évacuation (et un jour, de récupération).

Pour évi­ter d’amener trop de co­peaux dans la mai­son, je me pro­po­sais de fa­bri­quer un che­mi­ne­ment en caille­bot­tis, que l’on po­se­rait sim­ple­ment à la surface.

Ce sys­tème au­rait l’immense mé­rite de pou­voir être changé si ja­mais il ne conve­nait pas, ou bien de pou­voir être re­nou­velé au be­soin, les dé­chets ser­vant tout sim­ple­ment comme paillage au jar­din (au contraire des gra­vats d’une dalle en bé­ton armé).

Quel broyeur ?

Pour broyer telles quelles les chutes de scie­rie, il fau­drait un gros broyeur ther­mique, donc cher. Au dé­but, j’imaginais louer les ser­vices de quelqu’un ou louer un tel broyeur, pas­ser tout mon tas, et en res­ter là, sans ache­ter de broyeur. Mais l’envie d’indépendance a primé, et à l’occasion d’une taille de haie chez ma belle-mère, j’ai acheté un pe­tit broyeur élec­trique de jar­din, pour 200€, soit-disant ca­pable d’avaler des dia­mètres de 4cm.

broyeur-gardena-GH2000

En réa­lité, en fait de ra­meaux de 4cm, il ne passe que ceux de su­reau. Pour les es­sences dures, c’est plu­tôt 3cm. Et quand le bois est sec, la li­mite est plu­tôt à 2cm. Mais bon, c’est déjà ça.

Com­ment je m’y prends

Cela dit, pour faire les quelques mètres cube né­ces­saires pour re­cou­vrir toute la cour de 5cm de co­peaux, cela de­mande pas mal de tra­vail. En ef­fet, il me faut dé­li­gner les planches en lar­geurs de 2cm à la scie cir­cu­laire avant de les pas­ser au broyeur. Pe­tite sub­ti­lité sup­plé­men­taire : contrai­re­ment à des branches na­tu­relles, ces tas­seaux que je broie n’ont pas de ra­meaux par les­quels on ter­mine de pous­ser dans l’ouverture du broyeur, et qui fi­nissent par être broyés un peu n’importe com­ment quand il faut bien lâ­cher. Si je laisse les vingt der­niers cen­ti­mètres de mes tas­seaux vivre leur vie entre la gou­lotte et les cou­teaux sans que je puisse les gui­der, ils peuvent ar­ri­ver à se mettre en tra­vers et tout blo­quer. La sub­ti­lité consiste en fait à ne pas broyer les vingt der­niers cen­ti­mètres : dès qu’il ne reste plus qu’un pe­tit bout qui dé­passe de la gou­lotte, plu­tôt que de lâ­cher et prier pour que ça ne bloque pas, je re­tire ce qui reste, et je le jette dans ma caisse à chutes de me­nui­se­rie (des­ti­nées au feu). Ainsi, je me pré­mu­nis contre les bour­rages, et je fais plein de pe­tit bois.

A rai­son d’une caisse de 50 litres en une demi-heure, cela met la cour à 15 heures de travail.

On peut consi­dé­rer que c’est net­te­ment moins que le temps que j’aurais passé à faire une dalle en bé­ton. Mais ça reste beau­coup, et si j’ai une oc­ca­sion de faire ve­nir un gros broyeur et pas­ser tout mon tas en une seule fois, je pense que j’en profiterai.

paillage en broyat de chutes de scierie

Pour l’instant, j’ai juste mis au point la tech­nique, et les pre­mières caisses de broyat ne sont pas al­lées à la cour mais en paillage pour les arbres frui­tiers, pour les jar­di­nières, pour la planche de potager.

La suite avant l’été…

Les grands es­prits se rencontrent

Après avoir eu cette idée de broyat de chutes de scie­rie pour la cour et en paillage, je suis tombé sur un pod­cast (je cois qu’il faut dire une ba­la­do­dif­fu­sion) du Land Ste­ward­ship Pro­ject –une as­so­cia­tion du Min­ne­sota– à pro­pos d’une ferme en per­ma­cul­ture où le fer­mier uti­li­sait sys­té­ma­ti­que­ment ces chutes broyées en paillage. D’après la des­crip­tion, il s’agit exac­te­ment des mêmes chutes, celles qui res­tent quand on avive les planches.

dosses et chutes d'avivage

Mais lui avait choisi d’acheter un gros broyeur. On ne tra­vaille pas à la même échelle.

Autre uti­li­sa­tion du broyeur

Entre-temps, j’ai trouvé une autre uti­li­sa­tion pour le broyeur, pour une va­leur ajou­tée dé­cu­plée : le bois ra­méal frag­menté.

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Liens ex­ternes

Les jar­dins de BRF
Land Ste­ward­ship Pro­ject (en anglais)