Allez vous coucher — maintenant

Technologie moderne et privation de sommeil

la sieste du chat

Pro­po­si­tion 1

N’avez-vous ja­mais constaté com­bien les en­fants peuvent être gen­tils et sages le ma­tin, puis de­ve­nir pro­gres­si­ve­ment odieux à me­sure que s’écoule la jour­née ? Un en­fant fa­ti­gué de­vient un ty­ran ir­ra­tion­nel qui ne sait que crier et pleur­ni­cher, al­ter­nant entre les bê­tises exal­tées et les hur­le­ments ca­pri­cieux. A tel point qu’un ob­ser­va­teur ex­té­rieur ne sau­rait pas voir que ce dé­mon est le même en­fant que l’ange qu’il était en­core quelques heures plus tôt.

N’êtes-vous pas d’accord que la fa­tigue a le même type d’influence sur nos per­son­na­li­tés d’adultes, en éro­dant nos meilleurs traits et ne lais­sant que nos angles ai­gus ? Quand nous sommes fa­ti­gués, nous sommes moins clair­voyants, moins pa­tients, moins al­truistes, moins op­ti­mistes, moins conci­liants, moins calmes…

Pro­po­si­tion 2

Quand l’électricité n’était même pas en­core de la science-fiction et les chan­delles étaient si chères, seuls les riches pou­vaient se cou­cher tard le soir. A part les soirs de fêtes et de veillées, tous les autres se cou­chaient peu après la tom­bée de la nuit et se le­vaient peu avant le le­ver du jour. En France, cela de­vait re­pré­sen­ter au moins onze heures de som­meil l’hiver, et pro­ba­ble­ment sept heures au­tour du sol­stice d’été, com­plé­men­tées par une sieste puisque sans la clim on ne pou­vait pas faire grand chose d’autre aux heures chaudes.

Le XXe siècle a suc­ces­si­ve­ment in­tro­duit la lu­mière élec­trique, le café, la télé et le stress, les quatre en­ne­mis de notre nuit de som­meil. Entre 1960 et aujourd’hui, la du­rée moyenne du som­meil aux Etats-Unis a fondu de deux heures. En France, “en 50 ans, il a été ob­servé, à par­tir d’études scien­ti­fiques et d’enquêtes sur le som­meil, une ré­duc­tion du temps de som­meil de 1 heure 30 en­vi­ron sur 24 heures. (INSV)” Je me sou­viens d’une époque loin­taine où le film du soir com­men­çait à 20h30, et main­te­nant ra­re­ment avant 21h. Ap­pa­rem­ment, en moins d’un siècle, la du­rée de notre som­meil (en moyenne tous âges confon­dus) est pas­sée de plus de neuf heures par nuit à moins de sept heures, et la ten­dance est en­core plus pro­non­cée dans les villes.

Théo­rème

La pri­va­tion de som­meil in­duite par la vie ‘mo­derne’ est en train de tous nous trans­for­mer en ty­rans ir­ra­tion­nels qui ne savent que crier et pleur­ni­cher, al­ter­nant entre les bê­tises exal­tées et les hur­le­ments ca­pri­cieux — sur­tout en ville.

Dé­mons­tra­tion

Tri­viale à par­tir des pro­po­si­tions 1 et 2

Co­rol­laire 1

La crois­sance du som­meil a pro­ba­ble­ment plus d’effet sur le bon­heur col­lec­tif que la crois­sance du PIB. Et les deux sont an­ta­go­nistes. J’ai fait mon choix.

Co­rol­laire 2

Je­tez votre télé, n’allumez pas la lu­mière quand la nuit tombe, et al­lez vous cou­cher — main­te­nant. Vous me re­mer­cie­rez demain.

Quelques ré­fé­rences

PS — s’il vous reste deux minutes

J’ai re­fait la page ‘à pro­pos’, avec une photo.