Bienvenue aux locataires du tracteur à poules
Trois poules et un coq de race Orpington pour désherber mon potager
Première étape : l’hébergement
La première étape, c’était le tracteur à poules. Une fois construit ce poulailler (mobile, sans fond), je pouvais enfin laisser libre cours à ma vieille envie d’avoir des poules au jardin.
Difficile de trouver des poules par internet
La deuxième étape, c’était de trouver des poules. J’avais quelques critères. Je voulais des poules de race un peu ancienne, éventuellement un peu moins productives que les machines à pondre dégénérées issues des sélections de l’industrie agro-alimentaire, mais plus à même de se maintenir en bonne santé sans qu’il faille leur administrer trop de poisons. Je voulais des poules qui sachent manger de l’herbe, gratter le sol, picorer les limaces. Je voulais des poules qui sachent couver, pour n’avoir pas à commander des poussins à chaque fois. Je voulais enfin des poules ayant une certaine allure, pour allier l’agréable à l’utile.
Seulement voilà. Il n’existe pas de circuit commercial pour de telles poules. Pas d’Amazon de la poule naine, livrée en colissimo sous 48 heures. J’ai donc commencé à chercher sur internet d’une part, et à en parler autour de moi. En vain. Ces poules anciennes sont essentiellement la passion d’amateurs qui sont particulièrement absents d’internet par rapport à leurs confrères anglo-saxons. J’ai bien trouvé un site d’une association aveyronnaise, mais le téléphone et le mail ne répondaient pas. Je ne savais pas par quel bout entrer dans ce circuit.
Les exposants des foires avicoles
Et puis il y a eu la foire avicole à Baraqueville, à vingt minutes de l’arpent. Pas de chance, je devais justement être absent ce week-end là. Mais la foire me donnait un premier point d’entrée. En téléphonant à la mairie de Baraqueville, j’ai eu les coordonnées du président de l’association organisatrice. Et de fil en aiguille, j’ai fini par trouver un éleveur à qui il restait des poules, et qui n’habitait pas trop loin.
Sinon, il m’aurait fallu aller jusqu’à Millau (1h30 de route) pour la foire avicole là-bas.
Un matin de début Mars, j’avais donc rendez-vous avec mes futures poules et leur futur ex propriétaire. Dans le fourgon, le fiston et quelques cartons. Dans le poulailler, quatre oiseaux qui n’étaient visiblement pas au courant de la transaction, et qui durent se faire prier pour rentrer dans les boîtes. L’une d’entre elle a même réussi à s’échapper du carton quand nous nous apprêtions à y fourrer deux autres, et à s’envoler sur son perchoir à 2m de haut, quasi hors de notre portée. Mais une fois enfermés dans le noir, les volatiles furent particulièrement stoïques, et le transport jusqu’au fourgon fut très facile.
Le prix de la transaction: 60€, ce qui met la poule naine de race Orpington noire à 15€ le kilo. Je trouve ça extrêmement raisonnable. Surtout quand on considère que je ne compte pas manger ces poules mais les utiliser comme motoculteur. Si vous connaissez un motoculteur à 60€ qui fonctionne aux céréales et aux déchets de cuisine, appelez-moi.
L’arrivée dans les locaux
A l’arrivée, nous avons transféré les cartons dans le tracteur à poules, puis nous les avons ouverts, prenant grand soin de barrer la sortie. Pas question de laisser une poule désorientée se perdre dans la nature. Cela dit, les volatiles sont apparemment moins véloces dans leur fuite que des chats — les seuls animaux dont nous ayons vraiment l’habitude — et au bout de dix minutes, les bestioles n’avaient pas quitté le fond de leurs cartons respectifs, bien que grand ouverts.
Nous avons alors pris l’initiative de retirer les cartons tout-à-fait, et les animaux un peu réticents furent bien obligés de découvrir leur nouvelle maison. Après une brève tentative de pousser le grillage, le coq s’est rapidement mis à grignoter les brins d’herbe, puis gratter le morceau de taupinière, puis picorer le seigle que j’avais disposé dans une coupelle à même le sol. Les poules lui emboîtèrent bien vite le pas, et la famille Orpington eut bien vite l’air d’avoir pris ses marques.
Les quartiers de nuit
Le soir toutefois, les animaux n’avaient pas découvert les perchoirs au-dessus de leurs tête, et se sont blottis tous les quatres dans un coin du rez-de chaussée, les pieds dans la coupelle de seigle. L’endroit n’était à l’abri ni du vent ni de la pluie, et j’avais un peu pitié. Même manège le lendemain. Le soir suivant, alors que les bourrasques de vent du nord et les averses de neige mouillée mettaient les volatiles à rude épreuve, j’installai une torche électrique dans les étages, éclairant les quartiers de nuit, dans l’espoir de mettre la puce à l’oreille aux poulettes. Mais après le dîner, quand je suis retourné les voir, elles n’avaient pas bougé d’un pouce.
J’ai alors décidé de prendre l’affaire en main ; au sens propre : je suis rentré par la trappe, rampant sous les perchoirs, jusqu’au coin où les poules étaient blottis. J’ai pris la première dans mes mains (rendez-vous compte, c’était la première fois que je touchais une poule !) et je l’ai hissée à l’étage, dans le ‘nid’ que j’avais agrémenté le matin d’une couche de rubans de carton ondulé (qui avaient servi de protection dans un carton de livraison de matériel informatique). J’avais peur de l’esclandre, mais seuls quelques gloussements répondirent à mon intervention. Les animaux étaient peut-être passablement assoupis. La poule ne redescendait pas, et encouragé par ce succès, j’ai successivement monté une autre poule, le coq, puis la dernière poule –en fait, dans l’ordre où ça venait– sans susciter davantage qu’un petit caquètement de principe.
Je me suis alors reculé, attendant de voir si tout le monde attendait la première occasion pour redescendre (comme tout chat qui se respecte aurait fait). Mais tout le monde est resté sagement blotti dans le nid. Je suis sorti de la cage, j’en ai fait le tour, et j’ai ouvert la petite trappe à oeufs pour voir le tas de poules de plus près : tout avait l’air en ordre.
Le lendemain matin au lever du jour, le coq ainsi qu’une poule étaient en bas en train de manger, une autre était sur un perchoir qu’elle avait dû découvrir toute seule, et la dernière poule toujours dans le nid. J’en ai conclu qu’elles avaient dû dormir là haut.
Le soir, je suis allé voir si elles avaient retenu la leçon. Trois animaux étaient perchés, mais une poulette était restée en bas, dans le même coin où la famille avait dormi les soirs précédents. A nouveau, je suis rentré et je l’ai montée. Apparemment, elle a bien retenu la leçon, et depuis, le rez-de-chaussée du tracteur à poules se vide un peu avant le coucher du soleil, et si l’on entrouvre la trappe du côté des nids, on peut voir toute la petite famille blottie bien au chaud.
Lire aussi
Les articles sur le tracteur à poules
Liens externes
Un site assez complet sur les races de poules naines
Un site anglais spécialiste de la race
Podcast de l’émission Terre à Terre, sur l’industrie de la volaille et la grippe aviaire


Bonjour, j’habite en suisse et j’ai aussi vraiment des problèmes pour trouver des anciennes races de poules. J’ai beau chercher et chercher sur internet mais en vain.¨Bonne chance et merci pour le site. m