Abattage à la scie manuelle
Pourquoi je n'aime pas les tronçonneuses

Pour pouvoir ériger une serre-tunnel au pied d’un mur dans un coin du jardin, j’ai dû recéper en février deux aubépines de la haie. Il s’agissait d’arbres vénérables de six ou sept mètres de haut et de vingt centimètres de diamètre. Pour des aubépines, ça veut dire un certain âge : après comptage des cernes, je peux vous dire que le plus gros des deux arbres était mon aîné de trois ans. Ce n’est pas tellement parce qu’ils faisaient de l’ombre (je veux justement que cette serre soit à l’ombre en fin de journée pour ne pas surchauffer), mais parce que leurs vieilles branches, sèches et pleines de lichen perdaient des morceaux régulièrement. Lesquels m’auraient percé ou déchiré le polyéthylène de la serre.
Donc il fallait leur redonner un coup de jeune. Après avoir vérifié auprès de mon voisin bûcheron que ces arbres qu’il appelle “buissons blancs” supportent une coupe un peu sévère, j’ai décidé de les étêter à 1m50 du sol.
Note ultérieure : renseignements pris ailleurs, il est quand même déconseillé de violenter les vieilles aubépines. Peut-être que je les ai tuées. Je ne vais pas tarder à le savoir.
Abattage à la scie à main
Je n’ai pour l’instant qu’une tronçonneuse électrique. Et pas de rallonge allant jusqu’à cet endroit du jardin. Mon voisin m’ayant proposé de couper les arbres pour moi, je lui ai répondu que si le lendemain je n’avais toujours pas réussi, j’accepterais son offre.
J’ai pris ma scie japonaise (vous savez, ce genre d’égoïnes un peu recourbées à la lame très fine, et qui coupent quand on tire plutôt que quand on pousse), et je me suis attelé à la tâche. Auparavant, j’avais passé une corde dans le haut de l’arbre et tendu cette corde dans la direction où je voulais le voir tomber : l’arbre est en limite de propriété, il ne fallait évidemment pas qu’il tombe sur l’appentis de l’autre voisin.
J’ai commencé par un trait de scie à l’horizontale jusqu’aux deux tiers du tronc, en enfilant un coin dans la fente vers la fin pour éviter que le poids me pince la scie. Puis un trait de scie à l’arrière pour rejoindre le premier, et crac. J’ai ensuite ébranché au sécateur (les rameaux sont allés dans ma clôture) et j’ai démembré les branches et le tronc toujours avec ma petite scie. Tout ça sans vacarme ni violence (à part pour les triceps et les trapèzes).
Cinq raisons pour préférer le travail à la main
- Le bruit, c’est la première raison pour laquelle je n’aime pas les tronçonneuses. En forêt, un abattage à la scie ne fait pas fuir tous les animaux autour.
- La seconde, c’est le danger pour nous-mêmes. Allez donc essayer de vous raboter le tibia ou de vous dépecer le visage avec une égoïne par inadvertance…
- La troisième, c’est l’entretien. Certes, affûter une scie à main est plus long qu’affûter une chaîne, mais il n’y a ni graissage, ni démontage, ni vérification de la tension de chaîne, ni changement de la bougie, ni problème de démarrage. Je n’aime pas la mécanique, et je préfère les matériels simples.
- La quatrième, c’est la puissance démesurée que nous donne la tronçonneuse. Face à un arbre, nous devrions rester humbles, surtout quand il est plus vieux que nous. La tronçonneuse nous enlève cette humilité.
- La cinquième, qui rejoint la précédente et qui pour moi est probablement la plus importante, c’est qu’avec une scie à main, on prend son temps et on y réfléchit à deux fois avant de commettre l’irréparable. De même qu’un tractopelle nous incite à la démesure et à la précipitation dans notre rapport à la terre, de même une tronçonneuse nous incite à la démesure et à la précipitation dans notre rapport aux arbres. Si c’est à la main, on essayera d’imaginer des moyens d’aménager le site en composant avec les arbres existants. Si c’est à la main, on cherchera à isoler sa maison plutôt que passer toute la forêt dans sa cheminée.
En revanche, je ne suis pas encore totalement masochiste, et je conçois que je serai bien content de ma tronçonneuse pour débiter le bois pour le feu.
> Si c’est à la main …
Je dois bien concéder que c’est lorsque j’ai du rentrer à la brouette le bois de chauffage que j’ai pris la pleine mesure de ma consommation domestique en énergie de chauffage.
Auparavant ce n’était que quelques chiffres, même s’il étaient douloureux à lire au bas des factures du fournisseur de gaz.
Ca n’a, de toute évidence, pas le même impact.
Salut
Bien content de lire les 4e et 5e points.
L’homme devrait fabriquer des outils pour servir ses actions (scie à main)
Mais l’homme fabrique des outils pour asservir sa démesure (tronçonneuse)
L’homme devient esclave de ses outils, la voiture, l’ordinateur, l’argent, le micro-onde, la télé… toutes ces choses n’ont pas d’utilité indispensable lorsqu’on donne un vrai sens aux choses de la vie…
Il y a aussi un sixième point:
avec ta scie égoïne, qu’un simple artisan aurait pu fabriquer, tu es bien plus indépendant qu’avec une tronçonneuse, qui nécessite une machinerie complexe pour sa construction, du pétrole pour la faire tourner, ou bien de l’énergie nucléaire et les immenses réseaux de distribution centralisés qu’elle implique, etc.
Autre chose: même pour débiter le bois une fois abattu, si tu es seul et que tu ne veux prendre aucun risque en reposant la tronço à chaque fois plutôt que de la porter d’une main, ça va aussi vite à la scie qu’à la tronço; surtout en comptant l’entretien. Il n’y a qu’à au deux que la tronço permet une vraie efficacité, avec l’un qui coupe sans reposer la machine, l’autre qui place et enlève les branches.
Ou pour les gros fûts, mais ton aubépine ne doit pas en avoir ;)
@Roudou : mon souci, c’est que c’est moi qui débite le bois, mais c’est ma femme qui le met dans le poêle. ‘faudrait que je voie à changer la division des tâches ;-)
@moilamain : effectivement, plus nos outils sont surpuissants, plus on en devient esclave. Je ne serais guère étonné si un calcul prouvait que la vitesse moyenne généralisée d’un avion ou d’un hélicoptère est inférieure à la marche à pied. En ce qui concerne l’ordinateur, j’ai toutefois quelques éléments pour plaider en sa défense — réticence du junkie ou vraies raisons ? Il faudra que j’y travaille…
@Ramite : le tronc de l’aubépine fait environ 25 cm de diamètre, et le bois est vraiment très dense. Je ne pense pas être en mesure de le débiter à la main, et certainement pas plus vite qu’à la tronçonneuse, même si à chaque tronçon je la pose par terre, en vérifiant le niveau d’huile, en la débranchant pour enlever la sciure…
En revanche, je ne suis pas si pressé : il reste environ 200 jours avant l’hiver. Il y a une quarantaine de gros tronçons à vue de nez : je pourrait en faire un tous les cinq jours. Ça aussi, c’est l’avantage des outils modestes : vite sortis, vite rangés, y compris pour des petites tâches.
Salut!
une fois que ton aubépine repartira, sur les jeunes poussent les plus vigoureuse tu pourras greffer des poirier! En écusson au mois d’aout par exemple.
Si tes arbres étaient sains et en bonne santé, mais c’est pas si sur vu que tu disais qu’ils perdaient des branches, après quelques années ta haie te donnera des bons fruits, et même pas besoin de faire des trou pour planter tes arbres…
Moi j’ai le même genre de scie et je pensais comme toi. L’autre jour, je me suis rendu compte que j’avais des arbres de 50cm de diamètre et de 20 mètres de long à débiter. Une demi-douzaine. Je crois que je vais quand même m’acheter une tronçonneuse, hein. Et tant mieux si ça fait fuir les campagnols :)
@barth : merci de l’info.
@sacado : pour débiter le bois, je pense qu’une tronçonneuse c’est pas du luxe. Peut-être qu’un jour on aura des tronçonneuses à pédales, ou bien des tronçonneuses pneumatiques avec un compresseur à éolienne…
” ou bien des tronçonneuses pneumatiques avec un compresseur à éolienne… ”
Je crois que les amishs en utilisent déjà. :)
j’ai fait connaissance de votre blog et il me plait énormément!!!cela fait quelques jours que je le parcoure assidûment.
Je dois débiter une centaine de chènes, tous déjà coupés par des gars qui entretiennent le réseau electrique, et je dois dire humblement que je ne me vois pas faire ça à la main. Hormis l’ébranchage que je fais au pugnal, tout le reste sera fait à la tronço.
Je fais un jardin potager assez bizarre, buttes, carrés ou plutot des rectangles, BRF, puis aussi une culture sous paille et sur paille; ainsi qu’une butte constituée de rondins de bois, branchages, herbes vertes en tout genre, et du bois bien mort mais spongieux car resté longtemps en milieu aqueux, de temps à autre un rajout de terre forestière. Eh bien ça donne des résultats assez surprenants. Pour mes semis directs, j’ai un truc qui ne foire presque jamais: sur une mince épaisseur de terre forestière, je mets mes graines même des plus fines telles que les épinards ou des oignons, dans un seau je mélange ma terre argileuse à beaucoup d’eau, comme un pralinage, je mets sur mes graines ce pralinage et puis c’est tout. Cette gangue argileuse remplit plusieurs fonctions: d’abord elle colle la graine à la terre, ensuite elle protège les graines des oiseaux et autres et lorsque les conditions de réchauffement du support sont là, la graine germe tranquillou!!! Dans mon potager je n’arrose pratiquement jamais!!! à la moindre ondée, tout mon sous sol retient l’humidité et la restitue aux plantes à la demande. Voilà c’était ma petite contribution. Je suis dans l’Aude limitrophe de l’Ariège, si un jour tu passes par chez nous, je te ferais visiter mon potager qui fait jaser bien des voisins. A propos de ta tour de patates, ton résultat mitigé est ainsi obtenu, du fait d’une récolte précoce! En effet, dans les pneus, il ne faut récolter que vers mi octobre et là tu auras ces fameuses récoltes abondantes. Un minimum de 6 mois s’impose. Bonne soirée!