7 idées green business pour la transition

Suite de la série 7 idées, version big bizness

De même qu’il n’est pas hon­teux de vou­loir dé­mar­rer une en­tre­prise à l’échelle in­di­vi­duelle pour sa­tis­faire un be­soin éco­no­mique et en ti­rer une sub­sis­tance dans le contexte de la tran­si­tion, de même il n’est pas hon­teux d’envisager des pro­jets in­dus­triels et/ou fi­nan­ciers plus am­bi­tieux ré­cla­mant des reins plus so­lides, mais qui ré­pondent tout au­tant à un be­soin, dès lors que l’opération est réel­le­ment pen­sée sur le mode gagnant-gagnant-gagnant (en­tre­pre­neur, client, planète).

Voici 7 idées de green bu­si­ness et green fi­nance à grande échelle qui ne sont peut-être pas viables, mais qui pour­raient à leur tour don­ner de bonnes idées à quelques casse-cou dis­po­sant d’une bonne ligne de cré­dit et d’un bon réseau.

Capital-risque de re­con­ver­sion de terres en bio

Quand la crise éner­gé­tique aura aug­menté les prix des in­trants et ro­gné la sol­va­bi­lité des états donc les sub­ven­tions agri­coles, les ex­ploi­ta­tions in­ten­sives qui consti­tuent le mo­dèle ac­tuel se­ront en faillite. Seuls les pro­duc­teurs qui au­ront réussi leur re­con­ver­sion en bio s’en ti­re­ront, puisqu’ils au­ront peu d’achats et un mo­dèle éco­no­mique moins basé sur les sub­ven­tions, avec en par­ti­cu­lier des prix de mar­ché plus fa­vo­rables. Je n’ai au­cune preuve, mais j’ai bien l’impression que dans ces condi­tions, les terres agri­coles tra­vaillées en bio de fa­çon du­rable au­ront une va­leur à la vente bien su­pé­rieure aux terres épui­sées par des dé­cen­nies de culture in­ten­sive chi­mi­sée et de la­bour profond.

L’opération fi­nan­cière pro­po­sée ici consiste grâce aux fonds pla­cés à ra­che­ter à vil prix des terres agri­coles ha­ras­sées quand une ex­ploi­ta­tion conven­tion­nelle met la clé sous la porte, et à gé­rer la ja­chère de fa­çon op­ti­male pen­dant quelques an­nées avant de les re­vendre ou de les louer cher une fois le taux de ma­tière or­ga­nique et la vie du sol re­ve­nus à des ni­veaux sa­tis­fai­sants pour la culture en bio. Rien n’empêche d’utiliser les terres du­rant la ja­chère, mais le but ici est d’accélérer le pro­ces­sus au maxi­mum pour li­mi­ter la pé­riode im­pro­duc­tive : sous-solage, réa­li­sa­tion de bais­sières, im­por­ta­tion de com­post, de BRF, se­mis de plantes ag­gra­dantes, plan­ta­tion de haies, in­tro­duc­tion d’espèces auxiliaires.

Il s’agit en fait d’une opé­ra­tion ty­pique de capital-risque, mais au lieu d’acheter une en­tre­prise et d’y in­ves­tir mas­si­ve­ment sous la hou­lette de cadres de choc pour la re­struc­tu­rer et la mettre sur une tra­jec­toire de crois­sance avant de la re­vendre, on achète des terres et on y in­ves­tit mas­si­ve­ment sous la hou­lette d’agronomes de choc pour lui rendre une fer­ti­lité maxi­male avant de la revendre.

Fi­nan­ce­ment de l’isolation ther­mique des bâtiments

Un in­ter­mé­diaire fi­nan­cier passe un contrat avec un par­ti­cu­lier, un pro­prié­taire d’immeuble lo­ca­tif, une col­lec­ti­vité lo­cale, une en­tre­prise, etc. Il prend à sa charge les dé­penses de chauffage/climatisation et les re­fac­ture der­rière au client, lis­sées sur l’année, tous modes de chauf­fage confon­dus (fioul, gaz, elec­tri­cité, etc.) Grâce aux fonds le­vés au­près d’investisseurs, il réa­lise un diag­nos­tic dé­taillé des pertes éner­gé­tiques, et fi­nance l’isolation op­ti­male du bâ­ti­ment et éven­tuel­le­ment la mise à ni­veau des équi­pe­ments. Il se rem­bourse et réa­lise le pro­fit en ne ré­per­cu­tant sur la fac­ture fi­nale qu’une par­tie dé­gres­sive des éco­no­mies réa­li­sées. Il peut aussi pro­fi­ter de toutes les aides que la col­lec­ti­vité fi­nira par mettre en place pour hâ­ter les pro­grammes d’isolation du bâti an­cien. Pour se pré­mu­nir contre les fluc­tua­tions du coût de l’énergie, il faut conve­nir à l’avance avec le client du mode de cal­cul d’un in­dice du coût de l’énergie.

Ainsi, le client ne peut pas re­fu­ser la pro­po­si­tion, puisqu’il n’avance ja­mais un cen­time, et il a la ga­ran­tie que sa fac­ture de chauf­fage sera au moins X% in­fé­rieure à ce qu’il au­rait payé s’il n’avait rien fait.

Et quand une vraie taxe car­bone fi­nira par voir le jour, on pourra même ga­ran­tir au client un mon­tant mi­ni­mal éco­no­misé (et crois­sant) sur chaque fac­ture, puisque la taxe car­bone, en ga­ran­tis­sant un prix fu­tur mi­ni­mum (et crois­sant) pour chaque type d’énergie, per­met­tra de ga­ran­tir une va­leur mi­ni­male de l’indice du coût de l’énergie sus-mentionné pour cha­cune des annuités.

Trans­port de cour­rier et co­lis lent mais low-carbon

Avez-vous ja­mais pensé, en com­man­dant quelque chose sur in­ter­net, qu’il man­quait la case ‘li­vrai­son éco en deux à trois se­maines’ ? Quand on a mis six mois à se dé­ci­der d’acheter tel bi­dule, ou bien quand le truc­muche est en cours de ré­ap­pro­vi­sion­ne­ment et qu’on ne sait pas quand il sera à nou­veau dis­po­nible, on se fiche pas mal de l’avoir en 48h chrono et on pré­fé­re­rait éco­no­mi­ser sur la li­vrai­son et les émis­sions de CO2 associées.

J’imagine qu’il y au­rait la place pour un opé­ra­teur de trans­port de co­lis et cour­rier dans le style chronopost/UPS/DHL qui es­saie­rait de mi­ni­mi­ser le coût et les émis­sions (plus le car­bu­rant sera cher, et plus les deux exi­gences conver­ge­ront) sans contrainte dure sur les dé­lais. Na­tu­rel­le­ment, il fau­drait une tra­ça­bi­lité ir­ré­pro­chable pour qu’on ne soit pas in­quiet que le co­lis ait été perdu, ainsi qu’une bonne ca­pa­cité de pré­dic­tion pour don­ner une date à la­quelle on puisse se te­nir (à quelques jours près).

Les moyens d’économiser sont pro­ba­ble­ment très nom­breux, puisque j’imagine que la contrainte de dé­lai doit pe­ser très lourd sur les coûts d’un ré­seau de mes­sa­ge­rie clas­sique. Mais j’en sais trop peu pour les détailler.

Ré­serve de pêche privée

Avec la crise et les craintes de pé­nu­rie fu­ture, les fonds spé­cu­la­tifs du monde en­tier sont en train de se ruer sur les res­sources na­tu­relles ter­ri­to­riales afin d’avoir en por­te­feuille des va­leurs son­nantes et tré­bu­chantes à l’abri d’un ef­fon­dre­ment fi­nan­cier. Terres arables, fo­rêts, pê­che­ries, tout est bon à ache­ter, en évin­çant si be­soin les po­pu­la­tions au­toch­tones qui ont eu la mau­vaise idée de ne pas se faire si­gner un acte de pro­priété par leur bien­veillant (et néan­moins cor­rup­tible) gouvernement.

Un ac­teur fi­nan­cier un peu puis­sant mais avec quelques pré­ten­tions de vertu éco­lo­gique et so­ciale pour­rait jouer à ce pe­tit jeu d’une fa­çon dif­fé­rente : il ra­chè­te­rait une res­source ter­ri­to­riale, par exemple une zone de pêche, et il la trans­for­me­rait en ré­serve na­tu­relle. Il com­men­ce­rait par y in­ter­dire la pêche. For­cé­ment, les gros ba­teaux de la pêche in­dus­trielle ne se­raient pas contents, et les pê­cheurs in­di­gènes non plus. Contre les pre­miers (les plus dan­ge­reux), il équi­pe­rait les se­conds (ceux qu’il veut mettre dans sa poche pour que son pro­jet soit du­rable). Il fau­dra un peu d’encadrement pa­ra­mi­li­taire, mais c’est le lot de toutes les opé­ra­tions de ce type, de toute fa­çon. En la cir­cons­tance, on évin­ce­rait les ex­ploi­teurs plu­tôt que les ex­ploi­tés, les­quels se­raient payés comme garde-côtes, guides à plon­geurs, na­tu­ra­listes de ter­rain. Oui mais com­ment faire des sous ? Rap­pe­lons qu’il s’agit d’une opé­ra­tion à long terme. Quand les stocks de pois­son se­raient re­mon­tés, on oc­troie­rait à prix d’or des per­mis de pêche en bor­dure de zone, les ins­pec­teurs étant tou­jours les gardes-côtes lo­caux, tan­dis que seule la pêche tra­di­tion­nelle se­rait ré­au­to­ri­sée dans la zone (en li­mi­tant le nombre et la puis­sance des ba­teaux à des ni­veaux qui ne per­mettent sur­tout pas d’entamer le stock). Grâce aux pêches mi­ra­cu­leuses, les pê­cheurs lo­caux se­raient contents, les autres aussi, la mer aussi. Et si on a pris soin aussi d’investir dans la ré­gion, la pros­pé­rité re­trou­vée ne fe­rait pas de mal.

Na­tu­rel­le­ment, on peut aussi faire ça en tant qu’Etat sou­ve­rain et créer une ré­serve na­tu­relle, mais ap­pa­rem­ment le pro­ces­sus dé­mo­cra­tique a tou­jours ten­dance à dé­truire ir­ré­mé­dia­ble­ment la res­source avant d’arriver à dé­ci­der de la protéger.

Opé­ra­teur té­lé­com 100% éner­gies re­nou­ve­lables (et 0% interruptions)

Si vous êtes un four­nis­seur té­lé­com dans un pays su­jet à des cou­pures de cou­rant, et que votre par­ti­cu­la­rité est d’offrir un ser­vice en­tiè­re­ment basé sur des éner­gies lo­cales et re­nou­ve­lables, vous ti­re­rez pro­ba­ble­ment votre épingle du jeu en termes de conti­nuité de ser­vice. Re­lais hert­ziens, ré­pé­teurs fi­laires, ser­veurs, ré­cep­teurs, mo­dems, or­dis, té­lé­phones : il fau­drait s’arranger pour que chaque maillon de votre chaîne pro­duise son éner­gie ou dis­pose au moins d’un ba­ckup éner­gé­tique à base d’éolien/solaire et bat­te­ries, et vous pour­riez vendre le seul sys­tème de té­lé­com­mu­ni­ca­tion sans interruption.

Bien en­tendu, il faut pa­rier que le pays sera su­jet à des cou­pures de cou­rant, donc prendre des po­si­tions sur des pro­duits dé­ri­vés en consé­quence : s’il n’y a pas de cou­pures de cou­rant, vous pour­rez tou­jours jouer sur votre la­bel pres­ti­gieux ‘four­nis­seur té­lé­com vert’, et vous ga­gne­rez des sous grâce à toutes les en­tre­prises qui –à l’inverse– se se­ront cou­vertes sur les mar­chés fi­nan­ciers contre le risque d’interruption de four­ni­ture élec­trique (et il doit y en avoir un paquet).

Lob­bying pour les agro-isolants

Les agro-carburants ont du plomb dans l’aile : par­tout on voit la ca­tas­trophe que re­pré­sente la mon­tée en puis­sance des pro­duc­tions agri­coles non-alimentaires, et le lob­bying des agro-carburants a de plus en plus de mal à faire pas­ser ses gros men­songes concer­nant les émis­sions et le taux de re­tour éner­gé­tique (en gros, un litre d’éthanol de maïs coûte au­tant voire plus d’énergie à pro­duire que l’énergie qu’il contient).

Mais le train est lancé, et la puis­sance de l’agribusiness est telle qu’il fau­dra des dé­cen­nies de mi­li­tan­tisme et de dé­sastres pour le frei­ner et lui faire faire ma­chine ar­rière. Par contre, si on trou­vait une ma­nière d’aiguillage, on pour­rait ar­ri­ver à dé­vier le train avec net­te­ment moins d’effort. Je pro­pose de faire du lob­bying au­près des lob­byistes des agro-carburants pour ar­ri­ver à les convaincre de plu­tôt dé­ve­lop­per le mar­ché des agro-isolants, qui se­rait beau­coup plus por­teur et consen­suel. Et fi­na­le­ment, cela ne chan­ge­rait pas grand-chose à la fi­lière : il s’agirait en­core es­sen­tiel­le­ment de pro­duire de fa­çon in­dus­trielle de grandes quan­ti­tés de bio­masse car­bo­née (paille, chanvre, bois) et de l’acheminer vers des usines qui en fe­raient un pro­duit in­dus­triel for­te­ment sub­ven­tionné. Donc un ju­teux mar­ché non-alimentaire sub­ven­tionné et qui plus est à l’abri de la concur­rence mon­diale puisque les iso­lants coûtent cher en trans­port (par dé­fi­ni­tion, il faut qu’ils prennent beau­coup de place pour leur poids). Les in­du­triels et les élus y trou­ve­raient peut-être une porte de sor­tie ho­no­rable par rap­port au fiasco an­noncé des po­li­tiques en fa­veur des agro-carburants. Et tout le monde y ga­gne­rait (sur­tout ceux qui au­raient su in­ves­tir dans la fi­lière et mettre des sous dans le­dit lobbying).

Com­pen­sa­tion car­bone locale

Quand vous ache­tez un billet d’avion, on vous pro­pose main­te­nant sys­té­ma­ti­que­ment de payer un sup­plé­ment pour com­pen­ser vos émis­sions de CO2. Les sché­mas de com­pen­sa­tion consistent à uti­li­ser les sommes ver­sées pour fi­nan­cer des pro­jets (gé­né­ra­le­ment dans les pays pauvres) qui per­met­tront d’économiser des émis­sions dans le fu­tur. Ces sché­mas sont par­fois très am­bi­gus, et on com­pense sou­vent des tonnes de CO2 ef­fec­ti­ve­ment émises par de vague pro­messes de tonnes de CO2 non émises dans un fu­tur loin­tain et dans un pays tout aussi loin­tain. Pour une meilleure tra­ça­bi­lité et une meilleure ef­fi­ca­cité des sché­mas de com­pen­sa­tion, il fau­drait qu’ils soient re­lo­ca­li­sés au maxi­mum : une tonne de CO2 émise par une per­sonne quelque part doit être éco­no­mi­sée par une per­sonne proche dans un en­droit proche.

J’imagine qu’on pour­rait mon­ter un schéma de com­pen­sa­tion car­bone à l’attention des en­tre­prises, qui consa­cre­rait les sommes ver­sées par le dé­par­te­ment ‘voyages’ au fi­nan­ce­ment et à la mise en place d’équipements de té­lé­con­fé­rence, de pro­grammes de co­voi­tu­rage, de sys­tèmes de té­lé­tra­vail, avec un suivi très pré­cis des voyages éco­no­mi­sés et donc des tonnes de CO2 non-émises. L’entreprise pour­rait alors four­nir la preuve for­melle que sa com­pen­sa­tion car­bone n’est pas une opaque fumisterie.

Comme en plus elle ga­gne­rait des sous au fi­nal, il y a un bizness-case pour un prestataire/financier qui pren­drait à sa charge les coûts d’investissement, as­su­re­rait la for­ma­tion des cadres pour qu’ils sachent uti­li­ser au mieux les tech­no­lo­gies de tra­vail col­la­bo­ra­tif, et se ser­vi­rait sur le ROI (re­tour sur in­ves­tis­se­ment), ce qui lui per­met­trait de vendre aux en­tre­prises un pa­ckage de vertu éco­lo­gique to­ta­le­ment indolore.

Ceci était le se­cond épi­sode de la sé­rie des “7 idées”. On trou­vera aussi :