Bienvenue à Mirabelle

La petite princesse à cornes

Pour ceux qui n’ont pas suivi les épi­sodes pré­cé­dents, j’avais an­noncé notre in­ten­tion d’avoir une chèvre, puis j’avais mon­tré les pho­tos de fa­mille de l’élue.

Il y a trois se­maines, je suis allé avec le co­pain dans son pré du bout du vil­lage pour ten­ter d’attraper la pauvre bête et l’arracher à sa fa­mille pour pou­voir la sé­ques­trer dans mon jar­din, at­ta­chée à un pi­quet. Elle ne se dou­tait pas en­core du sort qui lui était ré­servé, et pour­tant il a fallu ru­ser pour ar­ri­ver à la sai­sir. Je l’ai en­suite ra­me­née à pied chez moi dans mes bras, les pattes en l’air pour qu’elle soit plus calme (ou tel­le­ment déso­rien­tée et pa­ni­quée qu’elle n’ose plus rien dire).

Je lui avais fait une pe­tite niche en sciant une par­tie du vieux trac­teur à poules (ce­lui qui était in­dé­pla­çable tel­le­ment il était lourd), je l’ai at­ta­chée au pi­quet avec une corde d’escalade, et elle a passé une bonne nuit. Elle était en­core bien crain­tive le len­de­main, et dès qu’on s’approchait un peu trop ou qu’on fai­sait un geste brusque, elle s’enfuyait à toute vi­tesse jusqu’à ce que sa corde la re­tienne. Se­lon que sa course était tan­gen­tielle ou ra­diale, elle par­tait en vi­rage serré ou en ga­li­pette. J’ai l’air d’en rire, mais ça fai­sait peine à voir et j’avais peur qu’elle s’étrangle. Je suis donc allé lui ache­ter un har­nais (de chien) pour rem­pla­cer son collier.

Tout avait l’air de bien se pas­ser, je je­tais un oeil de temps en temps sans trop in­ter­ve­nir pour ne pas trop la stres­ser le temps qu’elle s’habitue un peu au jar­din, au har­nais et à la corde, mais quand je suis ren­tré de l’école avec mon fils, elle avait dis­paru. Le noeud qui était du côté du mous­que­ton ac­cro­ché à l’anneau du har­nais s’était dé­fait. Dans ma liste des in­con­vé­nients d’avoir des ani­maux, je classe la battue-pour-retrouver-une-bête-échappée parmi le top 10. Je me voyais déjà cou­rir jusqu’à la nuit dans les bois et les haies der­rière une chèvre per­due et pa­ni­quée que je n’aurais au­cune chance de ra­me­ner chez moi, vu qu’elle n’avait pro­ba­ble­ment pas gardé un su­per sou­ve­nir de mon jardin…

Heu­reu­se­ment que sa fa­mille ha­bi­tait pas loin. Elle a peut-être d’abord suivi les bê­le­ments des bre­bis de la voi­sine, qui l’on at­ti­rée dans la bonne di­rec­tion, et de là elle a pu re­con­naître le che­min de chez elle. Comme j’espérais ar­dem­ment qu’elle ait eu cette idée, je suis allé di­rec­te­ment voir là-bas. Et j’ai été très sou­lagé de l’y voir, tran­quille parmi les siens, pa­ra­dant de­vant ses frères et soeurs avec son beau har­nais à chien.

Je me suis dit que j’allais la lais­ser quelques jours là-bas, qu’elle ou­blie un peu cette jour­née et qu’elle s’habitue à por­ter un har­nais. Entre les dispo du co­pain et les miennes, les quelques jours sont de­ve­nus trois se­maines. Elle fut plus fa­cile à at­tra­per grâce au har­nais qui fai­sait des poi­gnées in­té­grées. Il était temps : elle avait tel­le­ment grandi que le har­nais com­men­çait à la serrer.

Je l’ai à nou­veau por­tée jusqu’à chez moi, j’ai rem­placé la corde par quelque chose de plus lé­ger. J’ai sur­tout rem­placé les noeuds de nase par des vrais noeuds (noeud de chaise avec un noeud d’arrêt).

Vingt-quatre heures plus tard, elle est tou­jours là, elle vient man­ger dans ma main, elle ne tire plus sur sa corde, elle a bien pigé que la niche c’est pour elle, et elle a un nom : Mi­ra­belle. Et pour un ani­mal, avoir un nom, c’est la meilleure ga­ran­tie contre la bou­che­rie.