Achat collectif d’un broyeur de branches

Un broyeur Jean-Pain à 300€ pour faire du BRF

achat collectif d'un broyeur Jean Pain

Ne plus rien brûler

On ne brûle plus les dé­chets de taille. Le feu, ou­til prin­ci­pal de l’agriculteur et même du chas­seur de­puis des mil­lé­naires, est en passe d’être banni de nos pra­tiques agri­coles au bé­né­fice de la di­ges­tion. Plu­tôt que l’énergie conte­nue dans la ma­tière or­ga­nique serve à chauf­fer l’air ex­té­rieur et que ses nu­tri­ments soient dé­gra­dés puis em­por­tés dans l’air sous forme de gaz plus ou moins toxiques ou de par­ti­cules, ou bien les­si­vés dans l’eau pour tous les mi­né­raux so­lubles, on pré­fère main­te­nant que ce soit la vie qui pro­fite de tout ça : panse des ru­mi­nants ou bac­té­ries ther­mo­philes du tas de com­post, cham­pi­gnons du sol, vers de terre, et tous ces mi­crobes du sol qui sont la flore in­tes­ti­nale de no­tre­pla­nète. Tout ça pour ac­croître la fer­ti­lité de nos sols et évi­ter l’érosion. Car avant d’être mé­ca­nique (ac­tion du vent et de la pluie, comme on nous l’enseigne en CM1), l’érosion est d’abord nu­tri­tive : un sol mal nourri et mal­mené perd sa co­hé­sion et à chaque orage perd des mor­ceaux comme un lépreux.

Le BRF et le com­post de brous­sailles sont un ex­cellent ou­til pour re­don­ner de la struc­ture à nos sols. Mais s’il est fa­cile d’y mettre le feu, c’est une autre paire de manches quand il faut broyer les branches is­sues de chan­tiers de taille de haies ou les brous­silles, avec à la clé du ma­té­riel plus lourd qu’une boîte d’allumettes.

J’avais il y a quelques an­nées acheté un pe­tit broyeur d’entrée de gamme pour dé­cou­vrir le BRF. Force m’a été de consta­ter que dès qu’on veut broyer autre chose que de jeunes ra­meaux pas plus gros que le pouce, ce broyeur est de peu d’utilité. Je l’ai donc donné à un co­pain qui n’a qu’un tout pe­tit jar­din. Et de mon côté, j’ai trop sou­vent l’utilité d’un broyeur et pour de trop pe­tits vo­lumes pour qu’il soit ren­table de re­cou­rir à un pres­ta­taire ou bien de louer un gros broyeur.

Mise en place du collectif

Je m’apprêtais à ache­ter un truc un peu plus gros à 700 ou 1000€ quand j’ai eu l’occasion de par­ti­ci­per à une ini­tia­tive sa­lu­taire. Un ama­pien des en­vi­rons lan­çait l’idée d’acheter en col­lec­tif un bon pe­tit broyeur ther­mique. En trou­vant une ving­taine de par­ti­ci­pants qui se­raient prêts à y mettre 300€ cha­cun (c’est à dire le prix d’un mini broyeur de jar­din comme ce­lui dont je ve­nais de me dé­bar­ras­ser), on pou­vait ache­ter du ma­té­riel es­tam­pillé Jean Pain et ca­pable de pas­ser des branches de 7cm de dia­mètre avec fourches et noeuds sans souf­frir. 7 cm, c’est le dia­mètre maxi pour que les co­peaux de bois soient en­core nu­tri­tifs pour le sol. Au-delà, mieux vaut en faire des pi­quets ou du bois de chauf­fage de toute façon.

Il nous a fallu un an pour mettre sur pied le schéma de fonc­tion­ne­ment, pour ras­sem­bler as­sez de vo­lon­taires, et fi­na­le­ment pour pré­pa­rer un dos­sier de fi­nan­ce­ment (prêt re­lais, col­lec­tif lui aussi) pour pou­voir ache­ter le ma­té­riel avant d’avoir tout-à-fait as­sez de volontaires.

Voici en quelques traits les prin­cipes gé­né­raux de notre ar­ran­ge­ment afin que d’autres ini­tia­tives si­mi­laires puissent nous imi­ter (ou au contraire s’en dé­mar­quer, se­lon votre situation).

On n’a pas été tel­le­ment les bien­ve­nus pour se joindre à une CUMA du coin (il y avait parmi nous une mi­no­rité d’agriculteurs, et au­cun agri­cul­teur ‘conven­tion­nel’), donc on a opté pour mon­ter quelque chose de notre côté. Pour évi­ter les contraintes d’une in­di­vi­sion, le broyeur est la pro­priété de l’association, et les par­ti­ci­pants sont tous adhé­rents de l’association. A me­sure qu’il y aura de nou­veaux en­trants, on pourra rem­bour­ser le prêt re­lais aux gé­né­reux prê­teurs. Quand on at­teint le nombre maxi­mum de parts, on ne prend plus de nou­veaux en­trants, pour que le col­lec­tif reste gé­rable en nombre.

Prendre une part per­met de dis­po­ser du broyeur quand on veut, pour la du­rée qu’on veut, pourvu qu’on le ré­serve à l’avance (l’un des par­ti­ci­pants tient un car­net de ré­ser­va­tions). En re­vanche, cela ne dis­pense pas d’une par­ti­ci­pa­tion ho­raire for­fai­taire (en plus de l’essence) pour cou­vrir les frais d’entretien et d’amortissement. Les pre­mières es­ti­ma­tions ont fixé ce coût à en­vi­ron 6€/h, ce qui re­vient donc en gros à 5 fois moins cher que de louer un ma­té­riel équi­va­lent. Ces sous per­mettent aussi de gé­rer une pe­tite ca­gnotte pour que l’association puisse tem­po­rai­re­ment ra­che­ter les parts de ceux qui vou­draient se retirer.

Les par­ti­ci­pants sont d’origine di­verses. Cer­tains sont des pay­sans qui ont des bois et des terres, cer­tains ont des jar­dins mais pas de bois, cer­tains ont des bois mais pas de terres, cer­tains n’ont ni bois ni terres mais veulent don­ner un coup de pouce à ce genre d’initiatives… L’intérêt du col­lec­tif n’est pas seule­ment de fi­nan­cer l’achat puis l’entretien du broyeur, mais aussi de per­mettre des chan­tiers col­lec­tifs de taille et de broyage. Ainsi, ce­lui qui n’a pas de bois peut al­ler fi­ler un coup de main chez un autre qui a be­soin d’un bon dé­brous­saillage, et re­par­tir avec une re­morque de BRF.

On a dé­cidé de ne pas le pro­po­ser en lo­ca­tion à l’extérieur pour ne pas cher­cher à concur­ren­cer les pro­fes­sion­nels, ne pas ris­quer des pro­blèmes de dé­té­rio­ra­tion et d’assurance, et en­cou­ra­ger les per­sonnes in­té­res­sées à par­ti­ci­per au col­lec­tif plu­tôt qu’à res­ter consom­ma­trices. Par contre, rien n’empêche les membres du col­lec­tif de s’attaquer à un chan­tier de broyage en leur nom propre pour ai­der un non-participant à se dé­bar­ras­ser de ses bran­chages, moyen­nant ar­ran­ge­ment ad hoc.

Lors d’une réunion ré­cente de bou­clage du pro­jet, il y avait même un re­pré­sen­tant de l’association Arbres Haies et Pay­sages de l’Aveyron, qui trouve ce genre d’initiatives in­té­res­santes pour ar­ri­ver à convaincre les agri­cul­teurs de lais­ser pous­ser les haies : plus il y a de broyeurs dans le ter­ri­toire, et plus il sera fa­cile d’entretenir les haies plu­tôt que de les ar­ra­cher ou les ra­bo­ter à l’épareuse.

L’inauguration

Le broyeur vient d’être li­vré, et les pre­miers es­sais sont tout à fait concluants. Le choix s’était porté sur un broyeur Jean Pain 450 avec mo­teur ther­mique in­té­gré et aussi avec prise de force, pour les rai­sons suivantes :

  • fa­ci­lité d’entretien
  • fa­ci­lité de dé­pla­ce­ment (en par­ti­cu­lier en forêt)
  • grande ex­pé­rience du fa­bri­cant vis-à-vis des tech­niques de BRF et compostage
  • le mo­teur in­té­gré pour ceux qui n’ont pas de tracteur
  • la prise de force pour ceux qui ont un tracteur

En théo­rie, le mo­dèle 450 est ca­pable de pas­ser des bois de 12cm (en re­te­nant les branches pour sou­la­ger le mo­teur de 14cv). Le choix d’un mo­dèle sur­di­men­sionné par rap­port au strict be­soin de pou­voir broyer des dia­mètres de 7cm est mo­tivé par le fonc­tion­ne­ment en col­lec­tif : on ne veut pas que quelqu’un puisse mal­me­ner la ma­chine par mégarde.

A suivre quand on aura fait nos pre­miers chantiers…