Adieu poules, chèvre, chevreau

Les animaux et l'astreinte

poulette

Les tech­niques de jar­din en per­ma­cul­ture sont ré­pu­tées peu gour­mandes en temps. En fai­sant tra­vailler pour nous les or­ga­nismes du sol (pour aé­rer le sol, li­bé­rer la fer­ti­lité, re­te­nir l’eau) et quelques ani­maux do­mes­tiques (pour ré­gu­ler les po­pu­la­tions de bé­bêtes, pour en­tre­te­nir une prai­rie, pour se dé­bar­ras­ser des fruits tom­bés), on s’économise ef­fec­ti­ve­ment pas mal de travail.

Ce­pen­dant, il faut pré­ci­ser que le seul ani­mal qui ne de­mande au­cun tra­vail est un ani­mal sau­vage. Tous les ani­maux do­mes­tiques dé­pendent de nous d’une fa­çon ou d’une autre, et même si on ar­rive à ré­duire ce temps in­tel­li­gem­ment, il reste tou­jours une no­tion d’astreinte rou­ti­nière qui re­pré­sente un vrai poids, en par­ti­cu­lier pour les gens qui tra­vaillent à l’extérieur, et à for­tiori s’ils ont de jeunes en­fants (qui ont une cer­taine ten­dance à ac­ca­pa­rer toute notre disponiblité).

Je vais prendre l’exemple de mes poules et de ma chèvre, qui sont res­pec­ti­ve­ment don­nées de­puis juillet et de­puis hier, pour la rai­son que l’astreinte as­so­ciée nous était de­ve­nue trop pesante.

La chèvre

La chèvre (naine) et la pe­tite che­vrette née au prin­temps étaient soit en li­berté dans l’enclos du ver­ger, soit à l’attache au jar­din. Quand je dis à l’attache, en fait seule la mère était at­ta­chée, par une cor­de­lette ny­lon de 5 mètres entre son har­nais de chien et la barre à mine qui me sert de pi­quet mo­bile, tan­dis que la fille était en li­berté mais ne s’éloignait ja­mais à plus de quelques mètres de la mère.

Les chèvres se nour­rissent toutes seules. Il y a toute l’année as­sez à man­ger par terre ou dans la haie, et il me suf­fit de dé­pla­cer le pi­quet pour qu’elles soient contentes. De temps en temps du foin si j’ai fau­ché, mais vrai­ment il n’y avait rien d’obligatoire. Le soir, elles se ren­traient toutes seules, soit dans l’abri du ver­ger, soit dans leur niche (mo­bile) au jar­din. Pour la pro­preté, je n’ai qu’à chan­ger la li­tière de l’abri du ver­ger deux ou trois fois par an, et quand elles sont au jar­din, il n’y a rien à net­toyer. Pour les soins (taille des ongles es­sen­tiel­le­ment), on peut faire ça quand on y pense et qu’on a un peu de temps.

Reste la bois­son : sur­tout en ce mo­ment qu’il fait si chaud, je dois rem­plir leur abreu­voir deux fois par jour. Or je ne suis pas là deux fois par jour. Et par­fois ma femme non plus. A tel point qu’au dé­but de l’été quand la chèvre était au ver­ger loin des yeux et loin du coeur, c’est la voi­sine qui a pris l’initiative de lui re­mettre de l’eau car nous ou­bliions ré­gu­liè­re­ment notre devoir.

En­core on de­vrait pou­voir s’épargner l’astreinte de la bois­son en ins­tal­lant un abreu­voir au­to­ma­tique re­lié au ré­seau d’eau. Mais pour des chèvres qui doivent don­ner du lait, il reste l’astreinte de la traite, in­com­pres­sible. Et dans tous les cas, la chèvre est un ani­mal gré­gaire qui dé­prime si on le laisse seul, et qui s’ensauvage s’il rest en trou­peau sans contact humain.

Ainsi donc voici un ani­mal qui ne me ré­clame pas plus de 5 mi­nutes de tra­vail par jour, mais dont il faut s’occuper deux fois par jour, à des heures déjà mal­heu­reu­se­ment très char­gées (avant l’école, avant le dodo).

Dans l’idéal, il fau­drait des chèvres col­lec­tives, qu’on se par­tage à plu­sieurs foyers, avec un tour de traite, pour n’avoir l’astreinte qu’un jour par se­maine. On pour­rait aussi col­ler toute l’astreinte sur le dos d’un seul mal­chan­ceux qui fe­rait ça à plein temps et qu’on ap­pel­le­rait éle­veur et en­suite on lui achè­te­rait son fro­mage, mais c’est pas très cool pour lui — ça m’étonnerait que ça puisse fonctionner.

Les poules

Les poules me ré­cla­maient en­core moins de soins. Elles ont as­sez d’eau pour plu­sieurs jours en hi­ver et au moins deux jours en été. Elles ont du grain pour trois se­maines. A l’abri dans leur trac­teur à poules, elles n’ont pas be­soin qu’on les rentre ou qu’on leur ouvre.

En vrai, je pou­vais donc me conten­ter d’aller voir les poules tous les deux ou trois jours, dé­pla­cer le trac­teur à poules et prendre les oeufs. En l’occurrence, la contrainte était très tolérable.

C’est plu­tôt que le jeu n’en va­lait pas vrai­ment la chan­delle. En ef­fet, nos trois poules nous don­naient au mieux deux oeufs par jour, ce qui cou­vrait ra­re­ment la consom­ma­tion du foyer. Moyen­nant quoi nous ache­tions au mar­ché des oeufs aux amis qui nous ven­daient le grain bio jus­te­ment pour nos poules. A ce compte-là, au­tant leur ache­ter tous les oeufs et s’économiser du souci.

Par ailleurs, il faut dire que je n’ai ja­mais réussi à em­ployer le trac­teur à poules pour tra­vailler le sol de fa­çon utile. Quand je lais­sais le pou­lailler mo­bile long­temps au même en­droit en es­pé­rant que les poules grat­tassent et désher­bassent, tout ce que j’en re­ti­rais était un carré d’herbe cou­chée et quelques cra­tères, avec toutes les dé­jec­tions concen­trées dans un coin (sous les per­choirs) : rien d’idéal pour se­mer der­rière. Alors je me conten­tais de dé­pla­cer le pou­lailler sou­vent pour li­mi­ter les dé­gâts. En­fin, comme on leur don­nait les dé­chets de cui­sine, mais qu’elles n’en man­geaient qu’une par­tie, on re­trou­vait sou­vent des éplu­chures dans la pe­louse après avoir dé­placé le poulailler.

Donc si l’on fait sco­lai­re­ment la liste de ce que consomment les poules et de ce qu’elles me donnent, on est très loin des liens mul­tiples, croi­sés et bé­né­fiques que prône la permaculture.

J’envisage de ra­voir des poules plus tard si j’ai moyen de mettre en place le sys­tème suivant :

  • Un pou­lailler fixe auto-sécurisé où les poules se rentrent toutes seules à l’abri des prédateurs
  • Un en­clos as­sez vaste pour qu’il y pousse et y vive as­sez à man­ger pour les poules toute l’année sans qu’il faille leur don­ner du grain ve­nant de l’extérieur
  • Un en­clos en pente qui fait qu’à force de grat­ter les dé­chets de cui­sine et la paille tout en chiant de­dans, les poules fa­briquent du com­post qu’on peut sim­ple­ment ré­col­ter en bas de la pente
  • Un en­clos qui com­mu­nique avec le ver­ger pour que les poules puissent man­ger tous les vers des pommes tombées
  • Even­tuel­le­ment, un trac­teur à poules pour y exi­ler de temps en temps quelques (grosses) poules en sur­con­cen­tra­tion pour vrai­ment grat­ter une butte

Et les vacances

Le point le plus dur dans la ques­tion de l’astreinte ani­ma­lière dans un jar­din per­ma­cul­tu­rel est ce­lui des va­cances. Si l’on doit s’absenter long­temps, avoir des ani­maux im­pose d’avoir des voi­sins bien­veillants (et qui ne partent pas en va­cances en même temps). Ou bien de pou­voir prê­ter la mai­son à des gens qui vont s’en oc­cu­per. D’ailleurs, bien que nous n’ayons plus que les chats, je suis tou­jours in­té­ressé pour trou­ver des gens à qui la prê­ter en va­cances — avis aux amateurs.

Pour conti­nuer la lecture…

  • Tous les ar­ticles sur les http://www.arpentnourricier.org/tag/poules/
  • Tous les ar­ticles sur le trac­teur à poules
  • Tous les ar­ticles sur les ani­maux